Génocide au Darfour


Génocide du Darfour


Le Darfour est une région du Sahel , d’une surface de 510.000 m, à l’ouest du Soudan. Ses habitants –  musulmans – sont au nombre de six millions.
Incorporé en 1916 au Soudan britannique, le Darfour fut, en 1956, à l’heure de l’indépendance, intégré à la République du Soudan puis divisé, en 1994, en trois états fédéraux au sein de cette même République du Soudan : le Chamal Darfour au nord, le Djanoub Darfour au sud, le Gharb Darfour à l’ouest.
En 2003, éclata au Darfour une guerre civile, qui engendra un génocide. Malgré 22 résolutions de l’ONU et 3 du Parlement européen, ce génocide a fait 300.000 morts et plus de 3 millions de personnes déplacées.

Les dates-clefs de la guerre du Darfour

1989 : Une junte militaire, menée par le général Omar-Al-Béchir, s’empare du pouvoir à Khartoum.
2003 : Un mouvement de rébellion se dresse, au Darfour, contre le gouvernement central de Khartoum. Ce mouvement, basé au Sud-Soudan, revendique avant tout un meilleur partage des richesses. En représailles, le président Omar-Al-Béchir lance sur le Darfour les janjawids, milices prétendument arabes et gonflées au racisme anti-noir.  On compte très vite plusieurs dizaines de milliers de morts. Les survivants vont grossir les camps de réfugiés ou de personnes déplacées établis au Darfour et au Tchad.
2004 : Le 8 avril, un cessez-le-feu, signé à N’Djamena, ne sera pas respecté. En mai, des officiers syriens « offrent au gouvernement soudanais », selon le quotidien allemand Die Welt, « une coopération étroite dans le domaine de la guerre chimique ». Début juillet, le secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, obtient d’Omar-Al-Béchir le désarmement des milices. En octobre, alors que cet engagement n’a pas été tenu, l’Union africaine (UA), qui bénéficie de l’appui de l’OTAN, de l’Union européenne, des Etats-Unis et du Canada, envoie 3300 soldats au Darfour.
2005 : En mars, un premier embargo sur le matériel militaire, décidé en 2011, est étendu. Le Conseil de sécurité de l’ONU renvoie la question du Darfour devant la Cour pénale internationale de La Haye (CPI). En avril, les forces armées de l’UA passent à 7000 soldats.
2006 : En août, l’ONU, prenant la relève de l’UA, vote le déploiement au Darfour de 20000 casques bleus. Le gouvernement soudanais « repousse » la résolution. En octobre et en novembre, la crise du Darfour se propage au Tchad où surviennent, dans les camps de réfugiés attaqués par les janjawids, des viols de femmes et des exactions contre des enfants. Même chose en Centrafrique.
2007 :En mai, la CPI lance deux mandats d’arrêt internationaux pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité, l’un contre Ahmed Haroun, secrétaire d’Etat aux affaires humanitaires (sic), l’autre contre Ali Kosheib, un chef de janjawids. Ahmed Haroun, non seulement gardera son poste de ministre d’Etat chargé des affaires humanitaires (re-sic), mais sera nommé au Groupe national chargé du mécanisme de surveillance de la force ONU-UA pour le Darfour ! Amnesty International dénonce la Chine et la Russie qui, malgré l’embargo, fournissent du matériel militaire au Soudan. En juin, Nicolas Sarkozy, qui vient d’être élu président de la République française, organise à Paris une conférence internationale sur le Darfour. La France va mettre en place un pont aérien pour sauver les personnes déplacées. En juillet, la Mission conjointe des Nations Unies et de l’Union africaine (MINUAD) porte à 30600 l’effectif des forces armées à déployer au Darfour.
2008 : Khartoum nomme un autre chef de janjawids, Moussa Hilal , conseiller du ministre des Affaires étrangères…
5 mars 2009 : La CPI lance un mandat d’arrêt contre le président Omar-Al-Béchir.
2010 : Second mandat d’arrêt lancé par la CPI à l’encontre d’Omar-Al-Béchir, assorti cette fois de l’accusation de génocide.
2011 : Les Sud-Soudanais font sécession. L’ indépendance de la région est proclamée le 9 juillet.

Bernard-Henri Lévy et le Darfour

En 2001, Bernard-Henri Lévy rapporte du Sud-Soudan un reportage, publié avec quatre autres (sur l’Angola, le Burundi, le Sri-Lanka, la Colombie) dans Le Monde, Il Corriere della Sera, El Mundo) et ensuite inséré dans Réflexions sur la guerre, le Mal et la fin de l’Histoire. Au cours de ce premier voyage au Sud-Soudan, il a rencontré le leader chrétien John Garang, qui lui a dit son combat, non pas « pour l’indépendance du Sud-Soudan, mais pour un Soudan libre, unifié et libéré de la tutelle des islamistes ». En 2005, Garang, nommé vice-premier ministre, disparait peu après dans un accident d’hélicoptère. En 2007, BHL se rend clandestinement au Darfour. Il montrera qu’il s’agit là moins d’une guerre civile que d’une guerre contre les civils. Le 20 mars, il lance un appel pour le Darfour au Palais de la Mutualité. Deux mois avant l’élection présidentielle, François Bayrou, Ségolène Royal et une représentante de Nicolas Sarkozy signent là une « charte » comportant un certain nombre d’engagements concrets que le prochain élu s’engage à respecter. Cela a-t-il été le cas ?

Citation de Bernard-Henri Lévy sur le Darfour

« Amarai est une zone libérée où se sont regroupés les rescapés des massacres des villages voisins. Le scénario est toujours le même et recoupe celui des réfugiés que j’ai (…) interrogés, les jours précédents, dans les camps tchadiens de Goz Beida. Les janjawids arrivent, généralement à l’aube. Ils jettent des torches dans les huttes. Défoncent, à coups de masse, les hautes jarres de terre cuite qui laissent échapper, puis s’enflammer, des flots de mil et de sorgho. Ils tournent autour des brasiers, avec des hurlements terribles. Ils arrachent les enfants des bras des mères pour les jeter vivants dans la fournaise. Ils violent les femmes, les battent, les éventrent. Ils rassemblent les hommes et les achèvent à la mitrailleuse. Et quand, enfin, tout a brûlé, quand il ne reste du village que des ruines éparses et fumantes, ils regroupent les bêtes apeurées et les emmènent vers le Soudan. (…)
(…) Ces colonnes infernales que Khartoum nous présente comme des hordes de bandits échappant à tout contrôle et, en tout cas, au sien sont toujours encadrées par des officiers de l’armée régulière. Il y avait, me dit Rocco (un témoin), des Soudanais à Tawila où l’on compta, en février 2004, 67 morts, 93 femmes violées et plus de 5000 déplacés. Il y avait des Soudanais à Hashabba, un peu plus haut, où il n’y a pas eu de morts car un bataillon de la LSA a pu évacuer à temps les civils. (…) L’image du janjawid, ce « cavalier de l’apocalypse » dont on a tant parlé, serait-elle un cliché trop commode ? Et serait-ce le Soudan intégriste, islamiste, raciste, qui se cache, en fait, derrière le cliché ?
Et puis ces cavaliers semblent, à bien y regarder, plus « mécanisés » qu’on ne le dit. (…) Ici, par exemple, à Khour-Syal, ce cratère immense qu’a fait, le 23 janvier dernier, au mépris des interdictions de survol décrétées par la communauté internationale, la bombe d’un Antonov ; on est loin du janjawid arrivé à dos de chameau. Ou bien encore là, sous l’arbre à palabres, ce camion vert olive dans la carcasse duquel jouent des gamins et qu’une compagnie d’élite de la SLA a pris, de vive force, le 18 janvier(…) : « C’est, me dit Rocco, un camion droit sorti d’une usine d’assemblage que le président Al-Béchir a inaugurée, il y a sept ans, près de Khartoum, avec, entre autres, vous, les Français. » Autre mythe, alors ? Autre cliché que  celui de cette guerre longue mais rudimentaire, et de basse intensité, menée par d’obscures tribus vidant des querelles sans âge ? Là, en tout cas, j’en témoigne : l’attirail, l’armada, les gros moyens, l’odeur de la guerre chaude et du  crime contre l’humanité à grande échelle – tout y est. » ( Choses vues au Darfour, reportage paru entre mars et juillet 2007 dans Le Monde, The Financial Times, Corriere della Sera, El Mundo, Frankfurter Allgemeine Zeitung, Haaretz ; Opinio, National Post, The New Republic, et repris dans Pièces d’identité)

Photo : Bernard-Henri Lévy dans le village de Loukoubeké, village attaqué par les Janjawids. (c) Alexis Duclos.


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