Des intellectuels se mobilisent, à Paris, ce soir, pour la Syrie.

sos syrieEntretien avec Radwan Badini, membre du comité exécutif du Congrès syrien pour le changement, professeur et responsable du département des médias de l’université de Salahadin à Erbil, Iraq. Par Siegfried Forster, pour RFI.

RFI : Quelle est aujourd’hui la réalité d’un intellectuel ou artiste en Syrie ? C’est forcément être persécuté, emprisonné, torturé ?

Radwan Badini : La Syrie est un régime totalitaire et dictatorial. Ce n’est pas que la prison, il y a la chasse aux personnes, la chasse aux idées, l’intolérance vis-à-vis de toute sorte de démocratie ou liberté. On ne peut pas parler librement. Il n’y a pas de loi pour organiser des partis politiques. Il y a un seul parti selon l’article 8 de la Constitution, et c’est le parti Baas. Dans le monde entier, il n’y a pas de pays comparable à la Syrie, peut-être la Corée du Nord.

RFI : Qu’est-ce que vous attendez de cette journée de solidarité avec la Syrie ce 4 juillet à Paris avec des intellectuels syriens et français ?

R.B. : C’est un acte très important pour le peuple syrien. Actuellement, tous les jours, il y a des jeunes gens qui paient de leur vie. Il y a des morts partout. Ce n’est pas dans une seule région, c’est partout, du Nord au Sud et de l’Est à l’Ouest. Tout le peuple syrien participe aujourd’hui aux manifestations et protestations. A ce jour, on recense plus de 1 400 morts, 13 000 prisonniers et 15 000 exilés en Turquie sans compter les autres personnes qui ne sont pas recensées.

RFI : Cette action à Paris, pourquoi est-elle si importante ?

R.B. : Aujourd’hui, dénoncer ces mesures abominables du régime de Bachar el-Assad, signifie : encourager et récompenser les familles et les proches des martyrs. Pour que la jeunesse syrienne sache qu’on ne l’oublie pas à Paris, au cœur du pays des droits de l’homme, de l’égalité, de la fraternité et de la liberté. Ainsi, ils savent qu’il y a des gens qui pensent à nous et qui sont solidaires avec nous. C’est très important.

RFI : Ce qui se dit à Paris est entendu en Syrie ?

R.B. : Oui. Déjà, les petits articles qui sont parus dans les journaux ont donné des signes.

RFI : Il y avait la lettre ouverte adressée au Conseil de sécurité de l’ONU, signée fin juin par huit artistes et intellectuels . L’engagement des intellectuels non-syriens est-ce juste un signe symbolique ou vraiment un élément de pression politique ?

R.B. : Nous sommes très sensibles à ces genres de campagnes de solidarité et de sympathie à l’égard de notre peuple. Cela nous donne le courage, cela nous donne un confort dans notre combat. Le régime a une machinerie très puissante et utilise même des chars et l’artillerie contre la population. Le soutien des intellectuels renommés tels que Bernard-Henri Lévy ou Salman Rushdie est très apprécié par les opposants. C’est notre seul réconfort, parce que ni les pays arabes, ni les pays islamiques, ne s’expriment pour le moment. Actuellement, personne n’exige à haute voix d’arrêter ce massacre.

RFI : Le régime syrien a convoqué pour le 10 juillet une réunion avec des artistes et intellectuels. Est-ce un signe de changement ?

R.B. : Le régime a toujours su utiliser certains intellectuels. Je ne dis pas tous les intellectuels. Il y avait beaucoup de gens qui venaient de sortir de prison. Il y avait beaucoup de compatriotes qui ont passé des années en prison et qui ont été convoqués à cette réunion. Cette réunion est de la poudre aux yeux. Il ne s’agit pas d’une compréhension ou d’une nouvelle attitude. Ce n’est pas un nouveau geste, il n’y a pas un désir de vraiment dialoguer. Si le régime avait fait ce geste très tardif, trois mois avant, on aurait pu éviter ce bain de sang, ces morts et ces victimes.

RFI : L’écrivain syrien Nihad Siris avait récemment déclaré : « Le mur de peur et de silence est tombé ». Pour vous, ce changement est-il palpable en Syrie ?

R.B. : On voit un processus. La Syrie est dans la continuation de cette vague du « printemps arabe ». Heureusement. Savez-vous comment le soulèvement a commencé en Syrie ? Il a commencé dans la petite ville de Deraa, dans le sud de la Syrie. ll y avait des gamins âgés de 13 à 15 ans qui ont manifesté. C’était très innocent quand ils criaient en arabe : « Le peuple veut changer le régime ». C’était comme un jeu d’enfant. Ils ont joué. Et puis ils ont été emprisonnés, torturés, persécutés avec des méthodes vraiment très sauvages. Leurs parents et proches étaient souvent des baasistes, des gens loyaux au régime, c’était dans une région qui a été considérée la plus fidèle au régime, d’où sont issus beaucoup de dirigeants.

RFI : Y a-t-il des intellectuels qui possèdent une réelle influence sur le régime d’el-Assad ?

R.B. : Ecoutez, en avril, les autorités syriennes ont limogé la rédactrice en chef du journal gouvernemental Techrine, Samira al-Massalma, parce qu’elle avait prononcé quelques mots à l’adresse des intellectuels en disant : « Ecoutez, nous sommes adultes. Venez, on va parler. » Elle a été virée juste pour avoir dit cela, pour avoir invité des intellectuels à dialoguer. Mais maintenant, il y a des dizaines ou des centaines de cas : des universitaires, des intellectuels, des écrivains, des artistes…

RFI : Parmi eux, il y a des proches de Bachar el-Assad qui ont pris conscience du changement ?

R.B. :
Non, pas des très proches d’el-Assad. Les très proches ont peur du même sort que va avoir el-Assad lui-même.

Le rassemblement aura lieu ce lundi 4 juillet à 20 h 30 au Cinéma Saint-Germain-des-Prés, 22 rue Guillaume Apollinaire 75006 Paris. Le meeting est organisé par Bernard-Henri Lévy et la revue Règle du jeu, avec Change in Syria for democracy et France Syrie démocratie.


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