Entretien avec BHL autour de « La bataille de Mossoul », à voir sur Arte le 4 mars 2017 (Arte Magazine)

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Aux côtés des combattants kurdes et des soldats irakiens, Bernard-Henri Lévy chronique la libération de la capitale autoproclamée de l’organisation État islamique en Irak. Ce film-documentaire sera diffusé le 4 mars sur Arte, à 18h35.

Arte Magazine : On retrouve des personnages de Peshmerga dans ce nouveau documentaire…

Bernard-Henri Lévy : Forcément, oui, puisque ce film est un peu l’épilogue de « Peshmerga ». Dans « Peshmerga », nous tournions autour de Mossoul comme autour d’un objet interdit, d’un corps noir. Cette fois, nous y entrons. Avec la même équipe, d’abord. Mais aussi, en effet, avec les mêmes personnages.

D’où vient votre intérêt pour le peuple kurde ?

C’est une histoire déjà ancienne qui date de mes tout premiers voyages, il y a 25 ou 30 ans. Les Kurdes, en Irak et ailleurs, c’est un certain rapport aux minorités, à la laïcité, à la démocratie réelle, à l’égalité entre hommes et femmes. Une des scènes les plus émouvantes, pour moi, dans ce nouveau film, c’est celle de cette femme blessée, à Bachiqa, aux portes de Mossoul.

Quel est le message principal de ce film ?

C’est un documentaire, donc il n’y a pas, à proprement parler, de message. Mais s’il y en avait un, ce serait celui-ci : on a eu tort d’arrêter les Kurdes à mi-chemin de Mossoul. Ils sont meilleurs combattants que les Irakiens. Et ils présentent aussi la particularité de faire la guerre « sans l’aimer », avec un vrai souci d’épargner leurs combattants et d’épargner, aussi, les civils…

Vous revendiquez la subjectivité de votre documentaire…

La bataille de Mossoul est un film partisan, engagé.
Je pense que, dans la période où nous nous trouvons, il reste de l’espace pour la nuance, mais pas pour la neutralité. Cela ne veut pas dire, naturellement, que ce film constituerait une « réponse » à la guerre de l’image entretenue par la propagande de Daech. Et ce, parce que nous avons, nous (je veux dire : mon producteur François Margolin, mon équipe et moi), une volonté de nous confronter à la vérité qui est le contraire de la propagande. Mais que ce soit un film de combat, ça, oui, c’est sûr.

Pensez-vous que l’appui de la coalition internationale soit assez fort ?
Je ne sais pas. En tout cas, il y a eu, au moins une fois, un manquement grave aux règles de cet appui. C’était lors de la bataille de Fazliya, au tout début du film. Et là, oui, l’image en fait foi, le soutien aérien a fait défaut.

Selon vous, quel est le futur de Mossoul ?

Il faut espérer que la libération de Mossoul ira le plus vite possible. Ne serait-ce que pour les civils qui sont, comme toujours, les premiers à souffrir de la situation. Mais, pour le moment, quand nos caméras s’arrêtent, seule la moitié de la ville est libérée. Et puis, après, quand tout sera fini, encore faudra-t-il que les responsables chiites et sunnites s’arment de sang-froid pour reconstruire la ville, sans souffler sur les braises des anciennes querelles. Et puis

il faudra aussi que la communauté internationale facilite, assure et protège le retour des réfugiés. L’après bataille de Mossoul sera long et complexe.

Cette bataille marquera-t-elle le déclin de Daech ?

Daech se reconstituera peut-être, sous une autre forme et à un autre endroit, mais l’organisation aura essuyé une défaite stratégique considérable. La victoire à Mossoul se révélera capitale car elle portera une atteinte irréversible à l’image d’invincibilité de l’État islamique. Ce sera
un message fort pour tous ceux qui s’opposent à lui, notamment dans le monde musulman.

Propos recueillis par François Pieretti.

 

Bataille de mossoul Arte

 


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