Géorgie : Le Monde prend la défense de BHL

Géorgie : Le Monde prend la défense de BHLÀ 3.000 kilomètres de Gori, une autre guerre (bien dérisoire en regard de l’autre) fait rage à Paris. Celle qui porte sur les « choses vues » de Bernard Henri-Lévy, un article de deux pages publié dans Le Monde daté du 20 août. Car enfin, ces « choses vues dans la Géorgie en guerre » les a-t-il vues ou point vues ? Le site Rue89 évoque carrément un « bidonnage ». Le litige porte, essentiellement, sur trois points : BHL est-il entré ou non dans Gori ? Les odeurs de putréfaction décrites sont-elles réelles ou imaginaires ? La ville était-elle vraiment en flammes ? BHL a-t-il assisté au « braquage russe » dont il parle ? Lui répond l’avoir vu, « de loin », en s’avançant seul… En un mot, BHL a-t-il noirci le tableau pour appuyer son parti pris pro-géorgien ?

Rue89 accuse BHL d’affabulations

Accusation grave contre l’auteur de l’article mais, surtout, attaque frontale de rue89, jeune « roquet du Web », récemment créé par d’anciens journalistes de Libération contre la vieille institution qu’est Le Monde , née dans les remous de l’après-guerre. Les Modernes contre les Anciens, éternel débat. Rue89 étayait ses accusations en produisant les témoignages des compagnons de voyage de BHL (Marie-Anne Isler-Béguin, députée européenne, et Gilles Hertzog, « fidèle compagnon de route du philosophe »). Le Monde ne pouvait laisser prospérer le soupçon de « bidonnage » et attendit l’édition du dimanche 31 août pour laver cet affront. C’est la médiatrice Véronique Maurus qui se charge alors de corriger l’affront de rue89.

Première réponse du Monde : nous ne sommes pas seuls. La grande presse, du Corriere della Sera à El Mundo, en passant par le Frankfurter Allgemeine Zeitung , « ont tous publié ce récit, assorti pour la dernière, d’un éditorial expliquant pourquoi les critiques émises par rue89 ne lui semblaient pas pertinentes. » Le Monde évacue la critique selon laquelle BHL n’est pas entré à Gori. Effectivement, BHL écrit : « Nous arrivons à Gori. Nous ne sommes pas au centre-ville. » Soit… Pour Le Monde , BHL se trouve à 800 mètres du centre-ville et non à 1,5 kilomètre comme l’affirme, de son côté, Marie-Anne Isler Béguin. 700 mètres d’écart entre les deux versions, drôle de débat quand même…

Divergences olfactives

BHL évoque une « légère » odeur de putréfaction. Le Monde estime que cette capacité olfactive est « subjective » et avance que la journaliste du Washington Post , également présente, décrit, quant à elle, une « odeur de fumée ». Mme Issler Béguin ne sent rien. Oui, vraiment, drôle de débat…
Quant à Gori (« brûlée. Pillée. Réduite à l’état de ville fantôme. Vidée », selon BHL), comment le philosophe pouvait-il le savoir puisque, de son propre aveu, il n’est pas au centre-ville ? Rue89 marque un point. C’est la seule concession du Monde à son jeune challenger du Web. « Phrase excessive, trop lyrique », admet le journal du soir mais qui, tel un chat, retombe aussitôt sur ses pieds : « La suite lui donnera raison. Gori a été pillée, en partie incendiée, et désertée à 70 %. » Visionnaire, BHL ? Non, en fait, des témoignages de ceux qui ont pu atteindre le centre-ville lui décrivent cet état. Il se les approprie.

La médiatrice du Monde s’interroge enfin sur le bien-fondé de publier dans son journal un témoignage aussi ouvertement pro-géorgien. Alain Frachon, le directeur de la rédaction, semble promettre qu’à l’avenir une distinction plus nette sera établie entre les textes subjectifs comme ceux de BHL et les reportages journalistiques des envoyés spéciaux du journal. Fin de la polémique : Paris ne brûle plus.


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