Bernard-Henri Lévy

L’art de la philosophie ne vaut que s’il est un art de la guerre...

Philosopher contre Hegel et les néo­hégéliens. Philosopher contre l'inter­prétation pré-Bataille, et pré-Collège de sociologie, de la politique de Nietzsche. Philosopher contre le néo-platonisme et son démon de l'absolu. Philosopher contre Bergson et son avatar, justement, deleuzien. Philosopher contre la volonté de pureté, ou de guérir, dont j'ai démontré ailleurs qu'elle est la vraie matrice de ce qu'on a appelé, trop vite, les totalitarismes et qu'une guerre conceptuelle bien menée permet de mieux nommer. Philosopher pour nuire à ceux qui m'empêchent d'écrire et de philosopher. Philosopher pour empêcher, un peu, les imbéciles et les salauds de pavoiser. Philosopher contre Badiou. Philosopher contre la gidouille Zizek. Philosopher contre le parti du sommeil, des clowns ou des radicalités meurtrières. Pardon, mais c'est la vérité. Chaque fois que j'ai, depuis trente ans, fait un peu de philosophie c'est ainsi que j'ai opéré : dans une conjoncture donnée, compte tenu d'un problème ou d'une situation déterminés, identifier un ennemi et, l'ayant identifié, soit le tenir en respect, soit, parfois, le réduire ou le faire reculer. Guerre de guérilla, encore. Harcèlement. Et à la guerre comme à la guerre.

Son actualité

L’Unesco sera-t-il fidèle à ses valeurs ? par Claude Lanzmann et B.-H. Lévy, le Monde du 22 Septembre 2009

Le Monde, par Claude Lanzmann ; Bernard-Henri Lévy, pour Le Monde

le mondeL’élection du directeur général de l’Unesco est entrée dans sa phase ultime. Et la désignation de l’Egyptien Farouk Hosni, donnée, il y a quelques semaines encore, pour acquise, semble plus difficile que prévu, puisque trois tours de scrutin n’ont pas suffi à lui apporter l’écrasante majorité que lui promettaient ses partisans.
Nous ne commenterons pas à nouveau les inacceptables déclarations que nous avions rapportées ici même (Le Monde du 22 mai) et où cet homme qui a été, deux décennies durant, ministre de la culture, promettait de brûler de ses propres mains les livres écrits en hébreu qui se seraient subrepticement glissés entre les rayons de la bibliothèque d’Alexandrie. Nous ne reviendrons également que pour mémoire sur le fait que celui que l’on nous présente comme le candidat du dialogue et de la paix est de ceux qui, dans son pays, ont exprimé la plus vive et la plus constante hostilité à l’endroit de toute forme de normalisation entre Israël et ses voisins.
Ce qui est nouveau, en revanche, ce sont les mises en garde d’organisations non gouvernementales soulignant le paradoxe qu’il y aurait à élire à un poste supposé garant, dans le monde, des valeurs de liberté d’expression le ministre d’un pays classé, sous son règne, au 146e rang (sur 173) du palmarès de Reporters sans frontières en matière de liberté de la presse.
Ce sont toutes les voix d’artistes et d’intellectuels qui, en Egypte même, nous adjurent d’entendre que ce prétendu « rempart » contre l’islamisme radical s’est comporté, pendant vingt-deux ans, comme un inlassable allié des fanatiques, entérinant leurs décisions, parfois les devançant, et agissant, en tout cas, comme un censeur implacable de la pensée libre et de la culture.
L’élément nouveau, c’est, enfin, que ces semaines de débat feutré, puis les éliminatoires des premiers tours de scrutin, ont vu se dégager deux autres candidatures qui ont au moins le mérite de n’être pas entachées des mêmes possibilités de soupçon : celle de la Bulgare Irina Bokova, ambassadrice de son pays en France et partie prenante, il y a vingt ans, au processus de transition démocratique à Sofia ; et celle de l’Equatorienne Ivonne Baki, dont l’élection signifierait, au moins autant que celle de M. Hosni, un hommage rendu au Sud dans son dialogue, plus que jamais nécessaire, avec le Nord.
Les 58 votants qui, ce lundi, peut-être aussi ce mardi, départageront pour de bon les finalistes auront le choix entre deux candidates honorables et un troisième. Ils auront à arbitrer entre deux femmes que rien ne disqualifie et un homme dont tout le passé plaide contre les idéaux de l’institution, mais dont on nous demande de parier, sur la foi de vagues et hâtifs repentirs, qu’il aurait miraculeusement changé.
Le choix, le vrai choix, sera entre les tractations d’une realpolitik qui se prétend l’amie de la culture égyptienne alors qu’elle ne se soucie, en réalité, que de complaire à un autocrate – et la fidélité à des principes qui sont ceux de l’Unesco et auxquels l’Unesco a été trop souvent infidèle pour que l’on prenne le risque de les voir à nouveau foulés aux pieds.
Faut-il ajouter que l’élection, pour la première fois, d’une femme à ce poste prestigieux serait aussi, en tant que telle, un beau signal ? C’est il y a presque exactement soixante ans que Simone de Beauvoir, dans Le Deuxième Sexe, annonçait : « La femme libre est seulement en train de naître. »
Claude Lanzmann est cinéaste, directeur des « Temps modernes » ;
Bernard-Henri Lévy est philosophe, directeur de « La Règle du Jeu« .

4 commentaires »

  1. bravo et merci!

    Commentaire par antoine silber — mardi 22 septembre 2009 @ 19:55

  2. La non-éléction de monsieur Hosni ne serait pas une penalisation de la culture égyptienne: au contraire permettrait de reconnaitre sa richesse et sa pluralité. N’oublions pas que pendant les années de son ministère douzaines de noms de villages coptes ont été changés et arabisés, avec le but d’éffacer la memoire chrétienne. Dans la meme periode, églises coptes sont effondrés; les rares restorations ont été financiés par l’étranger ou par les émigrés. Non, vraiment, il n’y a pas de motivations culturelles pour le soutenir.

    Commentaire par Renata Salvarani — lundi 21 septembre 2009 @ 21:25

  3. Je signe la petition.

    Commentaire par augusto funari — lundi 21 septembre 2009 @ 20:47

  4. Cher BHL, Heureusement que vous êtes là pour réveiller un peu les politiciens endormis……
    Simone de Beauvoir avait raison! La femme libre a commencé à naître il y a soixante ans mais sa progression dans, hélas, de nombreux pays de la planète est toujours en danger de mort.. Je peux constater, malheureusement, que si la femme libre est bel et bien vivante dans beaucoup de pays, l’homme est souvent resté adolescent et même dans les pays les plus développés, le regard de l’homme envers la femme est toujours en retard d’un ou de deux siècles et dans certains pays, ce regard là n’existe même pas. Évidemment cela ne concerne pas une minorité d’hommes qui sont de leur temps et qui considèrent la femme comme l’égale de l’homme.

    En tout cas, je veux vous remercier de votre présence et de votre voix qui j’espère, arrivera à réveiller au moins une partie des hommes qui prennent des décisions de grande importance.

    Bien à vous
    Diane Babayan

    Commentaire par Diane Babayan — lundi 21 septembre 2009 @ 18:53

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