Le 11 octobre 2007 : Bernard-Henri Lévy célébrait la mémoire d’Anna Politkovskaïa

anna politkovskaia 2Le 7 octobre 2006, Anna Politkovskaïa, qui travaillait pour le journal d’opposition Novaïa Gazeta, était tuée par balle dans le hall de son immeuble à Moscou. Bernard-Henri Lévy, quelques heures après son assassinat écrivait, au sujet de la journaliste et les circonstances de sa mort, dans son bloc-notes : « L’assassinat d’Anna Politkovskaïa, de sang-froid, en plein Moscou, est à la fois une tragédie et un signe. Une tragédie parce que cette journaliste de talent, ce témoin des guerres tchétchènes, cette femme admirable qui est allée des dizaines de fois à Grozny pour rendre compte des massacres de civils, ce témoin vivant d’un esprit de dissidence redevenu, comme dans les années Brejnev, le cauchemar du régime, manquera cruellement à la Russie et au monde. Et un signe parce qu’elle est le septième journaliste éliminé dans des conditions, sinon semblables, du moins également suspectes au cœur d’une Russie supposée rouverte à la démocratie, aux droits de l’homme, à l’information, à la presse libre. Honte à Poutine. Honte à son régime assassin. Et honte à ceux qui, en Europe, argueront de notre « dépendance vis-à-vis du gaz russe » pour ne pas trop tancer le kagébiste devenu président. Relire d’urgence les textes des premiers surréalistes moquant l’ambassadeur Claudel prêt, pour de « grosses quantités », non de gaz, mais de « lard », à courber l’échine devant la dictature. » (bloc-notes du Point du 12 octobre 2006).

Le 11 octobre 2007, à la date-anniversaire de la mort d’Anna Politkovskaïa, BHL, toujours dans son bloc-notes, nous rappelait : « Un an déjà… Un an qu’Anna Politkovskaïa, l’honneur de la presse russe, a été assassinée, en plein Moscou, dans l’escalier de son immeuble. Et un an que Vladimir Poutine, non content de ne pas bouger, non content de se moquer du monde en feignant de diligenter une enquête dont tout indique qu’il l’a enterrée, non content, en un mot, de ressusciter les vieilles méthodes kagébistes dont il fut, dans sa jeunesse, un bon expert, a le culot, la goujaterie, l’incroyable cruauté de répéter, chaque fois qu’on l’interroge : « son meurtre me nuit davantage que ses articles » – manière de dire aux Occidentaux qu’ils font grand cas d’une femme qui n’avait, en réalité, aucune influence chez elle.

Eh bien, je crains que Monsieur Poutine ne se trompe. Et j’ai envie de lui rappeler le mot d’un chef de gouvernement nommé Georges Clémenceau : « qui se souviendra du nom du président du Conseil du temps où Monet peignait ses « Nymphéas » ? » Ou mieux, celui de l’ancien champion d’échecs Gary Kasparov, qui, le sachant ou non, ne dit rien d’autre : « aujourd’hui, c’est la célébration officielle de l’anniversaire de Poutine ; mais, dans quelques années, les gens se souviendront surtout de cette date pour la mort d’Anna. » (bloc-notes du Point du 11 octobre 2007)

7 octobre 2012.  Valdimir Poutine fête ses soixante ans. Six ans qu’Anna Politkovskaïa a été assassinée et que son meurtre n’a toujours pas été élucidé.

Laurence Roblin


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