C’est l’Europe qui a gagné – mais jusqu’à quand ? par Bernard-Henri Lévy

A nighttime view of Europe made possible by the �day-night band� of the Visible Infrared Imaging Radiometer Suite (VIIRS) is seen in a global composite assembled from data acquired by the Suomi National Polar-orbiting Partnership (Suomi NPP) satellite in 2012 and released by NASA October 2, 2014 .  The VIIRS detects light in a range of wavelengths from green to near-infrared and uses filtering techniques to observe dim signals such as city lights, wildfires, and gas flares.   REUTERS/NASA/Handout  (UNITED STATES - Tags: ENVIRONMENT ENERGY SCIENCE TECHNOLOGY) FOR EDITORIAL USE ONLY. NOT FOR SALE FOR MARKETING OR ADVERTISING CAMPAIGNS

Une liste Nathalie Loiseau qui, en France, a résisté aux attaques, aux bassesses, à la vulgarité de son adversaire principal ainsi qu’à l’absence, jusqu’aux derniers jours, de débat véritable sur l’Europe.

La victoire, au Danemark et aux Pays-Bas, des proeuropéens donnés battus dans les sondages.

La percée, en Allemagne, en France, mais aussi en Irlande, de partis écologistes qui sont la grande surprise de l’élection et n’ont jamais tourné le dos, eux, ni à la République, ni à la démocratie, ni à l’Europe.

Un Rassemblement national qui arrive, certes, premier, mais qui ne dépasse les macronistes que d’une courte tête et commet l’étrange erreur, lors de la première prise de parole de Jordan Bardella, son champion, de laisser parader, à ses côtés, sur les écrans de TF1, un identitaire niçois ami des skinheads et qui trouve le salut nazi rigolo.

Un Mélenchon qui était l’autre visage du populisme ; que l’on avait pris l’habitude de voir tonitruant et auréolé de triomphe ; mais qui affichait, ce dimanche, la mine battue des auteurs de pronunciamento manqué – se vouloir Robespierre et finir en voiture-balai des derniers haïsseurs de la République, quelle défaite !

Et puis, bien sûr, les bons scores de Sebastian Kurz en Autriche ; de Matteo Salvini en Italie ; et, en Hongrie, de Viktor Orban et de son poutinisme à visage flapi : mais avec ce triple bémol que le premier est affaibli par les turpitudes, à la veille du scrutin, de son compère Strache ; que le deuxième fait un peu moins bien que prévu et commence de payer le prix des mises en garde répétées du Vatican face à l’inhumanité de sa politique antimigrants ; et que le troisième sortira de cette élection certes renforcé à Budapest, mais moins régnant qu’on ne s’y attend sur la grande scène européenne et moins enclin, lui aussi, à braver les foudres des catholiques et à porter seul le drapeau du souverainisme antieuropéen.

Ce n’est pas, en d’autres termes, la vague brune tant redoutée.

Ce n’est pas le raz de marée que les antieuropéens nous annonçaient et qu’un recul significatif de l’abstention, c’est-à-dire un sursaut populaire de dernière minute, ont momentanément brisé.

Quant à cet Erasmus du souverainisme voulu par Trump ou Poutine et chanté par leur commis voyageur Bannon, quant à cette sainte alliance des patriotes de tous pays dont rêvait Mme Le Pen et qui eût envoyé à Strasbourg un groupe de briseurs d’Europe homogène, puissant et déterminé, quant à cette Internationale des nationalismes qui semblait se dessiner dans les derniers jours de la campagne, nous n’y sommes pas non plus : trop de dissensions entre les partis ; trop de méfiances et de rivalités de boutique ; et chez deux, au moins, de ces caïds du populisme, chez le Tchèque Babis comme chez Viktor Orban, une authentique répugnance à faire cause commune avec un Rassemblement national dont ils m’ont dit, l’un comme l’autre, qu’ils le trouvaient trop extrémiste.

Le rapport de forces, pour dire la chose encore autrement, ne va, pour le moment, pas sensiblement changer au Parlement de Strasbourg.

L’Hémicycle continuera d’être dominé, non par deux, mais par quatre familles politiques – le PPE, les socio-démocrates, les libéraux de l’Alde, les écolos – qui ont en partage la même foi en l’Europe et ne semblent, Dieu soit loué, nullement disposées au compromis avec l’adversaire. Et il n’est pas exclu qu’Emmanuel Macron lui-même, loin de sortir affaibli de cette élection, soit seul à pouvoir se tenir à égale distance de ces quatre familles et à être donc en position, s’il persiste dans son rêve d’une Europe à direction française, d’incarner le point de résistance à la poussée différée du populisme.

Je ne regrette pas d’avoir, comme il y a trois ans, jugé que son parti était seul en mesure de faire rempart à la marée noire des démolisseurs d’espoir.

Je me félicite d’avoir, quelques jours avant le vote, amené à l’Élysée douze signataires de ce Manifeste des patriotes européens parti, début janvier, de Paris et qui devait y revenir.

Et je m’honore du succès de «Looking for Europe», ce texte de combat que j’ai, deux mois durant, porté de théâtre en théâtre à travers vingt villes du continent et qui fut ma contribution à cette campagne européenne d’origine et d’inspiration françaises.

Mais la bataille, en réalité, ne fait que commencer.

Le décor est posé, mais l’affrontement, le vrai, a été tout juste ajourné.

Et c’est maintenant que doivent agir les libéraux de gauche et de droite, les démocrates de toutes obédiences, les Européens de cœur et d’esprit qui ne se résignent pas à voir la patrie de Dante, Goethe et Victor Hugo livrée à l’obscurantisme kitsch d’une bande de braillards sans âme ni programme.

Ils ont cinq ans pour cela.

Nous avons cinq ans, pas davantage, pour rebâtir notre maison en feu et retrouver notre princesse Europe miraculeusement sauvée de l’incendie.

Est-il besoin de rappeler qu’un miracle ne se produit jamais deux fois et que ce sera court, cinq ans, pour repenser l’architecture d’une construction où l’on entrera, la prochaine fois, comme dans un moulin à l’abandon ?

Last exit before Frexit.

Dernier sursis avant le coup de grâce pour la patrie des Lumières, des droits de l’homme et de l’universel.

Il est vraiment, cette fois, minuit moins cinq en Europe.

Bernard-Henri Lévy


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