Français, vous devez savoir… (Le Point, le 27 mars 2014)

BLOC NOTESFrançais, vous devez savoir que Louis Aliot, candidat FN à Perpignan, est le patron d’une revue, NationsPresse Magazine, dont il a confié la rédaction en chef à un ancien de l’OEuvre française, le groupuscule antisémite dissout en 2013.

Français, vous devez savoir que Laurent Comas, qui se présente dans le cinquième secteur de Marseille, avait comme directeur de campagne, lors des dernières cantonales, un homme condamné pour détention illicite d’armes à feu et d’éléments entrant dans la composition d’une bombe.

Français, vous devez savoir que son petit camarade Jean-Pierre Baumann, tête de liste dans le troisième secteur de la ville, préside l’association de soutien aux trois colleurs d’affiches qui, le 21 février 1995, ont assassiné de sang-froid un jeune Comorien de 17 ans.

Français, vous devez savoir que Gilbert Collard, candidat à Saint-Gilles, et qui aimerait tant passer pour le visage humain du parti de Jean-Marie Le Pen, était là, le 3 décembre dernier, aux obsèques de Paul Aussaresses, le général tristement célèbre pour s’être glorifié d’avoir, en Algérie, pratiqué la torture sans remords – « sa plus noble décoration, c’est celle de l’opprobre », déclara, ce jour-là, dans l’église, devant quelques dizaines de vieux paras, souvent passés par l’OAS, l’avocat candidat.

Français, vous devez savoir que Fabien Engelmann, en piste pour la mairie de Hayange, est une petite nature qui a eu « envie de vomir » le jour de l’élection du président « islamo-socialiste » François Hollande, mais qui a choisi sans vomir, lors des législatives suivantes, un suppléant, Stéphane Lormenil, qui préside aujourd’hui le très extrémiste Génération Patriotes.

Français, vous devez savoir que, si Louis-Armand de Béjarry, candidat à Maubeuge, évite, depuis 2003, de se montrer à la Fête dite de l’identité qui est, en réalité, une fête où l’on commémore, par exemple, la Nuit de cristal, il a récemment défrayé la chronique dans une sordide et ténébreuse affaire de fringues néonazies commercialisées sous la marque Thor Steinar.

Français, vous devez savoir que Lydia Schénardi, candidate à la mairie de Menton, est une admiratrice d’Alain Soral et rêvait, il y a quelques mois, lors d’un entretien avec des étudiants en journalisme, d’une « traçabilité des enfants » analogue à la « traçabilité de la viande » dans les bonnes boucheries françaises.

Français, vous devez savoir que Frédéric Boccaletti, candidat à Six-Fours et crédité de près de 30 % des voix, a été condamné à un an de prison, dont six mois ferme, pour « violence en réunion avec arme ».

Français, vous devez savoir que Laurent Lopez, candidat à Brignoles, est quelqu’un qui, selon un document produit, le 16 octobre 2013, par lepoint.fr et, à ma connaissance, pas contesté, professe une certaine admiration pour le personnage d’Adolf Hitler.

Français, vous devez savoir qu’Adrien Mexis, candidat à Istres et proche, lui aussi, des Identitaires, a intégré à sa liste un militant néonazi.

Français, vous devez savoir que l’un des colistiers de Dominique Martin, candidat FN à Cluses, « aime », sur sa page Facebook, « Mein Kampf ».

Français, vous devez savoir que Robert Ménard, candidat soutenu par le FN à Béziers, ne craint pas, au nom de la « liberté d’expression », de prendre la défense de Dieudonné ou de dialoguer avec, de nouveau, Alain Soral.

Français, vous devez savoir que Thibault de La Tocnaye, candidat à Cavaillon et proche de la mouvance ultra du parti, animée par Bernard Antony, se vante d’avoir combattu dans les rangs des milices libanaises coupables, entre autres, du massacre de Sabra et Chatila.

Français, vous devez savoir que Valérie Laupies, qui fait la course en tête à Tarascon, est, elle aussi, une fan d’Alain Soral, qu’elle trouve « très underground ».

Français, vous devez savoir que David Rachline, candidat à Fréjus et responsable, par ailleurs, du compte Twitter de Marine Le Pen (sur lequel il y aurait beaucoup à dire – mais ce sera pour une autre fois…), est un autre proche de Soral qu’il invita, aux municipales de 2008, à venir le soutenir.

Cette énumération, qui pourrait être plus longue, beaucoup plus longue, donne la nausée. Et l’on tremble de colère à la pensée d’avoir eu à imprimer, ici, le nom de ces personnages et la trace de leurs infamies.

Tous ces faits, pourtant, sont documentés, attestés, recoupés.

Ils ont été publiés sur laregledujeu.org, le site de ma revue, et n’ont pas été démentis.

Puissent en prendre acte, avant qu’il ne soit trop tard, les lecteurs de ce bloc-notes qui croiraient, de bonne foi, à la prétendue « dédiabolisation » du FN.

Puissent en tirer les conséquences ceux des candidats républicains qui, arrivés en troisième position, songeraient à se maintenir au second tour pour ne pas avoir à choisir entre leurs deux adversaires.

Le Front national – cela peut être vérifié, d’un clic, par tout citoyen de bonne foi – n’est, ni pour la droite ni pour la gauche, un adversaire comme un autre.

Le Front national, je le dis avec calme, en m’en tenant aux faits, n’est pas la solution pour ceux que désespère le climat délétère où baigne la vie politique française.

On peut, si l’on est de droite, combattre sans merci la gauche.

On peut, si l’on est de gauche, vouloir la défaite de la droite. On ne peut pas, si l’on est républicain, donner les clés de nos villes à des femmes et à des hommes qui sont, eux, du côté du pire.

Bernard-Henri Lévy


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