La grandeur de Barack Obama (La Règle du Jeu, 7 novembre 2012)

Obama-reelectionEh bien voilà.

Comme nous l’avions annoncé ici même, comme l’avaient pressenti tous les vrais amis de l’Amérique et contrairement à ce qu’avaient cru devoir prédire, jusqu’à la dernière minute ou presque, les théoriciens navrés de la “bataille serrée”, du “corps à corps décisif”, de la bataille qui se jouerait “à un cheveu”, Obama l’a emporté et l’a emporté très largement.

C’est une victoire pour cet homme mesuré, au charisme inentamé.

C’est une victoire pour sa stratégie d’interventionnisme fédéral qui a permis, pendant quatre ans, aux Etats-Unis de résister à la tourmente.

C’est une victoire pour ce grand Américain qui ne se lasse pas, depuis son premier grand discours de 2004, de dire et répéter qu’il n’est pas l’homme des Etats rouges contre les Etats bleus, mais des Etats-Unis d’Amérique.

C’est une défaite, évidemment, pour les néo-darwiniens qui pensent, comme certains idéologues républicains, que les pauvres, en temps de crise, n’ont qu’à souffrir ou mourir: ces partisans de la guerre sociale, ces hommes de la guerre de tous contre tous érigée en commandement, le peuple américain n’en veut pas!

C’est une défaite, soit dit en passant, pour les sondeurs, les commentateurs, qui, peut-être parce qu’ils le souhaitaient secrètement, nous annonçaient, jusqu’il y a quelques heures, quand ce n’est pas quelques minutes, le “scrutin le plus serré de l’histoire des Etats-Unis”: comme il faut être sombre, sans foi dans ce grand pays, ignorant de son élan profond ainsi que, soit dit en passant, de ses mécanismes institutionnels, pour avoir réellement cru qu’il se donnerait à un gouverneur qui a fait fortune en jouant avec les lois des paradis fiscaux: depuis le temps que l’on ânnone que l’Amérique n’a pas de “problème avec l’argent”, que c’est le pays du capitalisme heureux, dérégulé, sans complexes – eh bien ce n’est pas vrai! ce n’est plus vrai! et c’est bien.

C’est une victoire pour le peuple américain qui ne s’est pas laissé prendre au charme noir de ceux que Barack Obama, dans son discours de Chicago, vient d’appeler les “Pundits” et qui ne lui ont, cette fois, en effet pas fait de cadeau.

C’est une victoire de la raison et de l’espoir.

De l’intelligence et de l’inspiration.

C’est la victoire d’un toujours jeune Président à qui il reste quatre ans pour remplir la promesse que je l’ai entendu faire, il y a huit ans maintenant, totalement inconnu, lors d’une Convention démocrate où nul ne l’attendait et où il a surgi.

C’est une victoire historique.

C’est un grand jour pour l’Amérique et pour le monde.

Parfois, les grandes nations ont rendez-vous avec la grandeur: c’est le cas, aujourd’hui.

Bernard-Henri Lévy


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