« Cher Michel… Cher Bernard-Henri »

 « Cher Michel... Cher Bernard-Henri »Parce qu’ils s’estiment méprisés, l’un et l’autre, l’auteur des « Particules élémentaires » et le philosophe ont entretenu pendant six mois une correspondance. Fallait-il en faire un livre ?

Michel Houellebecq et Bernard-Henri Lévy. Le prolétaire, fils d’un moniteur de ski (qui a eu VGE comme client) et le grand bourgeois, enfant d’un chef d’entreprise. Le sarkozyste et l’ami de Ségolène Royal. L’écrivain mondialement célèbre des « Particules élémentaires » et le philosophe qui a ses entrées à CNN… Quelle paranoïa les saisit de se prétendre « ennemis publics » ? Il y a des pestiférés qui n’ont pas leur audience, des bannis qui se damneraient pour avoir cette couverture médiatique. C’est tout le paradoxe de ce livre écrit à quatre mains, lancé à grand fracas, où les deux stars se couvrent de cendres pour mieux renaître en phénix d’un monde qui ne cesserait de les stigmatiser. «Nous avons l’un comme l’autre recherché avec persévérance les jouissances de l’abjection, de l’humiliation, du ridicule ; et le moins qu’on puisse dire est que nous avons remarquablement réussi », constate Houellebecq. « Je suis attaqué comme peu d’écrivains le sont. J’ai droit, pour chacun de mes livres, à une quantité d’injures qui en démoraliserait plus d’un », se plaint BHL, qui, avec son complice, trustent depuis une semaine presse, radio et télévision (après le journal télévisé de France 2 dimanche, une spéciale, vendredi, du « Café littéraire » de Daniel Picouly, entre autres) Belle performance pour des mal aimés! Leur livre, heureusement, n’est pas qu’une longue plainte même si leur complaisance à se dire victimes de la «meute » finit par lasser. Il y a dans ces échanges, par courriel, quelques morceaux de bravoure, davantage du côté de BHL que de MH d’ailleurs. Le premier vole haut, le second au ras des pâquerettes quand il compare les vilains journalistes qui ne l’apprécient pas à des ténias. Amputé de ces règlements de compte, l’ouvrage aurait été réduit d’un tiers mais aurait gagné en intérêt. Houellebecq et Lévy savent être passionnants quand ils évoquent leur enfance, leurs parents – l’image du père totalement à l’opposé l’une de l’autre et également bouleversante – leurs croyances, leurs engagements, leurs amours, leur philosophie de la vie. Débarrassées de tout geignement, ces pages-là sont admirables.

• « Ennemis publics », Flammarion/Grasset, 332 pages, 20 € .


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