La traduction française de l'article du Haaretz du 26 août 2011 "Bernard-Henri Lévy between philosophy and diplomacy"

BHLLorsque il y a quelques mois Bernard-Henri Lévy a publié son livre De la guerre en philosophie, il ne pouvait pas imaginer qu’il allait devenir le conseiller de guerre officieux du président français.

Début mars, le philosophe s’est rendu en Libye au moment même du soulèvement contre Muhammar Kadhafi , et s’en est retourné choqué par la destruction et la cruauté dont il a été témoin. C’est ce qui l’a conduit à se rendre au Palais de l’Elysée afin de convaincre le président Nicolas Sarkozy d’accepter de rencontrer les représentants du fragile conseil révolutionnaire. Après les efforts sans relâche de Bernard-Henri Lévy, Sarkozy et les Britanniques ont constitué une coalition qui, mandatée par l’ONU, a permis d’aider à mener à bien le renversement de Kadhafi cette semaine.

Quelques semaines plus tard, les forces françaises ont commencé à attaquer la Libye, provocant la consternation parmi les diplomates et officiers français. L’implication directe de Bernard-Henri Lévy – l’universitaire que bon nombre de personnes de gauche adorent détester – n’a fait qu’aiguiser la critique. Quant aux médias, l’impression que Sarkozy s’est laissé entraîner un peu trop rapidement par son ami philosophe dans une aventure dangereuse les a particulièrement perturbés.

Beaucoup se sont souvenu de l’accueil impressionnant, avec tapis rouge, que le président français a réservé à Kadhafi en décembre 2007, allant jusqu’à faire fermer certains lieux de la ville des lumières afin que le tyran puisse flâner le long de la Seine. Dans les éditoriaux, Sarkozy était surnommé « Super Rambo », et  Bernard-Henry Lévy « l’expert en tout domaine » ou « le vieux nouveau philosophe », ses idées étant raillées, considérées par les critiques comme obsolètes et dangereusement réactionnaires.

Cela n’a pas dissuadé Sarkozy, pas plus que Bernard-Henri Lévy, qui a vigoureusement défendu « le droit d’ingérence » afin d’empêcher les crimes contre l’humanité, et qui a rappelé à chacun le terrible massacre du Rwanda pendant lequel la France, comme le reste du monde, a fait preuve d’une indifférence criminelle. Afin de s’assurer que cette question ne se serait pas rayée de l’ordre du jour international, Bernard-Henri Lévy est retourné en Libye afin d’écrire quelque chose au sujet des rebelles.

Il tenait beaucoup à ce que nous publions ses rapports en hébreu dans Haaretz, et nous l’avons fait avec plaisir. Alors que l’intérêt public paraissait faiblir en Libye, il nous a appelés pour nous rappeler à quel point cette affaire était importante. Bernard-Henri Lévy nous a appelés à 23 heures, et nous a demandé « Les Israëliens s’intéressent-ils toujours à la Libye ? ». Il a été contrarié – et surpris – que nous répondions par la négative.

Cet été, Bernard-Henri Lévy s’est rendu en Israël et a rencontré les membres des hautes instances gouvernementales. Venu leur parler de la Libye, il a été surpris de découvrir qu’ils s’intéressaient davantage à ce qui arrivait à son ami Dominique Strauss-Kahn plutôt qu’à Kadhafi. C’était l’autre événement important de la semaine écoulée, et, là encore, le philosophe français se trouvait du côté des vainqueurs.

Bernard-Henri Lévy a pratiquement été le seul intellectuel de notoriété publique à se tenir en dehors du camp de ceux qui condamnaient Strauss-Kahn avant qu’il n’ait été jugé. Il l’a fait avec tant de ténacité et d’énergie qu’il s’est attiré d’innombrables critiques. La chef de l’opposition de Kadima, MK Tzipi Livni, invitée avec lui à un dialogue public à l’Université de Tel-Aviv, l’a sévèrement attaqué.

Cette semaine, une cour de justice américaine a donné raison à Bernard-Henri Lévy en décidant d’abandonner les charges contre Strauss-Kahn. On peut se demander ce qu’il se serait passé si Bernard-Henri Lévy s’était acheté un ticket de loterie cette semaine. Il aurait très certainement gagné.

Sefi Hendler


Tags : , , , , , , , , ,

Classés dans :

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>