Claude Lévi-Strauss

Claude Lévi-Strauss


Anthropologue et ethnologue

Les dates-clefs de Claude Lévi-Strauss

28 novembre 1908  : Naissance à Bruxelles, dans une famille à demi-juive à demi-chrétienne, de Claude Lévi-Strauss, fils d’un artiste peintre spécialisé dans le portrait et que ruina l’invention de la photographie.
1931  : Après avoir étudié le droit à la Faculté de Paris – années pendant lesquelles il s’est engagé à gauche, dans les rangs de la SFIO (Section française de l’Internationale ouvrière), puis dans ceux des Etudiants socialistes – , Claude Lévi-Strauss est reçu 3ème à l’agrégation de philosophie. Il enseignera la philosophie en province pendant deux ans.
1935-1938  : Il est professeur de sociologie au Brésil, à l’Université de Sao Paulo. Il organise, avec sa femme Dina, des missions ethnographiques dans les états amazoniens du Mato Grosso et du Rondônia. Il y rencontre les populations indiennes d’Amazonie qui lui inspireront sa thèse sur Les Structures élémentaires de la parenté.
1939  : Les Lévi-Strauss se séparent. Lui est mobilisé comme agent de liaison sur la ligne Maginot.
1940  : Affecté au lycée de Montpellier, il est radié de sa position de professeur suite aux lois raciales promulguées par Vichy.
1941  : Il s’embarque pour les Etats-Unis. Il se lie, sur le bateau, avec André Breton.
1942  : A New York, dont il dira (in la série télévisée Les Aventures de la liberté) que c’était alors « un lieu extraordinaire pour vivre la pensée européenne », il se rallie à la France libre. Il  fonde, avec Jacques Maritain, Henri Focillon, Jean Perrin, l’Ecole libre des Hautes Etudes de New York. Il travaille avec le  linguiste russe Roman Jakobson, qui a posé les bases d’une analyse structurale du langage. Il enseigne également à la New School for Social Research. Enfin, il lit au micro de l’Office of War Information, en compagnie de Breton et des critiques d’art Lebel et Duthuit,  des textes à destination de Londres et de la France occupée.
1944-1947  : Rappelé en France par le ministère des Affaires étrangères, il est nommé conseiller culturel auprès de l’ambassade de France à New York. Il occupe ce poste jusqu’en 1947, puis il prend la décision de ne plus se consacrer qu’à son travail scientifique.
1949  : Il publie sa thèse de doctorat : Les Structures élémentaires de la parenté. Devenu sous-directeur du musée de l’Homme, il obtient la chaire des religions comparées des peuples sans écriture à l’Ecole pratique des hautes études. Il est dès lors considéré comme un structuraliste. On l’apparentera à Jacques Lacan, Michel Foucault, Louis Althusser. On verra en chacun d’eux la même volonté de mettre en avant « le privilège du signifiant sur le signifié au plan de la méthodologie, la dégradation de la notion de sens, et la conséquence de ces deux prémisses, la bien connue mort de l’humanisme , qui devient publiquement l’essence de la démarche structuraliste » (Catherine Clément, Claude Lévi-Strauss ou La Structure et le malheur). Mais il y aura toujours entre eux, comme entre eux et Jean-Paul Sartre, autant de points de rupture que de point communs.
1955  : Publication de Tristes tropiques, dans lequel il mêle sentiments personnels et réflexions philosophiques.  Ce livre consacrera sa renommée tant auprès des intellectuels que du grand public.
1958  : Il publie Anthropologie structurale, qui constitue le fondement de son travail théorique sur les peuples premiers et sur leurs mythes. Il mettra en place, deux ans plus tard, un laboratoire d’anthropologie sociale, qui relèvera à la fois du Collège de France (où il sera élu professeur en 1959) et de l’Ecole pratique des hautes études.
1961  : Il fonde, avec Emile Benvéniste et Pierre Gourou, la revue L’Homme. Il y écrira de nombreux articles annonçant le mouvement écologiste.
1964  : Il publie Le Cru et le cuit, qui inaugure le cycle des Mythologies ( 4 volumes), où il analyse en particulier les mythes amérindiens.
1973  : Il est élu à l’Académie française.
1975  : Il publie La Voie des masques, réflexion sur la création artistique qu’il poursuivra à propos de la peinture (Poussin, Ingres), la musique ( notamment baroque ), la littérature (Rimbaud, Proust).
1982  : Il prend sa retraite et quitte son poste du Collège de France.
2005  : Il déclare, dans l’émission télévisée Campus : « Je constate la disparition effrayante des espèces vivantes, qu’elles soient végétales ou animales, et que, du fait même de sa densité actuelle, l’espèce humaine vit sous une sorte de régime d’empoisonnement interne. Je pense (…) au monde dans lequel je suis en train de finir mon existence : ce n’est pas un monde que j’aime. »
30 octobre 2009 : Il meurt à Paris d’une crise cardiaque.

Les œuvres-clefs de Claude Lévi-Strauss

Les Structures élémentaires de la parenté, 1949
Tristes tropiques, 1955
Anthropologie structurale, 1958
Le Totémisme aujourd’hui, 1962
La Pensée sauvage, 1962
Le Cru et le cuit (Mythologiques 1), 1964
Du miel aux cendres (Mythologiques 2), 1967
L’Origine des manières de table (Mythologiques 3), 1968
L’homme nu (Mythologiques 4), 1971
Anthologie structurale 2, 1973
La Voie des masques, 1975
De près ou de loin, entretiens avec Didier Eribon, 1988
Histoire de lynx, 1991
Regarder, écouter, lire, 1993
L’Anthropologie face aux problèmes du monde moderne, posthume, 2011
L’Autre face de la lune, posthume, 2011

Claude Lévi-Strauss et Bernard-Henri Lévy

L’antihumanisme est un courant de pensée qui a traversé tout le XXe siècle. Il a formé ses enfants à l’idée d’un sujet qui ne serait plus l’homme cartésien, « maître et possesseur de la nature », mais un être divisé, précaire, incertain, étranger à lui-même. Ce courant  « regroupe » des intellectuels comme le mathématicien Cavaillès ou l’ethnologue Lévi-Strauss et des philosophes  aussi opposés que Wittgenstein, Heidegger, Lacan, Sartre, Foucault, Deleuze, Althusser.  Bernard-Henri Lévy, qui a interrogé Lévi-Strauss pour la série télévisée Les Aventures de la liberté, conteste certaines de ses positions intellectuelles (son relativisme culturel , même si ce relativisme a été gonflé par ses exégètes, ou son goût pour un  cloisonnement entre les disciplines de pensée) mais il en apprécie d’autres, notamment son intervention, début 2010, dans le débat sur l’ « identité nationale » lancé par le gouvernement Fillon.

Citations de Bernard-Henri Lévy sur Claude Lévi-Strauss

« Il ne faut jamais oublier que le « structuralisme », dont il aura passé sa vie, comme il se doit, à désamorcer les clichés les plus réducteurs mais qui n’en a pas moins été, à la fin des fins, son invention majeure, est ce qui lui a permis ; a) d’opposer à l’illusion d’une multiplicité pure des destins anthropologiques celle d’une combinatoire réglée programmant des solutions en nombre fini ; b) de rester ainsi fidèle, par-delà le relativisme culturel dont on l’a abusivement décrété l’emblème, à une forme d’universalité humaine qu’il a proprement refondée. » ( Ce que nous devons à Lévi-Strauss, in : Le Point du 20 novembre 2008, Le Bloc-notes de Bernard-Henri Lévy à l’occasion du centenaire de Claude Lévi-Strauss)
« L’année qui s’achève a vu disparaître un grand penseur français qui s’appelait Claude Lévi-Strauss. Or, si ceux qui lui ont rendu l’hommage ému et convenu de la Nation reconnaissante avaient eu ne serait-ce qu’une vague idée de sa pensée, ils auraient su que l’un des combats de sa vie aura été le combat contre cette passion, ce poison, cette prison de l’identité. Il y a eu le discours prononcé le 13 mai 2005, lorsque lui fut remis le prix Catalunya et où il avertissait : « J’ai connu une époque où l’identité nationale était le seul principe concevable des relations entre les Etats ; on sait quels désastres en résultèrent. » Il y eut, en 1978, ce livre dont je fus l’éditeur avec Jean-Marie Benoist et qui, intitulé L’Identité, mettait déjà en garde contre la tentation de réduire à sa prétendue identité un système social toujours plus riche et plus complexe. En sorte que, s’il y a , sur ce point, une leçon de Lévi-Strauss, c’est celle-ci : identité se dit des sujets, pas des collectivités ; elle se dit au pluriel, jamais au singulier ; et oublier cela, réduire une nation soit à ce fond commun, soit à ce catalogue figé de traits qui sont les deux noms possibles d’une supposée « identité », c’est l’appauvrir, la faire mourir, alors même que l’on prétend lui rendre foi en son avenir. » (Pourquoi il faut arrêter le débat sur l’identité nationale, in Le Bloc-notes de Bernard-Henri Lévy, Le Point du 07/01/2010)


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