Le 13 octobre 1998 : un reporter du Monde nommé Bernard-Henri Lévy suivait le Commandant Massoud.

 

Massoud BHL 1Il y a trop peu de photos hélas de ces journées passées par Bernard-Henri Lévy avec le « Lion du Panchir » dans une des périodes les plus sombres de la vie de celui-ci. Mais il y en a quand même quelques unes, trois exactement, très belles, où on voit la complicité entre les deux hommes le respect de Lévy, son écoute ainsi que leur présence, tous les deux, Massoud et Lévy, sur le champ de bataille. Ces photos, rares, ont été prises par Gilles Hertzog qui, comme souvent, accompagnait Lévy. Je les reproduis, ici, toutes les trois et une fois pour toutes. Ce qui existe, en revanche, c’est un beau reportage qui fut publié par Le Monde, puis repris dans « Réflexions sur la guerre le mal et la fin de l’Histoire » (Editions Grasset) . J’y ai déjà fait plusieurs fois allusion. Mais je veux le reproduire ici. Car c’est un texte pour l’Histoire. Et c’est la dernière fois, surtout, que l’on voit un Massoud en liberté, combattant, à l’offensive, parmi les siens et héroique. J’aime que Bernard-Henri Lévy ait été l’un des derniers témoins à avoir vu cela. Voici, donc, son texte. Je le reprends sous le titre et dans la présentation du journal Le Monde le 13 octobre 1998. Un document pour l’Histoire.

Liliane Lazar.

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Avec Massoud

En guerre contre les talibans, le commandant Massoud s’est confié à l’écrivain Bernard-Henri Lévy, qu’il a reçu dans son village du Panshir. Le chef afghan accuse les Pakistanais, harangue ses fidèles, confesse ses erreurs et croit encore qu’il peut rétablir la paix dans son pays (Le Monde).

Massoud BHL 2Le voici donc, ce commandant de légende, en guerre depuis presque vingt ans – contre les Soviétiques autrefois, maintenant contre les Taliban.

Nous nous sommes retrouvés à Duchanbe, capitale du Tadjikistan, cette république musulmane, issue de l’ex-URSS, qui sort à peine, elle-même, de la guerre civile mais où il a installé ses bases arrière.

Et nous sommes dans un de ces gros hélicoptères de combat, com­plè­te­ment déglingués, qui font, quand la météo le permet, la liaison avec son fief du Panchir et sont, d’une certaine façon, son dernier lien avec l’extérieur.

Il porte une vareuse kaki et un pantalon de ville beige.

Il est coiffé de son béret afghan traditionnel aux bords roulés en couronne qui, avec sa barbe fine, son visage aigu, ses longs cils, le fait ressembler au Guevara des derniers jours.

Il est plus petit que je n’imaginais. Presque frêle. Il a un air de pâleur extrême qui contraste avec le noir de la chevelure et le fait paraître plus jeune que ses presque cinquante ans.

Il a passé le début du voyage au milieu de ses hommes : une vingtaine de combattants, très légèrement armés, portant des uniformes dépareillés, ou pas d’uniformes du tout, et assis sur les deux bancs de fer, de part et d’autre de la carlingue. Ensuite, il est allé s’asseoir dans le cockpit, sur un strapontin de bois, dominant légèrement les deux pilotes, muet, étrangement figé : tout juste, à mi-vol, au-dessus des crêtes de l’Hindu Kush, la prière des voyageurs et puis, le reste du temps, un drôle de balancement des épaules, de bas en haut et d’arrière en avant, comme s’il avait à se décharger d’un invisible fardeau.

A quoi pense le commandant Massoud, sur son banc d’enfant, le visage tendu vers le ciel, le regard sur l’horizon ?

La scène de l’embarquement, tout à l’heure, sur l’aéroport militaire de Duchanbe, avec ces douaniers russes, au pied de la passerelle, qui appelaient les noms de ses soldats et vérifiaient les passeports ? Oh ! Cet air d’arrogance ! Cette façon de leur faire sentir qu’ils étaient à leur merci ! Pouvait-on l’humi­lier davantage ?

Les rapports si étranges qu’il entretient avec ces « protecteurs » russes : adversaires d’hier, alliés d’aujourd’hui ? Comment peut-on être l’allié de gens que l’on a si longtemps affrontés ? Quelle confiance accorder à des ennemis qui ne se déclarent vos amis que parce que vous êtes devenu l’ennemi de leur ennemi – Pakistan, Arabie Saoudite, fondamentalistes musulmans… ? Et comment ne verrait-il pas que ces « experts » qu’on lui envoie, ces prétendus « spécialistes » censés l’aider à s’armer et à résister, sont ceux qui l’ont le mieux connu, c’est-à-dire, en fait, le plus combattu ?

Ou bien pense-t-il encore à cette immensité désolée qu’il voit défiler sous ses yeux : son pays chéri, sa terre qu’il aime et pour laquelle il se bat depuis presque vingt ans – Yangi Qala… Rostaq… Ab Bazan… les contreforts de l’Hindu Kush… un village, à l’est, que nous évitons car il est tenu par les Taliban… un autre, un peu plus au sud, où leur DCA, cet hiver, a tiré sur un appareil… le cercle des montagnes, face à nous, avec leur muraille de neige… les monts Taloqan… la rivière Farkhar… il sait le nom des crêtes et des passes… il connaît la moindre piste et le lit des torrents… il est incollable sur l’épopée d’Alexandre remontant la vallée du Panchir pour aller conquérir sa Bactriane et passant l’Amou Daria ici, à l’endroit même où nous le survolons… mais est-ce encore son pays ? de cette terre perdue et rêvée, de ces reliefs magnifiques qu’il ne peut plus contempler qu’en surplomb, peut-il encore dire : « c’est à moi, c’est mon pays » ?

Le vol dure un peu plus de deux heures – zigzags entre les pitons, barrières colossales que l’appareil contourne comme s’il n’avait pas assez de puissance pour les survoler, vallées. Et quand, à la nuit tombée, nous atterrissons enfin chez lui, à Jengalak, dans un amphithéâtre de pierre, coincé entre les montagnes, où nous attendent les vieillards du village, quelques soldats, une nuée d’enfants, il s’engouffre, toujours sans un mot, dans une voiture – laissant à une autre Toyota le soin de nous conduire, Gilles Hertzog et moi, jusqu’à la « maison de thé », au bord de la rivière, qui fait office de maison d’hôte. Lui chez lui. Moi chez moi. Et un vieux moudjahiddine qui m’accueille en son nom : une pièce fraîche, une natte et une couverture, une lampe tempête, une cruche d’eau changée chaque matin – traitement royal dans ce Panchir assiégé, et qui manque de tout…

En deux heures, donc, il n’a rien dit. Une phrase de bienvenue, sur le tarmac. Une autre pour dire – mais simple courtoisie… – qu’il se rappelle mon premier voyage, il y a dix-huit ans, via Peshawar, à l’époque où, avec Marek Halter, Renzo Rossellini et d’autres, nous avions lancé une campagne pour « des radios libres pour le Panchir ». Rarement, pourtant, un homme qui ne dit rien m’aura fait pareille impression – rarement silence m’aura paru si chargé de sens, de promesse, de mystère. Sa beauté, peut-être. Cette maigreur christique qui, en Occident, contribue à sa légende et qui, de près, frappe encore davantage. Mais aussi cet air de tristesse et de sérénité mêlées dont il ne s’est pas départi pendant le voyage – souverain sans royaume qui, seul dans sa cabine, le regard perdu dans ses rêves, survole un territoire dont j’ai le sentiment, pour l’instant, qu’il a perdu le contrôle. Ombres pâles, noms de pays, récits tremblés, souvenirs. Massoud a tout perdu ; mais, par l’âme et le songe, il résiste ; quel symbole !

Mais où est donc passé Massoud ?

On nous dit qu’il est parti à Golbahar, à l’extrême sud de la vallée, rendre visite à un combattant qu’on vient de ramener chez lui, la jambe sectionnée par une mine : le temps d’arriver à Golbahar, le temps, avec Hertzog et un interprète, de parcourir à notre tour ces 80 kilomètres de mauvaise piste semés de nids-de-poule et, sur les talus, de carcasses de chars soviétiques que l’on n’a pas dégagés depuis dix ans, il est parti.

On nous dit qu’il est à Bagram, plus au sud, à une quarantaine de kilomètres de Kaboul, où ses troupes ont repris le contrôle de la base aérienne : nous allons à Bagram ; nous constatons, au passage, qu’il y dispose encore de deux chasseurs apparemment en état de vol, d’un autre en réparation et d’un hélicoptère semblable à celui d’hier ; mais le temps de se faire comprendre et le temps, ensuite, pour la patrouille, de déblayer le barrage de pierres antichars – il a de nouveau disparu.

On nous dit encore : « il est plus loin, dans la plaine, sur le front de Charikar, où se prépare une offensive » – cap donc sur Charikar ; atmosphère carac­téristique des abords de première ligne avec maisons vides, villages rasés que nul n’a reconstruits, chiens abandonnés, canons enterrés et, en prime, une compagnie d’enfants qui nous font descendre de voiture et nous demandent nos laissez-passer : le temps, là encore, de s’expliquer, le temps pour leur petit commandant de parlementer avec l’avant-poste et d’annoncer notre passage – et Massoud s’est encore envolé.

Bref, hasard ou fait exprès ? Suite de malchances ou ruse de comédien plus habile qu’il n’y paraissait à se mettre en scène ? Cette première journée à l’intérieur de l’Afghanistan, nous l’aurions passée à courir après le plus insaisissable des chefs de guerre si, à la tombée du soir, sur la route du retour, nous n’étions tombés sur cette scène – étrange, magnifique et qui efface tout ce que cette poursuite avait pu avoir de décevant.

Nous sommes près du col de Salang, là même où, il y a un an, l’opposition livrait, à l’arme lourde, l’une de ses batailles les plus décisives.

Une mosquée, à flanc de montagne, en surplomb des gorges.

Garées dans la pente, devant la mosquée, un immense embouteillage de Toyota qu’entoure une noria d’adolescents en armes.

Et, dans la mosquée enfin, assis à même le sol, le visage éclairé par des lampes de poche brandies, telles des torches, au-dessus des têtes, voici deux cents, peut-être trois cents hommes, les uns en djellaba sur laquelle on a enfilé un veston, les autres en tenue militaire camouflée, les autres encore coiffés du képi de soie ou du grand turban roulé des chefs afghans traditionnels : ces hommes souvent sans âge mais probablement très jeunes, ces combattants qui ont marché plusieurs jours pour arriver jusqu’ici et qui ont, pour la plupart, gardé leur arme avec eux jusque dans ce lieu sacré, ces hommes épuisés par le voyage quand ce n’est pas par la guerre, la disette, l’amertume, ce sont les fidèles commandants des provinces du Parvan et du Kapisa – et l’homme debout, face à eux, qu’ils écoutent dans un silence recueilli, c’est évidemment Massoud.

« Nous n’avons pas perdu Mazar i Sharif, explique-t-il. Mazar s’est rendue. Le commandant de Mazar a fait ce qu’ont fait, ici, à Salang, l’an dernier, les officiers de Bassir Salangi quand ils sont passés aux Taliban ou bien Abdoul Malek, au Nord, dans la province de Faryab. Il a trahi. Il s’est vendu. Il a livré sa cité contre une poignée de dollars. Ecoutez plutôt… »

Massoud BHL 3Car c’est un Massoud orateur, cette fois. C’est un conteur intarissable, qui, d’une voix douce, marchant de long en large sur son estrade improvisée, raconte à ses guerriers les heurs et les malheurs de Mazar, les commandants félons et les honnêtes, les héros et les salauds – comment les Taliban ne sont jamais, au fond, que les jouets des Pakistanais… pourquoi, là où ils triomphent, ils font reculer la civilisation afghane de « cinq siècles »… l’obscurantisme de leur islam… le fait qu’ils sont, non les amis, mais les ennemis de la vraie foi… le sort qu’ils infligent aux femmes de Kaboul et qui est une offense à Dieu… et puis sa certitude, aussi, qu’il y a, dans cette mosquée, assez d’esprit et de cœur pour délivrer le pays, tôt ou tard, de ce lugubre sortilège…

Parfois, il les fait rire. Parfois, il les fait frémir. Parfois, tremblant d’une fureur contenue, il baisse encore le ton – voix sourde, presque chuchotée et les commandants, alors, se taisent, retiennent leur souffle : visage tendu vers lui, terriblement concentrés.

A la fin de la réunion, il cède la parole à un vieux chef qui se lève, voûté sur son bâton de marche, pour dire que les Taliban sont peut-être les « enne­mis de Dieu », mais que ce sont surtout les « amis des communistes » – et c’est lui qui, maintenant, écoute : assis à son tour, l’air soudain très juvénile face à cet aîné qui le corrige ; il a, aux lèvres, un sourire énigmatique.

Puis il laisse la place à un autre vieillard, un mollah, peut-être celui de la mosquée, qui entonne, à pleins poumons, le chant du muezzin : et voilà tous les commandants qui, avec lui, leur arme posée à terre, le front dans la poussière, se mettent à prier – et, dehors, autour des Toyota, les hommes d’escorte font de même.

Est-ce la solennité du lieu ? L’éclat sombre des visages ? Est-ce ce côté « conteur oriental » et le contraste qu’il forme avec l’étrange silence d’hier ? Toujours est-il que ce second Massoud dégage une force plus grande encore – d’autant plus grande, peut-être, qu’elle semble arrachée à un fond de poignante mélancolie. On le sent, d’ailleurs, qui transmet cette force. On sent les hommes, épuisés, qui, en l’écoutant, reprennent courage. Massoud chef de guerre, exaltant son armée des ombres. Massoud, le Commandant, réveillant ses « clochards épiques ». La chance, pour une résistance, d’avoir un Massoud. Cet autre mystère d’iniquité qui offre à tel peuple, et pas à un autre, l’insigne privilège de s’incarner dans un Massoud.

Un autre Massoud encore. Détendu. Presque jovial. Nous sommes – c’est le même soir – à Jabul Saraj, non loin des premières lignes, dans une ancienne base militaire qui lui sert de QG local et où il aime bien faire halte, les soirs comme celui-ci, quand la situation des fronts est trop tendue pour qu’il retourne jusqu’à sa maison du Panchir.

La pièce est modeste. La lumière, pauvre. Il dîne d’une pomme, d’un peu de pastèque, d’un thé, de quelques amandes.

« Pourquoi, lui ai-je demandé, avoir insisté, tout à l’heure, au col de Salang, sur le rôle des Pakistanais.

— Parce qu’ils sont au cœur de cette guerre. Ils la financent. Ils la fomentent. Ils ont un inté­rêt vital à faire de l’Afghanistan une sorte de protectorat qui multiplierait par deux, en cas d’affrontement avec l’Inde, leur profondeur de champ stratégique – et c’est pour cette raison qu’ils ont inventé les Taliban.

— N’est-ce pas un peu facile de réduire un phénomène de cette importance à une pure manipulation étrangère ?

— C’est la réalité. Il y a des instructeurs pakistanais à Kaboul. Des officiers pakistanais sur le terrain. Nous avons même, à Mazar i Sharif, capté par radio, à la veille de la reddition, des conversations en urdu. Et le million de dollars donnés au commandant de la ville en échange de cette reddition, d’où croyez-vous qu’il venait sinon, encore une fois, des services secrets pakistanais – peut-être associés, il est vrai, aux services spéciaux saoudiens ?

— Est-ce que vous n’avez pas, vous aussi, commis des erreurs ? Est-ce que, si l’Afghanistan en est là, ce n’est pas, également, la faute des chefs de la résistance à l’Armée rouge qui, une fois venus au pouvoir, se sont entrebattus et discrédités ? »

Massoud s’apprête à répondre : mais sans entrain – je vois bien qu’il est harassé et que ce genre de questions, ce soir, lui pèse. C’est alors qu’apparaît, introduit par son aide de camp, un gros personnage enturbanné qui se présente comme un marchand sorti, le matin même, en autobus, de Kaboul et venu lui apporter, donc, des nouvelles fraîches de la ville.

Massoud connaît cet homme.

C’est même, si je comprends bien, une sorte d’ami de sa famille qu’il n’a plus revu depuis longtemps, mais avec lequel il se sent en confiance.

L’ami de la famille ôte son turban.

On lui apporte du thé, une assiette de fruits secs et de bonbons.

Et le voici qui, tirant de sa poche une liasse de papiers griffonnés, se lance, mi-lisant, mi-impro­vi­sant, dans un long récit, tout en truculences et rebondissements, où il est question d’abord de lui, des dix-sept enfants qu’il a laissés là-bas, de ses quatre femmes, de la quatrième surtout, la plus jeune, et de la façon dont, malgré ses soixante-dix-sept ans, il est encore capable de l’honorer – et puis de Kaboul surtout, de la vie quotidienne dans la ville occupée, de la lassitude des habitants, de la bêtise des Taliban : « sais-tu qu’ils interdisent les cerfs-volants ? et les oiseaux en cage ? et les colombes en liberté ? et les représentations des bouddhas de Bamyan ? sais-tu qu’ils font la chasse aux radios, aux télés et que, depuis qu’ils ont découvert que les plus ingénieux arrivent à trafiquer des antennes avec des roues de bicyclette, ils se sont mis à fouiller partout, dans les caves, dans les cours, sur les terrasses, pour confisquer les bicyclettes ? »

Puis, s’arrêtant une seconde pour s’éponger le front, souffler et mesurer l’effet produit :

« Et le Coran ! Ah le Coran ! J’ai rencontré, l’autre jour, un de ces “étudiants en théologie” qui venait de condamner à quarante coups de fouet un type soupçonné de s’être taillé la barbe. J’ai fait l’imbécile. J’ai dit ”je suis un vieux marchand illettré et je voudrais juste vous demander le sens exact de cette interdiction de se tailler la barbe”. Eh bien sais-tu ce qu’il m’a répondu ? Rien ! Il a eu l’air affolé et il a bafouillé que rien, il ne savait rien, il fallait demander au mollah Omar ! Ah ! Ah ! Ah ! Ces étudiants sont des ignorants – ma dernière femme, à vingt-cinq ans, en sait plus qu’eux sur les saints commandements… »

La scène ravit Massoud.

Le marchand, semble-t-il, a d’autres histoires dans son sac – à commencer par une affaire de commandants talibans sur le point de trahir Kaboul et de passer de son côté. Mais soit qu’il n’ait pas confiance dans la fiabilité de l’informateur, soit qu’il redoute un piège et ne veuille pas trop montrer son inté­rêt, soit que, encore une fois, il ait d’abord envie, ce soir, de se détendre et de rire, il fait répéter les noms des trois commandants, demande s’ils ont eu des liens, dans le passé, avec son vieil adversaire Gulbuddin – mais c’est pour revenir, très vite, au reste du récit : la bouffonnerie des Taliban, qui le met en joie.

Un autre Massoud, oui, inattendu – le contraire du cliché, l’envers de l’image officielle : heureux comme un enfant, les yeux brillants, ponctuant de « han ! » et de « ho ! » les moments les plus cocasses du récit du marchand.

Une autre image, surtout, des Taliban : régime terrible certes, mais aussi grotesque ; meurtrier mais ubuesque ; que dire d’une dictature qui fait rire autant que trembler ? et n’est-ce pas la première bonne nouvelle du voyage – un fascisme qui, pour une fois, cesserait d’exercer sur ses victimes sa trouble fascination puisqu’il leur livre, dans le même récit, sa version tragique et sa version farce ? Le « Hitler était une femme » de Malaparte. Cette « comédie des Taliban » selon Massoud…

Je l’attendais à la maison d’hôte.

Mais comme l’heure tournait, qu’il ne se décidait pas à arriver et que je le sentais, au fond, peu désireux de me répondre sur les « erreurs » commises, par lui et les siens, dans les années qui ont suivi la défaite des Soviétiques, j’ai convaincu l’« ingénieur Ishak », mon vieux complice de l’époque des « radios libres pour le Panchir », de me conduire ici, chez lui, dans cette maison de village, encaissée dans la vallée, où il vit, en principe, avec sa famille mais où je le retrouve, une fois de plus, entouré de moudjahiddines.

Ce sont les commandants du Panchir, cette fois-ci.

Ce sont, descendus des montagnes voisines, les cent chefs de guerre qui, aux heures les plus noires des deux guerres – la guerre contre les Soviétiques, puis contre les Taliban –, l’ont aidé à tenir bon.

Et, de loin, en les voyant tous, debout, dans le jardin, se presser autour de lui, se saluer, se mettre, en signe de respect, la main droite sur le cœur, s’étreindre en silence, s’incliner, on croirait un ballet, ou une Cour, ou même une fête – sauf qu’au lieu d’une tasse à la main chacun a un bout de papier qu’il soumet à la signature du « chef » : l’un demande des nouveaux souliers pour ses soldats ; l’autre veut une relève ; un autre en a assez d’être dans les montagnes et voudrait voir son unité monter en première ligne ; un autre encore sollicite, pour un de ses artilleurs, la permission d’aller rendre visite à sa famille en Iran ; un cinquième vient s’assurer que le code coranique prescrit la lapidation des voleurs et Massoud, cette fois, ne signe pas – ce musulman des Lumières, ce démocrate, soutient que la lapidation est une forme archaïque et barbare de sanction pénale ; un autre enfin se plaint de n’avoir pas suffisamment de canons et Massoud, en professionnel de la guerre, suggère une disposition des pièces existantes qui augmentera leur puissance de feu sans qu’il soit nécessaire d’en rapporter ; et quant à moi, puisqu’il semble qu’il faille, pour l’approcher, un papier à parapher, je griffonne le mien : « une réponse… je demande au commandant Ahmed Shah Massoud une réponse, une toute petite réponse, sur les erreurs commises pendant les années de pouvoir à Kaboul, etc. ». Massoud rit, il demande quelques minutes de patience. Et, les commandants partis, reprend la conversation.

« Mes erreurs, donc ? La première est de m’être trompé sur l’évolution politique du Pakistan : j’ai pensé que les militaires passeraient la main, que les civils reprendraient durablement le pouvoir et que, avec eux, je m’entendrais. »

Toujours l’obsession du Pakistan…

« Et puis j’en ai commis une seconde, probablement plus grave… »

Il le dit à regret ; je sens qu’il hésite.

« C’était une erreur “démocratique”. C’est l’erreur qui consistait à trop scrupuleusement respecter, après la victoire, l’équilibre des courants qui avaient constitué la résistance. Mais imaginez un instant que je ne l’aie pas fait. Imaginez, puisque c’est moi qui, après tout, avais libéré Kaboul des communistes, puis barré la route aux fondamentalistes de Gulbuddin Heykmatiar, que j’aie pris, seul, le pouvoir. C’est la guerre qui reprenait. C’est le bain de sang qui se poursuivait. »

Je pense à la très belle image, dans le film de Ponfilly, où on le voit, ministre des Armées – étranger parmi les autres ministres, la tête manifestement ailleurs et, pourtant, partageant le pouvoir avec eux, pactisant.

« Aujourd’hui ? Qu’est-ce qui prouve que vous ne feriez pas la même chose aujourd’hui et que, si vous chassiez les Taliban de Kaboul, vous ne vous associeriez pas, encore, à des politiciens sans âme, sans morale ? »

Il sourit.

« La situation a changé. Gulbuddin est en exil à Téhéran. Rabani – que je respecte – est vieux et n’est plus inté­ressé par le pouvoir. Alors… »

Il fait un geste de la main, pour dire : « je suis le dernier, il ne reste plus que moi ». Et je songe, moi, à de Gaulle dont je sais qu’il l’admire – je songe à ce moment, toujours si beau, dans la biographie d’un résistant où l’on se dit : « voilà, je suis seul maintenant, je ne m’autorise que de moi-même ; c’est moi qui m’élis, moi qui choisis d’être de Gaulle… » En est-il là ? A-t-il vécu son 18 juin intérieur ? A-t-il résolu, quoi qu’il en coûte, de ne plus transiger avec quiconque ? Comme s’il devinait mes pensées, il enchaîne.

« La vraie question c’est les Taliban. Guerre totale ou pas guerre totale contre les Taliban ? Je vais vous raconter une histoire… »

Arrive un commandant retardataire, porteur de mauvaises nouvelles des fronts du Nord : mouvements de troupe à Mohammadabad ; les Iraniens s’agitent et risquent de compliquer le jeu. Je redoute que l’interruption ne lui fasse perdre le fil, ou changer d’avis. Mais non. Il reprend.

« Il y a quelques mois, j’ai parlé par satellite à leur chef, Mollah Omar, autoproclamé “émir des croyants”. Je lui ai dit : “organisons une rencontre d’ulemas pour nous départager et faisons ensuite des élections, j’en accepte d’avance le verdict”. Sur les élections, Mollah Omar m’a tout de suite dit “non, les élections ce n’est pas dans l’islam”. La rencontre des ulemas, en revanche, a eu lieu au Pakistan – mais, au bout de quelques jours, il a rappelé ses gens sous un prétexte fallacieux. Alors c’est compliqué, n’est-ce pas ? Car que fallait-il souhaiter, dans le fond ? Pactiser, non. Je ne veux plus jamais pactiser ni consentir à des compromis. Mais dialoguer, tenter d’arrêter les massacres en dialoguant – ce n’est pas un projet si dérisoire… »

Le soir tombe sur le Panchir. On n’entend plus, au-dehors, que le bruit d’un combat de chiens, dont la montagne amplifie l’écho. Il fait frais. Massoud rêve et se tait. Un petit garçon sort de la maison, vient cueillir un pétunia et joue près de son père. Seigneur de la guerre, vraiment ? Amoureux de la guerre et de ses rites ? De Gaulle encore. Je lui cite Malraux et son mot fameux sur l’art de « faire la guerre sans l’aimer ».

« C’est mon cas, répond-il, une pointe de nostalgie dans la voix. Je n’aime pas la guerre, moi non plus. Je la fais depuis vingt ans, mais je ne peux pas dire que je l’aime. »

Je lui objecte qu’il n’a fait que cela toute sa vie – est-ce qu’elle ne l’a pas changé, à force, cette guerre ? irrémédiablement transformé ? est-ce qu’il est certain de savoir, le jour venu, s’occuper à autre chose ?

« Vous voulez connaître mon rêve le plus cher ? Ce serait de retrouver, dans un Afghanistan en paix, le métier d’ingénieur que je n’ai jamais vraiment exercé. Ce peuple est si extraordinaire ! Si courageux ! Est-ce que ces vingt années de guerre m’ont changé ? C’est lui, mon peuple, qu’elles ont métamorphosé. Mais en bien. Elles l’ont hissé au-dessus de lui-même. Elles lui ont permis, à travers la souffrance et la résistance, de se transcender. J’aimais mon peuple, avant. Maintenant, je l’admire. Et mon rêve le plus cher serait de contribuer, avec lui, pour lui, à la reconstruction d’un Afghanistan libre. »

Un peuple que l’Histoire ennoblit ? Oui, dit-il. Le peuple afghan. La preuve par le peuple afghan. L’autre leçon, encore, du commandant Massoud.

Infatigable Massoud. Hier cette rencontre des commandants du Panchir… Avant-hier celle de Salang… Aujourd’hui, de bon matin, ce conseil des anciens dont il préside la réunion, dans un faubourg de Bosorak, au cœur du Panchir profond, à dix minutes, à pied, du bazar – paysage d’arbustes et de roseaux, maisons de pisé, pont au-dessus du ruisseau fait avec des débris de chenille de char, galettes de bouse de vache séchant dans les cours des maisons et puis, au bout du chemin, en plein champ, une petite mosquée, très fraîche, avec, devant la porte, un désordre de chaussures.

Je lui trouve, au premier regard, l’air plus las que la veille. Moins présent. J’ai le sentiment d’une imperceptible distance quand viennent le saluer, un à un, en grande cérémonie, avant d’entrer dans la mosquée, les vieux de la vallée. Mais arrive le moment d’y entrer à son tour et de prendre la parole, arrive le moment du prêche auprès de cette nouvelle assemblée de personnages qui représentent, cette fois, les autorités civiles, politiques, de la région et la voix s’élève à nouveau, mélodieuse, claire, comme à Salang : cette voix de barde qui captivera quatre heures durant – quatre heures ! l’art du temps comme nerf de la guerre, chez Massoud ! – l’auditoire des barbes blanches.

« Le pire est derrière nous, leur explique-t-il. Les traîtres ont trahi. Les corrompus ont mené leur guerre de corruption. Reste une armée assainie. Reste une belle et bonne armée qui va, je vous le promets, passer maintenant à la contre-attaque. »

Puis, au malek d’un village voisin, héros de la guerre contre les Soviétiques, qui se lève pour dire qu’il souhaite retourner au front mais que ses fils le lui interdisent :

« Reste où tu es, malek. Nous avons assez de commandants. Nous avons même assez d’armes. Ce qu’il nous faut, maintenant, ce sont des munitions. Sais-tu que c’est faute de munitions que, il y a deux ans, nous avons dû battre en retraite à Kaboul ? »

Puis encore, en réponse aux quelques mots qu’il m’a fait l’honneur de me demander de prononcer et où j’ai dit combien j’admirais, bien sûr, son héroïsme et celui de ses combattants – mais aussi que seule une résistance unie, surmontant ses divisions tribales ou de personnes, aura peut-être, un jour, le soutien de l’Occident :

« Ce temps-là, aussi, est révolu. C’en est fini de ces divisions. Savez-vous que l’autre soir, à Salang, il y avait, dans l’assemblée, pour m’écouter, moi, le Tadjik, un tiers de commandants pachtouns ? est-ce que ce n’est pas la preuve que nous avons surmonté cette fatalité de la division ? »

Et, à l’assemblée des barbes blanches à nouveau :

« Nos commandants sont les héros de l’Afgha­nistan. Ils portent son nom. Ils feront son unité. Dites-leur – c’est votre rôle – qu’un Afghanistan désuni c’est comme un mulet aux pattes raides. Désunis, nous mourrons. Unis, nous gagnerons – et le monde, sachez-le, volera à notre secours. »

Croit-il à ce qu’il dit ? Et quelle est la part, dans son assurance, du souci – toujours le même – d’alimenter la foi des partisans ? Sur le désir d’unité, oui, bien sûr, il est sincère : Massoud est, aujourd’hui, le seul homme d’Etat digne de ce nom en Afghanistan. Sur sa confiance dans la détermination des nations à l’appuyer, les choses sont, en revanche, moins claires : et c’est ce qui ressort de la suite de notre dialogue quand, la réunion terminée, nous rentrons ensemble à Bosorak.

Lui : beaucoup moins optimiste qu’il n’a voulu le dire en public, quant à la « vertu » de l’Occident.

Moi : sentiment que l’Amérique est en train de prendre, tout de même, la mesure du danger taliban.

Lui : de quelle Amérique parlons-nous ? celle des droits de l’homme ou celle des compagnies pétrolières qui ne songent qu’à leur pipe-line menant le pétrole turkmène au Pakistan ?

Moi : difficile d’imaginer le monde laissant une affaire de pipe-line décider du sort d’un pays ; n’a-t-on pas, d’ailleurs, prouvé le contraire en bombardant, au cœur du territoire taliban, la cachette du terroriste Ben Laden ?

Lui : qui sait ce qui pèse le plus lourd, du pétrole ou des valeurs démocratiques ? et quant à Ben Laden, voulez-vous une autre information ? il habite à Kandahar, dans la même rue – les Américains le savent – que Mollah Omar, le chef suprême des Taliban ; en sorte que lorsqu’on bombarde, cent kilomètres plus loin, un camp de réfugiés où il n’a peut-être jamais mis les pieds, on se moque du monde en général et de nous, les Afghans, en particulier…

Alors optimiste ou pessimiste ? Difficile à démêler. Je pense à Alija Izetbegovic auquel il ressemble par tant de traits et dont je me demande s’il ne partage pas l’une des convictions premières : l’Occident ne secourt jamais que des vainqueurs ; il faut que les victimes s’aident elles-mêmes, rompent le silence des agneaux – alors seulement il s’avisera que ce sont ses valeurs qu’elles défendaient.

« On va la gagner, cette guerre », nous avait dit le Président bosniaque, une nuit, à Sarajevo, alors que les obus serbes tombaient comme jamais sur la ville. N’est-ce pas ce que dit, aussi, Massoud ? N’est-ce pas le sens, contre toute attente, de tout ce que je vois et entends depuis que je suis ici ? Et n’est-ce pas le principal enseignement d’un voyage commencé sur l’air du préjugé – « Massoud le mélancolique, acculé dans son réduit du Panchir, aux abois, déjà mort… » ?

Que Massoud puisse la gagner, cette guerre, qu’il s’apprête peut-être, tout seul, sans notre aide, à faire reculer les Taliban, c’est le lendemain, sur la ligne de front, au-dessus de la plaine de Kuhestan, que j’en ai eu la plus vive intuition.

Nous sommes partis, à nouveau, de Jengalak.

Nous avons repris cette fameuse route du Panchir dont les partisans aiment dire qu’elle est comme un saillant planté, en direction de Kaboul, au cœur de l’Afghanistan.

Arrivés au bout de la vallée, nous avons emprunté une autre route, il faudrait dire une piste, dont je ne n’aurais jamais soupçonné l’existence et qui, creusée entre roc et ravin, remonte, à flanc de montagne, jusqu’au plateau.

Et, sur le plateau donc, à l’endroit où la piste s’arrête pour céder la place à la tranchée, sur cette vaste étendue nue, battue par les vents et les tourbillons de terre et de poussière, nous avons retrouvé une dernière fois Massoud.

Il porte un grand sari blanc immaculé sur lequel il a passé un blazer bleu marine à boutons dorés.

Il court d’une tranchée à l’autre, d’un groupe de soldats au suivant, avec une énergie un peu folle, comme s’il dansait.

« Ah, vous êtes là ? venez avec moi. »

A l’une des unités, il dit que ses pièces de défense antiaérienne visent trop bas.

A l’autre, plus exposée qu’il ne pensait, il montre, la pelle à la main, comment dégager l’accès d’une casemate et comment, surtout, accuser la pente que devront gravir, s’ils attaquent, les Taliban.

A la troisième, celle qui est postée le plus en avant à la pointe de l’éperon, il fait un véritable cours de pose et de dissimulation des mines en terrain rocailleux.

Auprès de toutes, en fait, il se livre à cet exercice étonnant qui révèle le grand joueur d’échecs en même temps que le poète ou, si l’on préfère, le stratège doublé d’un tacticien de génie : imaginer l’attaque adverse, presque la jouer à sa place – conjurer le pire en le simulant.

« Car l’ennemi est là, dit-il en me tendant une paire de jumelles. Regardez. Sur la montagne. Au-delà de la plaine. Ils ont essayé, l’an dernier, de reprendre la position. Ils y sont restés huit jours. Depuis, nous la tenons. »

Et, voyant que je m’étonne d’une position si avancée, et si solide, au-delà de ce « bastion » du Panchir où il est supposé, aux yeux de la presse occidentale, s’être replié et suffoquer, il se moque :

« Ça c’est votre illusion. La réalité c’est que nous n’en sommes plus là, depuis longtemps. Nous sommes, depuis plusieurs mois déjà, sortis de notre forteresse. Vous ne voyez pas ? Vous ne me croyez pas ? Tenez. Prêtez-moi votre carte… »

Il étale la carte sur le sol de la tranchée, s’agenouille.

« Regardez. Nous sommes là. Toute cette zone, là, est à nous… »

Il marque l’est du pays, depuis le nord du Badakhshan jusqu’au sud du Kapisa.

« Cette zone aussi… »

Il grise la partie centrale, à l’ouest de Bamyan.

« Ici ce sont les Chiites, mais ils sont avec nous. Là (il montre le Nouristan) c’est Haji Qadir et ses Pashtouns – avec nous, également. Là encore (l’axe qui va de la Kunar à Jalalabad) nous coupons la route quand nous le voulons. Et quant au reste (geste vague), les Taliban sont, bien entendu, chez eux dans les régions de Kandahar, Paktia, Zabul, Helmand et Wardak. Mais, ailleurs, ils sont dans une situation semblable à celle, jadis, des Soviétiques : ils occupent les routes, les nœuds de communications, les villes – mais sortez de là, entrez dans le pays profond, vous verrez qu’ils n’ont plus le contrôle des villages ni le soutien des populations. »

Là-bas, sur l’autre montagne, la lueur brève d’une mitrailleuse. Plus loin, dans le ciel, le ronronnement d’un moteur d’avion qui met les hommes en alerte. Massoud se redresse. Tend l’oreille. Il fait à son artilleur un clin d’œil qui veut dire : « ce canon qui visait trop bas – il était temps de rectifier, n’est-ce pas ? » Il sait que son destin se joue là, ces jours-ci, dans cette tranchée ou dans une autre mais que, moralement, il a gagné. Il hausse les épaules. Il sourit. Puis il époussette son sari et, debout sur le plateau désert, fixe les nuages – et attend.

Bernard-Henri Lévy – Le Monde du 13 octobre 1998


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