Bernard-Henri Lévy

L’art de la philosophie ne vaut que s’il est un art de la guerre...

Philosopher contre Hegel et les néo­hégéliens. Philosopher contre l'inter­prétation pré-Bataille, et pré-Collège de sociologie, de la politique de Nietzsche. Philosopher contre le néo-platonisme et son démon de l'absolu. Philosopher contre Bergson et son avatar, justement, deleuzien. Philosopher contre la volonté de pureté, ou de guérir, dont j'ai démontré ailleurs qu'elle est la vraie matrice de ce qu'on a appelé, trop vite, les totalitarismes et qu'une guerre conceptuelle bien menée permet de mieux nommer. Philosopher pour nuire à ceux qui m'empêchent d'écrire et de philosopher. Philosopher pour empêcher, un peu, les imbéciles et les salauds de pavoiser. Philosopher contre Badiou. Philosopher contre la gidouille Zizek. Philosopher contre le parti du sommeil, des clowns ou des radicalités meurtrières. Pardon, mais c'est la vérité. Chaque fois que j'ai, depuis trente ans, fait un peu de philosophie c'est ainsi que j'ai opéré : dans une conjoncture donnée, compte tenu d'un problème ou d'une situation déterminés, identifier un ennemi et, l'ayant identifié, soit le tenir en respect, soit, parfois, le réduire ou le faire reculer. Guerre de guérilla, encore. Harcèlement. Et à la guerre comme à la guerre.

Son actualité

Jacques Lacan

Ses Maîtres

Jacques LacanBernard-Henri Lévy appartient à la génération qui a vu poindre, puis briller de tout son éclat, l’étoile de Jacques Lacan et de son retour à Freud. Sauf que, dans cette génération, on a très vite compris ce qui se cachait derrière ce retour: une entreprise philosophique de grande envergure,  sui generis, et aux allures de refondation plus que de retour proprement dit.

Lévy fait partie des jeunes gens qui « séchaient » les cours d’hypokhâgne et de khâgne au Lycée Louis-le-Grand pour remonter la rue Saint-Jacques et aller rue d’Ulm, à l’Ecole Normale Supérieure, plusieurs heures à l’avance afin d’être bien certains d’avoir une place, écouter le Séminaire du Maitre.

Il côtoie là des gens déjà connus comme Philippe Sollers ou François Weyergans. Il observe de loin ces quasi contemporains, un peu plus âgés que lui, qui ont nom Jacques-Alain Miller, Jean-Claude Milner ou même Alain Badiou. On le voit en compagnie, notamment, de son condisciple du Lycée Pasteur de Neuilly, Philippe Némo, dont Lacan lancera un jour en chaire un « ne vous fiez pas à son visage poupin » resté dans les annales. Ou, un peu plus tard, avec le futur professeur à la Sorbonne, prématurément disparu au début des années 2000 et au physique d’André Breton jeune, Alexandre Delamarre. Il fait partie du Service d’Ordre improvisé qui, au printemps 71, quand le directeur de l’Ecole Normale, Robert Flacelière, fait appel aux CRS pour évacuer Lacan de force, font rempart de leur corps pour tenter d’empêcher l’expulsion. Que retient-il de ces années? Une théorie de la remarque du désir par la Loi. Une méfiance déjà viscérale mais qui, là, trouve armes et arguments, de la nature et du naturel. Un peu de son pessimisme historique. Le concept de Maitre tel qu’il le mobilise dans la Barbarie à visage humain. L’idée qu’il est, ce Maitre, « l’autre nom du monde ». La déconstruction des piliers de l’humanisme traditionnel et leur reconstruction plus complexe. La critique du deleuzisme et de toutes les formes, plus ou moins élaborées, du « Sous les pavés, la plage« . Un goût de la Lettre et une croyance en ses pouvoirs métaphysiques qu’il retrouvera au moment de son retour à la Bible et au Talmud mais dont la première formulation, pour lui, est incontestablement là. Bref, les étais de sa philosophie. Ses pierres d’angle. L’héritage de ce maitre, il ne l’a jamais renié. Et c’est en fidélité à son enseignement qu’il a si constamment soutenu Jacques-Alain Miller et ses amis de l’Ecole Freudienne dans leur lutte, au début des années 2000, contre un amendement (Accoyer) prétendant réglementer jusqu’à l’enrégimentement l’exercice de la psychanalyse puis contre une idéologie (le cognitivisme) qui risquait de l’étouffer et de réduire son influence. Et c’est encore ce qu’il avait en tête quand, au printemps 2010, il partit en guerre, l’un des tout premiers, contre le livre de Michel Onfray, Le Crépuscule d’une idole (Grasset).

Liliane Lazar

Pas de commentaire »

Flux RSS des commentaires de cet article.

Laisser un commentaire