Emmanuel Levinas

220px-Emmanuel_LevinasJudaïsme, religion ou philosophie ?

Bernard-Henri Lévy, entre Levinas et Benny Lévy

Quelques mots, en préambule.
Bernard et moi sommes, depuis la Révolution des œillets portugaise en 1975, des compagnons voyageurs engagés. Lieux d’oppression, prisons des peuples, guerres oubliées, capitales de la douleur, peuples en guerre : nous avons rendu compte. Et sa voix porte loin. Ce furent le Cambodge au sortir des Khmers rouges en 1979, l‘Ethiopie des grandes famines de 1984-85, Prague 1986, le Ghana en 1987, Moscou en 1988 à la veille de la chute de l’Empire, Sarajevo sous les bombes (1992-95), l’Algérie des grands massacres (1997-98), l’Afghanistan de Massoud (1999-2001), la seconde Intifada (2000), la guerre au Sud-Soudan (2001), la guerre au Sud-Liban (2006), le Darfour étranglé (2007).
Aujourd’hui, j’entreprends un autre voyage avec l’ami de toujours. Un voyage immobile. Dans son œuvre. Cette œuvre qui, par-delà l’image et les rôles de son auteur sur la scène publique, est, je le pense de plus belle à sa relecture, l’essentiel. J’avais reçu de sa main au fur et à mesure sa production. Ces trente et quelques livres, à les reprendre avec le recul des années, attestent, dans le silence des pages, qu’ils feront trace, par-delà les écumes d’une vie, les polémiques et les vapeurs du temps présent.
De compagnon-voyageur me faisant compagnon-lecteur, j’ai choisi d’explorer en profane (je ne suis pas de la Maison philosophie) le rapport que Lévy a entretenu avec ces figures tutélaires que furent pour lui Levinas, Sartre et Camus, ainsi que, sur un mode mineur et, là, rebelle, Freud et Marx. Ouvrons le bal.
Première livraison : BHL et Levinas.

Bernard-Henri Lévy est probablement le plus lévinassien, avec Alain Finkielkraut et Jean-Luc Marion, des philosophes d’aujourd’hui.
Mais l’œuvre de Levinas, qu’il découvrit vers la trentaine, si elle a, de façon décisive, « judaïcisé » sa pensée, l’aura, vingt ans plus tard, gardé de la rupture juive d’avec le siècle, prônée et illustrée par son ami et interlocuteur Benny Lévy. Après l’avoir révélé à lui-même comme penseur juif, puis rapproché de l’ami talmudique monté à Jérusalem, les enseignements de Levinas l’auront gardé de la radicalité militante du chantre du retour au Sinaï et à l’Un lui-même.
À travers ces trois figures intemporelles du juif d’affirmation (répudiant la haine juive de soi et le franco-judaïsme d’avant-guerre) que sont le juif de savoir, le juif dans le siècle et le juif de l’étude, s’est donc nouée une joute philosophico-religieuse, un commerce d’idées où se jouait une part du destin intellectuel du judaïsme contemporain. La mort prématurée de Benny Lévy n’a pas permis que, de l’exclusivisme juif ou de l’universalisme juif, l’une ou l’autre de ces deux acceptions du judaïsme l’emporte dans cet échange, cette interlocution de haut vol. Reste que, durant toutes ces années entre Paris et Jérusalem, entre l’affairement existentiel dans le siècle et le retrait de cet empire du Rien qu’est la modernité selon Benny Lévy qui pressait BHL de se vouer à son tour au Tout-Autre lévinassien, l’auteur du Testament de Dieu, juif des Lumières face au rouet bennylévien, aura été, dans l’exercice de sa pensée, le réceptacle, la lice presque, où cette confrontation fraternelle à l’Institut d’Études lévinasiennes déploya sa dialectique et fixa ses enjeux de savoir et de vie. Enjeux fondateurs, vieux comme le judaïsme lui-même, que ces deux protagonistes, à la suite de tant de maîtres anciens et de penseurs modernes Levinas en tête, ont enrichi et renouvelé, léguant à la postérité le soin de les reconduire inlassablement sans jamais en trancher, comme leur débat en a administré, une fois de plus, l’impossibilité fructueuse.
Tant ce débat, en effet, est le moteur et le branle permanents du judaïsme, le gage de sa pérennité.
Le judaïsme comme religion ou comme philosophie ? Les deux, par contamination réciproque ? Sagesse philosophique et sensé biblique peuvent-ils s’accorder ? Le savoir et l’étude, le Logos et la Lettre ? Ou bien Athènes versus Jérusalem ? L’ontologie contre l’éthique ? L’Être contre le pour-Autrui ? Le monde ou Dieu ? L’universel par extension ou l’universel à soi seul ? Israël pour ou contre l’humanité ? Telles étaient les questions qui auront été soulevées dans cette interlocution de BHL et Benny Lévy, sous la coupole d’un philosophe défunt dont ils firent leur maître et leur arbitre en judaïsme et en philosophie.

Quatre temps dans ce commerce de BHL avec Levinas. Le temps d’avant le judaïsme comme philosophie ; la découverte de Levinas et le dernier Sartre ; l’Échange (Lévy avec Lévy) ; Athènes et Jérusalem.

Le temps d’avant le judaïsme comme philosophie :

C’est un temps séculier, marqué en creux par l’absence de référence au judaïsme.

Printemps 1977 paraît La Barbarie à visage humain. Il y a bien, dans le chapitre intitulé « Crépuscule des dieux, crépuscule des hommes », cette idée-force que le crépuscule des premiers prélude au crépuscule des seconds et ouvre à l’avènement des totalitarismes « athées » des Temps modernes. Avec la mort de Dieu et son exclusion des affaires terrestres, plus de Ciel au-dessus du Politique, plus de souverain Bien supérieur à l’ordre du monde : le Prince se prend désormais pour absolu Souverain, Élu autocratique du Peuple-Roi, du Prolétariat, de la Race ou de l’État du peuple tout entier. Le pouvoir et l’État sacralisés en eux-mêmes sont désormais sans frein, faute d’un Lieutenant en surplomb, qui les oint autant qu’il les borne et les oblige. Dieu mort et la transcendance abolie, tout est permis aux appareils d’État, au Parti, au Maître, dans l’illimité de leur domination ; la servitude où ils ploient les hommes est potentiellement absolue ; le déchaînement barbare et les délires meurtriers, s’autorisant de l’éclipsé de tout au-delà, ont entière licence. Mais face à la barbarie contemporaine, propre à l’illimitation des pouvoirs post-théologiques, face à un monde ployé à la loi de Maîtres désormais tout-puissants, face à l’impossibilité pour les hommes de jamais échapper à la Maîtrise et aux diktats de l’Histoire hégélienne par la voie du Politique, à aucun moment BHL n’invoque comme principe de résistance les textes et les principes bibliques. Et Lévinas brille par son absence.
BHL s’en expliquera longuement à Jérusalem, vingt-cinq ans plus tard, lors d’un séminaire à l’Institut d’Études Lévinasiennes. « J’écris, donc, La Barbarie. Sauf que voici la toute fin, ce tout dernier chapitre [dont le thème est : « Comment résister à la barbarie ? », GH]. J’en sais exactement le mouvement, le dessin, le souffle. Et pourtant je n’y arrive pas. Le temps passe, il ne s’écrit pas. Ce quatrième chapitre, celui qui donnera son sens à l’ensemble du livre, ne vient pas. Il est là, bien sûr, qui me presse et me taraude. J’en sais le titre : De l’immémorial du mal. C’est comme un charme malin qui, tout à la fois, me tarauderait et me paralyserait et qui fait […] que là, à la place du dernier chapitre manquant, une sorte de trou, de faille énorme… Les gens n’y voient que du feu. […] Je vais découvrir l’été suivant, par hasard mais y a-t-il vraiment des hasards dans ce genre d’affaires ? en tombant sur un livre de Lévinas, Difficile liberté, ce qui me manquait, au juste, pour qu’il s’écrive. Je comprends, oui, qu’il manquait Levinas à La Barbarie. »
Et c’est donc la découverte de Levinas. Et à travers lui, la résolution de ces énigmes, de ces butées qu’étaient restées, pour partie, les questions du totalitarisme, de l’Histoire, du Mal et du sujet. Deux ans à se nourrir, « dans la jubilation, la ferveur, l’émerveillement » de Levinas, Buber, Rosenzweig, de la Bible, du Talmud. Puis commence l’écriture du Testament de Dieu, dont BHL dira qu’il fut son « retour » au judaïsme, une authentique alyah philosophique. Le livre paraît fin 1979.
Sauf que, là encore, si les références à la Bible, cette fois, sont innombrables, les occurrences sur Lévinas sont au nombre de cinq parmi un appareil de plus de sept cents notes. Si BHL a mis fin, dans ce livre, à la suspension du judaïsme, érigeant la Bible en source principielle de résistance au Politique, au Mal et à la barbarie, son vrai parrain en judaïté, aura été, en amont de Levinas et l’emportant sur lui dans la constitution de l’être-juif béhachélien, un parrain littéraire, de chair et d’esprit : Albert Cohen, et son inoubliable Belle du Seigneur, glorifiant la figure sacrificielle de Solal. Que le vieux marrane de Genève, dès leur première rencontre, projette tout de go sur son jeune admirateur, l’adoubant d’un solennel : « Tu es Solal ! » Si BHL est venu au judaïsme comme levier sur le monde et principe de résistance par la philosophie lévinassienne après, donc, le judaïsme « existentiel », nourri du marranisme cohénien, si, au terme de ce qu’il appelle un « événement de pensée », le Lévy philosophe sera désormais habité, nourri par le corpus biblique, reste que l’empreinte de Levinas dans le Testament de Dieu demeure quasi souterraine, son imprégnation séminale.
L’entrée véritable dans la Maison Levinas se fera par le biais d’un autre grand philosophe puis dans la confrontation, le « frottement », avec un Passeur en judaïté, au tranchant redoutable.
Dix ans passent. Mai 1990. On fête au café de Flore la parution du numéro 1 de la nouvelle revue, La Règle du jeu, dernière arme de guerre antitotalitaire de BHL, au lendemain de la chute du mur de Berlin. Toute la Rive gauche pensante et écrivante est là. Au milieu de la foule, assis, un petit homme discret, « timide et humble » (BHL), que les initiés viennent saluer respectueusement : Emmanuel Levinas.
Sauf que, de nouveau, étrangement Levinas a été lu avec passion ; BHL a fait plusieurs fois le pèlerinage d’Auteuil, où vit le philosophe, nulle allusion à sa pensée, à ses livres n’apparaît dans La Pureté dangereuse, quatre ans plus tard, un an avant la mort de Levinas en 1995. Contre les intégrismes religieux, les barbaries ethniques et les populismes de toutes sortes qui, en cette fin de siècle, ont pris la relève des grands totalitarismes idéologiques défunts, sont convoqués Claude Lefort, Hannah Arendt, Platon, le dernier Foucault, Machiavel, d’autres encore. Pas Levinas.

L’appropriation lévinassienne
Si la découverte de Levinas, son arraisonnement théorique datent du Testament de Dieu, l’ensemencement et l’articulation de sa pensée dans le champ philosophique de son nouveau disciple vont se faire, au terme de vingt ans, presque, de « mise en attente », à l’occasion de l’immersion de BHL, deux saisons durant, dans l’œuvre et la vie d’un autre immense philosophe : Sartre.
En conclusion de sa monumentale biographie philosophique, Le Siècle de Sartre (1999), BHL va revisiter le coup de théâtre que fut la publication, au printemps 1980 dans Le Nouvel Observateur, d’extraits de L’Espoir maintenant, qui fit tant de bruit et offusqua les sartriens de toujours, Simone de Beauvoir en tête. Il y dissèque l’aventure de pensée et de parole entre le vieux Sartre devenu aveugle et son dernier secrétaire, un lecteur nommé Pierre Victor, et renverse ce soi-disant « retournement » d’un Sartre sous influence. Qui, ô scandale, découvre à la toute fin de son existence, dûment « maieutisé » par Pierre Victor, un autre Levinas, non plus le jeune philosophe d’avant-guerre qui l’avait introduit à la phénoménologie de Husserl, mais, cette fois, bel et bien, le penseur juif. Découverte de Levinas et « renversement » d’un Sartre marxiste et révolutionnaire en un Sartre antihégélien, métaphysique et « juif ». Un Sartre prenant conscience de la positivité juive, au rebours de ses Réflexions sur la question juive, publiées en 1946, au lendemain d’Auschwitz, où l’être juif, relevant du seul décret des antisémites qui le constituent comme tel en le désignant et l’accablant comme tel, était pure passivité, ou, au mieux, objectivation en creux. Un Sartre déclarant, à la surprise universelle et au grand dam de ses fidèles, qu’il a trouvé dans la Bible les rudiments d’une ontologie, d’une morale et d’une pensée de résistance. Véritable révolution copernicienne, opérée dans un dialogue continu forcément « malin » pour les sartriens orthodoxes et une interlocution sans concession avec Pierre Victor. Qui n’est autre que Benny Lévy, ex-chef des Maos de la Gauche prolétarienne, à l’aube de son retour au judaïsme religieux, via Levinas et Sartre lui-même, qui lui restitua son patronyme juif (et qui l’interrogeait sur la résurrection des corps !). Montrant un Sartre pleinement lucide, quasi lévinassien, recommençant, enthousiaste, à penser contre soi, BHL rend justice à Benny Lévy de l’accusation de détournement théologique de vieillard.
Passé ce détour sartrien, où, pour la première fois, BHL évoque longuement Levinas, quels sont les grands emprunts lévinassiens qui vont désormais irriguer au grand jour sa pensée et ses travaux ? On les retrouve continûment « filés » tout au long de ses deux recueils de textes et d’interventions publiques, Récidives (2004) et surtout Pièces d’identité (2010), regroupés au sein de ce recueil polyphonique – il y est question, tout autant, d’art, de littérature, de politique, d’Amérique, de reportages, d’amitiés, d’autres choses encore – sous le titre générique Le Génie du judaïsme.
Trois textes de BHL précisent sa lecture de Levinas et le rapport à son œuvre : Comment je suis juif ? (2003) ; Levinas, chef de guerre. De Rosenzwèig à Levinas, la question de l’Universel (2006) ; Petite introduction à l’œuvre de Levinas (2006). Ce lexique, d’une grande fidélité à la pensée de l’auteur de Totalité et Infini, commence par instruire la sortie lévinassienne de l’Etre et de l’ontologie classique, au profit de l’Autre, évoque la fondation d’un nouvel universel, arrimé à l’être-juif , via la responsabilité vis-à-vis d’autrui , et enfin dénote la langue grecque, dans laquelle l’universel juif selon Levinas doit continuer de se dire.

L’objet principiel de la philosophie classique, de Parménide, Platon et Aristote à Descartes, Kant, Hegel et Heidegger, c’est l’Etre. L’Être serait un Tout, une totalité pleine, bouchée et saturée d’elle-même, « un système verrouillé, sans frontière ni dehors, sans fin ni commencement, sans point d’extériorité ni transcendance, substance saturée dont on ne peut s’évader ni rien lui ajouter » (BHL). C’est cette conception immémoriale de l’Être comme totalité immanente avec laquelle Levinas va rompre dans Autrement qu’être ou au-delà de l’essence (1974), et dont, à sa suite, Lévy fera inlassablement le procès : « II faut rompre, écrit-il, l’enchaînement de l’humain au sol de l’Être, rompre avec l’idée d’une unité primordiale des existants, briser l’identité de forme et de substance entre l’Être et la Totalité, remettre en cause la priorité donnée au Tout. » L’Être, poursuit-il, étant le règne des étants, de l’affrontement fatal entre les différents étants, « l’être, c’est la guerre. » Le néant est le fond de cet Être. Quant à l’envers de l’Être, son ombre, c’est « une sorte de pure présence, de plénitude du vide, d’accumulation d’essences non séparées, règne de l’indivis, de l’innommable, de l’immonde, de l’inhumain, du cauchemar. » Et BHL, reprenant le Levinas de Difficile Liberté (1976), conclut que de ce totalitarisme ontologique de l’Etre-tout procède secrètement le totalitarisme de l’État et de la société moderne.
Comment, enchaîne-t-il, sortir de la prison de l’Être ? Il y a d’abord la transcendance, ce qu’on appelle communément la « religion » et que Levinas, lui, appelle « l’idée de l’infini » et qui est au cœur de la « parole prophétique ». Et puis, il y a une seconde brèche dans la clôture de l’Être : la rencontre avec le visage d’autrui, avec l’autre en tant qu’il est Visage, mixte de visible et d’invisible. Sainteté du visage, transcendance de ce « me voici », de cette pure altérité et pure autruité qu’est le visage d’autrui. « Je suis là, cloué, assigné par l’épiphanie du visage. Le visage d’autrui apparaît ; de toute sa hauteur il m’assigne. Me voici » (Levinas, cité par Benny Lévy). Cette rencontre avec autrui est la grande expérience métaphysique à travers quoi se joue l’humanité de l’Homme. Dès qu’apparaît le visage d’autrui, je ne peux me dérober, et son humanité m’obsède. Ma liberté est entièrement requise dans mon rapport, mon assignation à l’autre. L’altérité, de m’enchaîner à l’autre, me libère de la prison du Même. Autrui me donne à être. Loin que ce souci éthique de l’autre exige ma dépersonnalisation, « je suis défini comme subjectivité et personne singulière, comme un « je », précisément parce que je suis exposé à l’autre. C’est ma responsabilité inéluctable et inévitable envers l’autre qui fait de moi un « je » individuel » (« De la phénoménologie à l’éthique. Entretien avec E. Levinas », entretiens avec R. Kearney, Esprit, n° 234,1997).
« Idée folle, souligne BHL, d’un sujet vide de soi, otage de l’autre, auquel l’autre se substituerait intégralement ». « En m’exposant à la vulnérabilité du visage, je mets en question mon droit ontologique à l’existence. Le droit d’exister de l’autre a prédominance sur le mien, ce que résume le com­mandement : « Tu ne tueras point. » Le rapport éthique avec le visage est asymétrique, dans le sens où il subordonne mon existence à l’autre. […] L’autre passe toujours avant moi. Son droit-à-être précède le mien. […] C’est cette asymétrie qui ca­ractérise le refus éthique de la première vérité de l’ontologie : la lutte pour être. L’éthique est contre nature parce qu’elle in­terdit l’aspect meurtrier de ma volonté naturelle qui accorde la priorité à ma propre existence » (« Entretien avec Levinas », op. cit.).
Critique radicale de l’élan vital, mise en question du vouloir-être, du « persévérer dans son être » spinozien, de l’être-soi, de Sa Majesté le Moi, du droit ontologique à l’existence. « Le sujet est un hôte pour autrui », écrit Lévinas dans Totalité et Infini. « L’homme, disait Nietzsche, est un pont, et non un but. »
L’Autre prend la place de l’Être.
1943-1944, Sartre faisait dire au héros de Huis clos : « L’enfer, c’est les autres. »
De l’existentialisme à Lévinas, de l’Etre à l’Autre, on mesure le chemin parcouru. Chemin que BHL, du Siècle de Sartre à l’Institut d’Etudes Lévinasiennes, aura, avec quelques autres, dûment arpenté et dûment balisé en propre.
Cette responsabilité illimitée à l’endroit d’autrui, c’est en quoi, dit Levinas repris par Lévy, consiste précisément l’être-juif. Et ce surcroît d’obligation et de sollicitude, ce messianisme du prochain et au présent, à mille lieues de toute eschatologie, « cette dette jamais contractée et qui ne sera jamais acquittée à son endroit » (BHL), constituent l’essence même du judaïsme (« ne pas pouvoir se dérober ») et font son universalité.
Or, le judaïsme a, très tôt, été traité en résidu par la philosophie occidentale, au nom, précisément, d’un universalisme abstrait, successivement grec, romain puis chrétien, qui, s’appuyant sur le Logos, l’Empire, puis la religion, a laïcisé la providence et la foi et marginalisé, exclu, au nom de l’Un quelconque, par arasement généralisé d’un monde où il n’y aurait plus « ni Juif ni Grec, ni esclave ni homme libre, ni homme ni femme » (Saint-Paul), cet être-juif singulier, qui persistait à se dire et se penser dans un rapport à une terre imaginaire, à une loi abstraite et une langue morte, et non dans la langue des Nations. Pour que triomphe cet Universel occidental qui culminera dans la téléologie hégélienne avec l’absolutisation-universalisation de l’Etat, à travers quoi l’Esprit du monde vise à la réalisation de la Raison dans l’Histoire , le nom juif, ce résidu indéfinissable, cette vieillerie, cette exception anhistorique, figure ce « peuple en trop » et sans avenir parce que sans État (l’État hégélien -le Réel devenu rationnel signant l’achèvement de l’Histoire) et pratiquant une religion d’esclaves (Hegel, toujours, dans Fragments sur /’esprit du christianisme : le Dieu des Juifs est un Dieu horrible). En vertu de quoi, ce nom juif, sauf à se fondre dans l’Universel abstrait et épouser le cours du monde, en un mot souscrire à son propre effacement, devait être effacé dans une guerre métaphysique sans merci, « un judéocide philosophique qui va de Spinoza à Heidegger et au-delà » (BHL, Athènes et Jérusalem, suite, 2006). Volonté d’effacement, millénarisme, qui ne seront pas pour rien dans la Shoah comme solution finale à cet irrédentisme juif, au « problème juif », c’est-à-dire aux Juifs comme problème, les problèmes, par définition, demandant à être réglés, par un moyen ou un autre.

C’est sur les ruines de cet universel occidental, qui n’avait pas empêché 14-18 et encore moins Auschwitz — si même il n’y eut pas sa part — qu’intervient Lévinas, repris par Lévy. Face à cette faillite de l’universel abstrait, où l’être-juif (et l’idée d’homme avec lui) a manqué de sombrer corps et âme, face à Auschwitz, et en raison même d’Auschwitz, face à l’illiquidité du Mal (BHL) que nie l’hégélianisme (le mal ne serait qu’un biais inévitable, le détour temporaire, une malentente, voire la ruse involontaire, le moyen inversé, en un mot le chiffre secret et la condition agissante d’un Bien en gésine qui, requis, défié et travaillé par cet objet malin, ne manquera pas, tôt ou tard, de le solder et de le subsumer), face à son éternel retour auquel la mémoire d’Auschwitz ne saurait faire barrage éternellement, il en va du salut de l’humanité de rebâtir un nouvel universel, si l’on veut éviter le triomphe sans appel de la barbarie. Un monde privé d’universel verrait, de nouveau, le pullulement des particularismes. Et ressurgirait de plus belle la guerre de tous contre tous. Mais il faut refonder un Universel autre ; hors, désormais, de l’Histoire ; hors système ; hors Totalité. Bref, le « Plus jamais ça, plus jamais Auschwitz » requiert un Universel entièrement nouveau. Cet universel-là, qui s’ignorait lui-même et que propose Levinas, n’est autre que le judaïsme, venu, écrit-il dans Difficile liberté, « pour l’humanité » tout entière, l’être-juif consistant — voir plus haut — dans une responsabilité illimitée à l’endroit d’autrui, de tous les autruis. « Tous les hommes sont d’Israël », pose Levinas, citant le Deutéronome.
Cet universel juif, loin d’être abstrait, a un commencement : il s’origine au Siriaï. Mais lui n’a ni fin ni parousie : il est anhistorique, immémorial, « anachronique ». Enfin, cet universel sous sa forme juive (qui ne requiert ni n’implique nulle conversion ; valant pour « l’homme d’origine diverse ») opère non plus par l’englobement-arasement paulinien, mais par rayonnement, selon la logique prophétique. C’est un universel en « in-tension » (et non, comme son antécesseur paulinien, en extension). Où les hommes, prenant le relais de Dieu devant l’échec de sa création, il s’est retiré du monde, sont seuls, désormais, à pouvoir soutenir le monde et le sauver, dans leurs paroles et par leurs actes, faute de quoi les piliers faits de Commandements qui le soutiennent s’écrouleraient et le monde se déferait. Et pour un plus large entendement, autant que pour circonvenir l’universalisme paulinien dans sa langue même, cet universel sous sa forme juive, le Dit juif, ce « dire » premier, cette sagesse biblique puis talmudique précédant le Logos, continuera à se dire dans la langue du Logos et de l’universel logique, dans la langue logocentrique de la philosophie et de la métaphysique, qui, pourtant, l’avaient tant nié. Sans pour autant que cet universel sous sa forme juive et en langue « grecque » soit, de ce fait, ramené à une vulgate améliorée des droits de l’homme ; sans que ce judaïsme pour tous se résume à « un humanisme démocratique amélioré » (BHL). Se gardant de la tentation humaniste, il s’agit de « faire entendre dans la langue de la philosophie […] les voix qu’elle a tues depuis des millénaires et qu’elle a tenté de rayer du grand registre des paroles » (BHL). Réparation, donc. Opération politique, tout autant : « Faire entendre dans la langue de la Grèce les principes que la Grèce ignorait.  » Outre que la langue grecque, langue »  du beau, du vrai, de la souplesse, de la sobriété, de la malice », engage comme nulle autre à briser idoles et tyrannies, à refouler « les particularismes locaux du pittoresque ou folklorique ou poétique ou religieux » (Levinas), à lutter contre ce qu’il appelle « l’esprit des bois » et contre le sacré, le numineux, ce paganisme de la communion logé, non moins qu’ailleurs, au sein du judaïsme de l’effusion, le judaïsme hassidique, où la transe, la mystique, en un mot la croyance, l’emportent sur l’étude. Antipaganisme, antioccultisme ; mais aussi désenchantement du divin, le saint préféré au sacré : l’universel juif de langue grecque est un parti pris de rationalité et de lumière.
Le renversement est de taille. Hier encore, l’être-juif, sommé de se fondre dans l’universalisme occidental, s’ingéniait à porter au plus haut d’un judaïsme laïcisé devenu un pur supplément d’âme  humanisme, droit-de Thommisme et rationalisme, subsumant son message dans les valeurs, ici, de la France républicaine (Bergson, Jules Isaac, Marc Bloch), là, de la germanité (Hermann Cohen), ici encore de la modernité, et glorifiant le génie de l’Europe, forme suprême de l’universel et nouvelle Terre promise. Vichy, ce coup de tonnerre qui n’en était pas un, et Hitler firent litière de tout cela, ou presque. L’hitlérisme a rappelé au juif  l’irrémissibilité de son être, sa facticité juive, son enchaînement originel inéluctable, qu’il avait pu oublier avec le chrétien, le libéral. Consécutive à la Shoah, cette absolue « souffrance sans faute », la création d’Israël, changea le destin juif de la diaspora. Enfin, sous l’effet de rupture de Levinas, héritier de Franz Rosenzweig, l’auteur de L’Etoile de la Rédemption (1921), du Gaon de Vilna (1720-1797), de son disciple kabbaliste Rabbi Haïm de Volozine (1759-1821), auteur de L’Ame de la vie, et, plus encore en amont, du Maharal de Prague, auxquels BHL ne cesse de rendre hommage dans ses études lévinasiennes, le judaïsme s’est fait philosophie à part entière ; il s’est désormais fait socle d’un universalisme pour les temps à venir.
Parodions le mot célèbre de Simone de Beauvoir sur le « deuxième sexe » : « On ne naît pas juif, on le devient. » BHL, qui se voyait à l’origine « l’enfant naturel d’un couple diabolique, le fascisme et le stalinisme », s’est fait, dans la lumière de Levinas et des maîtres anciens, homme et penseur juif. Torah et Talmud y sont pour moins. Un judaïsme philosophique, bien plus que religieux. BHL s’est toujours revendiqué athée ou plutôt athéologique. « Dieu est mais n’existe pas. Il est une Lettre, une fiction. »
Le Dieu béhachélien, lui-même, est un dieu athée. Et le ju­daïsme, pour BHL, n’est pas (d’abord) une religion mais, en strict lévinassien qu’il est, un mode d’accès à l’Être, contour­né, esquivé, transcendé. Pas de « tournement » métaphysico-religieux chez BHL, comme chez Benny Lévy, pas de foudroie­ment de Dieu, pas de nuit de Pascal juive, enfin, de son propre aveu, pas d’« expérience » directe, personnelle de l’antisémi­tisme. Pour toutes ces raisons, « transformer la malédiction en bénédiction » aura un sens historique moindre pour lui que pour Benny Lévy, et dépourvu de visée théologique.

L’Échange : Lévy avec Lévy
Ils se fascinaient mutuellement.
Benny Lévy, ce « Socrate juif», cette « torpille » d’intransigeance, fascinait BHL pour son parcours métaphysique sans équivalent dans le siècle (de la Révolution à la Torah, via Sartre) et sa radicalité juive. Il incarnait l’homme du Retour au judaïsme. Un judaïsme de l’étude « pur et dur ».
Bernard-Henri Lévy fascinait Benny Lévy, parce que, français et juif, juif d’interrogation et de savoir en même temps que Juif ô combien dans le siècle, à travers lui, dans sa personne, dans son œuvre polyphonique et dans sa geste à la face de ses semblables, se concentraient toute la  problématique de l’identité juive dans le siècle (au sein de la gentilité), ses tensions éternelles, la passion juive mêlée à la passion du monde.
Et tous deux étaient également lévinassiens.

J’ouvre une parenthèse par anticipation. Le compagnonnage de Finkielkraut dans l’Institut d’Études Lévinasiennes (voir ci-après) semble avoir été moins décisif, moins emblématique, en raison peut-être de son caractère plus universitaire, aux yeux de Benny Lévy, que BHL. Benny Lévy, qui apostrophe volontiers celui-ci, lors des séminaires publics de l’Institut, comme figure juive « au travail » « en devenir », et le convie expressément à un destin juif exemplaire, semble le tenir comme un enjeu en soi, une sorte de « prise de guerre », dans son dispositif de bataille contre l’Occident laïque pour le retour au judaïsme comme religion. Vis-à-vis de Finkielkraut, « l’investissement » stratégico-idéologique bennylévien semble moindre. Benny Lévy, qui, indiscutablement, était l’âme de ce trio lévinassien, imbattable en érudition talmudique et maîtrisant, à la différence de ses deux alter ego, l’hébreu, fera davantage référence au Juif imaginaire (1981), le livre inaugural de Finkielkraut philosophe, qu’aux travaux de celui-ci sur Levinas (La Sagesse de l’amour, 1984), qui entrent en confluence concurrente avec les siens (Visage continu. La pensée du retour chez Emmanuel Levinas, 1998).

Mais s’agissait-il entre BHL et Benny Lévy tout à fait du même Levinas ? Cette question fut l’enjeu de trois années d’intense compagnonnage, de 2000 à 2003, date de la mort de Benny Lévy, à l’Institut d’Etudes Lévinasiennes à Jérusalem.
Ils s’étaient brièvement croisés à l‘Ecole Normale Supérieure au début des années 70, sous les auspices d‘Althusser. Mais BHL, sur la réserve, ne fut pas de l’aventure de la Gauche prolétarienne, ce mouvement d’intellectuels maoïstes visant à « casser l’histoire du monde en deux » et « changer l’homme en ce qu’il a de plus profond », que Benny Lévy, alors Pierre Victor, orchestra de part en part en chef charismatique clandestin, avant de la dissoudre en 1973, devant le passage ou non à la violence et surtout l’échec de l’établissement en usine, le prolétariat français, rebelle à la révolution, ne suivant pas les « établis », cette poignée d’intellectuels immergés en milieu ouvrier, dûment chapeautés par Benny Lévy. L’échec plongea nombre d’entre eux, qui avaient sacrifié études, carrière, vie personnelle, à la cause du peuple, dans la déréliction. Pierre Victor, lui, devient le secrétaire de Sartre, reprend, grâce à lui, son nom d’origine de Benny Lévy, rallie en 1980, à la mort de Sartre, la yeshiva des étudiants de Strasbourg, tout en enseignant la philosophie à Paris et à Tours, avant de faire son alyah en 1997 à Jérusalem et d’y fonder l’École doctorale de Jérusalem. BHL, de son côté, publie son Siècle de Sartre début 2000, où il lave Benny Lévy de l’accusation de détournement de vieillard. Le temps de la rencontre était venu. Leur commun attachement à l’œuvre de Lévinas sera le lien. Avec Alain Finkielkraut, tous trois fondent, cette même année 2000, l’Institut d’Études Lévinasiennes à Jérusalem.
Examinons cette étonnante proximité entre un juif de la diaspora, athée, immergé dans le siècle et la gentilité, et ce juif prophétique, fiévreux, que, dit-il, « seule apaise la pierre de Jérusalem », gardien jaloux de la Torah, qu’était devenu Benny Lévy. Le lien, donc, est l’œuvre de Levinas.
L’œuvre de Levinas va être le lieu et l’enjeu du débat. D’autant qu’elle prête à interprétation, tant, entre son versant religieux et son versant philosophique, le partage, parfois, est mince, difficile, la frontière ténue, la contamination réciproque. Ainsi cette proposition de base de Levinas que « la philosophie est la destruction de la transcendance ». Ou encore : « Cette authentique relation à autrui, je l’appelle religion » (même s’il précise que l’éthique ne présuppose pas la croyance). Et encore : « Dieu, comme Dieu de l’altérité et de la transcendance » (Benny Lévy enchérira : la philosophie, que depuis toujours précède le nom imprononçable de Dieu, bien qu’elle ait tenté « d’inclure ce Nom dans sa geste » et fait de Dieu « le sommet des étants », est, en réalité, « l’oubli de ce nom », « destruction de la transcendance, a-dieu »). De fait, Levinas, en maints endroits de son œuvre, désigne la religion comme ce vers quoi le discours philosophique doit tendre à s’effacer. Mais, à l’inverse, quand Jean-François Lyotard dira un jour à Levinas qu’il le considère comme un penseur juif, celui-ci proteste, véhément (pas un « philosophe juif », insistera à son tour BHL, mais « un juif qui fait de la philosophie »). Et si Levinas inscrit le Tout-autre et le prophétisme dans le discours philosophique, il dénonce toute substantialisation de ce Tout-autre, interdit sa nomination. Dieu n’est qu’un mot, une trace, une absence, une idée : l’idée de Dieu. Bref, c’est un absolu sans incarnation, une ex-tanse, enchérira, de son côté, BHL. Et si l’Infini déborde le logos philosophique, nulle confession, nul dogme, pour autant, ne peuvent revendiquer l’expérience de l’infini, en faire une vérité de l’être, sauf à la travestir.
C’est de cette ambiguïté, de cette ambivalence, de cette non-distinction tranchée entre philosophie pure et sphère du religieux que vont s’autoriser, pour en débattre, Benny Lévy et BHL. Et leur accord de fond sur l’incontournable facticité juive, sur Israël comme retour et comme nouvelle aube du judaïsme, sur l’Histoire comme tourment millénaire du peuple juif et sur la sortie par Israël et le retour à Israël de cette Histoire aux penchants criminels, leur lecture parallèle des grands penseurs du judaïsme que furent le Maharal de Prague, le Gaon de Vilna, Haïm de Volozine et Franz Rosenzweig, bref, cette communauté de pensée, prendra, à propos de Lévinas, un tour davantage duel et parfois même, avec les années, la forme, ici et là, d’un discord implicite, enrobé dans une conflictualité fraternelle. Débordement critique de Levinas et exhortation juive chez Benny Lévy à l’endroit de BHL ; évitement sémantique et pas de côté lévinassien chez BHL. Tel un jeu philosophique du chat et de la souris. En un mot, Benny Lévy s’efforcera de faire basculer la pensée de Levinas du côté de la religion et du judaïsme, au besoin en l’outrepassant, quand BHL (et Finkielkraut avec lui) entend maintenir Levinas, par-delà le judaïsme, dans le champ philosophique et continuer d’inscrire l’éthique lévinassienne dans l’horizon de la pluralité occidentale.

Premier point de rencontre (et premier point d’achoppement) : la question on pourrait presque dire « la querelle » de l’universel.
BHL reprend Levinas à la lettre. La sensibilité messianique suppose que « c’est pour l’humanité entière que le judaïsme est venu. » Jérusalem, précise BHL, « est un nom universel. C’est un des noms de l’Universel. C’est une métaphore de l’Universel car c’est une métaphore de l’humain. » Levinas avait ouvert la voie : « Tous les hommes sont d’Israël » (Du sacré au saint] et avait décrit, dans A l’heure des Nations, un Israël « en alliance avec tout l’univers des nations ». BHL lecteur des Lectures talmudiques chante un judaïsme universaliste, qui « ne se résout pas à en laisser le monopole au christianisme ». Reprenant Rosenzweig, il attribue au peuple juif, pour prix de l’élection, le rôle « d’ouvrir pour tous les peuples les portes invisibles et sacrées qu’illuminé l’étoile de la rédemption ». En regard de ce judaïsme universaliste, ou plutôt de cet universalisme juif, en regard de Levinas et de BHL lévinassien, que dit Benny Lévy ? Il parle du juif « converti à l’universel », à l’Occident, au « Parti unique de l’universel » un universel « déchu » comme d’un juif du Siècle, déjudaïsé. « On peut être universel à soi seul », pose-t-il. Israël, s’interroge Benny Lévy, est-il une métaphore, une allégorie de l’Humanité, ou le destin des juifs seuls ? Pas plus les juifs ne sont apparus dans l’Histoire pour répondre à l’antisémitisme, pas plus le judaïsme « ce mot que je n’aime pas du tout » n’a à répondre à une question qui n’est pas une question juive, à se poser en écho d’un universalisme qu’il précède et qu’il excède. Un judaïsme en in-tension : « On ne peut donner aucun contenu à cette extension de la connaissance d’Israël à l’humanité. Cela ne veut pas dire que l’on n’est pas universel, cela veut dire que notre universalité est repliée sur les quatre coudées où se trouve Israël. […] Si Israël revient à sa vocation initiale, si Israël retourne, il retourne à l’universel. Evidemment, ce n’est pas celui que décrit l’Occident » (La Confusion des Temps). Bref, contre l’universel (occidental) en extension, Benny met en avant un « universel (juif) qui est tout en intensité, tout en retrait ». Et qui n’est pas un produit d’exportation (non, tous les hommes ne sont pas d’Israël). En un mot, Israël à lui seul est le vrai universel. Tout ce qui n’est pas retour à Israël est hors de cet « universel singulier », de cet universel pour soi et à soi seul.

Second point de tension entre les deux Lévy : la question de Dieu.
Pour l’athée que se revendique BHL, Dieu, on l’a vu, est une trace, une fiction, « une faille », un « Dieu qui ne peut que manquer ». Il cite de Lévinas le fameux : « L’absence de Dieu est meilleure que sa présence. » II ajoute que « Dieu doit être non pas pensé mais réalisé ». Et la religion juive est d’abord désensorcellement, antinature, antisacré. Le Talmud, à cet égard, l’étude, insiste-il dans tous ses textes, est plus saint que la Torah.
Levinas, le premier, mettait le Talmud avant la Torah.
Pour Benny Lévy, balayant d’emblée la possibilité même de l’athéisme, « être juif, c’est l’impossibilité d’échapper à Dieu ». Plus encore, « juif laïque veut dire juif chrétien ». « II y a au fond de l’être-juif, martèle-t-il, le commandement de connaître l’Unique. » Etre juif, athée et laïque, est-ce encore être tout à fait juif ? Tout juif, dans sa facticité même, dans son être-juif, est voué, martèle-t-il encore, à retourner sans cesse au Sinaï. « Être juif, voilà tout, voilà le Tout », s’exclame Benny Lévy.
On le voit, cette conception essentialiste du judaïsme s’oppose point par point à la conception existentialiste béhachélienne et, en amont, à Levinas lui-même. Être Juif, l’ouvrage posthume de Benny Lévy, paru quelques semaines après sa mort brutale, est une empoignade avec Levinas, pour arracher le judaïsme à la spiritualité « judéo-chrétienne ». Levinas à qui il reproche de faire de l’être-juif une situation simplement humaine, au sens d’une humanité en général. En outre, Levinas a tort dans sa question du Mal, en ne trouvant que dans la question d’autrui la possibilité d’une percée du Bien. Comme si celui-ci n’était pas antérieur au mal, ne relevait que des hommes et pas, en amont, de Dieu seul ; comme si le Mal, donc, pouvait lui-même être absolu ; aussi absolu que Dieu. Et comme s’il pouvait donc y avoir là silence de Dieu ! Le Mal absolu, le silence de Dieu : un truc de chrétiens. Attentatoire à la toute-puissance du Tout-puissant. Osons-le : une hérésie ? C’est en ayant à l’esprit tout cela, ainsi que le rejet de l’Occident (« Le fond de la civilisation occidentale, c’est le vol, et la démocratie a tout simplement volé le Sinaï »), qu’il faut entendre le portrait fameux que Benny Lévy dressa de BHL à l’Université hébraïque de Jérusalem, en 2003, quelques mois avant sa disparition.
« Je suis appelé à rendre présent ce qui, à force de sauter aux yeux, se dissimule quelque peu. La première chose, c’est que Bernard est juif. J’entends : vraiment juif. Père juif, d’où son nom juif ; mère juive. Mon propos est exactement cela, de rendre présent ce qui se dissimule (l’être-juif de BHL ; note GH). Pourquoi cela se dissimule ?
Le fond est le suivant : Bernard est un juif moderne. En vérité, c’est un seigneur dans la société moderne. Les ministres le craignent, les intellectuels le jalousent. Ce sont là toutes les caractéristiques de la seigneurie. Donc il est difficile que l’être-juif (de BHL ; note GH) se révèle pleinement. Or, ma thèse qui est le fond secret, lumineux de mon amitié avec Bernard, est que l’être-juif doit se révéler. L’être-juif du juif moderne va sortir de la dissimulation, du marranisme qui est son tuf. »

Puis Benny Lévy, après avoir parlé du livre de BHL sur Daniel Pearl et sanctifié le nom de ce journaliste juif américain égorgé au Pakistan par des  » fous de Dieu « , après avoir loué La Barbarie à visage humain à propos de la Shoah (« Hitler, vainqueur de ses vainqueurs ») et de l’obscurité des Lumières (« II faut être désormais antiprogressiste »), en vient au Testament de Dieu et lit l’éloge qu’en fit Levinas :
« Je rejoins, écrit Lévinas, le livre courageux et sombre de Bernard-Henri Lévy. Sombre comme le premier alinéa de notre texte, livre qui dit tant de choses admirables sur la Loi, sur la dure Loi qui ne nous apporte pas d’emblée comme Je promettent certains jeunes hommes trop facilement optimistes les joies des aubes naissantes. Loi dure, notre part à nous, peuple de la Loi juste, notre part la meilleure. »

Ce qui circule dans toutes les œuvres de Bernard [reprend Benny Lévy}, c’est le Diable. Il est le personnage central de tous ses textes. Il l’appelle le Mal absolu, ou encore, parfois, le Mal radical. Comme l’a souligné Lévinas, Bernard a pointé dans Le Testament de Dieu la dure loi monothéiste. Et d’un autre côté, il est hanté par ce souci ouvertement caractérisé de dualiste du Mal absolu. Cela est une contradiction. Le monothéisme ne pense pas que le mal soit absolu. Voilà ce qui est au plus profond, dans les difficultés de penser et sans ces difficultés de penser, on ne pense pas , qui sont actuellement au cœur de l’œuvre de Bernard.
Ce que je vais dire n’est pas un conseil, c’est une prière.
Qu’il s’arrête longuement, qu’il s’empare de cette contradiction entre le monothéisme, la dure loi du monothéisme et la présentation du mal comme absolu. Alors se révélera au fond de l’être-juif le commandement de connaître l’Unique. »

Tout est dit. Benny Lévy est en guerre métaphysique avec l’Occident, avec la philosophie (occidentale), avec l’Universel (occidental), avec les Lumières. Et BHL est « prié », en toutes lettres, de connaître l’Unique. Connaissance qu’il possède déjà, ô combien. Alors, que veut dire là « connaître » ? Quel pas de plus est-il requis ? De quelle « connaissance » supplémentaire s’agit-il ? Tout est là.
Qu’on me permette un souvenir personnel. Au retour de cette soirée à l’Université hébraïque de Jérusalem, j’avais, excipant de mon état de noachide ignorant tout, ou presque, de la Loi, interrogé Benny Lévy. Une question « bête ». Mais, au fond, la question des questions. Croyait-il « vraiment » en Dieu ? Dieu existe-il « vraiment » ? La réponse fut immédiate : « II existe vraiment. Et j’y crois absolument. »

Pour BHL (comme pour Finkielkraut), aussi coupable et meurtrier qu’ait été l’Occident, le judaïsme est précisément ce dialogue polémique et interminable entre l’identité juive, dans son extériorité vis-à-vis de l’Occident, et la philosophie abstraite ; il est un pont entre un monde, le monde juif, et la pluralité des mondes. Le monde n’est pas Un. Pour BHL, Israël n’est pas un Tout, il est d’abord un Reste. Un recours pour l’humanité, quand elle se perd et s’oublie.

Athènes et Jérusalem
Benny Lévy meurt soudain d’un arrêt cardiaque en octobre 2003. L’annonce de sa mort affecte profondément BHL. (Je l’ai vu verser des larmes lors de la mort de son père, vingt ans plus tôt, et là.)
Leur amitié, leur fascination réciproque auraient-elles tenu jusqu’à nous ?
Benny Lévy, son magister éclatant le portant de lui-même aux avant-postes du judaïsme religieux, n’aurait-il pas eu un jour la tentation du politique ? La scène israélienne, en particulier dans les partis religieux, souffre d’une rare indigence en hommes de qualité.
Aucun chef, aucun leader charismatique n’a émergé de ce côté-là. Il y avait là une place vide, vacante. Benny Lévy aurait-il été tenté de l’occuper ? C’eût été dans la logique de son action, de sa radicalité. Et c’était, quoique enfoui depuis la Gauche prolétarienne, dans la logique du personnage.
Indépendamment de cette spéculation hardie, qu’eût-il advenu de cette interlocution de BHL et de Benny Lévy ? Les choses se seraient-elles tendues ? Se seraient-elles gâtées ?
Sans jamais cesser de rendre hommage au disparu et de dire sa dette à son égard, BHL confiera, deux ans après la mort de Benny Lévy, dans un entretien avec Isy Morgenstern : « Je me souviens de notre vraie dernière, toute dernière, conversation. C’était une conversation fraternelle, comme toujours. […]
Mais, en même temps, je sentais bien que la différence des points de vue se marquait de plus en plus nettement. »
De même, il avait écrit lors de la parution de L’Être Juif: « Je ne peux pas ne pas me reconnaître, parfois, dans ce « juif du siècle », dont il brosse un portrait sévère. Je ne peux pas ignorer que chaque page ou presque de ce texte de feu plaide pour un « être-juif » qui est infiniment loin du mien. »
BHL revit, cinq ans après la mort de Benny Lévy, la vidéo de l’hommage que lui avait rendu Benny Lévy à l’Université hébraïque de Jérusalem, conclu par la fameuse prière finale. Il répondit longuement à son ami défunt dans une intervention intitulée Contre le Mal, s’il est absolu, que faire ?
D’abord, il y a le Livre de Job, « l’homme le plus pur et le plus intègre d’Israël ». Une pure souffrance, saris faute de la part de ce Juste. Souffrance totalement « gratuite ». Un pur scandale. Le mal, la punition, est sans cause. Quant au silence de Dieu, ne s’est-il pas, sa transcendance installée, retiré du monde pour laisser aux hommes le soin et la liberté de lui donner forme, à tout le moins d’ordonner le chaos et d’empêcher le monde de se décréer, « laissant les hommes se débrouiller avec ce mal quasi originaire », « un mal des origines, qui suit immédiatement, de très près, l’origine et ne dépend par conséquent d’aucun manquement humain » ? Tel est bien, ajoute BHL, ce tohu et ce bohu, ce premier état désolé du monde que décrivait Levinas dans De l’existence à l’existant. Et puis, encore, il y a le meurtre d’Abel par Gain, troisième figure du Mal, « un Mal détaché de toutes circonstances particulières, de toutes circonstances concrètes et donc, lui aussi, absolu, détaché donc absolu… »
« Mettons, modère pour finir BHL, que Dieu ait créé le monde et que, ensuite, le Mal s’y soit introduit. Mettons qu’il y ait une bonté originelle de la Création (principe dont Levinas n’a jamais démordu) et que, ensuite, il y eut chute. L’homme est peut-être voué au Bien, mais il est sûrement enclin au Mal. […] Ce qui est sûr, aux yeux de Levinas, c’est qu’il est, ce Mal, l’archive même du monde et de l’humain. »
Conclusion : le Mal absolu existe, « irréductible à toute logique comme à toute rationalité » ; il n’y a pas de souffrance utile (visant à la rédemption) ou méritée (la Shoah), double « obscénité ». Pas de théodicée. La preuve par Auschwitz.
Alors, que faire ? BHL écarte ces faux remèdes qui nient le mal, prétendent le soigner puis l’éradiquer en fondant une humanité nouvelle et pure : le communisme, l’islamisme, sans parler du nazisme. Pas de médicalisme politique. Échapper à la volonté de guérir, à « la quête paranoïaque du mauvais virus », que seraient l’ennemi de classe, l’infidèle, le Juif. Ce qui résiste à la folie des guérisseurs, c’est la rémanence d’un incurable. La négation du Mal absolu, la volonté folle d’effacer l’ineffaçable, est pire encore que le Mal, elle est un archi-Mal.
Alors, donc, que faire ? Contre les guérisseurs de l’huma­nité, pas de compromis, d’accommodement. La guerre, seule réponse au fascisme. Contre le Mal lui-même, contre cette part de négativité constitutive de notre être-au-monde, là, en revanche, des compromis, « des demi-mesures », dit BHL. D’abord, la connaissance ; oui, les lumières. La vigilance, en­suite, la non-insomnie : l’éveil lévinassien à autrui, le souci de l’autre. D’où, oui encore, la politique, « cet art dont le but n’est pas de rendre les hommes ni plus héroïques ni plus angéliques mais juste un peu moins méchants ». D’où, surtout, le messianisme ; mais « un messianisme du présent, un mes­sianisme de l’homme quelconque ». Ne pas refaire le monde. Le réparer.

On est loin des aubes nouvelles, très loin aussi de Benny Lévy et des contradictions qu’il invoquait entre le monothéisme et la Loi pour forclore cette butée qu’est le Mal absolu en regard de l’Unique.

Et puis, plus anecdotique mais non moins signifiant du discord qui fit lien entre ces deux hommes si dissemblables et si proches : la question de la littérature et l’étude, sur laquelle BHL revient cinq ans après la mort de Benny Lévy, en un dialogue posthume interminé, interminable, intitulé, précisément, La Littérature et l’Étude.

« Le juif n’a pas été créé pour faire de la littérature mais pour étudier. » C’est une phrase de Benny Lévy. Traduction de BHL : « Vous n’êtes pas venus au monde pour faire les singes savants chez les Guermantes, mais pour étudier. » Ou encore : non au juif de savoir, oui au juif de l’étude. Non à Proust, à Marx, à Freud et à Einstein. Non aux Lumières. Pas la peine de s’embêter avec la littérature « quand on sait que l’on vit dans un monde dont les poutres sont les lettres, et que l’on a la chance de disposer du chiffre de ces lettres », c’est-à-dire la Torah et le Talmud. Ou encore : « II y a des foules de gens capables de lire Flaubert, encore plus pour découvrir l’amour, ou la mort, ou la joie. Mais lire Rachi, recevoir le choc de la Voix, se tenir au lieu vide de la parole donnée, percer le mystère des deux pactes, bref vivre le Talmud, cela est donné à peu, à très peu. »

Puis, après avoir « donné la parole » à Benny Lévy par-delà sa tombe, BHL écrit ceci : « Cette phrase m’embarrasse et, parfois, me terrine. » Détour, qui n’en est pas un, par Sartre. Le Sartre des Mots, que la doxa prend pour un hommage à la littérature, « une déclaration d’amour aux mots », était exactement le contraire, analyse BHL : un adieu aux mots, à la littérature, cette névrose. D’où le refus du prix Nobel de littérature. « Sartre était un intellectuel admirable. Mais c’était aussi osons le mot cette manière de « terroriste » qui a toujours pensé …] qu’il y a dans le fait de se vouer au culte de la littérature quelque chose de l’idéal sacerdotal et de la haine de la vie vilipendés par Nietzsche. » Et BHL ajoute : « Dans la position de Benny, dans cette sentence « Les Juifs ne sont pas venus, etc. », je ne peux pas ne pas entendre l’écho de ce geste sartrien qui est, pour moi, le pire geste du sartrisme, je ne peux pas ne pas y retrouver un peu de la voix du vrai Sartre terroriste, bien plus terroriste que celui qui, dans un moment d’égarement, fera l’éloge de la Bande à Baader. »
Dans la réduction de la lecture et de l’étude aux Textes consacrés, BHL dit déceler une forme d’idolâtrie. Idolâtrie du Livre. « Qu’est-ce que l’idolâtrie ? La fermeture du texte. Sa clôture. » À l’appui de ce dépassement de la clôture, et dans un plaidoyer passionné en faveur de l’intranquillité qu’est l’interprétation infinie, « ce vaccin contre la vérité sûre d’elle-même », face à une Lettre au sens jamais fixé, BHL convoque Levinas, bien sûr (« les juifs sont nés, pensait-il, pour faire en sorte que la littérature et l’étude se parlent et s’enrichissent »), Maïmonide qui pensait « en grec » et en arabe autant qu’en langue biblique, Moses Mendelssohn, et jusqu’à Proust lui-même et ses Guermantes, Proust dont la recherche (en hébreu, le Midrash, drsh, signifie, précise BHL « exiger ») « pourrait presque se lire comme une paraphrase du Talmud. » Tant la littérature, comme le Talmud, c’est l’affrontement infini des points de vue, la dispute, la controverse, le discours hypothétique, condition même de la révélation de la vérité. « Oui, la Vérité, et même la vérité révélée, ne se révèle que dans la controverse. » « Séparer l’étude de la littérature, faire comme s’il s’agissait de deux continents étrangers, c’est ne rien comprendre à la première, mais c’est se priver, aussi, du goût, de la saveur, des profondeurs, de la seconde. »
Et BHL termine en invoquant (contre Benny Lévy qui fut son secrétaire ; ou, bien plutôt, pour lui ?) la figure de Sartre, le Sartre qui découvre Levinas. « II dit qu’il s’est toujours senti plus proche d’un juif que de tout autre Français. Et il dit que ce judaïsme selon l’esprit, ce judaïsme fantasmé et vertigineux, a une source très précise : son rapport, justement, aux mots… « Ce qu’il y a de juif en moi », dit-il en substance, c’est sans doute un tas de choses. […] Mais c’est aussi, d’abord, principalement, ce rapport aux mots. C’est le fait qu’entre les mots et les choses, c’est toujours les mots que j’ai préférés, c’est parmi eux que j’ai été le plus à l’aise, c’est à travers eux que je me suis constitué et que je suis devenu sujet. »

Mais de cette interlocution mémorable sous le haut patronage de Levinas, de cette joute franche autant que fraternelle, dont il n’existe, me semble-t-il, qu’un précédent, Gershom Scholem et Walter Benjamin, et qui lui fait écho, par-delà ces deux conceptions inconciliées du judaïsme contemporain, il demeure, pour ses deux protagonistes (et pour tous ceux, auditeurs ou amis, qui en auront été témoins), un « moment » singulier, à nul autre pareil, dans la marche des idées qui, à pas de colombe, font le monde et lui confèrent son intelligence.

Épitaphe de Benny Lévy par son ami Bernard-Henri Lévy, décembre 2005 :
« Ce poème de Baudelaire qui s’appelle « Les Phares« . Eh bien, je me dis parfois que Benny c’est un peu ça… Une lumière intermittente… Une lueur interrompue… Il y a des person­nages comme ça… Ils apparaissent sur la scène de l’histoire ou la pensée… Ils émettent une lumière forte, extraordinaire -ment vive, incandescente, et qui laisse un souvenir lui-même incandescent, mais qui s’éteint après eux… »

Gilles Hertzog


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