La diplomatie allemande revue et corrigée par BHL (Frédéric Lemaître, Le Monde, 30 mars 2011)

bhl 25WESTERWELLE 1Berlin Correspondant – Bernard-Henri Lévy est philosophe. Pas diplomate. Les Allemands ont pu s’en rendre compte ces derniers jours en lisant la presse ou en regardant la télévision. Très en verve, cet intellectuel qui serait à l’origine de l’engagement de Nicolas Sarkozy en Libye ne prend pas de gants pour critiquer l’abstention de l’Allemagne lors du vote de la résolution 1973 de l’ONU autorisant une intervention armée contre le colonel Mouammar Kadhafi.

« Mme Merkel sait qu’elle s’est trompée », affirme-t-il dans un entretien à la radio Bayern2. « Vous avez un mauvais ministre des affaires étrangères et vous savez très bien pourquoi. Pour des raisons de politique intérieure », révèle ce « dandy à la Baudelaire », selon la formule de son interlocuteur.

Le Spiegel du 28 mars consacre quatre pages à BHL. Deux journalistes de l’hebdomadaire ont été reçus « dans son appartement de l’Hôtel Raphaël à Paris. (…) Au sol, des sacs d’achats de chez Dior, des piles de livres. Un serviteur en livrée sert du thé », notent les visiteurs. Là aussi, très vite, le philosophe s’en prend à l’Allemagne. « Nous avons perdu beaucoup de temps à cause des Allemands. C’est une catastrophe, d’abord pour les Libyens mais aussi pour les Allemands, qui paieront cher leur abstention. Ce qui s’est passé laissera des traces en Europe. Et l’Allemagne aura beaucoup de mal à satisfaire son ambition légitime d’avoir un siège permanent au conseil de sécurité de l’ONU », prévoit BHL.

Pour lui, « Angela Merkel a jeté par-dessus bord tous les fondements de la politique étrangère allemande depuis la fin de la guerre. Il y avait le principe que quelque chose comme le national-socialisme ne devait plus jamais se produire. Plus jamais de crimes contre l’humanité. Merkel et Westerwelle ont rompu ce pacte. C’est un acte extrêmement grave ». Et de s’en prendre à nouveau à ce dernier : « Le plus mauvais ministre des affaires étrangères depuis très longtemps. Guido Westerwelle est un désastre. Il devrait démissionner, mais il ne semble même pas avoir honte de sa décision », remarque Bernard-Henri Lévy.

Admiration et ironie

Personnalité politique dont la cote d’impopularité est impressionnante, Guido Westerwelle, par ailleurs président d’un parti libéral en déroute, a l’habitude des critiques. Jeudi 24 mars, un des éditorialistes du quotidien Handelsblatt écrivait : « L’Allemagne ne mérite pas ce ministre des affaires étrangères. »

Alors qu’il est de notoriété publique que les relations entre Guido Westerwelle et son homologue français, Alain Juppé, sont mauvaises, la question est de savoir si Bernard-Henri Lévy parle en son nom propre ou se fait le porte-parole de Nicolas Sarkozy. A l’Elysée, on se refuse à tout commentaire.

Dans l’entourage de la chancelière, on veut calmer le jeu et l’on insiste sur la bonne entente manifestée vendredi 25 mars, lors du sommet européen entre les deux dirigeants. Malgré tout, l’entretien de BHL a été lu à la loupe. On le trouve injuste et l’on note sa discrétion sur certains sujets embarrassants pour la France, comme la Côte d’Ivoire. La presse hésite entre admiration et ironie. Guido Westerwelle, lui, garde le silence. Comme le remarque l’un de ses collègues, « il a d’autres soucis plus importants ».

Photo : Bernard-Henri Lévy (gauche), Guido Westerwelle (droite).


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