Bernard-Henri Lévy

L’art de la philosophie ne vaut que s’il est un art de la guerre...

Philosopher contre Hegel et les néo­hégéliens. Philosopher contre l'inter­prétation pré-Bataille, et pré-Collège de sociologie, de la politique de Nietzsche. Philosopher contre le néo-platonisme et son démon de l'absolu. Philosopher contre Bergson et son avatar, justement, deleuzien. Philosopher contre la volonté de pureté, ou de guérir, dont j'ai démontré ailleurs qu'elle est la vraie matrice de ce qu'on a appelé, trop vite, les totalitarismes et qu'une guerre conceptuelle bien menée permet de mieux nommer. Philosopher pour nuire à ceux qui m'empêchent d'écrire et de philosopher. Philosopher pour empêcher, un peu, les imbéciles et les salauds de pavoiser. Philosopher contre Badiou. Philosopher contre la gidouille Zizek. Philosopher contre le parti du sommeil, des clowns ou des radicalités meurtrières. Pardon, mais c'est la vérité. Chaque fois que j'ai, depuis trente ans, fait un peu de philosophie c'est ainsi que j'ai opéré : dans une conjoncture donnée, compte tenu d'un problème ou d'une situation déterminés, identifier un ennemi et, l'ayant identifié, soit le tenir en respect, soit, parfois, le réduire ou le faire reculer. Guerre de guérilla, encore. Harcèlement. Et à la guerre comme à la guerre.

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La Une de Marianne, ce 23 avril : pro ou anti BHL ?

Marianne

BHL MARIANNE 23 AVRIL 2011Demain, on m’annonce que l’hebdomadaire « Marianne« , dirigé par Maurice Szafran,  fait sa « une » sur « BHL chef de guerre » et consacre son éditorial (sous la plume de Jacques Julliard), ainsi qu’un dossier-événement de 14 pages, au rôle exact de BHL. La diplomatie secrète du plus célèbre des intellectuels français dans la guerre de Libye est racontée par le menu. Reconnaissance du Conseil National de Transition libyen début mars… Présentation des insurgés – les « Massoud libyens » – à Nicolas Sarkozy… Les aller-retours, depuis, entre Paris et Benghazi, la capitale de l’insurrection où BHL aide les généraux antikadhafistes à mettre au point la suite de leur stratégie en attendant les officiers de liaison de la Coalition… Préparation du voyage annoncé du chef de l’Etat français en soutien de la rébellion de Benghazi… Joseph Macé-Scaron raconte tout cela. Il narre les 8 semaines du marathon diplomatique secret du philosophe qui est devenu, en quelques semaines, le ministre de la Défense et des Affaires étrangères bis…

Evidemment, le « flamboyant philosophe » dépeint par Newsweek fait des jaloux, surtout sur les rives de la Seine (plus en tout cas qu’à New York !), et certains prennent la plume dans ce dossier, comme le polémiste Michel Onfray, pour dénoncer sa supposée « complicité avec les pouvoirs ».  Jean-François Kahn (le cofondateur du journal) s’interroge sur sa conception de la guerre, dans une chronique enlevée. D’autres intellectuels français, beaucoup d’autres, saluent, toujours dans ce même numéro de « Marianne« , son courage et sa fidélité à quelques principes.  L’historien Alexandre Adler (du Figaro) écrit que, sans BHL, ni la France ni les alliés n’auraient sans doute rien entrepris pour remplir leur devoir de protection des civils assiégés. Il a des soutiens beaucoup plus inattendus, comme celui d’un vieil ennemi, le philosophe catholique Paul Thibaud qui écrit que BHL « a eu raison de décréter l’urgence pour Benghazi ». Marcel Gauchet, l’influent patron de la revue Le Débat, n’est pas contre non plus. Et Alexis Lacroix conclut le tout dans une fresque historique sur l’engagement des intellectuels où il rappelle que, depuis Chateaubriand, au début du XIXè siècle, jamais un écrivain n’avait réussi à se muer en commandant en chef d’une opération militaire. Ni à s’immiscer dans la machine de décision de l’Etat. Pour le journaliste, BHL fait vivre la grande tradition antifasciste. Il le qualifie même de « kantien » ! Tout un programme…A lire, donc, dès ce samedi 23 avril.

Liliane Lazar

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