Liliane Lazar et le «phénomène BHL» – La Gazette de Berlin 01/03/2010

la gazette de berlin logo Admiratrice de Bernard-Henri Lévy depuis leur première rencontre en 1980, Liliane Lazar est à l’origine du site internet qui regroupe l’œuvre de l’auteur et qui est devenu aujourd’hui son site officiel. Cette professeur d’université (Hofstra University, Long Island) spécialisée dans la littérature française au XXème siècle a étudié l’œuvre de Bernard-Henri Lévy en détail. Elle explique à la Gazette de Berlin sa passion ainsi que le « phénomène BHL.

La Gazette de Berlin : Vous consacrez beaucoup de temps pour suivre et archiver le travail de M. Lévy. Qu’est-ce qui vous passionne autant chez Bernard-Henri Lévy ?
Liliane Lazar : Ma passion pour Bernard-Henri Lévy remonte à  la découverte de son œuvre, il y a plus de trente ans. Spécialiste du vingtième siècle, j’ai lu, écrit  et enseigné les œuvres de Camus, Beauvoir, Sartre et Malraux. Pour moi, l’action et l’œuvre de Bernard-Henri Lévy est la continuation vivante de l’idéal sartrien et beauvoirien.  Comme Sartre et Beauvoir, Bernard-Henri Lévy éprouve la nécessité d’agir et de se plonger dans les problèmes contemporains et humains. Pour Bernard-Henri Lévy comme Sartre et Beauvoir, la réflexion est inséparable de l’action. Il faut s’engager et se battre pour défendre les causes des droits humains. Pour ces écrivains, le philosophe doit intervenir dans les débats de notre temps. Il ne doit pas se retirer dans sa tour d’ivoire. J’admire que l’engagement et l’œuvre de Bernard-Henri Lévy reflète ses convictions ainsi que son désir de nous informer et de témoigner sur des causes impopulaires ou des ‘guerres oubliées’ (le titre  d’un des témoignages de Bernard-Henri Lévy parus dans Le Monde en Angola, le Burundi, Sri Lanka, La Colombie et le Soudan. Il est un des premiers à témoigner sur les massacres en Bosnie, et au Darfour sur le génocide rwandais. Comme il l’a dit lui-même plusieurs fois, il ne veut pas transformer le monde, mais le réparer là où son action peut compter. Il est notre Cyrano du XXIème siècle  par son panache, sa fougue, son courage à défendre les causes qui lui sont chères. Si je partage ses convictions, je suis aussi une  lectrice de ses livres que j’ai tous lus. J’admire le style BHL, c’est à dire  ce style limpide mais d’une grande richesse de vocabulaire et d’images. Il a le talent de nous rendre accessible et clair des œuvres ardues comme celles de Levinas, Hegel, Heidegger, Nietzsche.

La Gazette : Sur votre site, vous constatez » qu’on peut aimer ou détester BHL, mais on ne peut rester indifférent. » Comment expliquez-vous ce phénomène ?
L. L. : BHL n’est  pas pour les tièdes. Il est très clair au sujet de ses prises de position : son anti-anti-américanisme, son anti -marxisme, son soutien pour Israēl.  Il défend ses idées et ses convictions avec passion. Il n’a pas peur de s’engager pour des sujets de controverse ou des personnes qui ne recueillent pas toujours un accord unanime, telles Salman Rushdie, Romain Polanski, Pie XII. Il n’évite pas les confrontations.  D’où les haines intellectuelles, les critiques venimeuses, les attaques mesquines contre sa personne, sa richesse qui excite les jalousies. On s’en prend à des détails vestimentaires pour le ridiculiser.

La Gazette : Que pensez-vous de la dernière polémique autour de M. Lévy et ce philosophe inventé Jean-Baptiste Botul ?
L. L. : Beaucoup de bruit pour rien. Qui n’a jamais fait d’erreur, jette la première pierre. BHL a d’ailleurs reconnu son erreur avec grâce et panache. Ce déchainement  de plaisanteries de mauvais goût  à son égard ne peut s’expliquer que par la jalousie et l’envie que suscitent son succès dans les media.

La Gazette : M. Pagès, le créateur de Jean-Baptiste Botul s’est interrogé sur’ la manière de travailler’ de M. Lévy. Vous qui connaissez bien son œuvre que lui répondriez-vous ?
L. L. : Je n’ai pas lu l’article de M. Pagès. Par contre, j’ai lu les critiques de Vidal-Naquet et celles de Deleuze. S’il y a des erreurs factuelles dans quelques uns de ses livres, cela me semble moins important  que de faire comprendre ou de donner une nouvelle interprétation  d’une œuvre ou d’un auteur comme il l’a fait dans Le Siècle de Sartre. BHL fait ses recherches lui-même, mais au lieu de nous donner une longue liste se ses lectures, il assimile et interprète les textes de cet auteur pour nous révéler un nouvel ou autre aspect de ce écrivain. Il donne envie de relire Sartre ou de contredire les thèses de Bernard-Henri Lévy. Ses livres sont souvent ses interprétations personnelles  telles Les derniers jours de Charles Baudelaire.  Il sait rendre un auteur vivant et donne un regain d’intérêt  pour l’œuvre de cet auteur. Sartre avait fait de même avec son Baudelaire qui était une biographie très subjective de Baudelaire.
Bernard-Henri Lévy n’est pas dans le monde académique, il n’enseigne pas et n’a pas le luxe d’avoir des étudiants qui font ses recherches et travaillent patiemment et assidûment pour vérifier et corriger des erreurs factuelles. Au moins a-t-il  le mérite de faire ses recherches alors qu’il parcourt le monde, , dirige la revue littéraire La Règle du Jeu, écrit un bloc-notes hebdomadaire dans Le Point, donne des conférences dans d’ illustres universités, et de nombreux entretiens dans les media.
Liliane Lazar a grandi et fait toutes ses études scolaires à Paris. Après une année de Droit, elle est partie aux USA comme étudiante, s’est mariée et a continué ses études universitaires à l’Université de Columbia, New York. Sa thèse de doctorat (Ph.D) portait sur l’œuvre de Simone de Beauvoir.Secrétaire générale de la Société internationale Simone de Beauvoir depuis 1983, elle a écrit de nombreux articles pour les études beauvoriennes. Elle a également été professeur de Français à Hofstra University, New York. Elle a rencontré Bernard-Henri Lévy à New York University en 1980, lors d’un séminaire qui allait donner naissance à L’Ideologie Française. En 1999, elle a créé un site d’archives sur l’œuvre de Bernard-Henri Lévy et dirige maintenant le site www.bernard-henri-levy.com.

Par Alexandra Friedmann.


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3 commentaires

  • Anne-Louise dit :

    Le parcours du site de BHL donne tout son sens au terme « phénomène » que Liliane Lazar applique avec perspicacité à ce penseur qui est unqiue au monde et qui nous a déjà fait vivre tant d’émotions.
    Puissions-nous être de dignes lectrices et lecteurs des livres de BHL.

  • ibrahio othmane dit :

    Trés bon article

  • qvicens dit :

    Cette vague deferlante anti M. Levy est a la fois inouie—critiquer trois lignes mais ne jamais parler des veritables propos du livre—et completement attendue—la verite souvent derange puisqu’elle peut incommoder de prime abord ; alors surtout, ne lisons rien ! Meme si, heureusement, les livres restent tout-de-meme lus par beaucoup, il est dommage que cela se passe dans une atmosphere de fronde terrible et completement injustifiee envers l’auteur. Meme si le dechainement de cette ligue m’a donne envie de voir par moi-meme, ce pour quoi je lui suis en un sens reconnaissant, j’ai beaucoup de peine !

    Donc un grand merci pour cet entretien qui remet les pendules a l’heure et retablit les proportions des choses. Dans un meme registre, merci aussi beaucoup pour regulierement mettre en ligne les videos d’entretiens de M. Levy, ce qui permet d’ecouter directement l’auteur sans barrage mediatique. Je l’ai trouve formidable en particulier dans les entretiens avec M. Zero et M. Colombani. A mon sens ces deux journalistes sont parmi les rares a lui avoir offert de discuter sur le veritable contenu de ses livres et sur le fond de sa pensee. Ensuite, on est libre d’etre d’accord ou pas, et c’est la que se situe le vrai debat.

    Merci !!

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