Bernard-Henri Lévy

L’art de la philosophie ne vaut que s’il est un art de la guerre...

Philosopher contre Hegel et les néo­hégéliens. Philosopher contre l'inter­prétation pré-Bataille, et pré-Collège de sociologie, de la politique de Nietzsche. Philosopher contre le néo-platonisme et son démon de l'absolu. Philosopher contre Bergson et son avatar, justement, deleuzien. Philosopher contre la volonté de pureté, ou de guérir, dont j'ai démontré ailleurs qu'elle est la vraie matrice de ce qu'on a appelé, trop vite, les totalitarismes et qu'une guerre conceptuelle bien menée permet de mieux nommer. Philosopher pour nuire à ceux qui m'empêchent d'écrire et de philosopher. Philosopher pour empêcher, un peu, les imbéciles et les salauds de pavoiser. Philosopher contre Badiou. Philosopher contre la gidouille Zizek. Philosopher contre le parti du sommeil, des clowns ou des radicalités meurtrières. Pardon, mais c'est la vérité. Chaque fois que j'ai, depuis trente ans, fait un peu de philosophie c'est ainsi que j'ai opéré : dans une conjoncture donnée, compte tenu d'un problème ou d'une situation déterminés, identifier un ennemi et, l'ayant identifié, soit le tenir en respect, soit, parfois, le réduire ou le faire reculer. Guerre de guérilla, encore. Harcèlement. Et à la guerre comme à la guerre.

Son actualité

La Guerre sans l’aimer de Bhl : dix jours avant la sortie du livre, Sollers tire le premier (JDD, 30 octobre 2011)

Le Journal du Dimanche

sollersJe ne vais pas verser une larme sur le sort tragique de Kadhafi, mais je m’inquiète quand même de ces écoeurantes images de chambre froide avec exposition du cadavre, avidement photographié par des voyeurs à portable. J’aimerais bien qu’on me parle des contrats en cours, d’argent, quoi, comme d’habitude. J’applaudis aux 90% de votants tunisiens, et je ne demande pas mieux que de croire à une évolution démocratique d’un islam modéré, genre turc. Il n’en reste pas moins que le grand vainqueur de la séquence guerrière en Libye est Bernard-Henri Lévy, comme le prouve son passionnant dernier livre, La Guerre sans l’aimer. Lévy est un virtuose de la communication mais il a inventé une guérilla personnelle nouvelle. Qu’il soit dans un hôtel de luxe à Paris ou à New York, ou bien dans le désert ou à Benghazi, il voit tout, entend tout, se glisse partout, et téléphone par satellite. Le récit de ses entretiens téléphoniques avec Sarkozy pour le convaincre d’arrêter militairement un massacre inéluctable en recevant les responsables de la rébellion est ahurissant. La ligne grésille, Sarkozy est d’accord, BHL va le voir à Paris, ils se tutoient comme au bon vieux temps, portraits précis et drôles, dialogues réussis, l’Histoire est un roman en train de s’écrire. Au passage, notre aventurier, qu’on devrait appeler maintenant Lévy d’Arabie (en référence à Lawrence, le super-as de la guérilla), livre des secrets personnels, notamment sur son père. Si on lui demande pourquoi, après tout, il mène cette vie épuisante (voyages incessants, téléphonages à toute heure), la réponse est là.
Malraux a perdu la guerre d’Espagne, il gagne, lui, la guerre de Libye. Ca n’a pas de prix.

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