Martin Heidegger


Martin Heidegger


Philosophe

Les dates-clefs de Martin Heidegger

26 septembre 1889 : Naissance à Messkirch (Allemagne), dans une famille de paysans catholiques, de Martin Heidegger, fils de Friedrich Heidegger, sacristain, et de Johanna née Kempf.
1903-1909 : Après de brillantes études à Constance et à Fribourg-en-Brisgau, Martin Heidegger entre, en 1909, à l’université de Fribourg : il y suivra des cours de théologie,  de mathématiques, de sciences, de philosophie ; puis il y sera professeur, et même recteur.
1915 : Il devient chargé de cours à l’université de Fribourg. Au même moment, Edmund Husserl arrive dans cette même université pour y enseigner. Heidegger, tout en donnant ses propres cours, suit avec passion ceux de Husserl, dont il sera l’assistant et avec lequel il établira, durant une quinzaine d’années, un dialogue continu. Husserl, reconnaissant en lui le plus doué de ses « élèves », ira jusqu’à affirmer : « La phénoménologie, c’est moi et Heidegger. »
1917 : Martin Heidegger épouse une jeune bourgeoise cultivée Elfriede Petri, fille d’officier, issue d’un milieu cultivé, et de confession protestante. Ce mariage soulève une telle réprobation de la part du milieu familial et du milieu universitaire de Martin Heidegger que le philosophe en sera blessé au point de rompre avec le catholicisme. Elfriede sera, dès les années 20, une nazie convaincue.
1923 : Heidegger est nommé professeur non titulaire à l’université de Marbourg.
1924 : A Marbourg, il a une liaison avec une de ses élèves, de 17 ans sa cadette, Hannah Arendt. Ils seront amants jusqu’en 1930, malgré deux séparations, Hannah Arendt devenant d’abord l’élève de Husserl à Fribourg, ensuite, sur la recommandation de Heidegger, celle de Karl Jaspers à Heidelberg.
1927 : Publication de l’œuvre majeure de Heidegger, écrite dans sa « hutte » de Todtnauberg en Forêt-Noire, Etre et temps (Sein und Zeit).
1928 : Retour à Fribourg, où Heidegger relève Husserl, parti en retraite.
1933 : Heidegger adhère au NSDAP, le parti nazi, et il est promu recteur de l’université de Fribourg, tandis qu’Hannah Arendt se réfugie en France pour fuir les exactions des hitlériens. Elle restera néanmoins fidèle toute sa vie, non seulement à leur relation passée, mais aussi, et surtout, au rôle de la pensée de Heidegger sur sa propre pensée.
21 avril 1934 : Heidegger démissionne de ses fonctions administratives, mais il reste adhérent du NSDAP. Il continue de chanter les louanges du projet nazi et d’enseigner à l’université de Fribourg. Mieux, ou pire : il intègre les « vertus » du national-socialisme dans sa pensée métaphysique.
1945 : Il est interdit d’enseignement par les autorités alliées.
1946 : Heidegger est reconnu par les philosophes et les poètes français. Il rencontre son meilleur lecteur, Jean Beaufret, et Paul Eluard lui dédicace des poèmes. Mais il prend ses distances par rapport à L’Etre et le néant de Jean-Paul Sartre, pourtant  d’inspiration heideggérienne.
1950 : Il revoit Hannah Arendt, qui a vécu durant la guerre aux USA avec son second mari Heinrich Blücher (elle a été l’épouse, avant la guerre, du philosophe Gunther Anders). Hannah Arendt  a promu, en Amérique, l’œuvre de son ancien amant. Lors du procès en dénazification de Heidegger, elle témoigne, en Allemagne, en sa faveur. Elle renoue également avec Karl Jaspers qui, lui, reste intraitable envers Heidegger.
1951 : L’interdiction d’enseigner ayant été levée, Heidegger reprend ses cours à l’université de Fribourg.
1956-1976 : L’existence de Martin Heidegger est ponctuée par le travail, les visites ( Beaufret, Ernst Jünger, Paul Celan…), les voyages (la Provence pour voir la montagne Sainte-Victoire, la Grèce…), les conférences données en Allemagne ou en France ( sur Arthur Rimbaud, Igor Stravinski, Paul Klee…),  les séminaires auxquels il participe (notamment en Allemagne sur Héraclite).
26 mai 1976 : Mort de Martin Heidegger, entouré de sa femme et de ses deux fils.

Les œuvres-clefs de Martin Heidegger

Liste non exhaustive des œuvres traduites à ce jour en français. Les dates sont celles de leur parution en Allemagne.
Etre et temps, 1927
Qu’est-ce que la métaphysique ?, 1929
Aristote, Métaphysique 1-3, 1931
De l’essence de la vérité : approche de l’allégorie de la caverne et du Théétète de Platon, 1932
Qu’est-ce qu’une chose ?, 1935-1936
Hegel : la négativité, éclaircissement de l’introduction à « la  Phénoménologie de l’esprit » de Hegel, 1938-1942
Interprétation de la Deuxième considération intempestive de Nietzsche, 1939
Parménide, 1942-1943
Approche de Hölderlin, 1944-1971
La Dévastation et l’attente – Entretien sur un chemin de campagne, 1945
Lettre sur l’humanisme, 1947
Chemins qui ne mènent nulle part, 1950
Qu’appelle-t-on penser ?, 1951
Acheminement vers la parole, 1953-1959
Essais et conférences, 1954
Le Principe de raison, 1957
Héraclite, 1966-1967

Publications posthumes
Hannah Arendt- Martin Heidegger, Lettres et autres documents, 1998
Séminaires de Zurich, 2001

Martin Heidegger et Bernard-Henri Lévy

Peut-on être à la fois un grand écrivain – ou un grand philosophe – et un salaud ?  Cette question, Bernard-Henri Lévy se l’est posée un nombre incalculable de fois, la concentrant pour la littérature sur Céline, pour la philosophie sur Heidegger. Car, enfin, les faits sont là : non seulement Heidegger s’inscrivit au NSDAP, mais il montra une grande conviction, sinon une grande complaisance, à chanter les louanges du national-socialisme, mieux : à le penser, y compris après s’être démis de son poste de recteur. D’autre part, contrairement à ce qui est communément admis, Heidegger, qui se contenta de donner sur la Shoah un point de vue industriel et technique, fut un antisémite dur. A la question posée plus haut s’ajoutent, pour BHL, deux autres plus dérangeantes encore : le fait qu’Heidegger ait été nazi doit-il dispenser de le lire ? Et comment est-il possible que les plus grands intellectuels du XXème siècle – de Sartre à Foucault, de Lacan à Derrida, de Barthes à Althusser, d’Hannah Arendt à Levinas -,  bref que « tout un âge de la pensée » ait « accepté de reconnaître comme son maître un homme qui (avait) embrassé l’idéologie la plus criminelle du XXe siècle ? » (Le Siècle de Sartre).

Citations de Bernard-Henri Lévy sur Martin Heidegger

« 6 septembre 1995. -Réédition, chez Gallimard, des Ecrits politiques de Heidegger. Son national-socialisme. Ses allocutions laborieuses et indignes. Mais aussi le caractère très impressionnant – et, au fond, presque inhumain – de son refus de s’expliquer.« Je ne m’abaisse pas à parler aux gens. Il m’arrive de penser devant eux. » Le mot est, je crois, d’Aragon. Mais il conviendrait à cet Heidegger-là. Et aussi, au-delà de lui, à tous ceux – philosophes, artistes, écrivains – qui dédaignent la dialectique de la confession et de l’aveu. Deux familles d’esprit ? Deux types de sensibilité ? » (Mémoire vive – Questions de principe sept)
«  29 mars 1997. – Un jeune cinéaste – par ailleurs très impliqué dans les manifestations contre le Front national – explique que Heidegger était un « fasciste » et que le lire est donc « suspect ». Que réclame-t-il, au fond ? Le droit de ne pas lire. Celui de ne pas savoir. Une démocratie conçue non plus comme un accès aux livres, mais comme prime à l’ignorance. » (Idem)
«  Heidegger présente l’originalité d’être, dans les mêmes textes, sur le même ton et, au fond, avec les mêmes mots, un génial philosophe et un nazi : ses propos nazis ne se trouvent pas dans des textes de circonstance, écrits à cet effet, et à côté desquels grandirait, sur un rythme plus serein, dans l’éther de la pure pensée, sa « vraie » œuvre de philosophe – c’est dans cette œuvre même, au cœur de ses textes les plus admirables, mêlés au meilleur, au plus noble, au plus fécond et au plus apparemment désintéressé de son travail conceptuel que surgissent ses allégeances à Hitler, ses commentaires engagés sur l’actualité de la guerre et de la construction du national-socialisme en Allemagne, bref l’infamie. Pas de rupture de ton. Pas de ruptures de pensée. Mais un mélange étonnant, unique, dans la plupart des grands textes (sauf, peut-être, les écrits sur Trakl et sur Rilke, et le Qu’est-ce qu’une chose ? de 1935), de la pensée la plus exigeante et des passages à l’acte les plus infects : et cela, j’y insiste, au détour d’une page ou d’une déduction, sans crier gare, et sans que le passage à l’acte, du coup, altère véritablement la qualité de l’analyse où il est, pour ainsi dire, enchâssé. » (Le Siècle de Sartre)


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