La performance de BHL sur les planches de l’Europe (La Libre Belgique)

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Le monologue puissant, profond, éclairé du philosophe a ému Bruxelles.

 

Deux heures intenses, un texte subtil, percutant, écrit au cordeau, une mise en scène simple, sobre mais efficace et, sur les planches, une silhouette noire, blanche et grise, un homme passionné, passionnant, concentré, tendu vers un objectif : la défense de l’Europe menacée de toutes parts. Bernard-Henri Levy s’est lancé un nouveau défi. Encore ? Oui mais cette fois le BHL est acteur, lecteur, comédien. Pour le plus grand bonheur des spectateurs du théâtre “Le Public” venus découvrir jeudi soir son seul en scène “Looking for Europe”.

Confiné dans une chambre d’hôtel à Sarajevo, un intellectuel planche sur le discours qu’il doit prononcer. Quelle ligne suivre ? Faut-il partir de la mythologie grecque, de la philosophie allemande, voire des rues de Bruxelles, le berceau de l’universalisme du cosmopolitisme ? Le philosophe emmène les spectateurs dans une Europe aux prises avec ses démons : le populisme, le nationalisme, l’antisémitisme, l’extrémisme. Comment sortir du noir dans lequel les Orban, Salvini l’ont plongée ?

Habilement, Bernard-Henri Lévy a “belgicisé” son texte. Tout au long de sa réflexion, il emprunte à notre passé, à notre actualité les signes tangibles qui font planer sur l’Europe, sur notre pays cette ombre désolante du populisme : “De Vévair” et sa frénésie identitaire, “Jean Jambon”, “Francken”, “Tom Van Grieken” hantent la réflexion de l’intellectuel qui cherche, mais en vain, les Dante, Goethe, Vaclav Havel, Husserl d’aujourd’hui. Où sont-ils, que font-ils ? Qui porte aujourd’hui l’esprit de Spinoza ?

La performance de BHL est remarquable. Elle est intellectuelle, elle est physique aussi : BHL jette dans ce monologue toutes les forces de son être pour rendre l’Europe désirable. Mission quasi impossible alors que, dans les pays, gilets jaunes et chemises brunes défilent pour anéantir le rêve de paix, de prospérité des pères fondateurs. Il y a des moments de grâce et de gravité. Il y a de l’humour aussi. Il y a de la caricature ou des exagérations: parfois son envie de Belgique est telle qu’il la décrit comme le pays idéal, où le chaos crée l’harmonie. Il n’est pas très utile non plus qu’il se jette tout habillé dans une baignoire remplie d’eau.

On se surprend à rêver quand il répartit les rôles d’un futur gouvernement européen : Rushdie à la laïcité, Houllebecq aux droits des animaux, Goethe aux Beaux-Arts, Kafka à l’absurde, Sartre à l’Être, Pessoa au néant, Semprun à la mémoire, Rosa Luxembourg à la défense, Virginia Woolf à la santé, la jalousie à Proust, les finances à Mère Teresa. Et BHL ? Inapte, paraît-il.

BHL était à Milan il y a quelques jours. Il sera à Amsterdam lundi prochain. Suivront d’autres villes d’Europe, 28 au total. La pièce est jouée en français ou en anglais, avec sous-titrage électronique dans la langue du pays d’accueil. Toutes les dates sont déjà “sold out”, comme le fut, en quelques instants, la salle du “Public”. On aimerait qu’il propose une nouvelle date à Bruxelles : l’entarteur, Noël Godin, le Beppe Grillo belge, pourrait y découvrir l’hommage caustique que BHL lui rend…

 

FRANCIS VAN DE WOESTYNE

https://www.lalibre.be/culture/scenes/la-performance-de-bhl-sur-les-planches-de-l-europe-5c828a96d8ad5878f0f81b49

Photo : Yann Revol

 

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