Jean Cocteau

Jean Cocteau

Touche-à-tout de génie.

Les dates-clefs de Jean Cocteau

5 juillet 1889 : Naissance à Maisons-Laffitte, le matin de l’inauguration de l’Exposition universelle, de Jean Cocteau, troisième enfant de parents aisés. Sa mère, Eugénie, née Lecomte, est la fille d’un agent de change ; son père, Georges Cocteau, un avocat devenu rentier et peintre amateur.
1895 : Tandis que son père l’initie au dessin, le petit Jean découvre le monde parisien du spectacle, d’abord au Nouveau Cirque où se produisent les clowns Footit et Chocolat, ensuite au Salon indien où les premiers films des frères Lumière sont projetés. L’émerveillement ne fait que commencer. Cocteau sera toujours fasciné par la part d’imaginaire qui se déploie sous les feux de la rampe, sur les écrans de cinéma, dans la musique, les poèmes, les romans, les dessins, les tableaux, et jusque dans les récits de voyage et les essais critiques. Il sera toujours fasciné par ceux qui, généreusement, offrent au public cette part d’imaginaire, à laquelle il donnera le nom générique de poésie, qu’ils soient pitres ou tragédiens, chanteurs ou danseurs, écrivains ou cinéastes, peintres ou musiciens, costumiers ou décorateurs. Il renoncera, dès l’aube de sa vie, à privilégier l’une ou l’autre de ces voies, préférant s’engager, quitte à s’y égarer, dans toutes à la fois.
5 avril 1898 : Sans doute pour des raisons financières, Georges Cocteau se tire une balle dans la tête.
1900-1907 : Jean Cocteau entre en sixième, en octobre 1900, au lycée Condorcet. Il fera des études médiocres, allant du lycée Condorcet au Lycée Fénelon, du lycée Fénelon à un cours privé, qui ne lui donnera pas même les moyens d’obtenir son baccalauréat.
1908-1911 : Il commence à être reçu dans les salons qui comptent dans la capitale et à y fréquenter les milieux littéraires et artistiques. Il rencontre Marcel Proust, « insecte atroce » ( Lucien Daudet) qui lui fait la cour. Il échappe à son emprise, d’autant qu’il hésite sur sa vraie nature sexuelle. Soignant sa coiffure, ses vêtements, son allure, dissimulant sa singularité derrière une imitation très réussie des gens célèbres, Cocteau semble se fondre dans la société de son temps, y être familier avec tous, de l’acteur de Max à la poétesse Anna de Noailles, de l’écrivain François Mauriac au peintre Jacques-Emile Blanche, du compositeur Igor Stravinski à l’animateur des Ballets russes Serge de Diaghilev. On l’appelle « le prince frivole », expression dont il fera le titre de son second recueil de poèmes qui paraîtra en 1910.
1912 : Première du Dieu bleu, un ballet dont l’argument est de Jean Cocteau, la musique de Reynaldo Hahn, les danseurs Karsavina et Nijinsky, les décors de Léon Bakst.
1913 : Eclate, aux yeux et aux oreilles de Jean Cocteau, la « bombe » Sacre du printemps.
1914-1918 : Bien qu’il soit réformé, Jean Cocteau tient à être présent sur les champs de bataille et s’engage dans la Croix-Rouge. Adopté par un régiment de fusiliers marins, il vit à Bixmude et vole avec Roland Garros. Sa vie continue d’être, même au fort de la guerre, de fantaisie et de légèreté. Il tirera de son expérience d’ambulancier son meilleur roman Thomas l’imposteur. A Paris, lors de ses permissions, il écrit Le Potomak etLe Cap de Bonne-Espérance, c’est-à-dire un roman et un recueil de poèmes, auxquels s’ajoute Le Coq et l’Arlequin, essai sur la musique ( il écrira : « Le roman me donne du plaisir alors que la poésie est une souffrance et la critique un jeu. ») Il s’éloigne des artistes « à l’ancienne » et se rapproche des « modernes ». Il découvre les « Montparnos », dont Modigliani, qui fait son portrait. Il se lie avec Pablo Picasso et Erik Satie, avec lesquels il signe Parade, un ballet en lequel Guillaume Apollinaire salue « la première manifestation de l’Esprit Nouveau » et qu’il qualifie de « sur-réaliste ». Sur le plan sexuel, Cocteau se comporte comme en art : il ne choisit pas entre les liaisons féminines et les liaisons masculines, mais pratique les deux. En 1918, Max Jacob lui présente Raymond Radiguet, qui sera l’un des amours de sa vie.
1919-1923 Jean Cocteau se dit, en 1919, « attentif à tous les efforts de Dada », mais rompt, l’année suivante, avec le mouvement. Attaqué dans la NRF par André Gide, dont il a admiré naguère L’Immoraliste, Jean Cocteau se rebiffe (il commence à faire sa mue) : « Il y a en vous », écrit-il à Gide, « du pasteur et de la bacchante ». Il se lie avec le Groupe des Six : il écrit le texte d’une œuvre collective, où tous participent Georges Auric, Louis Durey, Arthur Honegger, Darius Milhaud, Francis Poulenc, Germaine Tailleferre : Les Mariés de la Tour Eiffel, chahutée par les dadaïstes. Il tient la critique de jazz dans le quotidien L’Intransigeant et lance des bars musicaux à Paris (le Gaya, le Bœuf sur le toit).
1923-1925 : La disparition brutale de Raymond Radiguet exacerbe la dépendance de Cocteau à l’opium, dépendance dont il ne parviendra jamais à se défaire. Il traverse une crise mystique sous l’influence de Jacques Maritain et du père Charles Henrion, un disciple de Charles de Foucauld. Il dessine beaucoup (le futur Mystère de Jean l’oiseleur). En 1925, il reconnaît qu’il n’est pas « pour le ciel officiel » et qu’il ne croit plus à l’enfer.
1926-1927 : Alors que son Antigone est reprise à la scène et qu’il y interprète le rôle d’Heurtebise, l’ange qui lui est apparu dans un ascenseur, il porte sur le théâtre deux autres figures majeures de la mythologie grecque : ce sont Oedipus Rex, oratorio dont la musique est d’Igor Stravinsky, et la pièce Orphée.
1927-1930 : Il alterne les écrits autobiographiques comme Le Livre blanc, où il chante, sous une forme romanesque, son homosexualité et révèle ses lieux de drague (« J’ai toujours aimé », y écrit-il, « le sexe fort que je trouve légitime d’appeler le beau sexe »), ou Opium (« La poésie de reportage me restait à explorer ») avec le théâtre musical (la Cantate d’Igor Markevitch), le théâtre tout court ( La Voix humaine) et le cinéma ( après avoir tourné Le Sang d’un poète, il proclame fièrement : « Maintenant je sais écrire en pellicule comme avec de l’encre. »)
1933-1937 : Retour au théâtre mythologique avec La Machine infernale, Les Chevaliers de la Table Ronde et Œdipe Roi. Jean Cocteau découvre le jeune comédien Jean Marais, auquel il donne le rôle du chœur dans cette dernière oeuvre. Jean Marais deviendra, non seulement le compagnon de Cocteau, mais son acteur emblématique : il sera de toutes ses pièces et de tous ses films, jusqu’à la mort du poète, et au-delà.
1938-1940 : Cocteau s’essaie à ce que ses détracteurs, dont les surréalistes, appelleront un théâtre de boulevard : Les Parents terribles et La Machine à écrire (qu’il ne donnera, remaniée, qu’en 1941), deux pièces où il manie habilement le mélange des genres. A noter : au début de la guerre, Cocteau se prononce clairement, dans Le Droit de vivre, contre le racisme.
L’Occupation : Jean Cocteau continue ses activités théâtrales (Les Monstres sacrés, le Bel indifférent où s’illustre Edith Piaf, Renaud et Armide), non sans difficultés : La Machine à écrire est, en 1941, vilipendée par la presse collaborationniste (« Marais et marécage », c’est ainsi que Lucien Rebatet titre son article après la première, Lucien Rebatet, qui ajoute : « La Machine à écrire est le type même du théâtre d’inverti »; la reprise, en 1941, des Parents terribles est boycottée ; Renaud et Armide d’abord refusée par le ministre Carcopino, etc). Cocteau approfondit son approche du cinéma en écrivant des scénarios ou des dialogues pour des films estimables ( Le Lit à colonnes, Le Baron fantôme) ou qui sont de parfaits véhicules pour Jean Marais ( L’Eternel retour). Cocteau fut-il, sinon un collaborationniste, un collaborateur ? A sa charge : le Salut à Breker, le sculpteur officiel du nazisme et la fin sidérante de ce Salut : « Dans la haute patrie où nous sommes compatriotes, vous me parlez de la France ». A sa décharge : il ne se compromet dans aucun voyage d’écrivains en Allemagne, dans aucune déclaration xénophobe ou raciste, dans aucun soutien intellectuel du projet nazi. D’une certaine façon, il reste le prince frivole, lui qui n’eut jamais la tête politique, mais un prince frivole qui refuse la direction de la Comédie-Française, qui tente de sauver Max Jacob, abandonné à son mauvais sort par Picasso, et qui sera blanchi de tout acte de collaboration, en 1944, par le Comité international du cinéma et par le Comité national des écrivains .
1945 : A cause de Franco, il refuse l’ambassade de France à Madrid. Il signe la demande de grâce pour Robert Brasillach : « Je signe parce que j’en ai assez qu’on condamne les écrivains à mort et qu’on laisse les fournisseurs de l’armée allemande tranquilles. » Il réalise son premier chef-d’œuvre pour l’écran : La Belle et la Bête.
1946 : La Belle et la Bête ne reçoit aucune récompense au Festival de Cannes.
1949 : Cocteau organise à Biarritz le Festival du film maudit.
1950 : Il dit de son deuxième chef-d’œuvre filmé, Orphée, qu’il est réaliste « parce que le cinématographe permet de rendre réel l’irréel ». Orphée est présenté hors-compétition au Festival de Cannes. C’est le temps des honneurs et d’une gloire sans attrait, qui fige Cocteau dans un marbre académique.
1951 : Heureusement, il y a des coups de canif dans cette image officielle. Sa pièce Bacchus est un échec. Cocteau écrit à Mauriac, qui a quitté la salle fort en colère : « Je t’accuse… »
1952 : Autre coup de canif : le scandale d’Oedipus Rex . « Pourquoi ne pas s’avancer en scène et dire : Pauvres imbéciles, restez dans votre crasse. Je vous quitte et vous n’entendrez plus parler de moi ? Ce serait si simple. »
1953 : Il préside le Festival de Cannes : « Rien n’est plus éloigné de moi qu’un festival. J’y ai toujours été matraqué par le jury. »
1955 : En janvier, il est élu à l’Académie royale de langue et de littérature de Belgique et, trois mois plus tard, à l’Académie française.
1956 : Il entreprend, à Villefranche, la décoration murale de la chapelle Saint-Pierre. Il créera, dans ce même village, plus de trois cents céramiques et des bijoux.
1959 : Il décore l’église Saint-Blaise-des-Simples, à Milly-la-Forêt.
1960 : Au musée des Beaux-Arts de Nancy, une exposition rassemble tout son œuvre graphique et peint.
11 octobre 1963 : Déjà accablé par la mort de sa sœur en 1958, de son frère en 1961 et de Francis Poulenc au début de l’année, et déjà victime de malaises cardiaques, Jean Cocteau succombe à une nouvelle crise, en présence de son fils adoptif Edouard Dermit, une heure après avoir appris la mort de son amie Edith Piaf.

Les œuvres-clefs de Jean Cocteau

Cette liste est loin d’être exhaustive.

Poésie
1909 : La Lampe d’Aladin
1910 : Le Prince frivole
1912 : La Danse de Sophocle
1919 : Ode à Picasso – Le Cap de Bonne-Espérance
1920 : Escale- Poésies (1917-1920)
1922 : Vocabulaire
1923 : La Rose de François- Plain-Chant
1925 : Cri écrit
1926 : L’Ange Heurtebise
1927 : Opéra
1934 : Mythologie
1939 : Enigmes
1941 : Allégorie
1945 : Léone
1946 : La Crucifixion
1948 : Poèmes
1952 : Le Chiffre sept- La Nappe du Catalan (en collaboration avec Georges Hugnet)
1953 : Dentelles d’éternité – Appogiatures
1954 : Clair-obscur
1958 : Paraprosodies
1961 : Cérémonial du Phénix- La Partie d’échecs
1962 : Le Requiem
1968 : Faire-Part (posthume)

Poésie romanesque
1919 : Le Potomak
1923 : Le Grand écart – Thomas l’imposteur
1928 : Le Livre blanc
1929 : Les Enfants terribles

Poésie théâtrale et musicale
1912 : Le Dieu bleu
1917 : Parade
1921 : Les Mariés de la Tour Eiffel
1921 : Le Gendarme incompris, livret de Jean Cocteau et Raymond Radiguet, musique de Francis Poulenc
1922 : Antigone
1924 : Roméo et Juliette
1926 : Orphée
1930 : La Voix humaine
1934 : La Machine infernale
1936 : L’Ecole des veuves
1937 : Œdipe-roi – Les Chevaliers de la Table Ronde
1938 : Les Parents terribles
1940 : Les Monstres sacrés – Le Bel Indifférent
1941 : La Machine à écrire
1943 : Renaud et Armide – L’Epouse injustement soupçonnée
1944 L’Aigle à deux têtes
1946 : Le Jeune homme et le mort, ballet de Roland Petit
1951 : Bacchus
1960 : Nouveau théâtre de poche
1962 : L’Impromptu du Palais-Royal

Poésie cinématographique
Nous ne citons que les longs métrages, et réalisés par Cocteau.
1930 : Le Sang d’un poète
1946 : La Belle et la Bête
1948 : L’Aigle à deux têtes et Les Parents terribles
1950 : Orphée
1960 : Le Testament d’Orphée

Poésie critique
1918 : Le Coq et l’Arlequin
1920 : Rappel à l’ordre
1930 : Opium
1932 : Essai de critique indirecte
1943 : Le Greco
1947 : Le Foyer des artistes – La Difficulté d’être
1949 : Lettres aux Américains
1951 : Jean Marais
1952 : Gide vivant
1953 : Journal d’un inconnu
1957 : Entretiens sur le musée de Dresde (avec Louis Aragon)
1959 : Poésie critique 1
1960 : Poésie critique 2
1964 : Portrait souvenir – Entretiens avec Roger Stéphane (posthume)
1965 : Entretiens avec André Fraigneau (posthume)
1973 : Du cinématographe, posthume – Entretiens sur le cinématographe (idem) – Poésie de journalisme (1935-1938), idem.

Journaux
1946 : La Belle et la Bête (journal du film)
1949 : Maalesh ( journal d’une tournée de théâtre)
1983 : Le Passé défini (posthume)
1989 : Journal 1942-1945(posthume)

Jean Cocteau et Bernard-Henri Lévy

C’est Jean-Cocteau-le-Touche-à-Tout qui a fini par séduire Bernard-Henri Lévy, malgré certains aspects néfastes de cette trop grande facilité à s’exercer dans tous les domaines et dans tous les genres. Mais le talent, voire le génie, de Cocteau, qui est parvenu, avec le temps, à cesser d’imiter les autres (et son originalité est éclatante dans le domaine cinématographique), méritent, aux yeux de Bernard-Henri Lévy, le respect. Il admire le fait que Cocteau a peu à peu assumé sa singularité sexuelle, avec un courage et un panache que Gide n’a jamais eus, et il penche, quand il compare la gentillesse, ou plutôt la bonté, de Cocteau à la méchanceté de Mauriac, davantage vers le premier que vers le second. Par ailleurs, il tempère, s’il le regrette, le déficit de sensibilité politique de Cocteau. La double version des Aventures de la liberté (série télévisée et essai littéraire sur les engagements des intellectuels, de l’affaire Dreyfus à la fin du Xème siècle) est significative des balancements de Bernard-Henri Lévy à cet égard. Autant, dans la série télévisée, il pointe son Salut à Breker en pleine Occupation, autant, dans le livre, composant un dialogue intérieur entre lui-même et lui-même sur Cocteau, il atténue l’image froide qu’il en donnait dans la série, éclaire son parcours pendant l’Occupation, rappelle l’ostracisme et la haine dont l’accablèrent les distingués auteurs de la NRF, les surréalistes et bien d’autres notables du monde littéraire ou artistique de son temps et du nôtre.

Citations de Bernard-Henri Lévy sur Jean Cocteau

« Il y a un écrivain dont vous ne parlez pas (dans L’Idéologie française) et qui jouit, à vos yeux, d’une extraordinaire impunité : c’est Jean Cocteau. Alors pourquoi ? (…) Est-ce qu’il n’a pas écrit dans La Gerbe ? dans Comoedia ? Est-ce qu’il n’y a pas le témoignage du vieux José Corti qui, en mai 1944, au restaurant Le Catalan , où l’autre a ses habitudes, vient le voir sur le thème : « vous mangez avec les Allemands que cela vous serve au moins à m’aider à sauver mon fils déporté » ? et est-ce qu’il n’est pas établi que « le prince des poètes », étourderie ou indifférence, ne bouge pas le petit doigt ? Est-ce qu’il n’y a pas eu le Salut à Breker, enfin, dont il sent d’ailleurs lui-même, et tout de suite, qu’il sera, le moment venu, la pièce la plus lourde de son dossier ?
« – (…) Le Salut à Breker, d’accord. Mais pas d’hymne à l’hitlérisme. Pas d’euphorie devant la victoire allemande. Pas de Solstice de juin. Ni de Chronique privée de l’an 40. Ni de dénonciations, bien sûr. Ni, publiquement du moins, de déclarations antisémites. Et pour un manquement enfin, dans le cas du fils Corti, aux règles de l’honneur, combien d’interventions à commencer par celle, vaine mais sincère, en faveur de Max Jacob ? Ajoutez à cela c’est la seconde raison qu’il y a un autre Cocteau dont il faut, si l’on va par là, parler autant que de celui-ci et qui est son opposé exact. C’est le Cocteau qui était, le saviez-vous ?, l’un des éditorialistes vedettes, avant la guerre, du journal d’Aragon, Ce soir. Un Cocteau de gauche. Un Cocteau antifasciste . Un Cocteau qui n’est pas, mais alors pas du tout, de cette famille pétainoïde. » (Voici Berlin à Paris… – Dialogue avec moi-même sur la question Cocteau in : Les Aventures de la liberté, pp.140-141)
« – Je me demande si Cocteau n’aurait pas été l’écrivain le plus haï de son époque, et de la nôtre. On a oublié cette haine. On a oublié l’invraisemblable persécution dont les surréalistes, par exemple, n’ont cessé de le poursuivre . Breton : « l’être le plus haïssable de ce temps ». Péret : « Cocteau ? une crotte d’ange. » Eluard : « et puis, sans rougir, car nous parviendrons bien à l’abattre comme une bête puante, prononçons le nom de Jean Cocteau ». Les numéros de La Révolution surréaliste où l’on évoque, sans se gêner, ses mœurs. Les coups de fil délateurs à sa mère. Les courses-poursuites dans la rue. Savez-vous qu’on tabasse Cocteau dans ces années ? que ses spectacles sont systématiquement perturbés ? savez-vous que, pendant toute cette période, il a dû quitter les salles de cinéma avant la fin de la séance, car il savait que René Char l’attendait à la sortie ? (…) Ce qui m’émeut, moi, c’est de l’entendre gémir sur l’injustice qui lui est faite. C’est de le voir se battre comme un diable pour se faire reconnaître comme l’un des leurs par les gens de la NRF. C’est de le savoir si bouleversé quand on l’écarte. Si heureux quand on l’accueille. C’est cette phrase : « mon nom court plus vite que mon œuvre » ; cette autre : « Malraux, Montherlant, Sartre, Camus, Anouilh, on les envisage ; moi, on me dévisage ». C’est la haine qu’il se témoigne. Les coups qu’il se porte à lui-même. C’est qu’il soit un cinéaste génial, un prosateur de premier ordre et qu’il ait tout organisé, en effet, pour occuper ce rôle mineur dans le paysage de son époque. J’aime, je le répète, que cet homme ait entrepris, sans le vouloir ni le savoir, de jouer si clairement sa vie contre son œuvre. » (Idem, p.146)


Tags : , , , , ,

Classés dans :

Un commentaire

  • Diane dit :

    Je trouve cette série de « rappel » sur des grands auteurs ou philosophes très interessante et utile . Ainsi présentée, elle permet de se fixer ou refixer les,passages
    essentiels de la vie ou de l’oeuvre d’un auteur . J’apprécie.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>