Le Gaon de Vilna

GAON de vilnaA l’instar de Benny Lévy qui le comptait au nombre des plus hautes autorités spirituelles du judaïsme et en fit l’un de ses maîtres en religion, Lévy cite le nom du Gaon de Vilna tout au long de ses textes réunis sous le titre « Le génie du judaïsme » dans son recueil « Pièces d’identité » (Grasset, 2010), comme l’une des sources de son judaïsme philosophique. A l’égal du Maharal de Prague, de Haïm de Volozine (disciple lui-même du Gaon), de Rosenzweig, de Gershom Scholem, d’Emmanuel Levinas, Lévy fit de cet immense talmudiste l’un des intercesseurs en majesté de son être-juif, sans toutefois alors s’immerger autre qu’intellectuellement dans l’oeuvre-fleuve de cette première autorité juive des temps modernes qui vécut dans la Jérusalem du Nord, Vilna, capitale de la Lituanie, formidable foyer talmudique, au XVIIIème siècle.

Qu’emprunte Lévy au Gaon de Vilna, quelle lumière première ? Essentiellement ceci : Rav Elijah Ben Salomon, dit le Gaon de Vilna (le Génie de Vilna), immense érudit aussi bien en matière de Talmud et de Torah que versé dans la Kabbale, et non moins savant dans les sciences profanes (mathématique euclidienne, astronomie), aura été le premier grand juif de l’étude. Il aura continûment prôné l’étude, se sera continûment attaché à définir un être-juif de l’étude, dépris d’une religiosité irrationnelle et aux antipodes d’une conception immanentiste de Dieu, dont il disait : « Pas un homme ne sait quoi que ce soit sur Lui, pas même s’Il existe ».

« Soufflant sur la cendre des textes », ce Mitnagdim (opposant) intransigeant ne cessa de s’opposer au hassidisme baroque qui triomphait alors dans les communautés juives de Pologne, avec ses pratiques mystiques, ses extases, son messianisme eschatologique. A ce piétisme juif, ce paganisme de la communion, ce judaïsme de l’effusion, du numineux et du sacré, où la croyance, la ferveur du coeur l’emportent sur l’étude et les lumières de l’esprit, le Gaon de Vilna oppose dans un combat sans merci allant jusqu’à l’excommunication des Hassidiques une théorie du désenchantement de Dieu.

Mettant en avant le désir d’infini qui habite notre être, la vision du Gaon de Vilna tenait presque pour secondaire l’existence de Dieu. Il n’est là, Il ne répond, que si on l’appelle. Il n’apparaît qu’à celui qui étudie, est accessible par l’esprit, par l’intelligence, pas par l’effusion, l’union mystique au divin, la transe et la danse. Au rebours de toute immanence, Dieu a voilé sa transcendance. Il appartient aux hommes, par l’étude, de relever cette transcendance, de la percer et de s’en revêtir par l’étude des textes saints, elle seule et eux seuls. Cet intellectualisme religieux qui désincarne Dieu du monde trouvera un siècle et demi plus tard en Levinas, lui aussi né dans la Jérusalem du nord, son prolongement philosophique, que Lévy fera sien et nourrira à son tour. C’est la dernière phrase du « Testament de Dieu » !

Gilles Hertzog


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