Bernard-Henri Lévy

L’art de la philosophie ne vaut que s’il est un art de la guerre...

Philosopher contre Hegel et les néo­hégéliens. Philosopher contre l'inter­prétation pré-Bataille, et pré-Collège de sociologie, de la politique de Nietzsche. Philosopher contre le néo-platonisme et son démon de l'absolu. Philosopher contre Bergson et son avatar, justement, deleuzien. Philosopher contre la volonté de pureté, ou de guérir, dont j'ai démontré ailleurs qu'elle est la vraie matrice de ce qu'on a appelé, trop vite, les totalitarismes et qu'une guerre conceptuelle bien menée permet de mieux nommer. Philosopher pour nuire à ceux qui m'empêchent d'écrire et de philosopher. Philosopher pour empêcher, un peu, les imbéciles et les salauds de pavoiser. Philosopher contre Badiou. Philosopher contre la gidouille Zizek. Philosopher contre le parti du sommeil, des clowns ou des radicalités meurtrières. Pardon, mais c'est la vérité. Chaque fois que j'ai, depuis trente ans, fait un peu de philosophie c'est ainsi que j'ai opéré : dans une conjoncture donnée, compte tenu d'un problème ou d'une situation déterminés, identifier un ennemi et, l'ayant identifié, soit le tenir en respect, soit, parfois, le réduire ou le faire reculer. Guerre de guérilla, encore. Harcèlement. Et à la guerre comme à la guerre.

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« Intervenir en Syrie serait plus facile qu’en Libye » (Le Parisien, propos recueillis par Frédéric Gerschel, le 8 juin 2012)

Le Parisien Aujourd’hui

Le Parisien.frAlors que son film sur la Libye « le Ser­ment de Tobrouk» sort en salle cette semaine, Bernard-Henri Lévy plaide pour une intervention militaire en Syrie et presse François Hol­lande de passer à l’ac­tion, comme l’avait fait son prédécesseur, Ni­colas Sarkozy, contre Kadhafi.

Les massacres se succèdent en Syrie. Pourquoi la communauté internationale n’intervient-elle pas comme ce fat le cas en Libye ?

Bernard-Henri Lévy  : La com­munauté internationale n’intervient jamais nulle part. Jamais. Et la Libye fut, non la règle, mais l’exception. Alors, pourquoi l’exception ne se répè­te-t-elle pas en Syrie ? Parce que la loi du grand sommeil a repris ses droits. Le veto russe et chinois au Conseil de sécurité arrange, de ce point de vue, beaucoup de gens. Il y a, dans leur manière de le brandir, un côté « rete­nez-moi ou je fais un malheur» qui est à la fois cocasse et terrible.

Une opération militaire en Syrie ne serait-elle pas plus difficile à mener ?

Faux ! Elle serait plus facile, au contraire. Et cela, pour trois raisons. Un : la Ligue arabe est encore plus déterminée à se débarrasser d’Assad qu’hier de Kadhafi. Deux : nous avons un allié régional puissant, prêt à inter­venir, qui s’appelle la Turquie. Trois : Kadhafi était fou, Bachar al-Assad ne l’est pas et il n’est pas exclu qu’une intervention minimale, un signe, suffise à le faire réflé­chir.le parisien

François Hollande a surpris en évoquant un possible recours à la force. N’a-t-il pas été un peu rapide ?

Ce que je sais, c’est ce qu’il a répondu à la lettre ouverte que je lui avais adressée sur le sujet. Le Quai d’Orsay et ses porte-parole officieux ont eu beau rétropédaler et tenter de nous raconter qu’il avait parlé trop vite, qu’il n’avait pas dit ce qu’il avait dit, sa réponse est là Elle est forte. Coura­geuse. Il a clairement mis sur la table l’hypothèse d’une intervention.

Les Américains suivraient la France.

Cette intervention serait encadrée par les Nations unies, a-t-il précisé. Or, le blocage persiste…

Ecoutez. Face à cette crise syrienne, il a deux solutions, et deux seulement. Ou bien faire comme son maître, Mitter­rand — et la stratégie consistant à noyer le poisson, comme en Bosnie. Ou bien faire comme son prédéces­seur, Sarkozy—et l’hypothèse du pas­sage en force, comme en Libye. Je veux croire qu’il choisira la seconde option. La Libye, pas la Bosnie.

Qui suivrait la France ?

Les Américains. Cela a été peu relevé dans la presse, mais Susan Rice, am­bassadrice américaine auprès du Conseil de sécurité, a fait la semaine dernière, après son audition par le nu­méro deux de la mission de Kofi Annan (NDLR : le médiateur dans le conflit syrien), une déclaration énorme. Elle a dit que si les Nations unies res­taient prises en otages par les Russes et les Chinois, il reviendrait à tel ou tel Etat membre de prendre, sans l’ONU, ses responsabilités devant l’histoire.

Faut-il livrer des armes aux insurgés ?

Oui, en dernière extrémité, si on n’est pas capables de venir à leur secours. On ne peut pas à la fois se laver les mains du sang des petites victimes de Homs et de Houla et empêcher leurs défenseurs naturels d’agir.

Propos recueillis par Frédéric Gerschel.

Un commentaire »

  1. Explication qui a l’avantage d’être claire…

    Commentaire par Matthias Sauvergeat — jeudi 14 juin 2012 @ 16:33

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