Francis-Marie Martinez de Picabia dit Francis Picabia

Francis-Marie Martinez de Picabia dit Francis Picabia

Artiste peintre, graphiste, écrivain.

Les dates-clefs de Francis-Marie Martinez de Picabia

1879 : Naissance à Paris (2ème arrondissement).
1894 : Première toile de Francis Picabia intitulée « Vue des Martigues ».
1895 : Entrée de Francis Picabia à l’Ecole des arts décoratifs mais il fréquente plus volontiers l’école du Louvre et l’académie Humbert, où il travaille aux côtés de Georges Braque et de Marie Laurencin.
1905 : Première exposition personnelle à la galerie Haussmann. Les tableaux exposés, étrangers aux nouvelles recherches plastiques, relèvent de l’imitation du  » pur luminisme impressionniste  » (Bords du Loing, 1905 Philadelphie, Museum of Art).
1913-1915 : Picabia se rend plusieurs fois à New York et prend une part active dans les mouvements d’avant-garde, introduisant l’art moderne sur le continent américain.
1916 : Francis Picabia lance à Barcelone la revue 391 et se rallie au dadaïsme.
1924 : Francis Picabia écrit un scénario du court-métrage Entr’acte, réalisé par René Clair.
1945 : Francis Picabia renoue avec l’abstraction.
1951 : Mort de Francis Picabia d’une artériosclérose paralysante.

Les Œuvres de Francis Picabia

La rivière: bord de la Douceline à Munot près de La Charité sur Loire (1906)
Udnie, 1913, huile sur toile, 290 × 300 cm, Musée national d’art moderne de Paris
Edtaonisl, 1913, Art institute of Chicago
La Ville de New York aperçue à travers mon corps, 1913, gouache, aquarelle, crayon et encre, 55 × 74,5 cm
Prostitution universelle, 1916, Yale University Art Gallery, New Haven
Parade amoureuse, 1917, huile sur carton, 97 × 74 cm, Paris, collection particulière.
Danse de Saint Guy (Tabac Rat), 1919, MNAM Paris
L’Enfant Carburateur, 1919, huile, émail, feuille d’or, crayon sur contreplaqué, New York, musée Guggenheim
L’Œil cacodylate, 1921, huile sur toile, MNAM Paris
Chapeau de paille ?, 1921, MNAM Paris
La Nuit espagnole, 1922, Musée Ludwig, Cologne
Optophone II, 1923, huile sur toile, 116 × 88,5 cm, Musée d’art moderne de la Ville de Paris
« Cure-dents », 1925, huile et collage sur toile, 129 × 110 cm
Corrida, 1926-1927, Gouache, 104.8 × 75.2, collection privée, Suisse
Idylle, 1927, Musée de Grenoble, huile sur carton 105,7 × 75,7cm
L’autoportrait de dos avec femme enlacée et masque, 1927-30, Musée Picasso, Antibes
Le masque et le miroir, 1930-45, huile sur contre- plaqué, 85,2 × 69,9 cm, Musée national d’art moderne, Paris
Figure et fleurs, 1935-45, huile sur toile, 100 × 73 cm, Musée national d’art moderne, Paris
Maternité, 1936, huile sur toile, 162,4 × 130,3 cm, Musée national d’art moderne, Paris
Printemps, 1938, Galerie Rose Fried
Le Matador dans l’arène, 1941-1943, huile sur carton, 105 × 76 cm, Musée du petit palais, Genève
Sans titre (masque), 1946/47, huile sur carton, 64,5 × 52,5 cm, Musée national d’art moderne
Chose à moi-même, 1946, huile sur carton, 92 × 72,5 cm, collection particulière
L’Insensé, 1948, huile sur toile, 151 × 10 cm, Musée Ludwig, Cologne
Veuve, 1948, huile sur bois, 153,2 × 116, Musée national d’art moderne, Paris

Écrits

Cinquante-deux miroirs, Barcelone, octobre 1917.
Poèmes et dessins de la Fille née sans mère, Lausanne, Imprimeries réunies, avril 1918.
L’Ilot de Beau-Séjour dans le Canton de Nudité, Lausanne, juin 1918.
L’Athlète des Pompes funèbres, Bégnins, décembre 1918.
Râteliers platoniques, Lausanne, décembre 1918.
Poésie ron-ron, Lausanne, février 1919.
Pensées sans langage, Paris, Figuière, avril 1919.
Unique Eunuque Paris, Au Sans Pareil, Coll. « Dada », février 1920. Rééd. Paris, Allia, 1992.
Jésus-Christ Rastaquouère, Paris, Au Sans Pareil, « Dada », automne 1920. Rééd. Paris, Allia, 1996.
Caravansérail [1924]. Ed. Luc-Henri Mercié. Paris, Belfond, 1975.
Choix de poèmes par Henri Parisot, Paris, Guy Lévis-Mano, 1947.
Lettres à Christine, édition établie par Jean Sireuil. Présentation, chronologie et bibliographie par Marc Dachy. Paris, Champ Libre, 1988.
Écrits, deux volumes. Ed. Olivier Revault d’Allonnes et Dominique Bouissou. Paris, Belfond, 1975 et 1978.
Écrits critiques, préf. Bernard Noël. Ed. Carole Boulbès. Paris, Mémoire du Livre, 2005.

Citations de Bernard-Henri Lévy sur Francis Picabia :

IMAGE  Melibee francis picabia 19311/ Mélibée

Souvent Picabia invente les personnages qu’il prétend tirer de la mythologie. En l’espèce ce n’est pas le cas. Mais on sait si peu de choses sur cette Mélibée, son nom est si peu chargé de mémoire et de légende, que l’on peut y loger à peu près n’importe quoi. La nymphe donc, fille de Niobé, l’insolente qui avait osé se mesurer à Athéna et dont la descendance fut, pour cela, exterminée – sauf elle, Mélibée, rebaptisée Chions («verdâtre», comme dans le tableau) tant le spectacle de la tuerie l’avait terrorisée. Mais aussi l’une de ces nombreuses créatures, bien en chair et en grâce, éventuellement espagnoles, qui firent de la vie de ce fêtard aux 127 voitures et 7 yachts une parade amoureuse permanente. Et puis encore, nullement contradictoire avec ce qui précède (ne sommes- nous pas à l’époque de Colette Peignot et autres saintes de l’abîme postnervaliennes – grâce et chair mêlées, foi et péché, pampre bachique et rose mystique ?), une sainte Véronique ressuscitée attendant, à la sixième séquence, le voile encore sur la tête, l’instant du passage d’un Christ qui, lui, n’est pas encore mort. Loin de moi l’idée de refaire à Gai Loustic, alias Funny Guy, ou le Saint masqué, le coup du « nouveau mystique » (Sartre à Bataille) ou du «théologien sauvage» (Bayle à Thomas Anglus). Mais, en même temps… Picabia n’est-il pas l’auteur, dans sa revue 391, à l’intérieur du même numéro 12 qui portait, en couverture, la Joconde à la moustache de son ami Marcel Duchamp, d’une nouvelle version de cette Sainte Vierge, prétendument née immaculée mais qu’il représentait, lui, comme une énorme tache d’encre ? N’a-t-il pas donné, en 1920 toujours, ce Jésus-Christ rastaquouère, illustré par Ribemont-Dessaignes, qui sera l’un des livres de chevet de Serge Gainsbourg ? Et Nietzsche ? Le Gai Savoir de Nietzsche qui était son livre de chevet à lui et dont il recopiait des versets entiers dans ses lettres d’amour à Suzanne Romain? Que Picabia soit travaillé par la question, cela ne semble pas douteux. Que Dieu, chez lui comme chez Lacan, soit inconscient, cela ressort de cette succession de profanations. Cette belle jeune femme, pudique et délicate, yeux baissés et lèvres mélancoliques, je choisis de la reconnaître comme un autre avatar de cette sainte qui, depuis quelques siècles, porte les couleurs de la peinture.

Mélibée
1931
Huile sur toile 195,5×130 cm
Galerie Beaubourg. Marianne et Pierre Nahon © Galerie Beaubourg Paris / ADAGP, Paris 2013

(Extrait du livre « Les Aventures de la vérité » (page 213 et détail page 215). Editions Fondation Maeght- Grasset

IMAGE LES SEINS PICABIA2/ Les Seins

Ce tableau a deux dates. Comme souvent chez ce génial faussaire de soi qu’était aussi Picabia, chez ce virtuose du palimpseste qui, plusieurs dizaines d’années avant Rauschenberg effaçant de Kooning ou Ray Johnson s’effaçant lui-même, s’ingéniait à brouiller les pistes en allégeant, surchargeant ou recomposant entièrement ses propres tableaux, ces Seins datent, à la fois, de 1924 (période, en gros, des «Monstres», des «Transparences» et de cette peinture légère, pure gestuelle, qui est la signature de sa jeunesse) et de 1946 (moment où le dandy vieilli, lassé de ses propres provocations, connaît sa première hémorragie cérébrale et commence de s’acheminer vers ce qu’il appellera lui-même «l’ultime dissolution»). L’objet, alors, de cette réécriture ? Personne, en vérité, n’en sait rien. Et cela me permet de rêver à loisir. Peut-être le masque que la belle est en train de se plaquer sur le visage (ou, au contraire, si l’on en croit la position des mains, de retirer). Peut-être, si ce masque est d’époque, l’autre masque, plus troublant, qui lui a été appliqué sur la poitrine (un masque doté, lui aussi, de deux fentes et qui – prenons-y garde – est donc là, à cette place, non pour cacher, mais pour voir). Ou encore, appelés par ces loups, la ronde d’animaux qui rôdent autour d’elle, la cernent, la menacent (mais, étrangement, ne la regardent jamais). Ou bien encore ces soleils dont l’artiste lui aurait, une fois posés les masques, constellé les cuisses, le ventre, la gorge, les épaules, le front (tout le corps, à l’exception de la surface noire qui figure l’entaille du sexe et qui est, elle, soustraite à ce rayonnement). À moins que je ne fasse, avec les experts, complètement fausse route et que le jeune auteur de Histoire de voir (Littérature, 1922 – six ans avant Histoire de l’œil de Georges Bataille) n’ait pas eu à attendre le soir de son existence pour se jeter à corps perdu dans ces jeux du visible, de l’invisible et des masques qui les orchestrent. Et si Picabia avait, lui aussi, tout vu ?

Les Seins
1925-1927
Gouache sur carton 99,5×77
Collection particulière © Cliché Suzanne Nagy/ ADAGP, Paris 2013

Extrait du livre « Les Aventures de la vérité » (page 241). Editions Fondation Maeght- Grasset


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