Francis Fukuyama

Francis Fukuyama

Philosophe, économiste et chercheur en sciences politiques

Les dates-clefs de Francis Fukuyama

27 octobre 1952 : Naissance de Francis Fukuyama, près de Chicago, dans une famille d’origine japonaise, installée sur la côte ouest des Etats-Unis peu après la guerre russo-japonaise.
1981  : Après avoir été l’élève d’Allan Bloom à la Cornell University, celui de Roland Barthes et Jacques Derrida pendant six mois en France et étudié les sciences politiques à la Harvard University avec les professeurs Samuel P. Huntington et Harvey Mansfield, il obtient son doctorat en sciences politiques avec une thèse sur l’URSS et le Moyen Orient. Deux ans plus tôt, en 1979, il a entamé une collaboration, qui s’avèrera très longue (de 1979 à 1980, de 1983 à 1989, de 1995 à 1996), avec l’organisation de recherche Rand Corporation, d’abord à Santa Monica, ensuite à Washington.
1981-1982  : En tant que spécialiste du Moyen Orient, Ii participe à l’élaboration de la politique étrangère du Département d’Etat et à une conférence égypto-israélienne sur l’autonomie palestinienne.
1989   Il rejoint le Département d’Etat où il se spécialise dans les questions militaires et européennes. Il soutient pour la première fois sa thèse de « la fin de l’Histoire », reprise de Hegel et de Kojève, dans un article paru dans la revue National Interest et dont il nourrira  son livre La Fin de l’Histoire et le dernier homme, édité trois ans plus tard avec un immense succès, sauf auprès de son ex-professeur, Jacques Derrida.
1996-2000 : Il est professeur à la George Mason University de Fairfax.
2000-2010 : Il enseigne l’économie politique à la John Hopkins School of Advanced International Studies de Washington.
2001-2004 : Il est membre du President’s Council sur la bioéthique.
2004 : Bien qu’il ait condamné l’invasion de l’Irak et appelé à la démission de Donald Rumsfeld du secrétariat à la Défense, il sert l’administration Bush comme membre du Conseil présidentiel de bioéthique.
Depuis 2010 : Francis Fukuyama est professeur d’Université Johns-Hopkins à Washington DC.

Les œuvres-clefs de Francis Fukuyama

Les dates indiquées sont celles des parutions en France
La Fin de l’Histoire et le dernier homme, Flammarion, collection « Histoire », 1992
La Confiance et la puissance – Vertus sociales et prospérité économique, Plon, 1997, réédité chez Gallimard en 2005, en Folio actuel
La Fin de l’homme – Les conséquences de la révolution biotechnique, La Table Ronde, 2002
Le Grand bouleversement – La nature humaine et la reconstruction de l’ordre social,   La Table Ronde, 2003
State Building – Gouvernance et ordre du monde au XXIème siècle, La Table Ronde, 2005
D’où viennent les néo-conservateurs ? Grasset et Fasquelle, 2006
Jours de colère – L’Esprit du capitalisme, en collaboration avec Pierre Dockès, Marc Guillaume et Peter Sloterdijk, Descartes et Cie, 2009

Francis Fukuyama et Bernard-Henri Lévy

Dès la parution de La Fin de l’histoire et le dernier homme, Bernard-Henri Lévy s’inscrivit en faux contre la thèse de Francis Fukuyama, selon laquelle la chute du Mur de Berlin aurait marqué la victoire de la démocratie et du libéralisme et aurait, donc, mis un point final aux disputes idéologiques de toutes sortes qui divisaient le monde jusque-là. Bernard-Henri Lévy devait s’exprimer de toutes sortes de manières sur cette thèse ; mais, il est significatif que, sur le champ, il ait écrit une pièce – qui reste à ce jour son seul essai théâtral –   pour rallumer sa propre guerre contre les idées de Hegel, de Kojève et contre la lecture qu’en faisait Fukuyama. Dans Le Jugement dernier, un auteur mégalo prétend, en effet, faire rejouer par certains des propres acteurs de cette histoire, les tragédies du XXème siècle, et cela dans l’hypothèse qu’au final l’opposition du jeune Tchen aux chars qui avançaient vers lui sur la place Tien An Men scellait, par sa beauté et son héroïsme, une histoire ténébreuse et ouvrait l’avenir à la lumière : « L’idée, dit-il, c’est que le temps des grands discours, des grandes idéologies, le temps des péripéties majeures, peut-être aussi des tragédies, est en train de se clore. » Mais l’assistante et maîtresse d’Anatole, Maud, artiste de cabaret, constate avec lucidité, dans le dernier tableau, à quel point cette idée est fausse. Il n’empêche que Bernard-Henri Lévy trouva, lorsqu’il en prit connaissance, et malgré les réticences qu’on vient d’évoquer, que « c’était l’une des thèses fortes du moment » ( il le rappelle lui-même dans American Vertigo). En réalité, Francis Fukuyama et Bernard-Henri Lévy, qui se connaissent depuis 1992, se respectent, s’apprécient et se prêtent de bonne grâce, chaque fois que l’occasion s’en présente, , au dialogue le plus libre et le plus franc, par correspondance ou de vive voix. C’est ainsi qu’il leur arrive encore de débattre ensemble de questions qui les préoccupent l’un et l’autre comme, par exemple : fallait-il que les Etats-Unis fassent la guerre en Irak ( guerre que, curieusement, à l’inverse des autres néo-conservateurs, Fukuyama a condamnée) ou encore : quelle est aujourd’hui la vraie fonction de l’intellectuel ? ( Voir sur ces sujets Les Lettres à Francis Fukuyama in Pièces d’identité, pp 851-852)

Citations de Bernard-Henri Lévy sur Francis Fukuyama

« Le temps. Qui dit Fin de l’Histoire dit fin du temps. Qui dit fin de l’Histoire dit fin de cette double propriété qu’avait le temps, du temps qu’il y avait de l’Histoire, c’est-à-dire, en gros, depuis  Augustin, d’être adossé à une mémoire et orienté vers le futur. Quand Hegel dit Fin de l’Histoire, quand Kojève reprend et développe la prophétie « cryptée » du chapitre 6 de la Phénoménologie, quand Fukuyama, le troisième apôtre (et, contrairement à ce qui se dit partout, pas forcément le moins pertinent – je n’ai cessé d’écrire, pour ma part, dès le premier jour, et même si je me trouvais en désaccord radical avec lui, que le débat rouvert par l’auteur de The End of History était l’un des débats les plus sérieux, les plus féconds, du moment), quand l’hégélianisme de la troisième génération actualise, donc, le propos en présentant la « démocratie » comme « la forme finale de tout gouvernement humain » et « l’Etat libéral » comme la figure « la plus accomplie » de « l’Etat universel homogène », ce qui est en jeu, chaque fois, c’est la fin du procès de « temporalisation qui dure depuis deux mille ans, qui donne son sens à l’aventure humaine et dont la caractéristique était d’être aimanté à la fois par l’amont et l’aval, par le passé et par l’avenir….
Quant à Fukuyama, son Etat universel et homogène a pour élément le « no future » des modernes, le « no memory » des post-modernes, cet alignement d’instant juxtaposés, hétérogènes, brillant de l’uniforme et morne éclat de l’histoire dévitalisée….
Or c’est à peu près ce que je disais (…) quand je parlais de guerre sans mémoire (donc sans passé), sans issue (donc sans futur), figées dans l’instant (donc dans un éternel présent). Et c’est très exactement, surtout, l’expérience du temps dont témoignent, quand on les interroge, les survivants de toutes ces guerres (…) »
(Extrait de Réflexions sur la Guerre, le Mal et la fin de l’Histoire précédé de Les Damnés de la guerre , Editions Grasset 2001)


Tags : , , , , ,

Classés dans :

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>