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	<title>Bernard Henri Levy &#187; Ce jour-là&#8230;</title>
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	<description>Des raisons dans l&#039;histoire</description>
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		<title>Le 1er juin 1998&#8230;</title>
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		<pubDate>Thu, 29 Jul 2010 10:20:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Liliane Lazar</dc:creator>
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		<description><![CDATA[&#8230;. Bernard-Henri Lévy partage avec Salman Rushdie ses premiers moments de liberté. 
Est-ce une idée du Monde ? De Bernard-Henri Lévy ? De Rushdie ? L’idée, en tout cas, était culottée. Il s’agissait d’aller à Londres ; de reprendre contact avec Rushdie, le vieil ami ; et de lui proposer ce pacte simple : une [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>&#8230;. Bernard-Henri Lévy partage avec Salman Rushdie ses premiers moments de liberté. </strong><br />
<a href="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/033_salman_rushdie.jpg"></a><a href="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/Rushdie.jpg"><img class="alignleft size-thumbnail wp-image-8040" title="Rushdie" src="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/Rushdie-150x150.jpg" alt="Rushdie" width="150" height="150" /></a>Est-ce une idée du <em>Monde</em> ? De Bernard-Henri Lévy ? De Rushdie ? L’idée, en tout cas, était culottée. Il s’agissait d’aller à Londres ; de reprendre contact avec Rushdie, le vieil ami ; et de lui proposer ce pacte simple : une journée, une seule, en liberté, comme s’il n’avait pas la <em>fatwa</em> sur la tête, comme s’il n’était pas l’un des hommes les plus traqués au monde&#8230; Rushdie a accepté. Pour la première fois depuis le début de l’affaire il a imposé à ses anges gardiens, à Scotland Yard, à tout le monde, de le laisser <span id="more-7962"></span>passer une journée normale. Et cette journée normale, ces premières heures de vraie liberté depuis dix ans, il les a passées avec Bernard-Henri Lévy.  Beau « coup », à l’époque ! Gros événement dans la presse française et britannique ! Mais aussi belle histoire d’amitié. Et, de ce fait, beau défi aux terroristes. Comment on résiste au terrorisme ? Comment, concrètement, on se bat ? Eh bien voilà. Un exemple. De l&#8217;antiterrorisme pratique. Des travaux pratiques d&#8217;antiterrorisme. Comment on résiste au terrorisme ? En allant chercher l’homme le plus recherché du monde, le plus menacé – et en se promenant avec lui, une journée durant, au nez et à la barbe des tueurs.<br />
<strong>Liliane Lazar</strong></p>
<p><strong>______________________________</strong></p>
<p align="center"><strong>La liberté en trompe-l’œil de Salman Rushdie.</strong></p>
<p>Deux ans que je ne l&#8217;avais pas revu. Je le trouve rajeuni. Aminci. Une allégresse nouvelle dans le visage, et dans la voix.<br />
« Comment ça va ?<br />
- Ça va. J&#8217;irais mieux sans ce foutu problème. Mais enfin je vais bien. Comme toujours, quand je suis dans les dernières pages d&#8217;un roman. C&#8217;est un moment très excitant. »<br />
Les deux gardes du corps sont restés sur le palier, au deuxième étage de cet hôtel du centre de Londres où Scotland Yard, comme chaque fois, a fixé notre rendez-vous. Oreillettes. Têtes de héros de John Le Carré. Je n&#8217;ai pas eu droit, avant son arrivée, au manège habituel : flicage du hall, interception discrète de mes coups de téléphone, fouille de la chambre. Signe que la surveillance se relâche ? Et, donc, la pression ?<br />
« Oui et non. Ne vous y fiez pas. Les Iraniens, s&#8217;ils savaient comment me tuer, me tueraient. Savez-vous qu&#8217;ils ont arrêté, en quelques années, une trentaine de faux diplomates liés à la fatwa et que, récemment encore&#8230; »<br />
II s&#8217;arrête. Le regard désarmé tout à coup. Quelque chose de méfiant, mais aussi de fragile, dans le sourire. Je pense à ce que j&#8217;ai appris, le matin même, de la bouche d&#8217;un responsable de la police : qu&#8217;on a, récemment encore, arrêté et expulsé trois présumés tueurs ; que son contact avec Interpol, plus espacé depuis un an, est redevenu hebdomadaire ; bref que le temps passe mais qu&#8217;il demeure le même terrible condamné &#8211; traqué, poursuivi sans répit, à cause de quelques pages d&#8217;un livre magnifique paru voici neuf ans.<br />
« Une chose, peut-être, a changé », poursuit-il, tassé dans son fauteuil &#8211; les mains fourrées, comme s&#8217;il avait froid, dans les poches de sa veste de tweed, puis dans la laine du gilet, boutonné bas, qui lui donne l&#8217;air d&#8217;un médecin en visite. « J&#8217;ai comme un sixième sens, maintenant, qui me permet de savoir, à chaque instant, instinctivement, ce que je peux faire et ne pas faire. J&#8217;y pense constamment. Il n&#8217;y a pas une seconde de la vie où je n&#8217;aie la menace présente à l&#8217;esprit. Mais j&#8217;ai cette perception automatique de ce qui est OK ou pas OK. Et puis j&#8217;écris. Je suis dans ce nouveau roman. Et quand je suis dans un roman, la vie a une autre saveur. Qu&#8217;est-ce que vous buvez  ? Du thé ? Pourquoi ne demandez-vous pas un peu de café ? »<br />
Le visage lumineux de nouveau. Une moue complice, à l&#8217;évocation du roman en cours. Il n&#8217;a jamais cessé de le répéter : on l&#8217;a condamné à mort pour l&#8217;empêcher d&#8217;écrire ; écrire est, par conséquent, la seule façon de résister à la mort annoncée.<br />
« Vous savez ce qui m&#8217;a le plus fait souffrir au moment de la <em>fatwa</em> ? C&#8217;est que les gens n&#8217;avaient pas l&#8217;air de comprendre ce que c&#8217;était qu&#8217;écrire un livre. &laquo;&nbsp;Il aurait dû savoir les risques qu&#8217;il prenait&nbsp;&raquo;, disaient-ils. Ou bien: &laquo;&nbsp;ces Versets étaient une provocation, pour offenser les musulmans.&nbsp;&raquo; Inutile de vous dire que l&#8217;idée même d&#8217;écrire un livre pour offenser les musulmans ne m&#8217;a jamais traversé l&#8217;esprit: si je veux insulter quelqu&#8217;un je le fais en deux phrases ; pourquoi irais-je dépenser, pour cela, cinq ans de ma vie et un quart de millions de mots ? »<br />
<a href="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/Scan21.jpg"></a><a href="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/Scan31.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-8049" title="Scan3" src="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/Scan31-201x300.jpg" alt="Scan3" width="201" height="300" /></a>Est-ce qu&#8217;il lui est arrivé de douter, lui aussi ? de désespérer ? Est-ce qu&#8217;il n&#8217;a jamais regretté, par exemple, la publication des <em>Versets</em> ? Le regard sombre, de nouveau. Un hochement de tête qui veut dire : « ne parlons plus de ça, c&#8217;est de l&#8217;histoire ancienne. » C&#8217;est son air d&#8217;il y a huit ans, lors de notre première rencontre, à Helsinki, à l&#8217;époque où François Mitterrand et Roland Dumas lui refusaient son visa d&#8217;entrée en France &#8211; banni, pestiféré, presque coupable d&#8217;exister.<br />
« Regretter le livre, non. Mais douter de mon métier, douter que tout cela ait un sens, oui, peut-être. Car mettez-vous à ma place. Pour la première fois de ma vie, je me suis dit : &laquo;&nbsp;si c&#8217;est ça mon salaire, si c&#8217;est ça que je récolte pour avoir fait une oeuvre d&#8217;art, alors à quoi bon ? Autant faire autre chose, de la polémique, de la politique, n&#8217;importe quoi, mais plus de littérature.»<br />
Cette barbe couleur de plomb, dans la lumière trop tamisée de la lampe&#8230; Ce visage de Christ byzantin&#8230; Les célèbres yeux en demi-lune, qui lui font un regard embusqué&#8230; Homme de l&#8217;ombre. Voué à l&#8217;ombre et au secret. Il est la personne au monde qui connaît peut-être le mieux l&#8217;univers de la clandestinité. Il pourrait, s&#8217;il le voulait, écrire des romans policiers, créer un groupe terroriste ou un réseau d&#8217;espions, fomenter une conspiration. Que fait-il de cette prodigieuse expérience accumulée ? Sait-il qu&#8217;il a là une matière littéraire extraordinaire et qu&#8217;en fait-il ?<br />
«Ça finira par sortir, bien sûr. Plus vite, même, que vous ne le pensez. Mais&#8230; »<br />
On frappe à la porte. C&#8217;est le café. Il fait mine d&#8217;aller ouvrir, puis se ravise avec une grimace : « Où ai-je la tête ! J&#8217;oublie toujours ces fichus gardes du corps !<br />
«La seule question c&#8217;est la forme », poursuit-il après qu&#8217;est reparti le garçon d&#8217;étage (flegmatique &#8211; pas plus surpris que ça de tomber sur Salman Rushdie&#8230;). «Une autobiographie ? Un journal ? Une oeuvre d&#8217;imagination ? Jusqu&#8217;ici je n&#8217;ai pas eu la tentation de l&#8217;autobiographie. Mais aujourd&#8217;hui, je ne sais plus. Car ce qui m&#8217;arrive est tellement extraordinaire, tellement unique, que peut-être la meilleure chose à faire est de coucher les choses sur le papier. Juste comme ça, sur le papier. Je ne sais pas. »<br />
Le ton, cette fois, me surprend. Cette nuance, que je ne lui connaissais pas, d&#8217;autosatisfaction, presque de fierté.<br />
«Fier n&#8217;est pas le mot. Mais c&#8217;est vrai que peu d&#8217;écrivains se sont trouvés au centre d&#8217;un événement historico-mondial de cette importance. Ce genre de choc ne concerne jamais un écrivain, n&#8217;est-ce pas ? Ça concerne des groupes, des peuples, des grandes masses. Or la mécanique, là, s&#8217;est inversée. Toute la pyramide du monde s&#8217;est mise à reposer sur la pointe d&#8217;un seul homme. Quelle position extraordinaire ! En un sens, quel privilège.<br />
J&#8217;insiste. Est-ce qu&#8217;il continue, comme les premières années, de vivre tout cela comme un drame, une catastrophe absolue, ou est-ce qu&#8217;une part de lui-même se satisfait, s&#8217;honore même, de ce « privilège » &#8211; élection noire, palme du martyre et du blasphème ?<br />
«Oh! le privilège&#8230; Je renoncerais bien au privilège&#8230; »<br />
Il a pris, pour le dire, un ton très «Woody Allen » &#8211; plaintif, faussement modeste.<br />
«J&#8217;aimais bien ma vie d&#8217;avant. Je ne l&#8217;aurais échangée pour rien au monde. Mais bon.<br />
Qu&#8217;est-ce que je peux faire ? Quand le destin vous rattrape, quand vous devenez une cible de l&#8217;Histoire, quand vous éprouvez dans votre chair cette expérience de l&#8217;exil intérieur, de la précarité absolue, qui est l&#8217;expérience fondamentale du XX<sup>è</sup> siècle, vous ne pouvez pas faire comme si ça n&#8217;avait pas eu lieu. Il faut assumer. Sans pour autant, bien sûr, devenir l&#8217;otage de son propre sort. Sans devenir un symbole, une fatwa vivante et montée sur pattes&#8230;<br />
Autre question, alors : croit-il qu&#8217;il redeviendra  jamais un écrivain comme les autres ? Ou est-il voué, jusqu&#8217;à la fin, à ce statut d&#8217;écrivain des limbes, adresse inconnue, enfants sans visage, etc. ? Il réfléchit. Il hésite. Un coup de téléphone de la sécurité &#8211; routine, sans doute &#8211; lui laisse quelques secondes.<br />
« L&#8217;aspect policier peut s&#8217;arranger. II s&#8217;est déjà arrangé, il n&#8217;y a donc pas de raison qu&#8217;il ne s&#8217;arrange pas encore. Peut-être pourrai-je, un jour, voyager normalement. Peut-être n&#8217;aurai-je plus ces gardes du corps derrière la porte. Mais revenir à la case départ, non, c&#8217;est impossible. C&#8217;est ma vie, maintenant. C&#8217;est mon destin. »<br />
Autre question encore &#8211; autre manière, plutôt, de poser la même question : est-il toujours lu comme un écrivain? s&#8217;il ratait un livre, par exemple, s&#8217;il écrivait un mauvais livre, les gens oseraient-ils le dire ?<br />
« Oh! Rassurez-vous ! Ils n&#8217;attendent que ça ! Je les voyais venir au moment du dernier roman, <em>Le Dernier Soupir du Maure.</em> Ils rêvaient de pouvoir dire : &laquo;&nbsp;ça y est ! ce pauvre Rushdie est fini, les ayatollahs ont eu sa peau.&nbsp;&raquo; Manque de chance, le livre était bon&#8230; »<br />
Rire canaille, style: « quel bon tour je leur ai joué. » L&#8217;espace d&#8217;un instant, j&#8217;imagine le Salman d&#8217;avant : rigolard, facétieux, peut-être un peu voyou. Mais il se lève. Il fait un petit geste : « allons ! tout ça n&#8217;a pas d&#8217;importance. » Et, à brûle-pourpoint, enchaîne.<br />
« Vous avez vu l&#8217;exposition Cartier-Bresson ?<br />
- Non, je n&#8217;ai pas vu l&#8217;exposition Cartier-Bresson.» Qu&#8217;à cela ne tienne ! Nous voici partis, bras dessus bras dessous, suivis par les gardes du corps ahuris, sur le chemin de la Portrait Gallery qui expose, en effet, une série de « portraits d&#8217;écrivains » d&#8217;Henri Cartier-Bresson.<br />
J&#8217;ai souvent vu Salman Rushdie. Je l&#8217;ai vu à Londres, à Paris, à Helsinki, à Paris encore. Nous nous sommes retrouvés dans des restaurants, chez des amis communs, dans des colloques. Mais c&#8217;est la première fois que je me trouve ainsi, avec lui, dans la rue, sans dispositif de sécurité particulier &#8211; un écrivain normal se baladant presque normalement avec un vieux camarade qu&#8217;il emmène voir une expo. Eh bien, deux informations. La première : il semble coutumier du fait ; ce proscrit, ce damné, cet homme que l&#8217;on imagine enfermé dans sa prison sans murs, se promène, en homme apparemment libre, dans les rues de Londres, la nuit. Et la seconde : tout le monde, bien sûr, le reconnaît ; il est aussi populaire, ici, que Paul MacCartney ou le prince Charles ; mais, comme le garçon d&#8217;étage de tout à l&#8217;heure, les gens, sur son passage, font comme si de rien n&#8217;était ; ils voient l&#8217;un des hommes les plus menacés du monde, ils croisent et identifient une cible dont la tête vaut deux millions et demi de dollars &#8211; et tout se passe comme s&#8217;ils n&#8217;avaient qu&#8217;une idée, un réflexe : lui foutre la paix.<br />
Je pense au déploiement sécuritaire qui accompagne chacune de ses visites à Paris : flics, voitures blindées, tireurs d&#8217;élite sur les toits.<br />
Je pense à l&#8217;histoire si drôle &#8211; et si terrible &#8211; du vol Air Inter Strasbourg-Paris : tout le monde a embarqué ; le gros avion, au milieu de la piste, dans la nuit, moteurs déjà vrombissants, n&#8217;en finit plus d&#8217;attendre son mystérieux dernier passager ; et le voici qui surgit enfin, au bout d&#8217;une heure, dans un désordre de sirènes, gyrophares, gendarmes au pied de la passerelle &#8211; la tension est si forte qu&#8217;il y a une vieille dame qui, lorsqu&#8217;elle le voit apparaître à l&#8217;avant de l&#8217;appareil, pousse un cri, s&#8217;évanouit et doit être, d&#8217;urgence, évacuée.<br />
Je pense à notre visite à Douste-Blazy, alors ministre de la Culture : il n&#8217;avait rien à lui demander, ce jour-là, ni geste politique spécial ni prise de position publique; il voulait juste un visa qui lui permette de passer des vacances en France, de vraies vacances, sans interviews, sans rodéo, sans ce cirque médiatique qui fait de lui une bête de foire autant qu&#8217;un écrivain ; il voulait juste le droit de venir marcher dans Paris comme il le fait dans Londres, ce soir, avec moi.<br />
« Vous vous déguisez, parfois ?<br />
- Jamais.<br />
- Une casquette, des lunettes de soleil ?<br />
- Quand il y a du soleil je mets des lunettes de soleil.<br />
- C&#8217;est quoi ? De l&#8217;orgueil ?<br />
- Non. De l&#8217;efficacité. Ce genre de truc ne marche pas. Les gens se disent :<br />
&laquo;&nbsp;qu&#8217;est-ce que ce type qui a l&#8217;air déguisé, qui se cache ?&nbsp;&raquo; Et ça attire encore plus l&#8217;attention. »<br />
J&#8217;essaie de le faire parler de son existence de tous les jours. Sa femme, que j&#8217;avais rencontrée à Helsinki. Sa maison, sorte de <em>safe house</em> dont seul Scotland Yard connaît l&#8217;adresse &#8211; comment est-ce possible ? n&#8217;a-t-il pas des voisins ? Son premier fils: il était enfant quand nous nous sommes connus &#8211; est-il vrai que c&#8217;est, maintenant, un adolescent parti faire ses études dans une université lointaine ? Nous parlons de lui, Salman, des petits riens de sa vie et de ce que ces neuf années de traque ont changé dans son caractère: une patience qu&#8217;il n&#8217;avait pas ; une indulgence ; le fait, aussi, qu&#8217;il rit moins; oui, c&#8217;est le principal changement; il a toujours, bien sûr, ses « copains de rire »: Martin Amis ; d&#8217;autres ; mais il y a de plus en plus de moments où il se sent triste, mélancolique.<br />
Nous parlons, encore, cinéma. Son projet de film en Inde, auquel il tenait tant et qui vient de tomber à l&#8217;eau. Les films récents qu&#8217;il a aimés: <em>Titanic</em>, comme tout le monde ;<em> LA  Confidential</em> à cause de Kim Basinger. II va moins au cinéma, d&#8217;accord : mais c&#8217;est, comme tous les pères de famille, à cause du nouveau bébé.<br />
« Comment s&#8217;appelle-t-il ?<br />
- Milan.<br />
- À cause de&#8230; ? »<br />
Sourire faussement ingénu. Air de jubilation contenue. Je sais qu&#8217;il a un mot &#8211; un bon mot ? &#8211; au bout de la langue, mais qu&#8217;il se retient.<br />
« J&#8217;aime beaucoup Milan Kundera. Mais Milan ça veut aussi dire, en hindi: mélangé, métissé. Voilà. Une maman anglaise. Un papa qui vient de l&#8217;Inde et qui ne s&#8217;occupe que de métissage. C&#8217;est un hommage à ce métissage indien, que j&#8217;ai tellement aimé&#8230; »<br />
Malaise. Silence. Le bruit de nos pas, seulement, sur le macadam de Kensington Street. Un couple d&#8217;excentriques &#8211; cheveux mauves pour lui, anneaux dans le nez et la lèvre pour elle &#8211; lui adressent un regard un peu plus appuyé : mais peut-être le voient-ils juste comme un des leurs, un autre excentrique anglais.<br />
« Cette mélancolie nouvelle&#8230; Ce n&#8217;est pas seulement la <em>fatwa</em>. C&#8217;est aussi l&#8217;Inde. La perte de l&#8217;Inde. Le fait de savoir, tout à coup, que je n&#8217;y retournerai sans doute jamais. C&#8217;est le sujet, en un sens, du livre sur lequel je travaille. J&#8217;ai, en écrivant ce livre, le sentiment presque physique que mon style, mon art, sont en train de quitter l&#8217;Inde. »<br />
Nous sommes arrivés à la hauteur de Piccadilly. Un autre passant s&#8217;approche. Imperceptible mouvement des <em>bodyguards</em>. Lui, rien. Toujours cette souveraineté, ce sang-froid du type qui sait, et qui s&#8217;en accommode, que la mort peut le cueillir là, n&#8217;importe où, à tout instant.<br />
« Vous êtes Salman Rushdie ?<br />
<em>- I hope so&#8230; I do my best&#8230;</em>» Le passant rit. Salman rit. Les deux flics se détendent et rient aussi.<br />
« Occupez-vous bien de lui, dit l&#8217;homme en s&#8217;éloignant. Hein, on compte sur vous : il faut bien s&#8217;occuper de lui, bien le protéger&#8230; »<br />
Et Salman:<br />
« Je suis content que vous voyiez ça&#8230; Il  a l&#8217;establishment qui me déteste. Il y a tous ces salopards qui pensent que je me suis fait de la pub avec la <em>fatwa</em>.<br />
Mais il y a le peuple qui, lui, a toujours été formidable avec moi. »<br />
À propos de cet establishment qui le tolère, en effet, sans l&#8217;aimer, je lui rapporte une conversation avec Jimmy Goldsmith, quelques mois avant sa mort, à Los Angeles: « écrivain illisible; ne doit d&#8217;exister qu&#8217;à la <em>fatwa</em>. » Lui me raconte Douglas Hurd, incarnation du philistinisme britannique et de sa haine de l&#8217;art : « M. Rushdie ne semble pas comprendre les règles de la démocratie anglaise. » Mais qu&#8217;importe ! La vie est belle. Salman Rushdie, ce soir, est un homme libre.</p>
<p>Nous sommes à la Portrait Gallery. La dame des tickets fait comme si elle ne le reconnaissait pas. Un type sort un petit appareil photo, mais non, il change d&#8217;avis et feint de s&#8217;intéresser au prix du catalogue. Et voilà donc Salman, très gai, très enjoué, courant d&#8217;un portrait à l&#8217;autre, comme à travers un album de famille : Beckett; Truman Capote, derrière un feuillage ; Gracq &#8211; je n&#8217;ai pas l&#8217;impression qu&#8217;il connaisse si bien la littérature française, mais il a l&#8217;air d&#8217;admirer Gracq ; Jean Renoir &#8211; toujours le cinéma ; Sontag et Pinter, ses amis ; Le Carré, son ennemi&#8230; Au fait, que s&#8217;est-il exactement passé avec Le Carré ?<br />
« Oh ! pas grand-chose ! Au moment de la fatwa il avait fait un article qui m&#8217;était resté en travers de la gorge. Or voilà que, neuf ans après, il se fait taxer d&#8217;antisémitisme à la suite de je ne sais plus quel livre. Alors, trouvant l&#8217;attaque en effet très injuste, j&#8217;écris un petit texte pour dire : &laquo;&nbsp;peut-être M. Le Carré comprend-il mieux, maintenant, ce que c&#8217;est que d&#8217;être attaqué par des intolérants.&nbsp;&raquo; Il le prend mal. Il me répond. Je lui réponds. Et voilà.<br />
- C&#8217;est votre première polémique littéraire depuis la <em>fatwa</em>?<br />
- Oui. Et ça m&#8217;a fait du bien. Car il y en avait marre. Ça faisait neuf ans que je me faisais injurier au nom de la liberté d&#8217;expression et j&#8217;ai donc dit : il y en a marre&#8230; » Il file vers un portrait de Carson McCullers &#8211; oeil écarquillé, air d&#8217;un oiseau pris au piège.<br />
« Remarquez : je suis le contraire d&#8217;un rancunier. Imaginez qu&#8217;il entre là, dans cette galerie&#8230; Tiens, Nancy Cunard en 1956 : quelle beauté encore, hein? Je lui dirais <em>&laquo;&nbsp;hello, John, how are you ? </em>allons prendre un verre et parler du bon vieux temps, quand nous militions, ensemble, pour les sandinistes du Nicaragua&nbsp;&raquo;. »<br />
Quelqu&#8217;un s&#8217;approche. Ce n&#8217;est pas Le Carré, mais un jeune homme, cheveux longs, cape noire, airs de mystères. Il est écrivain. Il a une amie, spécialiste justement du Nicaragua, qui vient de publier un texte dans la revue littéraire britannique <em>Granta</em> et aimerait le rencontrer. Salman écoute. Il a le sourire courtois, mais distant, du grand écrivain alpagué par un admirateur. «Mon agent&#8230; Si, si, mon agent, c&#8217;est le plus simple, le courrier arrive toujours&#8230; » Mais il court déjà vers l&#8217;autre salle. Un portrait d&#8217;Aragon, qu&#8217;il tient à me montrer: superbe en effet, visage aigu, une lueur froide dans le regard.<br />
«L&#8217;establishment, encore : vous souvenez-vous, lui dis-je, de ce déjeuner à l&#8217;ambassade d&#8217;Angleterre à Paris, où le prince Charles m&#8217;avait dit que vous coûtiez trop cher à l&#8217;Angleterre ?<br />
- Évidemment, je m&#8217;en souviens ! Vous l&#8217;aviez raconté dans un journal. Un de mes amis avait renchéri : &laquo;&nbsp;ça coûte peut-être cher de protéger Salman Rushdie, mais ça coûte encore plus cher de protéger le prince Charles qui n&#8217;a, que je sache, pas publié grand-chose d&#8217;intéressant.&nbsp;&raquo; Les journalistes m&#8217;appellent. Ils me pressent de réagir. Et comme je vous donne, évidemment, raison, voilà tous ces sales tabloïds &#8211; habitués à consacrer des pages et des pages aux relations de Charles avec Diana ou Camilla Parker Bowles &#8211; qui me tombent dessus sur le thème : &laquo;&nbsp;le salaud ! le traître ! voilà comme il traite son futur roi !&nbsp;&raquo; Toujours la même histoire. Toute l&#8217;Angleterre a le droit de faire de Charles une plaisanterie nationale à cause de l&#8217;affaire Camilla et je n&#8217;ai pas le droit, moi, de dire qu&#8217;il n&#8217;est pas un écrivain&#8230;<br />
Est-ce qu&#8217;il l&#8217;a déjà rencontré ? Non, pas Aragon. Charles. Est-ce qu&#8217;ils se connaissent un peu ou est-ce que cette antipathie sort de nulle part ?<br />
Oui, me répond-il, la mine désolée. Ils étaient à Cambridge au même moment. Ils se croisaient dans des cours de théâtre. Et ils n&#8217;avaient, c&#8217;est le moins qu&#8217;on puisse dire, déjà pas beaucoup d&#8217;atomes crochus.<br />
Et Diana ? est-ce qu&#8217;il a connu Diana ?<br />
Là, en revanche, son oeil s&#8217;allume. C&#8217;était juste avant la <em>fatwa</em>. On lui a offert, pour son anniversaire, de belles places, à Covent Garden. Il est assis. Et voici que survient, à la place voisine, une belle personne &#8211; enfin belle n&#8217;est pas le mot&#8230; disons l&#8217;une des femmes les plus élégantes, les plus <em>glamourous</em>, qu&#8217;il ait jamais rencontrées: ils se reconnaissent, elle n&#8217;a probablement pas lu ses livres mais a la courtoisie de faire comme si. Bonsoir ? Bonsoir. Échange de propos. Rideau.<br />
Sa mort, alors ? Est-ce que sa mort l&#8217;a ému ?<br />
Oui. Terriblement. Il est aux États-Unis quand ça arrive. Mais l&#8217;une des premières choses qu&#8217;il fait, à son retour, deux jours après, est de se précipiter à Kensington Palace.<br />
« Kensington Palace?<br />
- Oui. Avec les gens. Je voulais être là, au milieu des gens. C&#8217;est comme les obsèques&#8230; Vous avez vu les obsèques à la télévision ? Le cortège. La foule énorme et recueillie. Le silence absolu dans les rues &#8211; sauf le bruit, très beau, du sabot des chevaux qui tirent le cercueil. Et ensuite, à l&#8217;arrivée à Westminster, cet applaudissement qui monte de la foule et entre dans l&#8217;abbaye&#8230; »<br />
<a href="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/Scan2.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-8038" title="Scan2" src="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/Scan2-203x300.jpg" alt="Scan2" width="203" height="300" /></a>II se rapproche d&#8217;un portrait, très « posé », de Faulkner. Prend du recul. Se rapproche.<br />
« Quel dommage qu&#8217;il n&#8217;ait jamais photographié Hemingway&#8230; Est-ce qu&#8217;on peut aimer à la fois Faulkner et Hemingway ? Mourir, sous un tunnel, parce qu&#8217;on ne veut plus être pris en photo, quelle histoire, hein ! quelle histoire ! »<br />
Puis, revenant vers Faulkner et, ensuite, vers un portrait en situation, trop solennel, de Balthus.<br />
« La question c&#8217;est quand même : pourquoi sa mort nous a-t-elle à ce point impressionnés ? Parce qu&#8217;elle n&#8217;avait aucun sens et que chacun a pu y mettre le sens qu&#8217;il souhaitait. Imaginez qu&#8217;elle soit morte à cause d&#8217;une mine antipersonnel. C&#8217;était une mort précise. Avec une signification précise. Eh bien, l&#8217;émotion aurait été moindre. Alors que là, c&#8217;est une mort vide, donc pleine de sens contradictoires. »<br />
Là, c&#8217;est le Salman « intello » qui reprend le dessus. C&#8217;est le lecteur, post-moderne, de Lyotard et Baudrillard. Mais je retiens qu&#8217;il y a un autre Salman qui, le 3 septembre, est allé passer deux heures avec la foule des midinettes britanniques pleurant la mort de leur princesse.</p>
<p>La rue, à nouveau. Il fait nuit. Un vent léger s&#8217;est levé et nous marchons d&#8217;un pas plus vif. La Queen&#8217;s Gallery. Albemarle Street, où il me montre l&#8217;agence de publicité où il a travaillé il y a trente ans. Le Club Atheneum où Angus Wilson l&#8217;a invité un soir et dont il n&#8217;a qu&#8217;un souvenir : « il n&#8217;y avait pas de femmes. » Il aime Londres, décidément. Il aime marcher dans Londres. À nouveau, je devine celui qu&#8217;il a dû être et qu&#8217;il a, ces derniers mois, sans doute décidé de redevenir : paysan de Londres, poète de la ville et du béton – un autre Salman Rushdie que j&#8217;imagine, certains soirs, seul, faussant compagnie à ses anges gardiens et allant, dans les bas quartiers de Londres, refaire les itinéraires des <em>Versets</em>. Baudelaire à Bruxelles&#8230; Aragon, et ses rêves éveillés dans le Paris surréaliste&#8230; Ou bien une autre manière &#8211; qui sait ? &#8211; de défier les possibles bourreaux&#8230;<br />
Nous parlons de la mort. Il y pense bien sûr. Il s&#8217;y attend. Mais comme tout le monde. Pas plus que tout le monde. II a tant d&#8217;amis, me dit-il, qui sont morts jeunes, ou assez jeunes. II a tant de vieux copains qui sont morts là, à notre âge, aux abords de la cinquantaine : sida, cancer, crise cardiaque.<br />
Nous parlons de la Bosnie. Notre projet de voyage en Bosnie, en 1994, au plus fort de la guerre. Lui avais-je dit, à l&#8217;époque, l&#8217;enthousiasme, puis la déception, des intellectuels de Sarajevo? Lui avais-je raconté l&#8217;évolution d&#8217;Izetbegovic &#8211; réticent, presque hostile et puis, finalement, convaincu ? Et Boutros-Ghali &#8211; sait-il que l&#8217;affaire avait dû remonter jusqu&#8217;à l&#8217;ONU et que c&#8217;est lui, Boutros, qui avait personnellement mis son veto ? Nous parlons également de l&#8217;Algérie. Les massacres. La terreur. Tous ces journalistes, ces artistes, assassinés. Qui sait, lui dis-je, si les Algériens ne paient pas le prix de notre lâcheté &#8211; qui sait si ce n&#8217;est pas la même « bombe anti-Rushdie » qui s&#8217;est miniaturisée et s&#8217;il n&#8217;aurait pas fallu la désamorcer à Londres pour l&#8217;empêcher de proliférer à Alger ! Il est moins certain que moi de savoir « qui tue qui ». Il pense que les militaires ou, du moins, certains d&#8217;entre eux, sont moins clairs que je ne le dis. Mais, sur le fond, nous sommes à nouveau d&#8217;accord.<br />
« Le vrai problème, dit-il, c&#8217;est l&#8217;islam. Est-ce qu&#8217;on peut continuer de dire que l&#8217;islam est innocent de ce qui se passe en Algérie ? Est-ce qu&#8217;il n&#8217;y a pas, dans la structure même de l&#8217;islam, quelque chose qui permet l&#8217;Algérie &#8211; mais aussi les talibans, le Soudan, l&#8217;Iran, etc. ? Je sais que la question est politiquement très incorrecte. Mais il faut la poser. Il faut avoir le courage de rompre avec cette opposition bidon entre un islam réel et un pur islam idéal. Qu&#8217;est-ce qui, dans l&#8217;islam, rend possibles l&#8217;Algérie et les talibans ? Qu&#8217;est-ce qui, dans l&#8217;islam idéal, est responsable de ce qui se fait en son nom ? Voilà la question. »<br />
Je lui fais observer que c&#8217;est, <em>mutatis mutandis</em>, la question que nous posions à propos du communisme : mais au bout de combien de temps ? au prix de quels débats, querelles byzantines, aveuglement ?<br />
« Raison de plus pour, cette fois-ci, aller plus vite. Prenez la culture : il est clair que la haine, chez les islamistes, de la culture ne peut pas être déconnectée de ce que le Coran dit des poètes &#8211; &laquo;&nbsp;tous des menteurs ! des inutiles ! pourquoi s&#8217;embêter avec des poètes quand on a le livre des livres, c&#8217;est-à-dire le Coran ?&nbsp;&raquo; Prenez les femmes ; prenez la façon qu&#8217;ont les talibans de les encager comme des oiseaux de nuit : est-il concevable que ça n&#8217;ait pas de lien avec la lettre d&#8217;un livre qui dit (c&#8217;est toute l&#8217;affaire des versets dits &laquo;&nbsp;sataniques&nbsp;&raquo;) que Dieu ne peut avoir de filles et que l&#8217;idée même d&#8217;une créature féminine habitée par l&#8217;essence divine est une idée sacrilège ?<br />
L&#8217;oreillette d&#8217;un des gardes du corps grésille. Il presse légèrement le pas, nous devance. J&#8217;ai l&#8217;impression que nous évitons une rue, à droite. Salman poursuit.<br />
«Alors l&#8217;autre question, bien sûr, c&#8217;est : est-ce que l&#8217;islam donne forcément ça ? Est-ce qu&#8217;on peut imaginer un islam corrigé, amendé &#8211; un islam compatible, en un mot, avec les droits de l&#8217;homme ? A quoi je réponds deux choses.<em> Primo</em>, mon expérience personnelle : celle d&#8217;un islam indien qui, parce qu&#8217;il était minoritaire, n&#8217;avait rien à faire avec l&#8217;État et restait une affaire de conscience. <em>Secundo</em>, l&#8217;existence, dans des âges reculés, au XII<sup>è</sup> siècle, de gens qui, sans être libéraux, tenaient le raisonnement suivant : Dieu, parce qu&#8217;il est Dieu, n&#8217;a rien de commun avec les humains ; parce qu&#8217;il n&#8217;a rien de commun avec les humains, il n&#8217;est par définition pas doué de langage ; n&#8217;étant pas doué de langage, il ne peut pas être, <em>stricto sensu</em>, l&#8217;auteur du Coran et le Coran n&#8217;est plus, donc, que l&#8217;interprétation, en mots humains, d&#8217;une ineffable Parole; raisonnement qui, observez-le, ruine les bases du fondamentalisme et légitime les querelles d&#8217;interprétation, la glose, d&#8217;une certaine façon la démocratie&#8230; Ces courants, bien sûr, ont toujours été minoritaires. Mais enfin, ils ont existé! Précieuse leçon, n&#8217;est-ce pas &#8211; politique autant que théologique&#8230; »<br />
Je m&#8217;avise, en l&#8217;écoutant, qu&#8217;il parle finalement moins de politique qu&#8217;on ne le dit. Il a été un intellectuel engagé. Il a même été, en Grande-Bretagne, l&#8217;intellectuel engagé par excellence. Là, depuis quelques années, est-ce qu&#8217;il n&#8217;est pas en train de se dégager &#8211; de se replier sur lui-même, sur la pure littérature ?<br />
<a href="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/rushdie-2.jpg"></a><a href="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/Rushdie-4.jpg"><img class="alignright size-thumbnail wp-image-8044" title="Rushdie 4" src="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/Rushdie-4-150x150.jpg" alt="Rushdie 4" width="150" height="150" /></a>«Ce qui est vrai c&#8217;est que j&#8217;ai fait, avec la<em> fatwa</em>, une overdose de politique. &laquo;&nbsp;Ah, tu aimes la politique ? Eh bien, en voici ! On va te donner ton compte de politique !&nbsp;&raquo; Le résultat c&#8217;est un certain écoeurement. J&#8217;ai, depuis la <em>fatwa</em>, une nausée de la politique.»<br />
Nouveau grésillement dans l&#8217;oreillette du garde du corps. Nouvelle imperceptible fébrilité. Un visage, qui semble plus inquiétant. Un murmure, plus distinct, derrière nous.<br />
« Il y a autre chose, continue Salman qui semble n&#8217;avoir, lui, rien vu, rien entendu.<br />
Mon cas est devenu compliqué. Avant, tout allait bien. Je signais la pétition. J&#8217;étais un intellectuel parmi d&#8217;autres qui mettait son nom au service d&#8217;une cause qui le dépassait. Maintenant, j&#8217;ai mon bagage. J&#8217;arrive dans la pétition avec la <em>fatwa</em> qui me colle à la peau. Et je dois me poser la question de savoir si je ne suis pas devenu encombrant pour la cause que je défends.»<br />
Un rire léger sous un porche. Une femme qui, malgré le froid, est accoudée à la croisée ouverte et le regarde. Est-ce moi qui deviens parano ? Nous approchons du restaurant. Et j&#8217;ai le sentiment que les anges gardiens ne sont pas fâchés que la promenade touche à sa fin.<br />
« Un exemple. La mort de Tahar Djaout. On fait un film à la BBC. On me demande de l&#8217;introduire. J&#8217;écris un texte assez <em>clean</em> qui ne fait pas de cadeau aux islamistes. Eh bien, malgré ça, et à cause de mon nom, l&#8217;ambassade d&#8217;Algérie proteste auprès du gouvernement britannique. Est-ce que, dans un cas comme celui-là, je rends service à la cause que je prétends défendre, et à la mémoire de Tahar Djaout ? »</p>
<p>Le « B » est un restaurant branché de Londres. Hommes politiques. Comédiens. Jolies femmes. Écrivains. Une sorte de Lipp, mâtiné de club anglais. Hello&#8230; Hello&#8230; Un signe de tête ici&#8230; Une poignée de mains là&#8230; Salman a ses habitudes. Il a sa table attitrée, dans un angle. Renfort de police dehors ? Surveillance discrète de la salle ? Et a-t-on, comme dans les polars, envoyé des gens fouiller les cuisines, les lavabos ? Je ne sais pas. Peut-être pas. Il esquive la question.<br />
« Vous pouvez prendre un melon pour commencer. Mais prenez, ensuite, un poisson.<br />
Leurs poissons sont excellents&#8230; »<br />
Il n&#8217;a pas regardé la carte. Ou à peine. Cette façon d&#8217;être chez soi au « B »&#8230; Cette façon de s&#8217;y tenir donc &#8211; et d&#8217;y être traité &#8211; en habitué&#8230; N&#8217;est-ce pas un autre indice ? Une autre preuve que l&#8217;étau se desserre ?<br />
« C&#8217;est là qu&#8217;on a fêté, il y a quelques mois, mon anniversaire. Soixante personnes.<br />
Soixante ! Et pas une fuite, dans la presse, avant ! Pas un photographe, à l&#8217;entrée, pendant ! »<br />
Bonjour discret, de loin, à une extravagante &#8211; cape de dentelle, chapeau orné de tubéreuses bleu pâle.<br />
« C&#8217;est un endroit où, dès qu&#8217;il y a la moindre vedette, tous les paparazzi de la ville se pointent: or, là, il y avait un monde fou &#8211; et on a pu dîner, rigoler, danser la moitié de la nuit sans être embêtés. »<br />
Je pense, et je le lui dis, au temps, pas si lointain, où j&#8217;avais le sentiment, dès qu&#8217;il apparaissait quelque part, d&#8217;une sorte de monstrueux compte à rebours : il entrait dans le radar ; il y avait, quelque part, un invisible radar qui, enfin, le localisait ; et il ne manquait, pour le tuer, que le temps matériel d&#8217;arriver jusqu&#8217;à lui ; j&#8217;imaginais ce temps ; je calculais son autonomie de visibilité ; j&#8217;avais, nous avions tous, la vision terrifiée des assassins déjà en route pour l&#8217;exécuter&#8230;<br />
« Tout ça a changé, grâce à mes amis. Ce sont eux qui, dans un cas comme celui-là, font en sorte que le secret soit gardé&#8230; »<br />
Un autre signe, vers une autre table. Non seulement il connaît tout le monde, mais il voit tout, entend tout : curiosité insatiable, intelligence et sensibilité à l&#8217;affût &#8211; mystère de cet homme traqué, sommé de mobiliser tant d&#8217;énergie au service de sa propre survie, et gardant néanmoins ce goût, cet appétit d&#8217;autrui&#8230;<br />
« Mes amis, depuis neuf ans, ont été si attentifs ! Si gentils ! Qu&#8217;aurais-je fait sans eux? Il y a le complot des tueurs. Eh bien, il y a, face à lui, le contre-complot des amis qui gardent mes secrets et m&#8217;aident à avoir une vie normale. »<br />
Les hors-d&#8217;oeuvres arrivent. Le service, particulièrement rapide ici ? Ou bien traitement  spécial, consigne de la sécurité &#8211; ma théorie, toujours, de l&#8217;autonomie de visibilité limitée ?<br />
« Imaginons que vous vous trouviez nez à nez avec Khatami&#8230; »<br />
Il sursaute.<br />
« Oui, supposons qu&#8217;il soit ici, à ma place. Que lui diriez-vous ? »<br />
Rire. Le même rire, canaille, que tout à l&#8217;heure, quand il parlait du succès du <em>Dernier Soupir</em>.<br />
«Rien. À un type qui cherche à me tuer, je n&#8217;ai rien d&#8217;autre à dire que: &laquo;&nbsp;stop !&nbsp;&raquo; Un jour, peut-être, le temps du dialogue viendra. Mais, pour l&#8217;instant, je n&#8217;ai que ce mot à lui dire: &laquo;&nbsp;stop !&nbsp;&raquo;»<br />
Et il se remet à manger &#8211; taciturne tout à coup, concentré : à Helsinki déjà, j&#8217;avais noté cette façon un peu appliquée de manger ; le côté jouisseur de Rushdie ; bon appétit, et bon vivant.<br />
«Vous ne croyez pas, autrement dit, que les choses aient bougé, en Iran, avec les dernières élections ?<br />
- Je crois que le peuple bouge, oui. L&#8217;élection de Khatami signifie, dans le peuple, un immense désir de réformes, de changement. »<br />
Il se sert un verre de vin.<br />
«Mais Khatami lui-même&#8230; Soyons sérieux! Khatami reste un mollah! Est-ce que vous l&#8217;avez vu proposer de lever la<em> fatwa</em> ? Est-ce que vous l&#8217;avez vu esquisser le moindre geste dans ma direction ? Le moindre geste ?<br />
Une brusquerie nouvelle dans la voix. Une stridence. C&#8217;est le Salman combatif et blessé.<br />
C&#8217;est le retour du Salman politique : celui qui pense &#8211; et il a raison ! &#8211; que son « cas » est, à lui seul, le test de la volonté d&#8217;ouverture iranienne.<br />
«Le pire est qu&#8217;on aurait les moyens, si on voulait, de faire plier les mollahs ! Savez-vous qu&#8217;il y a, en Iran, une institution qui s&#8217;appelle le <em>Council of Expediency</em>, dont le rôle est de surveiller ce que fait le gouvernement et dont un des principes est : &laquo;&nbsp;n&#8217;importe quelle action qui est dans l&#8217;intérêt national de l&#8217;Iran est légitime même si elle est contraire au Coran.&nbsp;&raquo; »<br />
Arrive le second plat. Parler de l&#8217;Iran le met, semble-t-il, en colère. Il touche à peine à son assiette.<br />
«C&#8217;est Khomeyni  lui-même qui a fait inscrire ça dans la Constitution iranienne. Khomeyni ! Ce qui veut dire qu&#8217;il suffirait, pour que l&#8217;Iran lève la <em>fatwa</em>, de le convaincre qu&#8217;il est de son intérêt national de le faire. Mais les Européens, à commencer par la France, se foutent de tout ça. Que pèse le sort d&#8217;un écrivain face aux énormes intérêts, pétroliers et autres, qui sont en jeu ? »<br />
<a href="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/rushdie-21.jpg"><img class="alignright size-thumbnail wp-image-8045" title="rushdie 2" src="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/rushdie-21-150x150.jpg" alt="rushdie 2" width="150" height="150" /></a>Je lui demande si la position de la France &#8211; donc de Jospin &#8211; l&#8217;a surpris.<br />
«Ça fait longtemps que rien ne me surprend plus. J&#8217;ai rencontré Jospin, c&#8217;est vrai. Il avait l&#8217;air d&#8217;un type honnête. Mais bon, Jospin n&#8217;est pas Blair. Lui, Blair, a été extraordinaire : me recevoir à Downing Street et accepter, ensuite, le principe d&#8217;une conférence de presse commune avec son ministre des Affaires étrangères &#8211; voilà de la vraie politique ! Jospin est juste quelqu&#8217;un pour qui le sort d&#8217;un écrivain menacé de mort ne doit pas interférer avec les filtres de la censure dans l&#8217;année qui a précédé vrais grands problèmes du business mondial. Pourquoi ne le dit-il pas, dans ce cas ? Je n&#8217;ai qu&#8217;un vrai reproche à lui faire : ne pas le dire puisqu&#8217;il le pense&#8230; »<br />
Chirac, alors? Que sait-il &#8211; que pense-t-il &#8211; de la position de Jacques Chirac ? Il l&#8217;a vu aussi, me dit-il. C&#8217;était ce temps bizarre où, dans le parcours du parfait candidat à l&#8217;élection présidentielle française, le passage par la case Rushdie était devenu un must et où il les voyait tous, à la queue leu leu. Chirac a été aimable, d&#8217;ailleurs. II a pris une initiative, à l&#8217;époque, que Mitterrand n&#8217;avait jamais prise. Quelle déception, soit dit en passant, Mitterrand ! Quelle tristesse ! Dieu sait s&#8217;il l&#8217;admirait. II le voyait comme un Grand, un digne successeur de De Gaulle. Or il y a eu mille médiations, mille interventions amicales, et jamais, non, jamais, il n&#8217;a consenti à le recevoir. Revoir Chirac, alors ? Bof&#8230;<br />
Il est un peu las de tout ça&#8230; Les Européens sont absurdes : à l&#8217;exception, encore une fois, de Blair, ils ont envie que l&#8217;Iran change, alors ils disent « l&#8217;Iran a changé ». Ça s&#8217;appelle prendre ses désirs pour des réalités.<br />
Le ton, au fil de la conversation, s&#8217;est fait morne. Presque amer. J&#8217;essaie de lui dire qu&#8217;il y a tout de même, en Iran, des signes de dégel culturel. Il me lance un regard consterné &#8211; genre « tu crois vraiment à cette sottise ? »<br />
Je lui parle des films qui se tournent en ce moment, à Téhéran.<br />
« Les films, d&#8217;accord. Mais les romans ? Savez-vous combien de romans ont passé le filtre de la censure dans l&#8217;année qui a précédé les élections ? Zéro. »<br />
Je lui demande s&#8217;il a vu, au moins, <em>Le Goût de la cerise</em>.<br />
« Mais non, mon vieux, non. Ces jolis petits films tranquilles, droit sortis de l&#8217;enfer, mais esthètes, passent complètement à côté du problème.»<br />
Et comme j&#8217;insiste, il a un geste d&#8217;impatience &#8211; le premier depuis le début.<br />
« C&#8217;est tout le problème de la censure. Je veux bien qu&#8217;il y ait des cinéastes qui veulent travailler à tout prix et sont prêts, pour cela, à ne pas aborder les sujets interdits. Je dis juste que ce n&#8217;est pas les films sur l&#8217;Iran que j&#8217;ai envie de voir aujourd&#8217;hui. »<br />
Il se tait, maintenant. Il a le sentiment, peut-être, d&#8217;en avoir trop dit et il se tait. Fin de dîner morose. Le pas bizarrement lourd, presque gauche, pour retraverser la salle vers le vestiaire. L&#8217;oeil mi-clos, un peu absent, au moment des adieux sur le trottoir. Je le vois, encadré de ses deux anges gardiens, qui se dirige vers la voiture. II se retourne une dernière fois. Un sourire doux, mais triste. Un petit geste amical, mais bizarrement découragé. Ai-je rêvé? Ou est-ce lui qui, sans le savoir, m&#8217;aurait joué, depuis vingt-quatre heures, la comédie de la liberté ?<br />
La voiture démarre. Il s&#8217;éclipse. Et nous voilà rentrés, moi dans le rang des vivants intégraux, impudents, réellement libres d&#8217;aller, venir, écrire &#8211; lui dans cette nuit pâle où je ne sais plus trop, tout compte fait, s&#8217;il est invisible ou visible, spectre ou être de chair, toujours reclus ou réellement victorieux. J&#8217;essaie d&#8217;imaginer, encore, l&#8217;état présent de son esprit. Je me demande si sa gaîté n&#8217;était pas un piège, une élégance, un défi de plus &#8211; et si je n&#8217;ai pas un peu vite cru à cette désinvolture retrouvée. Martyr ou homme libre, comment savoir ? Comment prendre la mesure de la solitude de Salman Rushdie ?</p>
<p><strong>Bernard-Henri Lévy</strong>. <em>Le Monde, juin 1998. </em></p>
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		<title>Le 23 novembre 1992&#8230;</title>
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		<pubDate>Tue, 27 Jul 2010 15:56:39 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Liliane Lazar</dc:creator>
				<category><![CDATA[Ce jour-là...]]></category>
		<category><![CDATA[Son actualité]]></category>

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		<description><![CDATA[&#8230; le Théatre de l&#8217;Atelier créait la pièce de Bernard-Henri Lévy, le Jugement Dernier.
Ce n&#8217;est pas l&#8217;un des sommets de la carrière de Bernard-Henri Lévy. Mais c&#8217;est un de ses moments, et de ses textes, que j&#8217;apprécie le plus.
Bernard-Henri Lévy avait écrit cette pièce, le Jugement Dernier, comme une sorte de réponse, sur le mode [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>&#8230; le Théatre de l&#8217;Atelier créait la pièce de Bernard-Henri Lévy,<em> le Jugement Dernier</em>.</strong></p>
<p><a href="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/Page-jugement-dernier-2_0.jpeg"><img class="alignleft size-medium wp-image-7948" title="Page jugement dernier 2_0" src="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/Page-jugement-dernier-2_0-218x300.jpg" alt="Page jugement dernier 2_0" width="218" height="300" /></a>Ce n&#8217;est pas l&#8217;un des sommets de la carrière de Bernard-Henri Lévy. Mais c&#8217;est un de ses moments, et de ses textes, que j&#8217;apprécie le plus.<br />
Bernard-Henri Lévy avait écrit cette pièce,<em> le Jugement Dernier</em>, comme une sorte de réponse, sur le mode de la fiction, aux thèses de Francis Fukuyama, qui faisaient alors fureur, sur la Fin de l&#8217;Histoire. De là cette fable sur un metteur en scène réalisant le &laquo;&nbsp;casting du siècle&nbsp;&raquo; et comprenant, in fine, que l&#8217;Histoire, loin d&#8217;être muséifiée comme il en avait formé l&#8217;hypothèse, était en train de repartir de plus belle.<br />
La pièce fut mise en scène par Jean-Louis Martinelli.<br />
Il semble que celui-ci ait complètement exclu Bernard-Henri Lévy des répétitions et de la mise en scène et que celui-ci en ait conçu <span id="more-7936"></span>une certaine tristesse.<br />
La pièce, dont la première représentation fut donnée le 23 novembre 1992, totalise 84 représentations, donc plutôt un succès.<br />
Le rôle principal fut tenu par Pierre Vaneck après que François Périer ait  été sollicité, ait accepté, puis ait décliné parce qu&#8217;il avait déjà des problèmes de mémoire.<br />
Il existe d&#8217;ailleurs une version audio de la pièce, diffusée sur France Culture, où François Périer reprit le rôle et que je suis en train<br />
d&#8217;essayer de retrouver.<br />
La pièce donna lieu à une véritable bataille, féroce ; mais Lévy trouva des défenseurs en la personne d&#8217;Arrabal, Eugène Ionesco, Elie Wiesel et Alain Robbe Grillet.<br />
<strong>Liliane Lazar.</strong></p>
<p>_________________________________________________</p>
<p>Présentation du <em>Jugement dernier</em> par Bernard-Henri Lévy</p>
<p><a href="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/INTRO-DUCTION1.jpg"></a><a href="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/INTRO-DUCTION2.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-7988" title="INTRO DUCTION" src="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/INTRO-DUCTION2-223x300.jpg" alt="INTRO DUCTION" width="159" height="217" /></a></p>
<p><a href="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/INTRO-32-2_02.jpeg"><img class="alignleft size-medium wp-image-7956" title="INTRO 32-2_0" src="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/INTRO-32-2_02-300x218.jpg" alt="INTRO 32-2_0" width="300" height="218" /></a><br />
<a href="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/INTRO-DUCTION.jpg"></a></p>
<p><a href="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/INTRO-32-2_02.jpeg"></a></p>
<p><a href="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/INTRO-32-2_02.jpeg"></a></p>
<p><a href="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/INTRO-1_0.jpeg"></a></p>
<p><a href="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/INTRO-32-2_02.jpeg"></a></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>________________________________________________</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong><strong> </strong></p>
<p><strong>Bernard-Henri Lévy, Octobre 1992,<em> </em></strong></p>
<p><strong><em>Lettres aux acteurs </em>(extraits)</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><a href="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/LETTRES-AUX-ACTEURS-32_0.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-7976" title="LETTRES AUX ACTEURS 32_0" src="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/LETTRES-AUX-ACTEURS-32_0-300x218.jpg" alt="LETTRES AUX ACTEURS 32_0" width="300" height="218" /></a></p>
<p>________________________________________________</p>
<p><a href="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/TEXTE-MARTINELLI_0.jpeg"><img class="alignleft size-medium wp-image-7973" title="TEXTE MARTINELLI_0" src="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/TEXTE-MARTINELLI_0-218x300.jpg" alt="TEXTE MARTINELLI_0" width="218" height="300" /></a></p>
<p><strong>Quel Dieu pour ce <em>Jugement </em>dernier ?</strong></p>
<p><strong>par Jean-Louis Martinelli</strong></p>
<p>____________________________________________________</p>
<p><strong>Distribution du </strong><em><strong>Jugement dernier</strong> </em></p>
<p><a href="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/distriubtion-32_0.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-7977" title="distriubtion 32_0" src="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/distriubtion-32_0-300x218.jpg" alt="distriubtion 32_0" width="300" height="218" /></a></p>
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		<title>Le 18 juin 1992&#8230;</title>
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		<pubDate>Fri, 23 Jul 2010 09:28:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Liliane Lazar</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Son actualité]]></category>

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		<description><![CDATA[&#8230; Bernard-Henri Lévy est parmi les tout premiers à entrer dans Sarajevo. 
On peut dire ce qu’on veut de Bernard-Henri Lévy. Mais il y a un mérite qu’on peut difficilement lui enlever : le courage physique et moral. On est en juin 1992. Les Bosniaques, en majorité musulmans, sont bombardés dans Sarajevo et dans le reste [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>&#8230; Bernard-Henri Lévy est parmi les tout premiers à entrer dans Sarajevo. </strong></p>
<p><a href="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/bhl-bosnie.JPG"><img class="alignleft size-thumbnail wp-image-7868" title="bhl bosnie" src="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/bhl-bosnie-150x150.jpg" alt="bhl bosnie" width="150" height="150" /></a>On peut dire ce qu’on veut de Bernard-Henri Lévy. Mais il y a un mérite qu’on peut difficilement lui enlever : le courage physique et moral. On est en juin 1992. Les Bosniaques, en majorité musulmans, sont bombardés dans <a href="../sarajevo-2594.html">Sarajevo</a> et dans le reste de la Bosnie. Sarajevo est soumise à un siège moyenâgeux. On tue les enfants. Presque aucun occidental, à part John Burns du New York Times et quelques journalistes français  <span id="more-7864"></span>(dont je suis moins familière : qu’ils me pardonnent&#8230;) n’a pu entrer dans la ville. Il n’y a pas de route. Pas de pont aérien. Pas de communication, absolument aucune, avec l’extérieur. Rien. Et voilà Bernard-Henri Lévy qui, accompagné de <a href="../gilles-hertzog-4868.html">Gilles Hertzog</a>, décide de franchir les barrages serbes, de forcer le blocus et d’entrer dans la ville sous les bombes. Le pire est qu’il y parvient ! Traversant la Serbie, la Croatie en feu, puis la Bosnie centrale, il réussit, avec une audace (ou une inconscience&#8230;) inouïe, à braver les interdictions et entre, le 18 juin donc, dans cette ville que le monde a abandonnée. Cette épopée est racontée par le menu aux pages 29 à 58 de son « journal de Bosnie » intitulé « <a href="../le-lys-et-la-cendre-232.html">Le Lys et la Cendre</a> ». Elle aura un rôle décisif dans le voyage, quelques jours plus tard, au retour de Lévy, du Président <a href="http://www.bernard-henri-levy.com/francois-mitterrand-2314.html">François Mitterrand</a>. Et c’est là que naîtra l’amitié de Bernard-Henri Lévy avec le Président bosniaque <a href="../phototheque-bhl-histoire?album=all&amp;gallery=22">Izetbegovic</a>. Que ceux qui accusent Bernard-Henri Lévy d’être « contre l’islam », que ceux qui osent prononcer à son propos le mot d’« islamophobie » repensent à cette séquence. Ils étaient abandonnés de tous, les Musulmans d’Europe. Ils étaient condamnés par tous les puissants et même par les élites des pays arabes. Tout le monde ou presque s’était résigné à les voir rayés de la carte de l’Europe. Et il y a eu une poignée de journalistes, quelques humanitaires, pour venir à leur secours. Au premier rang de ceux-ci : le futur auteur de « Bosna ! », Bernard-Henri Lévy. Sait-on qu’aujourd&#8217;hui encore, presque vingt ans après, quand les bosniaques entendent « BHL », ils traduisent « Bosnie Herzégovine Libre » ? Sait-on que, quand il fallut ressortir de Sarajevo, la voiture de Lévy fut canardée par des miliciens serbes et que Lévy dut la vie sauve à un adjudant français, l’adjudant Philippe Barbieux, qui, au mépris des ordres qui interdisaient aux casques bleus de faire usage de leurs armes, mit en joue les miliciens et réussit, par miracle, à les intimider et à faire cesser les tirs ? L’engagement de Bernard-Henri Lévy en Bosnie n’a pas encore reçu tous les commentaires qu’il mérite. Je prépare une série de posts et de notices sur le sujet. Mais j’attends aussi les témoignages de tous ceux qui, sur le terrain, pendant ces années d’enfer, ont vu Lévy à l’œuvre. Un Lévy qui, quand l’Europe démissionnait, fut au nombre, au tout petit nombre, de ceux qui sauvèrent l’honneur.<br />
<strong>Liliane Lazar</strong>.</p>
<p><em>photo : (c) Alexis Duclos</em></p>
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		<title>Le 1er septembre 1982&#8230;</title>
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		<pubDate>Wed, 21 Jul 2010 10:43:19 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Liliane Lazar</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Son actualité]]></category>

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		<description><![CDATA[&#8230; Joëlle Habert devenait l’assistante personnelle de Bernard-Henri Lévy. 
C’est loin 1982 ! Françoise Verny vient d’entrer chez Gallimard et de quitter donc la vénérable maison de la rue des Saints-Pères où elle a fait entrer le jeune Bernard-Henri Lévy. Avec elle, part aussi Roselyne Dussart, l’assistante qu’elle partageait avec Bhl. Celui-ci, après quelques tergiversations et [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>&#8230; Joëlle Habert devenait l’assistante personnelle de Bernard-Henri Lévy. </strong></p>
<p><a href="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/Joelle-habert-et-BHL-c-Jacques-Graf.jpg"><img class="alignleft size-thumbnail wp-image-7774" title="Joelle habert et BHL (c) Jacques Graf" src="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/Joelle-habert-et-BHL-c-Jacques-Graf-150x150.jpg" alt="Joelle habert et BHL (c) Jacques Graf" width="150" height="150" /></a>C’est loin 1982 ! Françoise Verny vient d’entrer chez Gallimard et de quitter donc la vénérable maison de la rue des Saints-Pères où elle a fait entrer le jeune Bernard-Henri Lévy. Avec elle, part aussi Roselyne Dussart, l’assistante qu’elle partageait avec Bhl. Celui-ci, après quelques tergiversations et offres gallimardiennes décide de rester fidèle à la Vieille Maison. Vu qu’il y occupe alors des fonctions importantes, <span id="more-7772"></span>et extrêmement mangeuses de temps, il faut donc de toute urgence lui trouver une nouvelle assistante. Et c’est ainsi qu’arrive dans sa vie une toute jeune femme qui travaillait alors au Service de Presse de Grasset, dans l’ombre de celle qui, en ce temps-là, le dirigeait, qui s’appelait Claude Dalla Torre, laquelle venait de succéder à Monique Mayaud (je ferai, un jour, une notice sur chacune d’entre elles car elles ont eu leur rôle, éminent, dans la vie de Bernard-Henri Lévy) – et c’est ainsi qu’elle devient, très vite, et jusqu’aujourd&#8217;hui, l’un des personnages absolument-clé de l’existence de Bhl : Joelle Habert.<br />
Car Joëlle Habert est, tout de suite, beaucoup plus qu’une assistante. D’abord, elle tape les manuscrits de Bernard-Henri Lévy à une époque qui n’a pas encore inventé le traitement de texte. Bernard-Henri Lévy lui dicte à distance, par téléphone, nuit comme jour, le moindre de ses articles (je le revois, à New-York, à l’époque de ses cours à New-York University, profiter d’une interclasse pour, à 5 heures du matin heure de Paris, chercher fébrilement un téléphone pour lui dicter, à Paris, ou lui déposer sur une boîte vocale, une correction qu’elle recevra cinq sur cinq). Elle tient ses archives. Elle est sa mémoire. Peut-être sa confidente. Ou, si elle ne l’est pas (car Bernard-Henri Lévy, j’en sais quelque chose, est un homme qui ne se livre guère) c’est à elle que, depuis un temps quasi immémorial, il dicte chaque matin ce fameux Journal « warholien » qui fait fantasmer tant de journalistes. Et c’est elle qui est, surtout, le pivot du dispositif « testamentaire » que Bernard-Henri Lévy raconte à Michel Houellebecq dans « <a href="http://www.bernard-henri-levy.com/category/actu/livre/ennemis-publics">Ennemis Publics</a> » et qui prévoit, en cas d’accident, la destruction immédiate du document. Bernard-Henri Lévy tient à ce journal. Il l’a souvent dit : c’est lui qui servira de base à ses futurs romans. C’est lui qui, s’il les écrit un jour, formera la matière première de ses Mémoires. Et c’est donc elle Joëlle Habert qui en est la romanesque gardienne.<br />
J’ajoute une dernière chose que je suis, là encore, payée pour savoir : elle est, depuis ce temps-là, et aujourd&#8217;hui plus que jamais, la gardienne absolue de l’emploi du temps de Bernard-Henri Lévy : combien de rendez-vous ne m’a-t-elle pas arrangés ! combien de passages éclairs à Paris où il fallait absolument que je le voie et où elle accomplissait le miracle de me faire une petite place dans son emploi du temps ! et malheur à qui prétend aller directement à Bernard sans passer par elle – la confiance que Bernard a en elle est telle que le pauvre, ou la pauvre n’aura, du coup, plus aucune chance et n’aura plus de rendez-vous du tout ! Joëlle Habert a parfois, de ce fait, une réputation de cerbère qu’elle ne mérite pas. Car je sais, moi, que c’est la meilleure des personnes. Et je sais ce que ce site lui doit : ne serait-ce qu’à cause de la masse de documents, photos, vidéos anciennes, textes de jeunesse qu’elle a archivés au fil des décennies et dont, Bernard-Henri Lévy ne conservant rien et étant, comme Sartre, si totalement projeté vers le futur qu’il « brûle » inlassablement son passé, elle est l’unique détentrice.<br />
<strong>Liliane Lazar</strong>.</p>
<p><em>(c) Jacques Graf</em></p>
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		<title>Le 3 mars 1969&#8230;</title>
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		<pubDate>Tue, 20 Jul 2010 13:15:20 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Liliane Lazar</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Son actualité]]></category>

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		<description><![CDATA[&#8230;. un jeune Normalien part, sur les traces d’Antonin Artaud, à la rencontre des Tarahumaras puis des révolutionnaires mexicains.
 J’ai retrouvé le fameux numéro des Temps Modernes où Bernard-Henri Lévy a publié son premier texte. C’est un texte sur le Mexique. Il s’appelle &#171;&#160;Mexique : nationalisation de l’impérialisme.&#160;&#187; Et c’est un des Bernard-Henri Lévy que j’aime [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong><a href="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/TM-page-92.jpeg"></a><a href="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/temps-modernes.jpeg"><img class="alignleft size-medium wp-image-7704" title="temps modernes" src="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/temps-modernes-185x300.jpg" alt="temps modernes" width="185" height="300" /></a>&#8230;. un jeune Normalien part, sur les traces d’Antonin Artaud, à la rencontre des Tarahumaras puis des révolutionnaires mexicains.</strong></p>
<p> J’ai retrouvé le fameux numéro des<em> Temps Modernes</em> où Bernard-Henri Lévy a publié son premier texte. C’est un texte sur le Mexique. Il s’appelle &laquo;&nbsp;Mexique : nationalisation de l’impérialisme.&nbsp;&raquo; Et c’est un des Bernard-Henri Lévy que j’aime qui y apparaît : le Bernard-Henri Lévy voyageur, le Bernard-Henri Lévy reporter, le Bernard-Henri Lévy aventurier. C’est le 3 mars 1969 qu’il a atterri à Mexico. Il est entré à l’Ecole Normale supérieure de la rue d’Ulm depuis plusieurs mois déjà. Mais il s’y ennuie à  périr. Et, bien dans la ligne d’autres Normaliens de sa trempe (Paul Nizan, Régis Debray) il n’a autre idée que de partir, vraiment partir, à une époque (la fin des années soixante donc) <span id="more-7703"></span>où le tourisme de masse n’avait pas encore tué le principe et l’idée du voyage, du vrai voyage, celui qui ne vous laisse quasiment pas d’attaches avec votre point de départ.</p>
<p>Sa première idée est d’aller sur les traces d’Antonin Artaud et de son voyage de 1937 au pays des Tarahumaras. C’est pourquoi, aussitôt arrivé, il se rend, avec Isabelle Doutreluigne, sa première femme,  dans le nord du pays, Etat du Chihuahua, où séjournent les derniers représentants de ces tribus qui fascinèrent tant l’auteur du <em>Théâtre et son double</em>. Il y passe un long mois, dans des villages perdus sur les crêtes hautes de près de 3000 mètres de la Sierra Madre. Il séjourne en particulier, dans la vallée, au cœur du « Barranco del Cobre », ce « Grand Canyon » à la mexicaine, dans une famille du village de Batopilas. Il étudie cette drôle de religion, en principe convertie au catholicisme, mais qui ignore la notion de  mal et de péché. Je ne pense pas qu’il ait subi d’initiation. Encore qu&#8217;un témoin m&#8217;ait assuré qu&#8217;Isabelle Doutreluigne fut, elle, bel et bien initiée. Alors peut-être lui, je ne sais pas, il reste étrangement évasif, ou silencieux, chaque fois que je lui pose la question. Ce qui est sûr, en revanche, c’est qu’il partage la croyance Tarahumara qu’il n’y a peut-être pas de péché mais qu’il y a une faute capitale chez les humains et que cette faute est le défaut de conscience, le peu d’effort pour accroitre son niveau d’intelligence  des choses et de lucidité. Et c’est pourquoi , pendant cette période, il consomme du Peyotl, beaucoup de Peyotl, cette substance « magique » pour transformer en conscience le maximum d’expérience&#8230; ! De cette habitude, d’ailleurs, il mettra longtemps à se débarrasser. Et, sous d’autres formes, celle de la marijuana en particulier, elle le tiendra jusqu’au milieu des années 1970.</p>
<p>Après ce premier mois, il remet le cap sur Mexico où il rencontre,  chez Dominique Eluard, la dernière femme d’Eluard, tenant encore salon dans une belle maison des Lomas, tout ce qui demeure de la petite armée surréaliste installée au Mexique trente ans plus tôt. Et c’est là, dans le salon de Dominique Eluard, qu’il se lie d’amitié avec le grand intellectuel de gauche mexicain, spécialiste des cultures indiennes et apôtre de la « démocratie cubaine » et de son « lider maximo », Pablo Gonzalez Casanova. Je ne sais pas ce que le Bernard-Henri Lévy d’aujourd&#8217;hui pense de Pablo Gonzalez Casanova, toujours vivant. Ni, d’ailleurs, Pablo Gonzalez Casanova du Bernard-Henri Lévy d’aujourd&#8217;hui. Sûrement pas beaucoup de bien car leurs routes ont fortement divergé. Encore que&#8230; Quand je revois le film, <em>Le Jour et la Nuit</em>, qu’il a tourné avec Alain Delon, Lauren Bacall et Arielle Dombasle, je ne peux m’empêcher d’y voir la marque de cette première aventure. Mais le fait est que le tout jeune homme et le déjà maître sont, alors, très proches et que le premier se met sous l’aile du second. Et que c’est avec lui qu’il accomplit le second grand et beau geste de ce voyage : piquer vers le sud et se rendre à San Cristobal Las Casas où il va partager, pendant un nouveau mois, d’abord avec Pablo Gonzalez Casanova lui-même, puis seul avec Isabelle Doutreluigne, la vie d’une famille d’indiens Totzils du village de Chamula.</p>
<p>C’est de cela que parle ce premier texte des<em> Temps modernes</em>. C’est de ce voyage dans un Chiapas où le sous commandant Marcos n’a pas encore vu le jour que procède ce tout premier essai. Bernard-Henri Lévy a vingt ans. Mais il est, là aussi, pionnier. Jean-Paul Sartre, du reste, acceptera tout de suite ce texte. Ecrit à son retour en France, pendant l’été 1969, il sera soumis à Sartre en octobre. Lequel Sartre le passera à Jean Pouillon, et Jean Pouillon à André Gorz, tous deux membres du comité de rédaction des <em>Temps modernes</em>. L’article mettra un peu de temps à passer. Mais n’est-ce pas le lot de tous les premiers textes de très jeunes auteurs ? En tout cas, le voici. Premier et initiatique voyage évoqué dans « <em>Réflexions sur la guerre, le Mal et la fin de l’Histoire</em> » (Grasset, 2001), pages 321 à 325, vingt ans plus tard. J’aime, je le répète, ce Lévy aventurier. J’aime ce jeune homme romantique, plein d’illusions et qui a tout de suite, comme aujourd&#8217;hui, le souci de mettre ses actes, sa vie, en conformité avec ses idées. Prendre des risques, aller au contact des choses même, partager, si on veut essayer de la penser,  la vie des plus démunis – voilà son credo. A l’époque comme aujourd&#8217;hui.<br />
<strong>Liliane Lazar</strong>.</p>
<p>__________________________________________________________________________________________</p>
<p style="text-align: center;"><span style="color: #993300;">MEXIQUE : NATIONALISATION DE L’IMPERIALISME </span></p>
<p style="text-align: center;"><span style="color: #993300;"><em>Les Temps Modernes  N° 291 – Octobre 1970</em></span></p>
<p><a href="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/tm-page2.jpeg"></a><a href="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/TM-page-1.jpeg"><img class="alignleft size-medium wp-image-7711" title="TM page 1" src="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/TM-page-1-207x300.jpg" alt="TM page 1" width="207" height="300" /></a>Stabilité politique, progressisme social et dynamisme <strong> </strong>économique, le tout fondé sur une phraséologie révolutionnaire, un  héritage « populiste » soigneusement cultivé et un effort réel pour échapper à l&#8217;emprise du capital étranger : le Mexique s&#8217;est long­temps présenté à ses voisins comme un modèle de pays  « en voie de développement ». Mais avant même le massacre de Tlatelolco et la répression qui a suivi, il était difficile de ne pas suspecter la « Révolution » d&#8217;un pays qui, par vocation géographique, a toujours été au premier rang des préoccupations et de la stratégie conti­nentales des U.S.A.; de ne pas mettre en question ce «nationa­lisme» dont la première puissance impérialiste mondiale semblait s&#8217;accommoder; de ne pas s&#8217;étonner enfin qu&#8217;une « voie du déve­loppement puisse passer aux portes de l&#8217;Empire américain et si près de ses intérêts. Pour ceux qui refusaient d&#8217;y regarder de plus  près, la fusillade d&#8217;octobre 1968 a été la ruine soudaine de la mythologie mexicaine : de ses fondements et de son authenticité.</p>
<p>De cette mythologie, la notion cardinale, clé théorique de toutes les autres, est celle, empruntée sans critique au discours idéolo­gique, de « pays en voie de développement ». Notion dangereuse et parfaitement obscure : dangereuse parce que des « économistes » la manient autant que les hommes du régime et que, se disant hommes de science, ils prétendent lui donner des titres de scienti­ficité ; obscure parce quelle recèle une ambiguïté fondamentale, que son contenu officiel masque un contenu réel et parce que, comme nous le verrons, ses implications objectives contredisent sa signification de surface. C&#8217;est cette notion que nous voudrions questionner à partir de « l&#8217;exemple mexicain »; c&#8217;est à sa démystifi­cation qu&#8217;il faut travailler, à partir des données d&#8217;une histoire qui se présente elle-même comme exemplaire<sub> </sub>: l&#8217;histoire du Mexique depuis 1910.</p>
<p><a href="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/tm-page-2-bis.jpeg"><img class="alignright size-medium wp-image-7716" title="tm page 2 bis" src="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/tm-page-2-bis-192x300.jpg" alt="tm page 2 bis" width="192" height="300" /></a>I &#8211; Pénétrer pour commencer le lieu même de l&#8217;idéologie : afin de déterminer d&#8217;entrée de jeu l&#8217;espace de la problématique, de repérer les points d&#8217;accrochage sur lesquels se fondera ensuite la déconstruction du concept. La question est simple : que vise-t-on  au juste lorsque, dans le discours officiel, on évoque cette « voie du développement » où le Mexique, de manière exemplaire, semble s&#8217;être engagé?</p>
<p>      Ce que l&#8217;on vise, c&#8217;est d&#8217;abord la croissance spectaculaire de l&#8217;économie mexicaine croissance des principaux indices caracté­ristiques  du « Développement » » (consommation d&#8217;énergie ou d&#8217;acier, densité du réseau routier ou ferré, degré d&#8217;alphabétisation, espérance de vie à la naissance, etc.); croissance du P.N.B. qui, depuis la guerre, suit un rythme de type « japonais », avec des taux qui ont parfois dépassé 10 % (en 1964) et que l&#8217;on tente aujourd&#8217;hui, avec peine, de stabiliser autour de 6 %. Croissance qui, d&#8217;ailleurs, n&#8217;exclut pas la stabilité monétaire puisqu&#8217;on n&#8217;a pas enregistré depuis un demi-siècle d&#8217;inflation catastrophique et que, le cas échéant, les dirigeants mexicains savent mettre en  oeuvre des politiques dites de « stabilisation » qui parviennent assez rapidement à maîtriser la conjoncture (exemple de 1965); «crois­sance dans l&#8217;équilibre » donc, au sens défini par les technocrates occidentaux. Cette croissance régulière et incontestable des forces productives semble attester qu&#8217;ayant brisé de trop fameux « cerc!es vicieux », le Mexique est, par excellence, un pays « en voie de développement ».</p>
<p>Cette voie du développement, il semble aussi qu&#8217;elle passe, dans une certaine mesure, par l&#8217;émancipation nationale et la décolo­nisation:</p>
<p>a) La Révolution de 1910, animée d&#8217;un nationalisme virulent, a inauguré un mouvement d&#8217;expropriation du capital étranger dont on retrouve l&#8217;écho jusqu&#8217;à nos jours (cf. en 1<sup>,</sup>967 la nationa­lisation de la Compania Azufrera Panamericana, filiale de la Pan American Sulphur Co) et dont le résultat est le contrôle par l&#8217;État d&#8217;une bonne partie des « secteurs-clés » de l&#8217;économie nationale.</p>
<p><a href="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/tm-page21.jpeg"></a>b) Le Mexique a réussi à se doter, en un demi-siècle, d&#8217;un  appareil industriel propre; suffisamment puissant et diversifié pour concurrencer sur le marché national les produits importés : une sidérurgie qui couvre la quasi-totalité de la consommation intérieure, une industrie automobile qui parvient à exporter, une industrie chimique qui arrive à des <a href="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/tm-page23.jpeg"><img class="alignleft size-medium wp-image-7756" title="tm page2" src="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/tm-page23-184x300.jpg" alt="tm page2" width="184" height="300" /></a>résultats honorables pour plusieurs produits de base (acide sulfurique, ammoniaque, engrais,  cellulose&#8230;); une industrie de biens de consommation, hypertrophiée certes par rapport à l&#8217;ensemble, mais diversifiée et compétitive.</p>
<p>c) Surtout, la structure des exportations mexicaines témoigne d’un affranchissement non négligeable vis-à-vis de 1&#8242;impérialisme américain :  d&#8217;abord parce qu&#8217;aucun des produits exportés n&#8217;entre pour plus de 10% dans le total des exportations et que, par conséquent, à l&#8217;inverse des pays « mono-exportateurs »  (comme par exemple la <sub>\</sub>Bolivie avec l&#8217;étain), la conjoncture est moins sensible aux variations de la demande dans le pays importateur ; ensuite parce que le Mexique parvient à défocaliser la destination de ces exportation, que si les États-Unis restent le foyer dominant, des foyers secondaires (C.E.E., Japon) tendent à restreindre leur monopole, et que par conséquent les responsables mexicains disposent d&#8217;une certaine liberté de manoeuvre et d&#8217;une marge de décision. De sorte qu&#8217;il n&#8217;est pas inconcevable qu&#8217;ayant déconcentré ses exportations et dépolarisé leur destination, le Mexique soit « sur la voie » d&#8217;un développement autonome et autocentré.</p>
<p>Enfin le Mexique a institutionnalisé l&#8217;élan révolutionnaire de 1910 (le parti gouvernemental s&#8217;appelle Parti révolutionnaire institutionnel); même si cette institutionnalisation est devenu l&#8217;alibi du pire immobilisme, elle a longtemps été, et elle reste encore, dans certains cas, facteur de « progrès » et de « développe­ment» ; on peut citer deux cas de ce type : le problème agraire et le problème indigène. Dans le premier cas, les gouvernements P.R.I., se voulant garants de la continuité révolutionnaire, reconduisent périodiquement la vieille réforme agraire : poussés par les circons­tances et la menace démographique, prisonniers de leur propre idéologie, ils réveillent les thèmes agrariens, exproprient quelques propriétaires individuels, agitent le vieux drapeau ejidal et distri­buent des terres à une poignée de jornaleros; et de fait, malgré ses insuffisances et ses défauts, la réforme agraire est une réforme permanente qui n&#8217;a pas encore épuisé ses effets; une réforme surtout qui, parce qu&#8217;elle démembre la grande propriété de type traditionnel et tente d&#8217;éliminer les rapports de production de type pré-capitaliste, va bien <strong> </strong>dans le sens du « développement ». De même, face au problème indigène, le gouvernement a élaboré une politique moderniste et prétendument progressiste, visant à intégrer les minorités indiennes à <strong> </strong>la nation mexicaine ; une politique<a href="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/tm-page22.jpeg"></a> d&#8217;unification nationale qui s&#8217;articule sur des « Centres indi­génistes »  implantés dans les régions à  forte population indigène; on encourage les Indiens, à grand renfort d&#8217;anthropologues et de techniciens « civilisés <em>», </em>à construire des routes et à bâtir des écoles; on diffuse la langue espagnole et les pratiques occiden­tales ; et, moyennant un suicide culturel, on mexicanise des gens qui, du Mexique, ne connaissaient ni <strong> </strong>le nom, ni l&#8217;existence. Cette politique est, elle aussi, au sens traditionnel, une politique de « développement » puisque, désenclavant les périphéries « archaïques <em>», </em>elle tente d’effacer le  fameux <a href="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/TM-page-31.jpeg"><img class="alignleft size-medium wp-image-7746" title="TM page 3" src="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/TM-page-31-182x300.jpg" alt="TM page 3" width="182" height="300" /></a>dualisme caractéris­tique du sous-développement.</p>
<p>On touche là précisément au sens fondamental de la politique mexicaine, à l&#8217;unité et à la commune raison de l’ ensemble des processus que nous signalons ; si ces processus méritent d&#8217;être inscrits dans le cadre d&#8217;une politique de développement c’est qu&#8217;ils témoignent tous d&#8217;un même effort pour échapper à la désarticulation structurelle des pays sous-développés, pour briser le cloisonnement dualiste entre le  secteur « encore féodal » et le secteur « déjà capitaliste »<em>, </em>bref pour développer de part en part l&#8217;économie nationale. Ainsi :</p>
<p><a href="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/TM-page-3.jpeg"></a>a)           prendre ses distances vis-à-vis du capital étranger, c&#8217;est prétendre émanciper le pays d&#8217;un centre de décision exogène qui, ne « développant » que les secteurs intéressant la Métropole, est l&#8217;auteur de la déformation dualiste c&#8217;est donc tenter de recentrer le heu de la décision et de remembrer les structures nationales</p>
<p>b)          promouvoir et reconduire sans cesse la réforme agraire, c&#8217;est tenter d&#8217;atténuer la disparité fondamentale entre le secteur industriel de type capitaliste et le secteur agricole de type pré capitaliste; liquider les restes de la grande propriété latifundiaire et tenter d&#8217;éliminer les rapports féodaux de production, c&#8217;est donc, ici aussi, harmoniser le développement des secteurs par diffusion du capitalisme;</p>
<p>c)           mener une politique indigène c&#8217;est chercher à intégrer les périphéries « archaïques » au processus de développement; c&#8217;est mettre en circuit » les marges laissées pour compte (les marges « hors du développement » plutôt que sous-développées ») et chercher  par conséquent à rééquilibrer les inégalités de développement.</p>
<p> Au total c’est <strong> </strong>bien d&#8217;une politique de « développement » qu&#8217;il s’agit ici ; si l’on entend par  « sous-développement » un état de dépendance externe et de déformation interne de l&#8217;économie nationale, le Mexique est  <em>effectivement </em> un pays en « voie de déve­loppement ». Le capitalisme parti de la métropole a bel et bien gagné la « colonie » ; et de la colonie il <a href="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/TM-page-42.jpeg"><img class="alignright size-medium wp-image-7747" title="TM page 4" src="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/TM-page-42-185x300.jpg" alt="TM page 4" width="185" height="300" /></a>tend à gagner les périphé­ries ; même  si ces processus sont à peine engagés la tendance est parfaitement nette et on a le droit de dire, avec les idéologues officiels que le capitalisme « fait tache d&#8217;huile » et que du même coup, le Mexique tend à « sortir du sous-développement ».</p>
<p>     <a href="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/TM-page-41.jpeg"></a><a href="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/TM-page-4.jpeg"></a> II &#8211; Malheureusement pour les idéologues, cela ne signifie nullement que s&#8217;engager sur la voie c&#8217;est être assuré de la parcourir intégralement que la « voie du développement» mène immanqua­blement à l&#8217;élimination du sous-développement ;  et que l’intégra­t1on nationale (au double sens d&#8217;émancipation et d&#8217;unification) annonce déjà la convergence à terme de la métropole et de sa dépendance. De fait s&#8217;il est légitime de prendre acte du desserre­ment du lien colonial et du recentrement des structures nationales, il faut le faire avec beaucoup de prudence, en tentant d&#8217;approfondir les modalités du processus, en en cherchant l&#8217;implication ou la contrepartie,  en s&#8217;interrogeant peut-être sur les limites et les contradictions de cette voie capitaliste de développement. Pour éviter les simplifications théoriques et les erreurs politiques,  il est indispensable de poursuivre l&#8217;analyse au-delà du point où voudrait la bloquer la propagande officielle, afin de poser la question essentielle: celle de la nature de la logique de la «tache d&#8217;huile », celle du prix à payer pour l&#8217;émancipation et l&#8217;intégration nationale; il s&#8217;agit de savoir ce que signifie et ce qu&#8217;implique, pour la structure du pays la fin du dualisme et la voie du déve­loppement ; et plus précisément ce qui, du capitalisme, s&#8217;étend en tache d&#8217;huile quand un pays comme le Mexique tente de venir a bout par le développement de l&#8217;exploitation étrangère et de la formation dualiste.</p>
<p> Nous essaierons de le suggérer : la tache d&#8217;huile du capitalisme n&#8217;est autre que le report, à l&#8217;intérieur du pays semi-émancipé, d’<em>une </em>des relations du système, la plus fondamentale sans doute :  la relation d&#8217;exploitation ; si cette relation tend à se relâcher en sa forme coloniale, c&#8217;est pour mieux se reporter, par translation, à l&#8217;intérieur même de l&#8217;économie nationale si elle semble perdre au niveau international, un peu de son acuité et de sa rigueur, elle se  reproduit à l&#8217;échelle locale en une exploitation de type particulier que nous baptiserons avec le sociologue mexicain Pablo Gonzalez Casanova, « colonialisme interne ». Ainsi l’impérialisme est une <a href="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/TM-page-51.jpeg"><img class="alignleft size-medium wp-image-7748" title="TM page 5" src="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/TM-page-51-187x300.jpg" alt="TM page 5" width="187" height="300" /></a>relation <em>qui se transfère; </em>le système capitaliste pratique une  décentralisation de la relation d&#8217;exploitation, il renvoie au niveau régional le rapport colonial. De ce fait, en dépit  des mythologies sur la fin de la lutte des classes et la décolonisation, le système engendre nécessairement, par un biais ou par un autre, l&#8217;exploitation et la misère; et si, sur la voie du développe­ment, s&#8217;estompent les structures classiques du sous-<a href="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/TM-page-6.jpeg"></a><a href="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/TM-page-5.jpeg"></a>développement (à savoir la juxtaposition, introduite par l&#8217;impérialisme étranger, d&#8217;un secteur capitaliste et d&#8217;un secteur féodal&#8230;), c&#8217;est au prix d&#8217;une autre forme de sous-développement, d&#8217;un autre type de <strong> </strong>dualisme et de désarticulation.</p>
<p> Cette relation coloniale interne, on la rencontre dans les zones à forte population indigène; dans ces zones précisément que l&#8217;on désignait plus haut comme points d&#8217;application de la politique &#8211; indigéniste (et il faudra d&#8217;ailleurs rendre compte de cette coïncidence). En ces lieux, « métis » et «indiens »,  mis en rapport autrefois  par la violence de la conquête coloniale, ont eu tendance d&#8217;abord, en un premier temps, à s&#8217;isoler les uns des autres, à se constituer en communautés étrangères (les uns vivant dans leur rapport à la métropole outre-mer, les autres dans le cadre fermé d&#8217;une économie de subsistance), puis, en un second temps, à une date plus récente; à renouer et à entrer en relations, dans le cadre nouveau de l&#8217;effort de développement, du mouvement d&#8217;émancipation nationale et du désenclavement des périphéries; une relation inédite s&#8217;est établie <em> </em>entre eux ; une relation dont la spécificité tient à son caractère capitaliste et colonial : capitaliste parce qu&#8217;elle est <em>née avec </em>la diffusion de l&#8217;aire capitaliste, et coloniale en ce qu&#8217;elle mime très exactement, à l&#8217;intérieur des frontières mexicaines, le type de relations que le Mexique tout entier a pu nouer, ou noue encore, avec l&#8217;Espagne ou les États-Unis. Nous avons choisi comme champ d&#8217;observation et exemple privilégié la région de San Cristobal las Casas, métropole et pointe de « civilisation », avant-poste mexicain en terre indienne, au coeur du Chiapas; on peut y<sup> </sup> repérer un ensemble de relations qui lient San Cristobal et  sa population aux villages indiens de l&#8217;arrière-pays et qui font des seconds, à tous les sens du terme, des dépendances coloniales de la première.     </p>
<p> <a href="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/TM-page-62.jpeg"><img class="alignright size-medium wp-image-7749" title="TM page 6" src="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/TM-page-62-180x300.jpg" alt="TM page 6" width="180" height="300" /></a>      <a href="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/TM-page-61.jpeg"></a>Au sens économique d&#8217;abord, la fonction de San Cristobal est <strong> </strong>de centraliser, pour la commercialiser, la production agricole des villages indiens; son marché est le point de rencontre des paysans <em>« </em>Tzotzils » <em> </em>qui, régulièrement viennent échanger leurs produits contre un peu de numéraire : il est le débouché du terroir environ­nant. Inversement, San Cristobal est le point de départ, vers les noyaux indiens, des produits manufacturés, des engrais ou semences, des crédits d&#8217;exploitation. De sorte que le métis de San Cristobal, vivant de cette position d&#8217;intermédiaire comme l&#8217;indien de sa situation de cultivateur, répugnant à travailler la terre ou à pratiquer un métier artisanal, se considère lui-même comme agent d&#8217;un <em>Comptoir colonial. </em>Si cette relation mérite d&#8217;être appelée « coloniale <em>», </em>c&#8217;est qu&#8217;elle reproduit de manière frappante deux aspects essentiels du rapport impérialiste :</p>
<p align="left">- d&#8217;abord parce que les villages indigènes qui gravitent autour du comptoir métis sont, dans leur majorité, mono-producteurs; que les paysans « exportateurs » sont à la merci des variations <em>d&#8217;une </em>demande, du bon vouloir des « ladinos » et de l&#8217;état de la conjoncture;</p>
<p>- ensuite parce que la position de San Cristobal est une position <em>: de monopole<strong>; </strong></em>parce que ce comptoir qui fonctionne comme métro­pole fonctionne sous un régime d&#8217;exclusivité; parce que l&#8217;aménagement routier, quand il existe, converge tout entier vers son marché et que, par conséquent, les noyaux indiens sont coupés de tout centre de substitution. En d’autres termes, San Cristobal est le foyer unique d’une mono-production ; polarisant le « développement » de la région, il détermine les termes de l’échange, le volume des transactions, la distribution de ses revenus, et ses structures économiques. C’est en ce sens déjà que l’on peut parler de « colonialisme interne » .</p>
<p>Ce colonialisme, encore faut-il en définir la spécificité. On est tenté de le confondre avec une exploitation de la campagne par la  ville, ou avec une lutte de classes de type traditionnel; il ren­verrait  à un simple « déséquilibre de développement » tel qu&#8217;il en existe dans les pays occidentaux, ou à un conflit de classes tel qu&#8217;il en apparaît dans tout processus capitaliste de développement; dans les deux cas, on pourrait prévoir une évolution parallèle à l&#8217;évolution <em>du même </em>problème dans les pays occidentaux. En réalité, si cette exploitation est de type <em>colonial,  </em>c&#8217;est qu&#8217;elle possède des traits caractéristiques qui déterminent la singularité de son fonctionnement ; que, même si elle recouvre un déséquilibre ville/campagne ou une lute de classes pure et simple (et c’est  parfois le cas), on ne saurait l&#8217;y réduire absolument. Pour mieux comprendre cette singularité de l&#8217;exploitation coloniale interne il faut en venir à ses aspects plus proprement humains : disons, sociaux ou culturels.<strong></strong></p>
<p><a href="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/TM-page-7.jpeg"></a><a href="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/tm-page-81.jpeg"><img class="alignleft size-medium wp-image-7750" title="tm page 8" src="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/tm-page-81-182x300.jpg" alt="tm page 8" width="182" height="300" /></a>L&#8217;observation la plus immédiate suggère, dès que l&#8217;on entre dans San Cristobal, que l&#8217;on n&#8217;a pas affaire à un schéma classique d&#8217;exploitation, mais à une relation plus complexe et plus inat­tendue. Ce qui frappe au premier abord c&#8217;est <em>la </em>différence <em>d&#8217;aspect </em>et de physionomie entre le métis et l&#8217;Indien, et la nature des rapports personnels qu&#8217;ils entretiennent. L&#8217;Indien, c&#8217;est ce pauvre bougre, vêtu d&#8217;une robe de grosse laine beige et d&#8217;un chapeau à larges bords, que l&#8217;on voit raser les murs d&#8217;un air craintif et hébété, qui paraît accablé par le poids du fardeau qu&#8217;il porte sur les épaules, que le métis insulte et brutalise quand il le trouve en travers de sa route et qui, dans ce monde de lad.inos qui l&#8217;humi­lient, fait figure d&#8217;exilé. Le métis, vêtu à l&#8217;européenne et parlant espagnol, parait beaucoup plus prospère, content de son sort et de sa mine, méprisant à l&#8217;égard de la « race » inférieure. Il vous explique en toute bonne foi que l&#8217;Indito (car l&#8217;Indien n&#8217;est jamais, à l&#8217;entendre, qu&#8217;un « petit Indien) est un « animal » humain, qu&#8217;il ne « raisonne » ni ne « démontre <em>», </em>tandis que lui, métis, est « gente de razon »; s&#8217;il brutalise l&#8217;indien c&#8217;est pour se faire entendre de lui, et s&#8217;il l&#8217;enivre c&#8217;est pour lui dégourdir l&#8217;esprit. Lorsqu&#8217;un Indien s&#8217;adresse à un métis c&#8217;est avec la plus grande déférence, d&#8217;une voix grêle et plus aiguë que de coutume, sans oser le regarder en face, reconnaissant semble-t-il la supériorité innée du noble ladino. Au total, la société de San Cristobal vit sous la loi de la Ségrégation et du mépris du colonisé.</p>
<p>L&#8217;existence de ces «comportements coloniaux » atteste que l&#8217;on est en présence d&#8217;un rapport d&#8217;exploitation spécifique, englobant l&#8217;exploitation économique proprement dite, et irréductible à une exploitation régionale ou à une exploitation de classe:</p>
<p>a) Irréductible à une exploitation régionale parce que la singu­larité du noyau indien n&#8217;est pas seulement celle du costume ou du « métie<a href="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/tm-page-8.jpeg"></a>r» exercé, mais surtout celle de la langue, de la religion, de la culture et des traditions; parce que le rapport de San Cris­tobal aux villages environnants est la confrontation de deux types de populations, de deux types de civilisations radicalement distincts ; et que cette confrontation aboutit à l&#8217;exploitation d&#8217;une société par une autre <em>société, </em>d&#8217;un groupe parfaitement structuré par un autre groupe tout aussi structuré: bref à une colonisation;</p>
<p align="left"><a href="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/TM-page-94.jpeg"><img class="alignright size-medium wp-image-7751" title="TM page 9" src="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/TM-page-94-187x300.jpg" alt="TM page 9" width="187" height="300" /></a>b) Irréductible à une exploitation de classe parce <em>qu&#8217;à </em>l&#8217;intérieur de chacun des deux groupes fonctionne une véritable lutte de classes; que dans San 0Cristobal comme dans Chamula ou San Andres (villages « colonisés<em>») </em>on peut repérer une certaine division du travail, une hiérarchie sociale et une échelle des revenus, une appropriation par quelques-uns des moyens de production; et que, par conséquent, l&#8217;exploitation du groupe indien par le groupe métis, loin d&#8217;être l&#8217;effet d&#8217;un conflit de classes, est l&#8217;exploitation intégrale d&#8217;un peuple déjà organisé et constitué en classes par un autre peuple également organisé et constitué en classes : ici aussi, à l&#8217;image du modèle externe, une colonisation.</p>
<p align="left">A ce point de l&#8217;analyse, on peut revenir sur la « politique indigé­niste <em>», </em>en réfléchir les buts et les méthodes à la lumière de nos conclusions, et en saisir cette fois la vérita<a href="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/TM-page-93.jpeg"></a>ble portée.</p>
<p align="left">a)            La mexicanisation des noyaux périphériques, objectif officiel des responsables indigénistes, ressemble à s&#8217;y méprendre à la vieille politique de pénétration coloniale : l&#8217;intérêt de la nouvelle route c&#8217;est qu&#8217;elle permet un acheminement plus rapide des produits coloniaux vers le marché métropolitain, un drainage plus efficace de la richesse produite; l&#8217;intérêt des nouvelles tech­niques, c&#8217;est qu&#8217;elles permettent une amélioration des rendements et une détérioration des termes de l&#8217;échange au détriment des noyaux indigènes. La mexicanisation est la forme déguisée d&#8217;une exploitation.</p>
<p>b)        On prétend parfois que cette mexicanisation a pour effet d&#8217;atténuer les disparités régionales et d&#8217;effacer les déséquilibres sociaux. C&#8217;est peu sérieux : d&#8217;abord parce qu&#8217;on n&#8217;a <em>jamais </em>observé, après la pénétration et le démembrement des structures tradi­tionnelles d&#8217;intégration effective des minorités indiennes qui restent méprisées, séparées et exploitées; qu&#8217;ensuite, dans le meilleur des cas, quand un ejido mixte se constitue, c&#8217;est aux indigènes que l&#8217;on attribue le lopin le moins fertile et les conditions de travail les plus ingrates; et qu&#8217;enfin, s&#8217;il arrive qu&#8217;à la limite un Indien parvienne à s&#8217;émanciper, c&#8217;est qu&#8217;il se « métisse » du même coup et se désolidarise de son groupe d&#8217;origine. Le groupe en tant que communauté n&#8217;est jamais qu&#8217;une communauté de colonisés.</p>
<p><a href="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/tm-page-102.jpeg"><img class="alignleft size-medium wp-image-7752" title="tm page 10" src="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/tm-page-102-197x300.jpg" alt="tm page 10" width="197" height="300" /></a>c)            On comprend maintenant pourquoi la politique indigéniste se fonde obstinément sur l&#8217;idéologie anthropologique, s&#8217;acharne à ignorer le problème économique et politique que pose l&#8217;existence des minorités marginales, et feint de croire qu&#8217;avec des routes et des écoles les Indiens sortiront du ghetto de la misère. C&#8217;est qu&#8217;au fond les responsables indigénistes, consciemment ou non, sont chargés d&#8217;ouvrir le ghetto (de briser le dualisme&#8230;), mais tout juste assez pour qu&#8217;y pénètre le bout de la chaîne de l&#8217;exploi­tation ; de briser un dualisme interne en désenclavant des noyaux isolés, mais dans le but de les coloniser et de désarticuler davan­tage l&#8217;économie nationale.</p>
<p><a href="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/tm-page-101.jpeg"></a>Au total, l&#8217;histoire de la Révolution mexicaine, c&#8217;est-à-dire de ce mouvement d&#8217;intégration et de développement inauguré en 1910<strong> </strong>et poursuivi jusqu&#8217;à nos jours, apparaît comme l&#8217;histoire d&#8217;une contradiction entre le développement des forces productives et l&#8217;intégration nationale d&#8217;une part, l&#8217;apparition d&#8217;une nouvelle « déformation » et d&#8217;un nouveau colonialisme d&#8217;autre part; ou encore, comme l&#8217;histoire de la s<a href="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/tm-page-10.jpeg"></a>ubstitution, à un vieux dualisme féodo-capitaliste qui tend effectivement à disparaître, d&#8217;un dualisme nouveau, capitaliste de part en part, qui naît de la mort du premier.</p>
<p>Aussi faut-il essayer, pour conclure l&#8217;analyse :</p>
<p>1°/ de  montrer que cette contradiction bloquera sans doute l&#8217;évolution du système.</p>
<p>2°/ de saisir le sens de cette substitution en formulant quelques remarques théoriques de portée plus générale qui, tirant la leçon de l&#8217;expérience mexicaine, pourraient contribuer à redéfinir la nature exacte de cette fameuse voie du développement.</p>
<p align="left">En maintenant une structure sociale hétérogène, en paupé­risant les masses indiennes, le colonialisme interne:</p>
<p align="left"> a)         limite l&#8217;étendue du marché, entrave l&#8217;expansion des industries nationales, et par conséquent l&#8217;essor des forces productives;</p>
<p align="left">b)         freine l&#8217;unification réelle du pays et la cohésion nationale, entretient des antagonismes au sein de la population, diminue donc le poids du Mexique face aux puissances étrangères, limite son pouvoir de négociation ou de décision et tend finalement à paralyser le mouvement d&#8217;émancipation nationale et de décolonisation. Le colonialisme interne, contrepartie du développement, bloque le développement lui-même.</p>
<p> <a href="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/tm-page-111.jpeg"><img class="alignright size-medium wp-image-7753" title="tm page 11" src="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/tm-page-111-186x300.jpg" alt="tm page 11" width="186" height="300" /></a>On pourrait objecter toutefois que ce colonialisme interne est appelé à disparaître, comme son homologue à l&#8217;intérieur des<sub> </sub>métropoles occidentales ; et que, ces nouveaux déséquilibres étant le fruit de la croissance brutale de l&#8217;économie mexicaine, le capi­talisme ne saurait tarder, en sa seconde phase, à les harmoniser.</p>
<p>           C’ est improbable pour deux raisons:</p>
<p>a)      parce que le colonialisme interne semble bien être l&#8217;ultime et inévitable relation d&#8217;exploitation de la chaîne capitaliste; et le noyau indien, le dernier de ces pôles de misère dont se nour­rissent, au haut de la chaîne, les pôles de prospérité : bref, l&#8217;irréductible du, système;</p>
<p>b)      parce que, surtout, maintenir cette relation coloniale interne st vraisemblablement une <em>nécessité </em>pour les dirigeants mexicains. Dans un pays qui connaît le taux d&#8217;accroissement de population le plus explosif du continent et qui voit grossir sans cesse la masse des paysans sans terre et des chômeurs, le colonialisme interne est le moyen d&#8217;opposer entre elles deux fractions du prolétariat national, de substituer aux luttes de classe des luttes raciales, de désamorcer ainsi une révolution menaçante.</p>
<p>C&#8217;est pourquoi le cycle de la « Révolution mexicaine » est sans doute en train de se paralyser.</p>
<p>Cette « voie du développement » paraît décidément bien ambiguë puisque, intégrant l&#8217;économie nationale, elle tend à bloquer le mécanisme de cette intégration; d&#8217;où les caractères contradictoires et surprenants de son tracé. Mettre un pays sur la « voie du développement <em>», </em>c&#8217;est:</p>
<p>a)         prolonger une chaîne qui, partie des métropoles occidentales, avait épargné jusque-là les périphéries du « tiers monde » ; natio­naliser la relation coloniale; diffuser donc au niveau local le mal  que l&#8217;on prétend guérir au niveau national.</p>
<p>b)         créer à l&#8217;intérieur du pays de graves déséquilibres puisque d’une extrémité à l&#8217;autre cette chaîne d&#8217;exploitation inverse ses effets; et donc, engendrer la misère au lieu d&#8217;effacer les disparités.</p>
<p>c)        <em> </em>engendrer, à la limite, le sous-développement puisqu&#8217;on intègre, en les paupérisant, des périphéries qui, jusque-là, restaient, par définition, <em>hors </em>du développement, <em>en marge du </em>chemin. Entrer dans la « voie du développement » c&#8217;est donc, en un sens, entrer dans le sous-développement.</p>
<p>d)         ouvrir, enfin, une piste qui, parce qu&#8217;elle est « bloquée <em>», </em>parce que ce blocage fait partie de sa structure, risque bien au total de n&#8217;être qu&#8217;une fausse piste : une piste dont l&#8217;issue ne peut être que la violence.</p>
<p> <strong>Bernard-Henri Lévy</strong></p>
<p> <em>Les Temps Modernes  N° 291 – Octobre 1970</em><em></em></p>
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		<title>Le 18 mai 2003&#8230;</title>
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		<pubDate>Fri, 16 Jul 2010 17:28:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Liliane Lazar</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Son actualité]]></category>

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		<description><![CDATA[&#8230;Benny Lévy rendait hommage à Bernard-Henri Lévy.
Ai-je besoin de dire la place qu&#8217;a occupée, dans la vie de Bernard-Henri Lévy, son ami Benny Lévy? Ne serait-ce que dans son dernier livre, Pièces d&#8217;identité , il y a au moins cinq textes qui lui rendent un hommage passionné et vibrant. Et l&#8217;on sait comment Le Siècle [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/BENNY-LEVY.jpg"><img class="alignleft size-thumbnail wp-image-7591" title="BENNY LEVY" src="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/BENNY-LEVY-150x150.jpg" alt="BENNY LEVY" width="150" height="150" /></a>&#8230;Benny Lévy rendait hommage à Bernard-Henri Lévy.<br />
Ai-je besoin de dire la place qu&#8217;a occupée, dans la vie de Bernard-Henri Lévy, son ami Benny Lévy? Ne serait-ce que dans son dernier livre, <a href="http://www.bernard-henri-levy.com/category/actu/livre/pieces-identite">Pièces d&#8217;identité </a>, il y a au moins cinq textes qui lui rendent un hommage passionné et vibrant. Et l&#8217;on sait comment <a href="http://www.bernard-henri-levy.com/le-siecle-de-sartre-225.html">Le Siècle de Sartre</a> se terminait sur une analyse de la relation de Sartre et de Benny Lévy qui, allant contre l&#8217;opinion dominante, rendait à ce dernier un hommage magnifique.<span id="more-7585"></span> Eh bien cela ne donne que plus de prix, à mes yeux, à la petite video que voici. La scène se passe à Jérusalem. Bernard-Henri Lévy a été invité à parler de<a href="http://www.bernard-henri-levy.com/category/actu/livre/qui-a-tue-daniel-pearl"> Daniel Pearl</a>.  Le grand historien Robert Wistrich, patron du  Vidal Sassoon Center, préside la séance. Et voici que Benny Lévy, peu de temps donc avant sa mort, se lève, monte à la tribune et nous dit ce qu&#8217;il pense de son glorieux cadet et comment il le voit. Regardez.<br />
<strong>Liliane Lazar</strong>.</p>
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		<title>Le 27 mai 1977&#8230;</title>
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		<pubDate>Fri, 09 Jul 2010 14:34:05 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Liliane Lazar</dc:creator>
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		<description><![CDATA[
… le premier « Apostrophes » de Bernard-Henri Lévy
Voici l’émission-culte que connaissent, par ouïe dire, tous les fans de BHL mais que très peu ont réellement vue. On en diffuse parfois des extraits. Généralement, les mêmes. Mais l’intégralité de l’émission, je ne l’ai personnellement jamais vue. Or c’est la toute première apparition de Bernard-Henri Lévy sur la [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/bhl-apostrophes.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-7287" title="bhl apostrophes" src="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/bhl-apostrophes-300x212.jpg" alt="bhl apostrophes" width="300" height="212" /></a></p>
<p><strong>… le premier « Apostrophes » de Bernard-Henri Lévy</strong></p>
<p>Voici l’émission-culte que connaissent, par ouïe dire, tous les fans de BHL mais que très peu ont réellement vue. On en diffuse parfois des extraits. Généralement, les mêmes. Mais l’intégralité de l’émission, je ne l’ai personnellement jamais vue. <span id="more-7286"></span>Or c’est la toute première apparition de Bernard-Henri Lévy sur la scène publique. C’est le coup de gong qui vit débouler dans le paysage intellectuel français et mondial le phénomène des nouveaux philosophes. J’aime, dans cette émission, les maladresses de l’auteur de <em><a href="http://www.bernard-henri-levy.com/la-barbarie-a-visage-humain-2-1145.html">La Barbarie à visage humain</a></em>. Mais aussi, déjà, son incroyable assurance et son culot. C’est une émission cultissime. A voir et à revoir.<br />
<strong> Liliane Lazar</strong></p>
<p>Apostrophes 1<sup>ère</sup> partie<a href="http://www.dailymotion.com/video/xdz1md_le-1er-apostrophes-de-b-h-levy-27-m_webcam"> cliquez ici</a><br />
Apostrophes 2<sup>ème</sup> partie <a href="http://www.dailymotion.com/video/xdz205_le-1er-apostrophes-de-b-h-levy-27-m_webcam">cliquez ici</a><br />
Apostrophes 3<sup>ème</sup> partie <a href="http://www.dailymotion.com/video/xdz2tw_le-1er-apostrophes-de-b-h-levy-27-m_webcam">cliquez ici</a></p>
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		<title>Le 6 février 1975&#8230;</title>
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		<pubDate>Wed, 07 Jul 2010 13:49:37 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Liliane Lazar</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Son actualité]]></category>

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		<description><![CDATA[&#8230; Bernard-Henri Lévy disait son admiration pour Françoise Giroud.
 J’ai déjà parlé de L’Imprévu, ce journal quotidien lancé par Bernard-Henri Lévy, en janvier 1975, avec un groupe d’amis dont Michel Butel, Gilles Hertzog et Jean-Paul Enthoven. J’ai mis en ligne son numéro 1. Voici, aujourd’hui, son numéro 10, avec un très bel éditorial consacré à Françoise [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>&#8230; Bernard-Henri Lévy disait son admiration pour Françoise Giroud.</strong></p>
<p><a href="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/Imprévu-février-75.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-7143" title="Imprévu février 75" src="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/Imprévu-février-75-206x300.jpg" alt="Imprévu février 75" width="206" height="300" /></a> J’ai déjà parlé de <em><a href="http://www.bernard-henri-levy.com/le-27-janvier-1975-4873.html">L’Imprévu</a></em>, ce journal quotidien lancé par Bernard-Henri Lévy, en janvier 1975, avec un groupe d’amis dont Michel Butel, Gilles Hertzog et Jean-Paul Enthoven. J’ai mis en ligne son numéro 1. Voici, aujourd’hui, son numéro 10, avec un très bel éditorial consacré à Françoise Giroud qu’il résume par cette formule magnifique : « la douceur de vivre avant la révolution ». La légende veut que, le lendemain, un proche de Françoise Giroud ait appelé Bhl sur le ton de : « Monsieur êtes-vous amoureux de Madame la Ministre ? » Le problème n’était sans doute pas là. Lévy était, à l’époque, amoureux d’Isabelle Doutreluigne. Giroud du merveilleux Alex Graal. Mais ce qui est sûr c’est qu’une profonde amitié est née là et qu’elle trouvera sa traduction, vingt ans plus tard, dans le livre à deux voix intitulé <a href="http://www.bernard-henri-levy.com/les-hommes-et-les-femmes-271.html"><em>Les hommes et les femmes</em> </a>(éditions Orban).</p>
<p><strong>Liliane Lazar</strong></p>
<p><span id="more-7141"></span></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>L’imprévu – N° 10 – Jeudi 6 février 1975</strong></p>
<p><strong>Page 1</strong></p>
<p>Hier devant la presse, Françoise Giroud faisait ses comptes. <strong>Huit mois de gouvernement,</strong> et toujours en filigrane cet éternel reproche, muet mais insistant, à quoi implicitement elle semblait chaque fois répondre : femme dans un gouvernement d’hommes, femme de gauche dans un gouvernement de droite, femme parlant au nom des femmes, &#8211; de quel droit parle-t-elle ? • Il faut le dire : la gauche fait fausse route quand elle lui fait grief de son engagement. Quand elle exige d’elle des bilans, des raisons, des effets. Elle peut la critiquer, mais une fois la critique faite, l’essentiel demeure : Françoise Giroud est là, gracieuse et luxueuse, nuance de légèreté dans un pouvoir brutal. <strong>Françoise Giroud est là, et elle représente les femmes. </strong>• Eût-elle été ministre sous de Gaulle et Pompidou ? Il a fallu Giscard, son étonnante fragilité, et le parfum de décadence qui l’entoure : étoile dansante dans un ciel découvert, Françoise Giroud, c’est un peu <strong>la douceur de vivre avant la révolution </strong>• Et c’est là d’ailleurs, et là seulement, qu’on peut faire des réserves sur le personnage et son action. A l’heure où la révolution des femmes file vers de nouveaux horizons, vers l’affirmation radieuse et la féminité retrouvée, vers la jouissance assumée et la différence reconnue, à l’heure où les pensées de ressentiment, de pouvoir, de revendication sombrent dans le grand naufrage des idéologies du XIX<sup>e</sup>, &#8211; Françoise Giroud, elle, reste <strong>la dernière des féministes</strong>. Prisonnière malgré tout d’une histoire qui s’achève.</p>
<p><strong>Bernard-Henri Lévy</strong></p>
<p>__________________________________________________</p>
<p><a href="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/imprevu-février-75-page-2.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-7144" title="imprevu février 75 page 2" src="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/imprevu-février-75-page-2-206x300.jpg" alt="imprevu février 75 page 2" width="206" height="300" /></a></p>
<p><strong>Page 3</strong></p>
<h2>Les femmes de Françoise Giroud</h2>
<p>&nbsp;&raquo; <em>Quand on touche à une pierre, toutes bougent</em>&laquo;&nbsp;, ou encore <em>&nbsp;&raquo; le bilan de mon action comme  secrétaire d&#8217;Etat à la condition féminine n&#8217;est ni satisfaisant ni décourageant&nbsp;&raquo;</em> répondait Françoise Giroud, hier après-midi, au cours d&#8217;une conférence de presse. Le jugement que porte Françoise Giroud sur son expérience ministérielle est à l&#8217;image de ces deux phrases : mitigé !</p>
<p>Néanmoins, Françoise Giroud continuera, pour rendre &laquo;&nbsp;<em>les femmes adultes, autonomes responsables&nbsp;&raquo;.</em></p>
<p>Et qu&#8217;importe si la route est longue si ses possibilités d&#8217;action sont liées au bon vouloir des différents ministres, et ses crédits inexistants. Elle y croit. De la naïveté en politique&#8230;.</p>
<p>_______________</p>
<h2>Françoise Giroud fait son bilan.</h2>
<p>BEAUCOUP DE BONNE VOLONTE<br />
Mais&#8230;.</p>
<p>Répondant aux multiples questions d&#8217;une assemblée essentiellement féminine, on s&#8217;en doute, Françoise Giroud a précisé certains points de sa politique, le problème le plus délicat, encore et toujours, concernait la maternité.</p>
<p>A l&#8217;heure actuelle, il est encore impossible de déduire des impôts les frais de garde des enfants. &laquo;&nbsp;<em>Je pense que la bonne formule serait d&#8217;attribuer une allocation de garde à un plus grand nombre de femmes. Cette mesure touchera, bien sûr, les mères célibataires.&nbsp;&raquo;</em> En tout cas, un fait est acquis. Un employeur n&#8217;aura plus le droit d&#8217;interroger une femme avant l&#8217;embauche pour savoir si elle est enceinte. <em>&nbsp;&raquo; Même si une femme se présente enceinte de six mois?&nbsp;&raquo;</em> demande, ironique, une jeune femme. Et Françoise Giroud de répondre en souriant :<em></em></p>
<p><em>&nbsp;&raquo; Personne n&#8217;a le droit de lui refuser une embauche à cause de ça&nbsp;&raquo;.</em> A bon entendeur, salut !</p>
<p>Autre innovation importante. Les femmes enceintes bénéficieront bientôt d&#8217;un remboursement à 90% des arrêts de travail en période de grossesse.</p>
<p>Pour l&#8217;instant, elles n&#8217;ont droit qu&#8217;au régime maladie, c&#8217;est-à-dire à un remboursement de 50% seulement. Ce qui est grave, car les femmes percevant un petit salaire refusent de s&#8217;arrêter pour ne pas perdre la moitié de leur paie.</p>
<p>Puis Françoise Giroud a rappelé qu&#8217;à un système d&#8217;allocations elle préférait une politique d&#8217;équipements collectifs.<em>&nbsp;&raquo; Il est normal que ce que donnent les femmes en cotisations de sécurité sociale et de retraite leur soit un peu rendu sous forme d&#8217;équipements collectifs&nbsp;&raquo;.</em></p>
<p><em>&nbsp;&raquo; J&#8217;habite une commune très riche, Ville d&#8217;Avray et il n&#8217;y a aucune crèche&nbsp;&raquo;, </em>s&#8217;est alors indignée une jeune femme.</p>
<p>Un peu étonnée mais toujours souriante, le secrétaire d&#8217;Etat a répondu : &laquo;&nbsp;<em>Je vais m&#8217;en occuper.&nbsp;&raquo;</em></p>
<p>Enfin, le dernier problème évoqué fut celui de la promotion au sein de l&#8217;entreprise. Quand cessera la discrimination entre hommes et femmes ?</p>
<p><em>&laquo;&nbsp;Déjà, on constate un net progrès dans la fonction publique. Dans le privé, c&#8217;est plus difficile. Il faut que les femmes réussissent là où elles sont, pour que la promotion se fasse dans le privé. En fait, les femmes auront totalement réussi à s&#8217;intégrer au monde des hommes le jour où elles auront le droit d&#8217;être médiocres à des postes importants&nbsp;&raquo;.</em></p>
<p>La conférence s&#8217;achevait, lorsque s&#8217;éleva une petite voix dans l&#8217;assemblée :<em> &nbsp;&raquo; Ca ne vous gêne pas d&#8217;appartenir au même gouvernement que le général Bigeard ?&nbsp;&raquo;</em></p>
<p><em>&laquo;&nbsp;Absolument pas. Le général Bigeard n&#8217;est pas un tortionnaire. Si c&#8217;était Massu, ce serait une autre histoire&#8230;&nbsp;&raquo;</em></p>
<p>Nathalie COMBIN</p>
<p><em>______________</em></p>
<p><strong>TROIS MESURES EN FAVEUR DES FEMMES</strong></p>
<p>Dans sa communication au Conseil des ministres, &laquo;&nbsp;<em>très brillante&nbsp;&raquo;</em> selon André Rossi, porte-parole du gouvernement, Françoise Giroud a dressé le bilan des mesures déjà prises en faveur de la condition féminine :</p>
<p>- Circulaire sur les horaires flexibles ;<br />
- Régime du demi-cumul des pensions ;<br />
- Mixité des concours universitaires ;<br />
- Double signature des déclarations de revenus.<br />
Après avoir entendu le secrétaire d&#8217;Etat à la Condition Féminine, le Conseil devait adopter trois textes lutant contre les discriminations dont les femmes sont l&#8217;objet :<br />
- Un projet étendant aux mères célibataires et aux divorcées, le recul de limite d&#8217;âge prévu pour l&#8217;admission aux emplois publics ;<br />
- Un projet de la loi supprimant toute discrimination à l&#8217;égard des femmes enceintes au moment de l&#8217;engagement ou pendant la période d&#8217;essais ;<br />
- Un projet de loi supprimant, sauf exceptions très rares, toute distinction des sexes pour l&#8217;accès à la fonction publique.<em></em></p>
<p>_______________</p>
<p><strong>UN SONDAGE EXPRESS</strong></p>
<p>C&#8217;est donc en février que débute l&#8217;année internationale de la femme. Il y avait le nouvel an catholique, juif, musulman, vietnamien. Y en aura t-il un de plus, celui de la femme ?</p>
<p>Pour préparer l&#8217;ouverture, le secrétariat à la Condition féminine commandait, en décembre dernier, un sondage (à interopinion) dont les résultats dessinent un  profit de femme moderne, moderniste, dont on a du mal à croire qu&#8217;il n&#8217;est pas seulement l&#8217;expression d&#8217;un groupe particulier. N&#8217;y aurait-il que des françaises, jeunes et dynamiques, bien de notre temps?</p>
<p>En effet, la moitié à peine des femmes interrogées considèrent comme la tradition l&#8217;exige, que les femmes sont plus faibles que les hommes et ont besoin de protection. Voilà donc cinquante femmes sur cent rejetant, en même temps que la protection, la tutelle des mâles. Tant mieux, mais j&#8217;ai des doutes. De même, 30% des femmes interrogées considèrent que le plus bel âge de la vie se situe entre 30 et 34 ans, alors qu&#8217;elles sont moitié moins nombreuses à choisir les autres tranches d&#8217;âge. Situation faite, enfants faits, liberté acquise, les femmes épanouies de la trentaine, qui peuvent ne pas se sentir vieilles, où se recrutent-elles ?</p>
<p><strong>Quelles femmes ?</strong></p>
<p>Les femmes interrogées considèrent également, à une très forte majorité, qu&#8217;il n&#8217;est pas <em>&laquo;&nbsp;nécessaire d&#8217;être mariée pour se sentir accomplie comme femme&nbsp;&raquo;.</em> Qu&#8217;est-ce que ça veut dire d&#8217;être accomplie comme femme ?</p>
<p>Autant que je me souvienne, ça veut dire avoir trouvé un ou des hommes. On a du mal à faire admettre que les &laquo;&nbsp;vieilles filles&nbsp;&raquo; entrent massivement dans cette catégorie, même si elles ne sont plus aujourd&#8217;hui considérées comme ayant raté leur vie. Donc, une forte majorité de femmes en faveur de l&#8217;union libre, du divorce ou du veuvage : c&#8217;est fort bien. Mais quelles femmes?</p>
<p>Modernes, je l&#8217;ai dit, ces femmes, dont la moitié considèrent que les hommes devraient apprendre à coudre et à cuisiner, que sont 75% à considérer qu&#8217;un père peut s&#8217;occuper aussi bien qu&#8217;une mère d&#8217;un bébé, majoritaires à souhaiter une réelle répartition des tâches quotidiennes, 68% à vouloir que &laquo;&nbsp;<em>l&#8217;homme assiste à l&#8217;accroissement des enfants&nbsp;&raquo;, </em>majoritaires à souhaiter une activité professionnelle et satisfaites à 84 % d&#8217;en exercer une bonne.</p>
<p><strong>Les aiment-elles vraiment?</strong></p>
<p>Les réponses les plus classiques, mais aussi parfois les plus surprenantes, sont celles qui ont trait aux enfants. Si 64% considèrent qu&#8217;avoir un enfant est nécessaire à l&#8217;accomplissement d&#8217;une femme, on remarquera que c&#8217;est principalement parce que c&#8217;est dans <em></em>&laquo;&nbsp;<em>sa nature&nbsp;&raquo;. </em>Elles sont 21% à le penser, tandis qu&#8217;elles ne sont que 6% à considérer qu&#8217;un enfant évite à sa mère la solitude. Les aiment-elles tellement, ces chers petits, pour n&#8217;être que 9% à les considérer comme une raison de vivre? Alors qu&#8217;elles sont 8% (une de moins) à penser qu&#8217;une femme peut remplir sa vie en dehors des enfants ? Et les aiment-elles tellement, les hommes, lorsqu&#8217;elles sont 31% à les convier à leur accouchement <em>&nbsp;&raquo; pour qu&#8217;il se rende compte de la souffrance&nbsp;&raquo;</em> et 14% seulement &laquo;&nbsp;<em>parce que c&#8217;est un réconfort&nbsp;&raquo;.</em></p>
<p><em>B.K.</em></p>
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		<item>
		<title>Le 17 août 1971&#8230;</title>
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		<pubDate>Sat, 03 Jul 2010 12:45:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Liliane Lazar</dc:creator>
				<category><![CDATA[Ce jour-là...]]></category>
		<category><![CDATA[Son actualité]]></category>

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		<description><![CDATA[
&#8230; le jeune Bernard-Henri Lévy donnait son premier texte à &#171;&#160;Combat&#160;&#187; et s&#8217;engageait pour les révolutionnaires de l&#8217;Irlande du Nord..
Voici un document qui m’émeut beaucoup et que je suis très heureuse d’avoir pu retrouver. C’est un article paru, le 17 août 1971, dans le quotidien français « Combat » fondé par Albert Camus et dirigé, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/CE-JOUR-LA-PHOTO-PAINT1.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-6979" title="CE JOUR LA PHOTO PAINT" src="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/07/CE-JOUR-LA-PHOTO-PAINT1-300x183.jpg" alt="CE JOUR LA PHOTO PAINT" width="300" height="183" /></a></p>
<p>&#8230;<strong> le jeune Bernard-Henri Lévy donnait son premier texte à &laquo;&nbsp;Combat&nbsp;&raquo; et s&#8217;engageait pour les révolutionnaires de l&#8217;Irlande du Nord.</strong>.</p>
<p>Voici un document qui m’émeut beaucoup et que je suis très heureuse d’avoir pu retrouver. C’est un article paru, le 17 août 1971, dans le quotidien français « Combat » fondé par Albert Camus et dirigé, à ce moment-là, par Philippe Tesson. Et c’est surtout, à ma connaissance, le tout premier article signé de Bernard-Henri Lévy et paru dans la grande presse.<span id="more-6977"></span><br />
L’article est quasi introuvable, de même que les articles publiés, les mois suivants, dans le même « Combat » et qui n’existent plus que dans la collection stockée à la Bibliothèque Nationale. C’est dire ma satisfaction d’avoir pu, à la faveur d’un séjour à Paris, le retrouver et de pouvoir le mettre à la disposition des chercheurs et de tous ceux qui, aujourd’hui et demain, s’intéresseront aux balbutiements de l’oeuvre de Bernard-Henri Lévy.<br />
Nous sommes donc en août 1971. Quelques mois avant le départ pour le Bangla-Desh (d’où suivra le premier livre de Bernard-Henri Lévy, Les Indes Rouges). Deux ans après le voyage au Mexique (d’où il avait rapporté un article pour les Temps modernes que je mettrai aussi, un de ces jours, en ligne). Ce qui est intéressant c’est la parenté qui existe entre ces trois textes de jeunesse (Mexique, Bangla-Desh et, ici, Irlande). Parenté de ton : beaucoup plus raide, théorique, désincarné, abstrait, que dans ses textes d’aujourd&#8217;hui. Parenté théorique : dans ces références à la « lutte des classes », au « prolétariat », voire à la « révolution », je doute que le Lévy d’aujourd&#8217;hui se reconnaisse. Et puis un concept que l’on retrouve dans les trois textes et qui est celui de « colonialisme interne » : Lévy, que j’ai interrogé, me dit que c’est un concept venu, à l’époque, de théoriciens et économistes marxistes du type de André Gunder Frank ou de Paul Baran et Paul Sweezy, inventeurs du concept de « capitalisme monopoliste d’Etat » et qui étaient, à l’époque, les « stars » des éditions Maspéro et qui l’influencèrent profondément.<br />
<strong>Liliane Lazar</strong></p>
<p><strong><span style="color: #993300;">ULSTER : LES COLONISES DE L&#8217;INTERIEUR</span></strong><br />
<strong><span style="color: #993300;">Par Bernard-Henri Lévy</span></strong><br />
<strong><span style="color: #993300;">Combat,  17 août 1971</span></strong><br />
<strong><span style="color: #993300;">(retranscrit, depuis le document original, par Guylaine Brousse)<br />
</span></strong></p>
<p><span style="color: #993300;"><strong>«</strong> Nous voulons la main serrée de l’amitié dans la province de l’Ulster. En ce moment, il nous faut de la confiance les uns dans les autres<strong>».</strong> Vœu pieux ou humour noir ? C’est la déclaration que faisait, début juillet, au « Recorder », un ministre du gouvernement Faulkner. Un mois plus tard, le bilan est lourd : des dizaines de morts, une situation bloquée, les passions exaspérées… ; il est temps de faire le point.</span></p>
<p><span style="color: #993300;">La guerre de religion d&#8217;abord : une majorité protestante (60% de la population) contre une minorité catholique (40%) ; séquelle d&#8217;un vieux problème, de l’affrontement historique des « papistes » autochtones et des « puritains » de Cromwell. « <em>N’oubliez pas 1690 »</em> recommandent les protestants, « <em>Effacez 1920 »</em> répondent les catholiques ; de part et d’autre un apparent refus de l’histoire qui se fait, un recours crispé à l’histoire déjà faite : à croire que la guerre civile actuelle n’est qu’un épisode de la vieille « question Irlandaise ». 1690 c’est la victoire du protestant Guillaume d’Orange sur son cousin Jacques II le Catholique ; c’est le rattachement de l’Irlande à la couronne britannique, l’installation de colons et d’un régime de plantations, le début d’une longue croisade contre l’hérésie papiste ; 1920 : c’est le partage de l’Irlande ; le Sud retrouve sa souveraineté ; les six comtés du Nord, arbitrairement séparés, restent dominés par le gouvernement de Londres ; et l’institution d’un Parlement local ( le « Stormont ») ne fait que renforcer la domination protestante sur la minorité catholique.</span></p>
<p><span style="color: #993300;">[Un fasciste en chaire]</span></p>
<p><span style="color: #993300;"><strong> </strong></span></p>
<p><span style="color: #993300;">Sur les murs de Belfast ou de Londonderry ce passé règne en maître : l’effigie de Guillaume d’Orange en guise de graffiti, des slogans surannés qui mobilisent encore, « <em>kick the pope »</em> (frappez le pape), « <em>not an inch »</em> (pas un pouce)&#8230; Récemment encore, c&#8217;est la commémoration protestante de la victoire séculaire qui déclenche l’affrontement, en plein quartier catholique ; imaginez chez nous des fanatiques catholiques fêtant l’anniversaire de la révocation de l’Edit de Nantes et provoquant une guerre civile. C’est qu’en Ulster le souvenir est obsédant, et provoquant : comme si les protagonistes n’avaient d’autre souci que d’inscrire les combats du présent dans des traditions révolues. Curieuse guerre civile en vérité que cette guerre d’un autre âge qui prend des airs de guerre sainte : appel à la croisade chez les extrémistes protestants, piété militante chez les résistants catholiques&#8230; ; d’un côté ce fasciste en chaire qu’est le pasteur Paisley, prêchant la guerre civile au nom de l’Evangile ; de l’autre, ces révolutionnaires étranges qui combattent la mitraillette dans une main et le chapelet dans l’autre. Dans les loges orangistes, il semble qu’on vive encore à l&#8217;heure où Henri VIII rompait avec la papauté et déclarait la guerre aux « papistes’ ; dans les écoles catholiques, l’attachement à la religion marque le souci de perpétuer une tradition culturelle et de conserver une identité nationale : comme pour les Juifs autrefois, être catholique en Ulster est un geste militant, une façon de rester Irlandais dans une île britannique.<strong> </strong></span></p>
<p><span style="color: #993300;">Vieux mots d’ordre, vieilles querelles; sur le devant de la scène, deux extrémismes antagonistes enveniment le conflit. D’un côté le tout-puissant ordre d’Orange, cette franc-maçonnerie tentaculaire qui regroupe plus de cent mille protestants et la majorité des parlementaires locaux, et qui, par son refus crispé de toute réforme et ses provocations répétées, est sans doute à l’origine de l’explosion : pour les dignitaires orangistes, « <em>se rappeler 1690 »</em> c’est perpétuer un  régime de discrimination et faire appel à l’armée en cas d’insurrection. De l’autre côté, l’I.R.A., (Armée révolutionnaire irlandaise), dont on a beaucoup parlé aussi ces derniers temps : branche militaire du Parti nationaliste « Sinn-Fein », elle regroupe les extrémistes de la minorité catholique ; le pouvoir s’en sert comme d’un épouvantail dans les moments de crise; et elle aussi, paralysée par un sectarisme naïf et son intransigeance, a longtemps vécu de vieilles haines et d’analyses dépassées.</span></p>
<p><span style="color: #993300;">Est-ce donc l’antique histoire de Celtes et de Saxons, de Papistes et d’Anglicans, qui, sur les barricades de Belfast, une fois encore s’est répétée?</span></p>
<p><span style="color: #993300;">[Un système d’asservissement]</span></p>
<p><span style="color: #993300;">En fait, on l’a souvent noté, les Celtes et les Saxons sont là pour donner au conflit sa toile de fond et ses slogans : les véritables problèmes sont ailleurs, et la guerre de religion ne fait sans doute que les masquer. Tactique des possédants pour diviser le prolétariat, le recours au fanatisme est une manœuvre de diversion destinée à désamorcer une lutte de classes : l’analyse est classique, mais il faut la pousser plus loin. En vérité, on est frappé de voir que le rapport des protestants aux catholiques est beaucoup plus qu’un simple «  rapport de classe », conforme au modèle traditionnel : un examen plus attentif révèle en effet un régime de discrimination et d’oppression généralisée, un système d’asservissement, économique assurément, mais aussi politique, social, linguistique et culturel, qui rappelle en tous points les schémas d’exploitation coloniale. Tel l’Arabe d’Israël, le Noir d’Amérique, ou l’Indien mexicain, le catholique d’Ulster est plus qu’un prolétaire: un COLONISE DE L’INTERIEUR.</span></p>
<p><span style="color: #993300;">Une discrimination économique d’abord; le problème de l’emploi en est un exemple : le pourcentage de chômeurs n’a jamais dépassé depuis 1945 8% dans les zones à majorité protestante, mais il atteint parfois 30% dans les ghettos catholiques; au moment de l’embauche, l’employeur, généralement protestant donne la priorité à ses coreligionnaires ; de sorte qu’à Newry ou à Londonderry un homme sur cinq ou sur six vit d’allocations-chômage. Discrimination aussi dans la politique du logement : le quartier Bogside par exemple, à Londonderry, était avant 1920 un quartier prolétaire où se mêlaient les deux communautés ; cinquante ans plus tard on compte à peine une dizaine de protestants; par le jeu de la ségrégation, le quartier ouvrier est devenu un ghetto catholique. L’exemple est caractéristique : il montre bien que le colonialisme interne est plus qu’une séquelle historique, qu’il vient en sus de l’exploitation économique proprement dite, qu’il se surimpose à la lutte de classes pour lui donner sa physionomie originale;</span></p>
<p><span style="color: #993300;">La discrimination s’étend d’ailleurs aux structures même de l’économie de la région. Une ligne géographique, suivant la rivière Bann, partage l’Ulster en deux : à l’Ouest, zone à majorité protestante, une économie industrielle, relativement prospère; à l’Est, zone à majorité catholique, une économie rurale, et un niveau de vie inférieur ; la « société d’abondance » ne dépasse pas en fait les faubourgs de Belfast. Bien sûr, l’Ulster est territoire britannique; alors, on a bien essayé de l’industrialiser; et par le jeu des subventions gouvernementales et des détaxations fiscales, plus de 200 entreprises sont venues s’installer durant les vingt dernières années ; mais, là encore, la loi de « l’impérialisme interne » a joué : une poignée à peine (5%) est venue jusqu’à l’Est. A ce niveau d’ailleurs, il ne suffit plus de parler de discrimination : c’est d’un véritable déséquilibre structurel, tel qu’en connaissent les pays du Tiers-Monde, qu’il s’agit en réalité; juxtaposition d’un secteur arriéré et d’un secteur développé : l’Irlande du Nord est une région désarticulée.</span></p>
<p><span style="color: #993300;">[Un barde ou un voyou]</span></p>
<p><span style="color: #993300;">A vrai dire, la ségrégation commence très tôt : dès l’enfance le petit Irlandais, selon l’école qu’il fréquente, fait l’apprentissage du colonialisme interne ; des écoles d’Etat d’une part, gratuites et de confession protestante ; des écoles « volontaires » d’autre part, où l’on apprend le Gaëlique et l’histoire nationale irlandaise. Plus tard cette culture aura fonction discriminatoire : on sait le rôle social de l’accent dans les institutions britanniques ; il est à la fois notre orthographe et notre latin ; il vous classe géographiquement et socialement ; et, de fait, l’enfant élevé dans sa culture nationale ne sera jamais aux yeux du respectable anglais qu’un « barde » ou un « voyou ». Comment ne pas être frappé du reste par ce mépris tout colonial du touriste anglican à l’égard du catholique irlandais ? Sa culture est réduite à ces éléments folkloriques, sa langue n’est au mieux qu’un objet de curiosité, et l’on s’extasie devant les toits de chaume et les cochons dans la cuisine &#8230;</span></p>
<p><span style="color: #993300;">Ce régime intolérable n’a pu tenir jusqu’à présent qu’avec l’appui d’un système politique et policier étonnamment répressif. Répression politique d’abord : le suffrage universel était encore il y a quelques mois un suffrage censitaire puisque le propriétaire votait plusieurs fois et que l’habitant des taudis ne votait pas du tout ; à Londonderry par exemple, sur vingt-deux mille électeurs potentiels, à majorité catholique, un tiers au moins était exclu du droit de vote; de sorte que, les découpages de circonscriptions aidant, les notables protestants conservaient la majorité au Conseil municipal. Répression policière aussi : le « Special Power Act » légalise toutes mesures arbitraires contre la liberté individuelle, autorise comme on l’a vu récemment les internements administratifs, les perquisitions de jour et de nuit etc. ; autrement dit, le libéralisme britannique tolère, sur ses marges défavorisées, l’institutionnalisation d’une loi d’exception. A cela s’ajoute une police locale ( la « <em>Royal irish Constabulaty »</em>) qui ne compte que dix pour cent de catholiques, et les fameux « Supplétifs B », tous protestants et orangiste. Pour l’appoint, il y a les milices armées, entrainées au combat de rue, comme l’ « Ulster Volunteer Force », véritable OAS locale. Bref dans la meilleure tradition impériale, la Grande-Bretagne ne maintient l’ordre en Ulster que grâce à une véritable administration coloniale.</span></p>
<p><span style="color: #993300;">[Un mouvement révolutionnaire authentique]</span></p>
<p><span style="color: #993300;">Nous voilà loin de la guerre de religions et des querelles de sectes: les évènements de l’Ulster nous ont menés au cœur d’une situation propre à tant de sociétés capitalistes avancées: désarticulation interne d’un Etat souverain ; transfert, à l’intérieur, d’un impérialisme défait au dehors ; contradiction d’un développement qui engendre sur ses marges un « Tiers-Monde » à domicile&#8230;, Mais il y a plus : à ces problèmes si peu traditionnels les masses catholiques ont fini par répondre d’une manière singulièrement progressiste : malgré les apparences, et sous le masque du passéisme, c’est un mouvement révolutionnaire authentique, une conscience politique remarquable, qui, peu à peu, sont en train de se forger dans le cadre de la répression et du conflit larvé.</span></p>
<p><span style="color: #993300;">Bien sûr, les catholiques irlandais ont longtemps cru à la possibilité d’une solution réformiste. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l’Ulster a eu sa part des réformes travaillistes. Au début des années soixante, l’IRA, par son intransigeance, se discrédite aux yeux de l’opinion. En 1967, le « <em>mouvement pour les Droits civiques »</em> se prétend apolitique, regroupe quelques protestants libéraux, et organise des marches pacifiques. Il y a quelques semaines encore, l’annonce de quelques réformes (création de commissions parlementaires à présidence catholique) a pu faire illusion. Parallèlement d’ailleurs, les militants catholiques se sont longtemps battus sur des bases confuses : on était contre le protestant en tant que tel ; on parlait de réunification sans en préciser les conditions ; on croyait surtout à l’impartialité des dirigeants britanniques. A l’été 1969 par exemple, lorsque les soldats interviennent pour rétablir l’ordre, on les accueille en médiateurs, annonciateurs d’une « Bonne Nouvelle », et c’est à peine si on ne leur transmet pas des cahiers de doléances. Bref, il ne vient à l’idée de personne que cette armée est peut-être une armée coloniale.</span></p>
<p><span style="color: #993300;">[Le conflit s’est clarifié]</span></p>
<p><span style="color: #993300;">C’est en 1969 sans doute que les choses ont commencé de changer ; par l’effet différé d’un certain nombre de facteurs, le conflit s’est progressivement clarifié, et les masses catholiques se sont radicalisées. Il y a eu d’abord le comportement de l’armée anglaise : vu de loin le gouvernement conservait son visage libéral, à pied d’œuvre, il révélait sa véritable nature.  Il y a eu ensuite l’incapacité des hommes en place à promouvoir la moindre réforme : M. Wilson préparait ses élections, M. O’Neill (Premier ministre d’Ulster) démissionnait sous la pression des dignitaires de l’ordre d’Orange, M. Faulkner aujourd’hui cède à son tour au chantage de ses partisans extrémistes. Et puis il faut penser aussi au travail discret mais efficace, notamment en milieu étudiant, de quelques groupuscules marxisants, prêchant depuis longtemps l’alliance de classes entre prolétaires des deux bords, et dénonçant la nature réactionnaire du régime républicain de Dublin. Ces trois séries de facteurs, conjuguant leurs effets autour de l’été 69, devaient opérer une véritable mutation idéologique chez les militants catholiques.</span></p>
<p><span style="color: #993300;">Cette mutation s’est accélérée dans les dernières semaines, et on peut la caractériser par quatre traits.</span></p>
<p><span style="color: #993300;">1) Les catholiques sont passés de l’idée de guerre de religion à celle de guerre anticoloniale ; derrière le protestant se profile à présent l’ennemi véritable : « l’impérialisme » britannique.</span></p>
<p><span style="color: #993300;">2) Corrélativement, l’illusion réformiste s’est dissipée. On sait maintenant qu’un régime qui a peur, qui pratique la terreur, et qui cède au chantage, est un régime paralysé. Du coup, le recours à la violence paraît de plus en plus inévitable.</span></p>
<p><span style="color: #993300;">3) De l’idée de guerre coloniale elle-même, on est passé à celle, plus radicale, de guerre de classe. Jusqu’ici le mouvement nationaliste regroupait des éléments disparates depuis le prolétaire au chômage jusqu’au hobereau rural voyant sa suprématie menacée par la classe montante des capitalistes protestants; l’option révolutionnaire a écarté les éléments les plus douteux et donné au mouvement de libération une base sociale plus homogène.</span></p>
<p><span style="color: #993300;">4) Enfin l’idée même de libération nationale s’est clarifiée : la réunification n’est plus évoquée sans nuances comme solution providentielle : elle s’inscrit dans une perspective révolutionnaire globale et débouche sur le concept de « République des Travailleurs ».</span></p>
<p><span style="color: #993300;">Bien sûr ces mutations sont en cours; elles n’ont pas encore épuisé leurs effets. Mais on peut dire d’ores et déjà que la résistance catholique à l’oppression sera aussi, dans la meilleure tradition des guerres anti-colonialistes, un combat pour le socialisme.</span></p>
<p><span style="color: #993300;">Ceci dit, on peut tenter de voir un peu plus loin et avancer dès à présent que l’impact de cette guerre larvée pourrait peut-être dépassé les frontières de l’Ulster. Il y a l’Angleterre d’abord, avec ses dizaines de milliers de travailleurs irlandais immigrés : regroupés dans le secteur du bâtiment et de l’industrie mécanique, mal intégrés aux tous puissants trade-unions, restés en contact avec l’Irlande natale par le biais des &laquo;&nbsp;Irish Clubs&nbsp;&raquo; et des églises catholiques, ils peuvent, si les troubles doivent durer, constituer un facteur d’instabilité et prolonger la rumeur du conflit jusque dans la banlieue londonienne. Il y a aussi, il ne faut pas l’oublier l’Ecosse et le Pays de Galles : pays celtes eux aussi de forte tradition catholique, rattachés récemment ( 18<sup>e</sup> et 16<sup>e</sup> siècles) à l’Angleterre; zones de concentration ouvrière, et foyers socialistes. Le parti nationaliste écossais regroupe 150.000 membres, et obtenait aux dernières élections un succès appréciable. Il n’est pas question de séparatisme bien sûr ; mais il n’est pas exclu que le problème irlandais fasse rebondir la question régionaliste.</span></p>
<p><span style="color: #993300;">Peut-on soutenir encore que la guerre civile d’Ulster n’est qu’une querelle de chapelles et un relent du passé? Marx prophétisait que la révolution en Angleterre commencerait en Irlande; on peut espérer en tout cas que la révolte irlandaise sera pour la gauche britannique l’occasion d’un éveil.</span></p>
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		</item>
		<item>
		<title>Le 15 juin 1993&#8230;</title>
		<link>http://www.bernard-henri-levy.com/le-15-juin-1993-6843.html</link>
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		<pubDate>Tue, 29 Jun 2010 08:42:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Liliane Lazar</dc:creator>
				<category><![CDATA[Ce jour-là...]]></category>
		<category><![CDATA[Son actualité]]></category>

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		<description><![CDATA[
&#8230; le futur auteur de &#171;&#160;Bosna!&#160;&#187; rencontrait le pape Jean-Paul II.
On est au plus fort de la guerre de Bosnie et du massacre des civils de Sarajevo par les milices serbes massées sur les collines. Bernard-Henri Lévy, en désespoir de cause, organise une &#171;&#160;exfiltration&#160;&#187; puis une &#171;&#160;tournée européenne&#160;&#187; pour le président bosniaque Alija Izetbegovic. Au coeur [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/06/bhl-pape-c-lOsservatore-Romano-Arturo-Mari1.jpeg"><img class="alignleft size-thumbnail wp-image-6854" title="bhl pape (c) l'Osservatore Romano Arturo Mari" src="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/06/bhl-pape-c-lOsservatore-Romano-Arturo-Mari1-150x150.jpg" alt="bhl pape (c) l'Osservatore Romano Arturo Mari" width="150" height="150" /></a></p>
<p><strong>&#8230; le futur auteur de &laquo;&nbsp;Bosna!&nbsp;&raquo; rencontrait le pape Jean-Paul II</strong>.</p>
<p>On est au plus fort de la guerre de Bosnie et du massacre des civils de Sarajevo par les milices serbes massées sur les collines.<span id="more-6843"></span> Bernard-Henri Lévy, en désespoir de cause, organise une &laquo;&nbsp;exfiltration&nbsp;&raquo; puis une &laquo;&nbsp;tournée européenne&nbsp;&raquo; pour le président bosniaque Alija Izetbegovic. Au coeur de cette tournée, cette rencontre &#8211; au Vatican &#8211; avec le pape. Je trouve, personnellement, cette photo tout à fait extraordinaire.   <br />
<strong>Liliane Lazar</strong></p>
<p>Commentaire de Bernard-Henri Lévy dans &laquo;&nbsp;<a href="http://www.bernard-henri-levy.com/le-lys-et-la-cendre-232.html">Le Lys et la Cendre</a>&laquo;&nbsp;, son journal de la guerre de Bosnie :</p>
<p><span style="color: #993300;">&laquo;&nbsp;Dans la pompe du Vatican, sous les fresques des peintres de la Renaissance, dans la bibliothèque privée du successeur de saint Pierre, la rencontre de ce musulman, Président d&#8217;un pays multiconfessionnel où vivaient et, parfois, vivent en harmonie catholiques, musulmans, juifs et orthodoxes avec le chef spirituel d&#8217;un milliard d&#8217;hommes. Ils ne parlent guère de Dieu. Mais ils parlent du Mal. «L&#8217;humanité saigne en Bosnie, dit le Président. Sarajevo est, aujourd&#8217;hui, la capitale mondiale de la douleur. Venez, Saint-Père, à  Sarajevo. » Et le Saint-Père, ce Polonais qui est allé s&#8217;incliner devant le Mémorial au ghetto de Varsovie, cet homme de foi et de combat qui s&#8217;est rendu sur tous les fronts de la misère, se tait, se recueille quelques secondes &#8211; et, d&#8217;une voix sourde, répond: «peut-être, oui, j&#8217;irai un jour à Sarajevo.»</span></p>
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		</item>
		<item>
		<title>En janvier 1982&#8230;</title>
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		<pubDate>Sat, 26 Jun 2010 07:11:20 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Liliane Lazar</dc:creator>
				<category><![CDATA[Ce jour-là...]]></category>
		<category><![CDATA[Son actualité]]></category>

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		<description><![CDATA[&#8230; Emmanuel Levinas rend hommage à Bernard-Henri Lévy
Avis aux grincheux, aux fielleux, ou aux ignorants, qui contestent le
Bernard-Henri Lévy philosophe. Je viens de retrouver cette très belle page
d&#8217;Emmanuel Levinas, publiée dans &#171;&#160;Au delà du verset&#160;&#187;, un de ses livres
majeurs, où il rend un hommage appuyé à son cadet, alors âgé d&#8217;un peu plus
de 30 ans, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong><a href="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/06/Louis-Monier.jpg"><img class="alignleft size-thumbnail wp-image-6851" title="Louis Monier" src="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/06/Louis-Monier-150x150.jpg" alt="Louis Monier" width="150" height="150" /></a>&#8230; Emmanuel Levinas rend hommage à Bernard-Henri Lévy</strong><br />
Avis aux grincheux, aux fielleux, ou aux ignorants, qui contestent le<br />
Bernard-Henri Lévy philosophe. Je viens de retrouver cette très belle page<br />
d&#8217;Emmanuel Levinas, publiée dans &laquo;&nbsp;Au delà du verset&nbsp;&raquo;, un de ses livres<br />
majeurs, où il rend un hommage appuyé à son cadet, alors âgé d&#8217;un peu plus<br />
de 30 ans, et qui a publié, trois ans plus tôt, le &laquo;&nbsp;<a href="http://www.bernard-henri-levy.com/le-testament-de-dieu-309.html">Testament de Dieu</a>&laquo;&nbsp;.<span id="more-6821"></span><br />
Il faut lire et relire ces lignes. Et il faudrait pouvoir les opposer, je le<br />
répète, chaque fois qu&#8217;un étourdi, ou un ignorant, ou juste un méchant, se<br />
permet de remettre en cause le sérieux ou la profondeur du travail<br />
philosophique de Bernard-Henri Lévy.<br />
Archiver cet hommage de Levinas à Lévy dans ma rubrique &laquo;&nbsp;Ce Jour-là&nbsp;&raquo;,<br />
reproduire ce salut adressé par l&#8217;un des plus grands philosophes du XXème<br />
siècle à celui qui est le centre et l&#8217;objet de ce site,  c&#8217;est comme<br />
afficher les photos qu&#8217;il a rapportées du sanctuaire des talibans à Karachi<br />
ou de la &laquo;&nbsp;maison du crime&nbsp;&raquo; où fut supplicié<a href="http://www.bernard-henri-levy.com/daniel-pearl-3051.html"> Daniel Pearl</a>. C&#8217;est juste rendre<br />
justice à Bhl.<br />
<strong>Liliane Lazar.</strong></p>
<p>_________________________________________________________________________________________</p>
<p><strong><br />
</strong></p>
<p><span style="color: #993300;">&laquo;&nbsp;La persévérance dans l&#8217;être, analytiquement, animalement inhérente à<br />
l&#8217;être, exigence naturelle et sans justification, exigence d&#8217;espace vital,<br />
est-elle justice ? Justice qui implique non pas l&#8217;idée d&#8217;une loi<br />
«abstraitement » obligatoire, juridique ou mathématique, mais la révélation<br />
préalable du visage humain, du visage du prochain et la responsabilité pour<br />
l&#8217;autre homme. C&#8217;est de cette responsabilité que la Loi elle-même découle,<br />
Loi contre une politique de la « force qui va », de la force qui se déploie<br />
toute seule.</span></p>
<p><span style="color: #993300;">Je rejoins ainsi le livre de Bernard-Henri Lévy, Le testament de Dieu, livre<br />
sombre comme le premier alinéa de notre texte, livre qui a dit tant de<br />
choses remarquables sur la Loi, sur la dure Loi qui ne nous apporte pas<br />
d&#8217;emblée, comme le promettent certains jeunes hommes trop facilement<br />
optimistes, les joies des « aubes naissantes », Loi dure, notre part à nous,<br />
peuple de la Loi juste, notre part la meilleure !</span></p>
<p><span style="color: #993300;">Mais je me suis demandé s&#8217;il n&#8217;était pas trop sévère pour la Grèce, avec<br />
laquelle il envisageait, comme une concession, qu&#8217;un dialogue soit possible.<br />
Je demandais davantage, par respect pour la  science et pour Platon. Je<br />
pensais que, par-delà le dialogue avec la Grèce, nous était nécessaire son<br />
parler déjà dans notre discours intérieur. Tentation de la Grèce encore non<br />
surmontée !</span></p>
<p><span style="color: #993300;">Pourtant Bernard-Henri Lévy n&#8217;a-t-il pas raison en présence de tous ceux qui<br />
cherchent à s&#8217;approprier un héritage si brillant et à voir en lui, aussi,<br />
une excellence de forces vitales qui seraient capables de délicatesses très<br />
grandes sans rien perdre de leur superbe impitoyable ?</span></p>
<p><span style="color: #993300;"><span style="color: #000000;"><strong>Emmanuel Levinas</strong></span><br />
</span></p>
<p><em> </em></p>
<p>(Emmanuel Levinas, <em>&laquo;&nbsp;Au delà du verset&nbsp;&raquo;, </em>Minuit, 1982, p.78).</p>
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>Le 9 juin 2007&#8230;</title>
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		<pubDate>Wed, 23 Jun 2010 14:13:12 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Liliane Lazar</dc:creator>
				<category><![CDATA[Ce jour-là...]]></category>
		<category><![CDATA[Son actualité]]></category>

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		<description><![CDATA[ &#8230; Sharon Stone et Bernard-Henri lévy ouvraient la biennale de Venise. 
Surprise lors de l&#8217;ouverture de la Biennale de Venise 2007 ! Enorme surprise ! L&#8217;Italie a choisi, pour son pavillon officiel, l&#8217;artiste Francesco Vezzoli. Et celui-ci a choisi deux personnalités hors du commun, et pour le moins surprenantes, pour figurer dans l&#8217;oeuvre qu&#8217;il [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/06/Photo-BHL-Sharon1.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-6760" title="Photo BHL Sharon" src="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/06/Photo-BHL-Sharon1-300x143.jpg" alt="Photo BHL Sharon" width="300" height="143" /></a> <strong>&#8230; Sharon Stone et Bernard-Henri lévy ouvraient la biennale de Venise. </strong></p>
<p>Surprise lors de l&#8217;ouverture de la Biennale de Venise 2007 ! Enorme surprise ! L&#8217;Italie a choisi, pour son pavillon officiel, l&#8217;artiste Francesco Vezzoli. Et celui-ci a choisi deux personnalités hors du commun, et pour le moins surprenantes, pour figurer dans l&#8217;oeuvre qu&#8217;il a conçue et qu&#8217;il présente. Cette oeuvre s&#8217;appelle Democrazy.</p>
<p><span id="more-6758"></span> C&#8217;est un film d’une minute qui est une parodie de campagne presidentielle aux Etats-Unis. Et, pour incarner les deux candidats &laquo;&nbsp;running for office&nbsp;&raquo;, Vezzoli a donc choisi notre Bhl national et Sharon Stone. L&#8217;oeuvre connaît un vif succès. C&#8217;est, avec les oeuvres de Sophie Calle présentées au pavillon français, l&#8217;événement de la Biennale. Bernard-Henri Lévy et Sharon Stone font, ensemble ou séparément, la &laquo;&nbsp;une&nbsp;&raquo; de la presse italienne puis, très vite, européenne et américaine. Détail amusant: Bernard-Henri Lévy, dans ce film, porte une cravate. Autre détail: Vezzoli a fait venir de New-York, pour &laquo;&nbsp;briefer&nbsp;&raquo; Lévy et Stone, les conseillers du dernier candidat démocrate en date (John Kerry) qui seront aussi ceux du suivant (Barack Obama).<br />
Un Bernard-Henri Lévy inédit. Un Bernard-Henri Lévy amusant. Un Bernard-Henri Lévy, ma foi, assez crédible dans ce rôle de candidat. Non, je plaisante. Enfin, à moitié. Mais je suis contente, néanmoins, d&#8217;avoir retrouvé cette vidéo. Et heureuse que Francesco Vezzoli m&#8217;ait autorisée à la mettre en ligne.</p>
<p><strong>Liliane Lazar</strong>.</p>
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		</item>
		<item>
		<title>Le 27 janvier 1975&#8230;</title>
		<link>http://www.bernard-henri-levy.com/le-27-janvier-1975-4873.html</link>
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		<pubDate>Mon, 19 Apr 2010 09:07:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Liliane Lazar</dc:creator>
				<category><![CDATA[Ce jour-là...]]></category>
		<category><![CDATA[Son actualité]]></category>

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		<description><![CDATA[   &#8230; avec Michel Butel et quelques autres, Bernard-Henri Lévy crée l&#8217;Imprévu. 
Les plus jeunes ne s&#8217;en souviennent évidemment pas. Mais c&#8217;est la vraie première grande aventure de Bernard-Henri Lévy.
Il est rentré du Bangla-Desh. Il a publié, aux éditions Maspero, ses &#171;&#160;Indes rouges&#160;&#187;. Et voilà qu&#8217;il rencontre Michel Butel et que les deux jeunes hommes se [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>   &#8230; <span style="color: #000000;"><strong>avec Michel Butel et quelques autres, Bernard-Henri Lévy crée l&#8217;<em>Imprévu</em>.</strong></span> <img class="alignleft size-medium wp-image-4901" title="limprevu page une" src="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/04/limprevu-page-une3-210x300.jpg" alt="limprevu page une" width="210" height="300" /></p>
<p>Les plus jeunes ne s&#8217;en souviennent évidemment pas. Mais c&#8217;est la vraie première grande aventure de Bernard-Henri Lévy.</p>
<p><span id="more-4873"></span>Il est rentré du Bangla-Desh. Il a publié, aux éditions Maspero, ses &laquo;&nbsp;Indes rouges&nbsp;&raquo;. Et voilà qu&#8217;il rencontre Michel Butel et que les deux jeunes hommes se mettent en tête de créer un journal, et pas n&#8217;importe quel journal, un grand journal, un grand quotidien, en tout cas un vrai quotidien de gauche et populaire, dont l&#8217;ambition affichée est de détrôner les grands quotidiens en place et notamment <em><a href="http://www.bernard-henri-levy.com/libe%cc%81ration-2927.html">Liberation</a></em>. Une soixantaine de journalistes s&#8217;investiront dans l&#8217;entreprise. Plus une équipe technique. Plus une imprimerie dite &laquo;&nbsp;offset&nbsp;&raquo; qui était, à l&#8217;époque, je crois, la première du genre. Et l&#8217;aventure commence. Malheureusement c&#8217;est un échec. Et même un désastre. Le journal, financé par le père de Bernard-Henri Lévy, ne tiendra que onze numéros. Mais assez pour qu&#8217;y écrivent <a href="http://www.bernard-henri-levy.com/francois-mitterrand-2314.html">François Mitterrand</a> ou Michel Foucault. Assez pour que Bernard-Henri Lévy s&#8217;y lie avec Françoise Giroud ou le futur fondateur de Canal + André Rousselet. Et assez pour qu&#8217;il rencontre quelques uns des amis qui l&#8217;accompagneront pendant les décennies suivantes &#8211; Gilles Hertzog, <a href="http://www.bernard-henri-levy.com/jean-paul-enthoven-2830.html">Jean-Paul Enthoven</a>, Paul Guilbert, Olivier Cohen (futur et actuel patron des <em>éditions de L&#8217;Olivier</em>), l&#8217;avocat Thierry Lévy, l&#8217;editeur Denis Bourgeois, etc. La maman de Justine Lévy, aujourd&#8217;hui décédée, Isabelle Doutreluigne, est à la maquette aux cotés de Vincent Léry. La photographe attitrée du journal est la célébrissime Marie-Laure de Decker. Le futur directeur de <em>Télérama</em>, Claude Salles est conseiller du directeur. Les équipes commerciales sont animées par le compagnon de Sartre, vrai fondateur du journal <em>Libération</em>, Jean-Claude Vernier. On y croise des jolies filles et des intellectuels. Bref, c&#8217;est l&#8217;ADN du futur Bhl.<br />
Et c&#8217;est pourquoi cette histoire me passionne. La collection de L&#8217;<em>Imprévu</em> est devenue extrêmement rare. Je ne suis même pas certaine qu&#8217;il en reste une, complète, à la Bibliothèque nationale française. Un des membres de l&#8217;équipe d&#8217;alors avait conservé la sienne qu&#8217;il m&#8217;a passée et dont voici, scanné, le premier numéro. C&#8217;est fou. Souvent raté. Parfois inventif. Toujours intéressant.<br />
Avec cette <strong>Une</strong>, par exemple, en forme de dazibao chinois qui etait tres originale. Je n&#8217;en mets en ligne, pour l&#8217;instant, que quelques pages du premier numéro. Mais je tiens à la disposition de qui veut (il suffit de m&#8217;ecrire à lilianelazar@gmail.com) les Unes de l&#8217;ensemble de la collection.<br />
<strong>Liliane Lazar</strong></p>
<p>___________________________________________________________________________________________________________________________________________</p>
<p style="text-align: center;"><strong>PAGE UNE DE L&#8217;IMPREVU</strong></p>
<p><img class="aligncenter size-full wp-image-4907" title="limprevu page une" src="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/04/limprevu-page-une6.JPG" alt="limprevu page une" width="674" height="962" /></p>
<p><strong><br />
</strong></p>
<p><strong>______________________________________________________________________________________________________________________________</strong></p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-4894" title="limprevu mitterrand" src="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/04/limprevu-mitterrand.JPG" alt="limprevu mitterrand" width="667" height="947" /></p>
<h2>L&#8217;Imprévu</h2>
<p><strong>UN ENTRETIEN AVEC FRANCOIS MITTERRAND (retranscription page 9).</strong></p>
<p><strong>UN SENS A LA VIE</strong></p>
<p><strong>Un sens à la vie. Un sens à leur vie. Un sens à la vie des hommes politiques. La seule question qui nous concerne tous, celle que la politique prétend reprendre et qui en même temps lui échappe : aucune interview politique ne peut espérer rendre compte de l&#8217;alliance confuse et stupéfiante qui lie le public à un homme politique.<br />
On n&#8217;avait jamais voulu toucher ce lien, ce lien de sens, ce lien de vie. Ici L&#8217;Imprévu s’y risque.<br />
Ils sont en effet, ces hommes de pouvoir et d&#8217;Etat si éloignés de nous qu&#8217;il faut faire un effort pour reconnaître en eux notre part commune. Ils sont des hommes publics livrés à notre effroi ou à notre fascination. L&#8217;univers politique est rempli d&#8217;appareils, de machines, de rouages : le fer est sa matière.<br />
Et pourtant rien ne peut empêcher que parfois dans la liberté du rêve, on cherche à savoir quels enfants ils étaient, quels livres, quelle musique, quelles chansons les rapprochent ou les éloignent de nous dans la certitude &#8211; illusoire peut-être &#8211; d&#8217;y trouver le fil qui tranche la question : y-a-t-il un destin ? Où commence-t-il ? Appelle-t-il tout le monde ou seuls quelques élus ? Résiste-t-il à l’érosion des jours ?</strong></p>
<p><strong>Dans les entretiens habituels, dans leurs pointes, dans leurs parades cette question affleure, mais on ne la pose jamais. Nous l’avons posée. François MITTERRAND répond.</strong></p>
<p>De Paris, nous lui avions écrit : « A quoi rêviez-vous sous le préau de l&#8217;école ?<br />
Les enfants d&#8217;aujourd’hui jouent au Monopoly. Rêviez-vous à leur âge au pouvoir et à l’Etat ?<br />
Vous rappelez-vous encore le soliloque muet de votre adolescence ? Vous connaissez la phrase de Bernanos sur la part de l&#8217;enfant qui sommeille dans l&#8217;adulte et qui l&#8217;embellit : avez vous le sentiment, tout au cours de votre vie, d&#8217;une continuité réelle ou d&#8217;une série de ruptures ?<br />
L’homme d&#8217;Etat que vous êtes est-il devenu étranger à l&#8217;enfant que vous étiez ?<br />
Autre façon de vous demander si le destin politique est réalisation d&#8217;une promesse ou effet du hasard. »</p>
<p><em>Enfant, je ne jouais pas aux cartes et je n’y joue pas davantage aujourd’hui. Si je pratiquais les échecs, appris à dix-onze ans, c&#8217;est que mon grand-père maternel chez lequel je vivais six mois sur douze, en pleine campagne, à trois kilomètres du premier village, n’avait qu&#8217;un partenaire disponible sous la main. Nous restions de longues soirées, la conscience du temps perdu parmi nos pièces jusqu&#8217;à la prise du roi vaincu, et nous allions nous coucher la tête occupée de gloire ou de revanche.</em></p>
<p><em>Le Monopoly existait déjà. Mais je répugnais à dilapider mes heures en discutant d’argent. Je n’avais pas de goûts marchands et n’en ai pas acquis. Le jeu de l&#8217;oie m’excitait davantage. La loi du hasard a le sombre attrait de la philosophie. Ce dé qui vous expédiait au cachot, en enfer et qui, tout près du but, vous tirait soudain vers le zéro avec le chemin à refaire, ou qui traversait les embûches comme s’il avait des yeux pour les voir, j’éprouvais une délectation à le regarder décider pour moi. La sincérité m’oblige à dire que je n’imaginais pas qu’il pût tromper mes espérances quelque malheur qui m’arrivât, que ma confiance en lui tenait à la foi que j&#8217;avais en moi-même.<br />
De telles dispositions me destinaient, croira-t-on, à fréquenter les casinos. Et bien non ! j’en ai horreur. Mes amis ne m&#8217;ont pas vu risquer un franc à la roulette. C’est simple, je n’y mets pas les pieds. D’ailleurs, j’ai vite cessé de jouer aux dés. L’idée seule d’en jeter sur le tapis, de dépendre aussi peu que ce fût de ce petit cube qui roule, me révulse. Je suis devenu le contraire d’un joueur, ce qui détrompera mes ennemis qui n’ont, parlant de moi, que ce mot à la bouche.</em></p>
<p><strong>&lt; Je ne calcule pas, je sens &gt;</strong></p>
<p><em>Ma vie politique est ainsi faite : incapable d’avancer d’un pas sans avoir rassemblé toutes les ressources de ma raison, incapable de m’arrêter sans avoir épuisé les réserves de ma volonté. Je n’abandonne désormais au hasard que la part qui lui revient. Est-ce jouer encore ? Beaucoup le penseront qui sont les éternels traîne-patins de l’Histoire. Mais aussi étranger que je sois aux jeux du hasard, je considère que l’homme d’Etat se distingue à sa capacité de prendre en compte les terres inconnues, une fois le reste exploré.<br />
Ces mots tracés, je les corrige. L’inconnu n&#8217;est pas tout à fait l’inconnu quand je l’aborde. Quelque chose en moi qu’on appellera l’intuition, à moins que ce ne soit une très vieille science transmise depuis que le monde est monde et qui s’inscrit dans un recoin du code génétique. Je ne calcule pas, je sens. Mais l’instrument de mesure reste approximatif surtout lorsqu&#8217;il s’agit d’apprécier la vitesse du temps. Si je me trompe de vingt ans tant pis pour moi.<br />
Diable ! Je m’aperçois que j’ai changé dans la continuité, formule qui faisait sourire l’an dernier quand l’exprimait un autre qui, lui, me paraissait immuable dans ses amusantes variétés. Celui que j’étais je le suis ou plutôt, pour rendre raison à Watt Whitman, je le deviens. Du petit garçon qui était moi et qui visite ma mémoire à la façon de l’aiguille sur le disque rayé, glissant toujours vers les mêmes sillons qui poussent les mêmes notes, je ne sais plus grand-chose hors trois ou quatre situations fixées une fois pour toutes, et dont l’éclat brille alentour.</em></p>
<p><strong>&lt; &#8230; notre géographie familiale &gt;</strong></p>
<p><em>Un chemin creux que notre géographie familiale nommait le raidillon conférant à ce diminutif une majesté singulière, une allée plantée de pommiers qui traversait des champs de blé, un mur au haut duquel je m’étendais, une fenêtre de grenier qui sentait le maïs et d’où je contemplais par-delà les tilleuls le paysage français qui a commandé à jamais l’idée que j&#8217;ai du paysage français.</em></p>
<p><em>Inutile de raconter ici sinon pour indiquer qu&#8217;il y avait des chênes, des saules, une rivière et la vallée qui se relevait pour se fondre dans le bleu horizon, couleur de circonstance des années d’après-guerre, à hauteur assez honorable pour qu’on pût se flatter d&#8217;avoir devant soi des collines.<br />
Les conversations du soir, dans le noir, ma grand-mère rêvant, les doigts noueux sur son ouvrage un moment délaissé, regardant la nuit s’étendre sur le jardin et peu pressée de se lever pour allumer le manchon du gaz du plafonnier. Les paroles jaillissaient à distance avec des épaisseurs d&#8217;ombre entre elles. Elles avaient un ton grégorien. Cela finissait par des oui et des non qui ne répondaient à rien ni à personne. Chacun partait en voyage sur les étriers de l&#8217;imagination et hop! plus vite que les fusées du Cap Kennedy franchissait les frontières du temps.</em></p>
<p><strong>&lt; Roi ou pape &gt;</strong></p>
<p><em>Je ne cherche pas à égrener des souvenirs. Ceux que j’évoque ici me servent à cerner la vérité que m’imposent vos questions et je n’ai pas besoin d’en dire plus. De cette salle à manger, barque ou nacelle, où nous rêvions nos vies jusqu’à ce jour où je vous écris, dans mon bureau de Nevers, en ce samedi soir qui m’envoie les pétarades des moteurs, les annonces de la Foire-Exposition et l’Angélus électronique, s’il y a des ruptures elles n’ont touché que les surfaces. Se perpétue en moi un mouvement qui a commencé avec moi. C’est la même poussée qui me meut.<br />
Mais vous me ramenez à la politique. Vous voulez savoir si je me voyais roi ou pape. Rassurez-vous, effrayez-vous, à votre gré. Si cette idée m’a visité elle a durée moins d’un été. Ce monde dont je ne connaissais que les villages d’une province, j’avais l’intolérable sensation de le supporter tout entier. Je communiquais si totalement avec lui que je m&#8217;en attribuais la vocation sublime. Bref, j’étais plus proche de moi-même et des autres à 15 ans qu’aujourd&#8217;hui.</em></p>
<p><strong>François Mitterrand</strong></p>
<p>_____________________________________________________________________________________________________________________________________________</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-4896" title="limprevu foucault" src="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/04/limprevu-foucault.JPG" alt="limprevu foucault" width="658" height="950" /></p>
<h2>L&#8217;Imprévu</h2>
<p><strong>MICHEL FOUCAULT : LA POLITIQUE EST LA CONTINUATION DE LA GUERRE PAR D’AUTRES MOYENS (retranscription page 16)</strong></p>
<p><em>Professeur au Collège de France, Michel Foucault n’est pas un philosophe en chambre. Attentif à tous les évènements de la société, il répond aujourd’hui aux questions de</em> L’Imprévu <em>sur cette vraie &#8211; ou fausse &#8211; nouveauté : La crise.</em></p>
<p>- <strong>La crise, un mot qui vous fait rêver ?<br />
</strong>- M. Foucault : Ce n’est qu&#8217;un mot qui marque l’incapacité des intellectuels à capter leur présent ou à l’escalader ! Voila c’est tout!<br />
- <strong>Ce n’est pas un mot qui vous inquiète ?<br />
</strong>- M. Foucault : Absolument pas ! Ce qui me fait rire, c’est qu’il y a encore des gens qui l’emploient. Je crois qu’il faut prendre conscience qu’une fois encore la crise est une sorte d’accompagnement théorique que se donnent les politiciens, les économistes, les philosophes et quelques autres encore pour donner statut à un présent pour lequel ils n’ont pas d&#8217;instruments d&#8217;analyse. Si vous voulez, la crise, c’est le perpétuel présent. Il n’y a jamais eu un moment de l’histoire occidentale moderne qui n&#8217;ait eu la conscience très grave d’une crise éprouvée vivement, jusque dans le corps des gens.<br />
- <strong>Cette crise, on semble vouloir la conjurer en lui donnant un qualificatif : crise de l’énergie.<br />
</strong>- M. Foucault : On assiste en effet à une transformation des rapports de force. Mais par cette notion de crise on parle d’autre chose que simplement de cette transformation. On vise la pointe d’intensité dans l&#8217;histoire, on vise la coupure entre deux périodes radicalement différentes dans cette histoire, on nomme l’échéance d’un long processus qui vient à éclater. A partir du moment où l’on emploie le mot crise on parle évidemment d’une rupture. On se donne aussi la conscience que tout commence. Mais il y a aussi quelque chose de très enraciné dans le vieux millénarisme occidental, c’est le second matin. Il y a eu un premier matin de la religion, de la pensée, mais ce matin-là n’était pas le bon, l’aurore était grise, le jour était pénible et le soir était froid. Mais voilà la seconde aurore, le matin recommence.<br />
- <strong>Comment expliquez-vous qu’en ce moment on ne puisse porter aucun diagnostic, faire aucune prévision, en bref que l’intelligence semble se casser la figure ?<br />
</strong>- M. Foucault : C’est tout de même lié au statut de l’intellectuel dans le fonctionnement du pouvoir de nos sociétés. Il est toujours marginal, à côté. Il est à une certaine distance, parfois infime, parfois immense, qui fait que ce qu’il écrit ne peut être que descriptif. Après tout, il n’y a qu’un langage qui soit au présent, c’est celui de l&#8217;ordre, de la consigne.<br />
- <strong>L&#8217;ordre ne se trompe pas mais ne peut jamais se tromper.</strong><br />
- M. Foucault : Non, bien sûr, il peut commettre des erreurs stratégiques mais il ne se trompe pas. La seule forme véritablement actuelle du discours, c’est l’impératif, c’est-à-dire le langage du pouvoir. Et à partir du moment où l&#8217;intellectuel fonctionne en marge, il ne peut penser le présent qu&#8217;en tant que crise.</p>
<p><strong>&lt; JE RIS DES PHILOSOPHES &gt;</strong></p>
<p><strong>- Mais cette crise, c’est aussi un ensemble de faits concrets : les exercices de débarquement des marines sur les côtes de la Méditerranée par exemple.<br />
</strong>- M. Foucault : Je crois que ce n’est pas exactement le problème. J’aurais tort de dire que ça a toujours existé mais je crois que dans la notion de crise, ce qui a relancé le débat, c&#8217;est la contradiction : qu’un certain processus est arrivé, en se développant, à un point de contradiction tel qu’il ne peut plus continuer. La contradiction n’est là qu’une image. L’avancée même de l’un des adversaires le met en péril. Et plus il avance, plus il donne prise à son adversaire au moment même où il le bouscule. Si l’on a bien dans l’esprit que ce n’est pas la guerre qui est la continuation de la politique mais la politique qui est la continuation de la guerre par d’autres moyens, l’idée que la contradiction devient telle que ça ne peut plus continuer, est une idée qu’il faut abandonner. Concrètement, la crise de l’énergie est un excellent exemple : à partir du moment où l’avance stratégique de l’Occident ne reposait que sur le pillage du tiers monde, il était clair que cet Occident accroissait sa dépendance. Dans cette mesure la crise est tout le temps là.<br />
- <strong>Mais comment réagissez-vous lorsque vous entendez parler de cette crise ?<br />
</strong>- M. Foucault : Lorsque j’en entends parler d’une façon journalistique, je ne ris pas. Mais lorsque j’en entends parler d’une façon sérieuse, philosophique, là je commence à en rire. Car c’est le journaliste qui a le rôle sérieux, c’est lui qui la fait fonctionner de jour en jour, d’heure en heure.</p>
<p>______________________________________________________________________________________________________________________________________________</p>
<p><strong>Retranscription de l&#8217;organigramme (page 16)</strong></p>
<p>Directeurs et rédacteurs en chef : Michel BUTEL, Bernard-Henri LEVY<br />
Rédactrice en chef adjointe : Françoise LEVY<br />
Conseiller à la rédaction : Pierre-François REZAY<br />
Rédaction : Véronique BONNET-NORA, Denis BOURGEOIS, Jean-Michel CAROIT,  Nathalie COMBIN,  Laurent DISPOT, Jean-Jacques GROUVEL, Gilles HERTZOG, Jean-Claude LANDAIS, Alain LUC, François MADINIER, Jean-Hugues MALINEAU, Philippe MANO, Gabriel MONTOYA, Jean REMBART, Jean-Paul RODRIGUE, Gérard-Julien SALVY, Wang  HFUEH- WEN<br />
 Direction artistique : Vincent LERY<br />
Maquette : Catherine COT, Isabelle DOUTRELUIGNE<br />
Secrétariat de rédaction : Jacques VINCENT<br />
Dessinateurs : Jacques BRUSSON, Misha GARRIGUE, Michel VERGEZ-SOULAS<br />
Photos : David HARALI, Gérard TAUBMAN, collaboration de : Edouard BOUBAT, Marie-Laure de DECKER<br />
Documentation photos : Bertrand TARISIEN<br />
Documentation : Anne de VOGÜÉ, Ghislaine BERNIER<br />
Secrétariat : Anne-Marie TARISIEN, Elisabeth SEBILLEAU, Muriel PINOLE<br />
Direction des relations extérieures : Françoise LERY, Michèle DOKAN<br />
Conseil administratif : Jean-Claude VERNIER<br />
Vente : Antoine de GAUDEMAR, Claudine DREUILHE, François DUCHESNE, Joseph TOURNEL, Jean GUISNEL<br />
Abonnements : Bertrand KAMINSKI</p>
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		<title>En novembre 2002&#8230;</title>
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		<pubDate>Tue, 13 Apr 2010 13:40:19 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Liliane Lazar</dc:creator>
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		<description><![CDATA[&#8230; Bernard-Henri Lévy pénètre, au coeur de de Karatchi, dans le sanctuaire des talibans.
Dans le livre de Bernard-Henri Lévy, &#171;&#160;Qui a tué Daniel Pearl ?&#160;&#187;, il y a un chapitre tout à fait impressionnant. C&#8217;est celui où l&#8217;auteur parvient à entrer, en plein Karachi, dans la madrasa de Binori Town. Je ne sais ce qu&#8217;il en [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>&#8230; Bernard-Henri Lévy pénètre, au coeur de de Karatchi, dans le sanctuaire des talibans.</strong></p>
<p><img class="alignleft size-medium wp-image-4775" title="PEARL MOSQUEE PHOTO 2" src="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/04/PEARL-MOSQUEE-PHOTO-24-300x204.jpg" alt="PEARL MOSQUEE PHOTO 2" width="300" height="204" />Dans le livre de Bernard-Henri Lévy, &laquo;&nbsp;<a href="http://www.bernard-henri-levy.com/qui-a-tue-daniel-pearl-2-95.html">Qui a tué Daniel Pearl</a> ?&nbsp;&raquo;, il y a un chapitre tout à fait impressionnant. C&#8217;est celui où l&#8217;auteur parvient à entrer, en plein Karachi, dans la madrasa de Binori Town. <span id="more-4697"></span>Je ne sais ce qu&#8217;il en est aujourd&#8217;hui. Mais ce lieu est, à l&#8217;époque, interdit aux étrangers et, en particulier, aux non musulmans. C&#8217;est un lieu d&#8217;enseignement et de spiritualité mais c&#8217;est aussi une véritable base arrière, au coeur de la ville, des groupes Talibans les plus radicaux et les plus proches d&#8217;Al Qaida.  <img class="alignright size-thumbnail wp-image-4776" title="PEARL PHOTO MOSQUEE" src="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/04/PEARL-PHOTO-MOSQUEE4-150x150.jpg" alt="PEARL PHOTO MOSQUEE" width="150" height="150" />Autant dire qu&#8217;il n&#8217;en existe, alors, pas d&#8217;images. Et que ces deux photos, prises par Bernard-Henri Lévy, à l&#8217;intérieur même de la mosquée, sont donc extraordinairement rares et précieuses. Elles se trouvent dans un stock de documents et d&#8217;archives qu&#8217;il compte confier à l&#8217;IMEC. Je suis heureuse de pouvoir en donner la primeur aux habitués de Bernard-Henri-Levy.com. A ceux qui voudraient en savoir plus sur ce que montrent ces clichés, sur leur contexte et sur leur sens, je recommande la lecture des pages 343 à 363 de &laquo;&nbsp;<a href="http://www.bernard-henri-levy.com/qui-a-tue-daniel-pearl-2-95.html">Qui a tué Daniel Pearl ?</a> &laquo;&nbsp;.</p>
<div><strong>Liliane Lazar.</strong></div>
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		<title>Le 12 juin 2002&#8230;</title>
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		<pubDate>Mon, 12 Apr 2010 14:21:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Liliane Lazar</dc:creator>
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		<description><![CDATA[&#8230;. BHL se rend, faubourgs de Karachi, dans la maison où fut assassiné Daniel Pearl.
 Voici deux documents sans équivalent. Ce sont les photos, prises par Bernard-Henri Lévy, du lieu de détention et de torture de Daniel Pearl  &#8211; l&#8217;une de l&#8217;extérieur, l&#8217;autre de l&#8217;intérieur. Ce lieu, découvert par la police le 17 mai 2003 après [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>&#8230;. BHL se rend, faubourgs de Karachi, dans la maison où fut assassiné Daniel Pearl.</strong><br />
<img class="alignleft size-medium wp-image-4743" title="PEARL PHOTO 1 détention" src="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/04/PEARL-PHOTO-1-détention-300x199.jpg" alt="PEARL PHOTO 1 détention" width="300" height="199" /> Voici deux documents sans équivalent. Ce sont les photos, prises par Bernard-Henri Lévy, du lieu de détention et de torture de <a href="http://www.bernard-henri-levy.com/daniel-pearl-3051.html">Daniel Pearl</a> <span id="more-4705"></span> &#8211; l&#8217;une de l&#8217;extérieur, l&#8217;autre de l&#8217;intérieur. Ce lieu, découvert par la police le 17 mai 2003 après des semaines d&#8217;enquête, avait été, au bout de quelques heures, interdit à la presse. Et quand Bhl parvient à s&#8217;y rendre, début juin, dans des conditions qu&#8217;il raconte dans son ouvrage, les quelques clichés qu&#8217;il en prend sont donc absolument uniques. <img class="alignright size-medium wp-image-4744" title="PEARL PHOTO détention 3" src="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/04/PEARL-PHOTO-détention-3-199x300.jpg" alt="PEARL PHOTO détention 3" width="199" height="300" />. Il a bien voulu m&#8217;en confier deux, bouleversants pour quiconque a lu son livre, suivi l&#8217;affaire Pearl et tenté d&#8217;imaginer le supplice et les derniers instants du journaliste martyr.<br />
Une image vaut dix mille mots. C&#8217;est, ici, le cas.<br />
Merci, Bhl.</p>
<p><strong>Liliane Lazar</strong></p>
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		<title>Octobre 1970 et en janvier 1971&#8230;</title>
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		<pubDate>Mon, 05 Apr 2010 12:37:06 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Liliane Lazar</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Son actualité]]></category>

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		<description><![CDATA[&#8230; deux lettres inédites de Louis Althusser à Bernard-Henri Lévy. 
Voici deux documents passionnants, que je tiens d’Olivier Corpet et de l’IMEC. Ce sont deux lettres de Louis Althusser au très jeune Bernard-Henri Lévy, alors élève à l’Ecole Normale Supérieure de la rue d’Ulm, et que je verse au dossier, déjà fourni, et plusieurs fois [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>&#8230; deux lettres inédites de Louis Althusser à Bernard-Henri Lévy. </strong></p>
<p>Voici deux documents passionnants, que je tiens d’Olivier Corpet et de l’IMEC. Ce sont deux lettres de <a href="http://www.bernard-henri-levy.com/louis-althusser-2323.html">Louis Althusser</a> au très jeune Bernard-Henri Lévy, alors élève à l’Ecole Normale Supérieure de la rue d’Ulm, et que je verse au dossier, déjà fourni, et plusieurs fois évoqué dans ce site, des rapports de Bernard-Henri Lévy avec son « vieux maître », Louis Althusser .</p>
<p><span id="more-4636"></span><span style="color: #800000;"><em><span style="color: #000000;">Au moment de la première lettre, datée d’octobre 1970, Bernard-Henri Lévy est encore un philosophe débutant puisqu’il a commencé sa scolarité à l’Ecole dans la section « Histoire » avec, pour projet, de faire l’agrégation d’’Histoire et qu’il vient, quelques jours, peut-être quelques semaines seulement, avant cette lettre, de faire un virage sur l’aile et de passer à la philosophie.</span></em></span></p>
<p><img class="alignleft size-large wp-image-4686" title="lettre althuser oct 70 page3140" src="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/04/lettre-althuser-oct-70-page31403-717x1024.jpg" alt="lettre althuser oct 70 page3140" width="600" /></p>
<p><img class="alignleft size-large wp-image-4687" title="lettre althuser oct 70 page2139" src="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/04/lettre-althuser-oct-70-page21392-717x1024.jpg" alt="lettre althuser oct 70 page2139" width="600" /></p>
<p><em>Quelques mois plus tard, janvier 1971, deuxième lettre : Lévy a travaillé, progressé et cela se sent au ton de son Professeur, beaucoup plus encourageant. Deux remarques, juste. Ce genre de lettres personnelles d’Althusser à ses élèves sont assez rares ; il en existe, à ma connaissance, très peu ; et elles témoignent du rapport très singulier qui s’était instauré entre les deux hommes. </em></p>
<p><em><img class="alignleft size-large wp-image-4691" title="lettre althuser janvier 71141" src="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/04/lettre-althuser-janvier-71141-629x1024.jpg" alt="lettre althuser janvier 71141" width="600" /></em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em>Et puis à noter que, quelques mois après cette deuxième lettre, Lévy passe effectivement l’agrégation de philosophie et y est reçu du premier coup, au rang de &#8230;huitième ! Les leçons d’Althusser ont porté leurs fruits.<br />
<strong>Liliane Lazar</strong></em></p>
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		</item>
		<item>
		<title>En février 1981&#8230;</title>
		<link>http://www.bernard-henri-levy.com/en-fevrier-1981-3879.html</link>
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		<pubDate>Fri, 29 Jan 2010 11:56:28 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Liliane Lazar</dc:creator>
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		<description><![CDATA[&#8230;Raymond Aron attaque l&#8217;Idéologie Française et Bernard-Henri Lévy lui répond.
En février 1981, en pleine bataille de l&#8217;Idéologie Française, l&#8217;Express consacra sa Une au livre de Bernard-Henri Lévy et à son cas. S&#8217;affrontèrent les deux grandes plumes du journal. D&#8217;un coté Jean-François Revel qui soutenait Bernard-Henri Lévy. De l&#8217;autre Raymond Aron qui mettait tout son prestige dans la [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>&#8230;Raymond Aron attaque l&#8217;<em>Idéologie Française et </em>Bernard-Henri Lévy lui répond.</strong></p>
<p><img class="alignleft size-thumbnail wp-image-3888" title="aron" src="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/01/aron1-150x150.jpg" alt="aron" width="150" height="150" /><img class="alignleft size-thumbnail wp-image-3889" title="BHL 1981063" src="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/01/BHL-19810631-150x150.jpg" alt="BHL 1981063" width="150" height="150" />En février 1981, en pleine bataille de l&#8217;<em><a href="http://www.bernard-henri-levy.com/lideologie-francaise-306.html">Idéologie Française</a></em>, l&#8217;Express consacra sa <em>Une</em> au livre de Bernard-Henri Lévy et à son cas. <span id="more-3879"></span>S&#8217;affrontèrent les deux grandes plumes du journal. D&#8217;un coté Jean-François Revel qui soutenait Bernard-Henri Lévy. De l&#8217;autre Raymond Aron qui mettait tout son prestige dans la balance de l&#8217;autre bord. L&#8217;Express en fit sa couveture sous le titre (d&#8217;un gout douteux): &laquo;&nbsp;Faut-il brûler l&#8217;<em>Idéologie Française </em>?&nbsp;&raquo;. Et Bernard-Henri Lévy repondit, la semaine suivante, dans les <em>Nouvelles Litteraires</em>, alors dirigées par Philippe Tesson et Paul Guilbert. Je mets en ligne, ici, le texte de Aron. Puis celui de Lévy.<br />
Des documents pour l&#8217;Histoire.<br />
<strong>Liliane Lazar</strong></p>
<p><img class="alignleft size-medium wp-image-3881" title="aron" src="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/01/aron-260x300.jpg" alt="aron" width="260" height="300" /><br />
<em>Provocation</em>, par Raymond Aron.<br />
l’Express le 07/02/1981</p>
<p>Un auteur qui emploie volontiers les adjectifs infâme ou obscène pour qualifier les hommes et les idées invite le critique à lui rendre la pareille. Je résisterai autant que possible à la tentation, bien que le livre de Bernard-Henri Lévy présente quelques-uns des défauts qui m&#8217;horripilent: la boursouflure du style, la prétention à trancher des mérites et démérites des vivants et des morts, l&#8217;ambition de rappeler à un peuple amnésique la part engloutie de son passé, les citations détachées de leur contexte et interprétées arbitrairement. Pis encore, le doute subsiste à la fin de la lecture: la violence du ton, maintenue d&#8217;un bout à l&#8217;autre du pamphlet, révèle-t-elle une indignation authentique ou le goût du scandale et de la diffusion de masse?</p>
<p>Allons plus loin: le livre ne se prête guère à une discussion objective, selon le mot consacré dans les universités. II n&#8217;apporte aucun fait, aucun document, aucun texte que l&#8217;on ne trouve dans les quelques livres dont Bernard-Henri Lévy a tiré, pour l&#8217;essentiel, la matière qu&#8217;il triture à sa manière. Ce qui lui appartient en propre, c&#8217;est une certaine mise en place d&#8217;un corpus de mots ou de phrases. Or, cette mise en place est à tel point commandée par le propos de l&#8217;auteur que l&#8217;on se demande s&#8217;il vaut la peine de discuter avec un «philosophe» qui s&#8217;arroge le rôle de justicier.</p>
<p>En quoi consiste le propos? D&#8217;abord, un procès du pétainisme et de la Révolution nationale, en particulier la mise en cause d&#8217; «Esprit» et d&#8217;Uriage. A partir de là, la définition de l&#8217;idéologie française &#8211; non pas «une», mais «la» &#8211; dont Vichy révéla la persistance et la force souterraine, d&#8217;autant plus menaçante aujourd&#8217;hui que le fascisme français ne fut pas épuré à la Libération.</p>
<p>Le vichysme ou le pétainisme, nous le savons, et je le sais depuis 1940, fait partie intégrante de l&#8217;histoire politique de la France. Certes, sans la défaite et l&#8217;occupation de la moitié du pays par les Allemands, probablement les artisans de la Révolution nationale n&#8217;auraient-t-ils jamais accédé au pouvoir. L&#8217;Action française exerçait une grande influence sur les officiers de la Marine nationale (ou Royale), dans des milieux limités, mais qui souvent occupaient des positions clefs (sans compter l&#8217;Académie); en revanche, elle ne parvenait pas à faire élire un seul député sous la IIIe République (une seule fois, Léon Daudet siégea à la chambre). Or, pendant les premiers mois après la défaite, c&#8217;est la pensée de l&#8217;Action française qui, par l&#8217;intermédiaire de Raphaël Alibert, René Gillouin, et d&#8217;autres encore, domina Vichy et inspira les lois effectivement «infâmes» (le statut des Juifs, la remise en question des naturalisations postérieures à 1927, la suppression de la loi qui avait été votée en 1938 pour lutter contre la propagande hitlérienne et l&#8217;exploitation des haines raciales).</p>
<p>La conception même d&#8217;une Révolution nationale sous le regard des vainqueurs, alors que la guerre continuait, me parut, à l&#8217;époque même, non pas monstrueuse ou obscène, mais déraisonnable. En effet, ou bien le IIIe Reich l&#8217;emporterait, et, en ce cas, les vichystes seraient balayés par les vrais nazis; ou bien le IIIe Reich serait finalement vaincu, et, en ce cas aussi, les vichystes disparaîtraient au profit des ci-devant de la IIIe et d&#8217;une nouvelle élite.</p>
<p>Le phénomène Révolution nationale n&#8217;eut d&#8217;équivalent dans aucun pays de l&#8217;Europe occupée, de même que nulle part ailleurs un Etat légal ne s&#8217;interposa entre les autorités d&#8217;occupation et la population. Les maîtres de cet Etat ne se contentèrent pas d&#8217;administrer, ils voulurent régénérer la nation, renouveler les institutions, préparer l&#8217;après-guerre, que la plupart des vichystes, dans l&#8217;année 1940, croyaient tout proche. La masse de la population, traumatisée par une défaite à l&#8217;avance inconcevable, s&#8217;accrocha au Maréchal et souscrivit à la condamnation du «régime aboli». Or, pendant les années 30, nombre de groupes et d&#8217;intellectuels, «Esprit» et Ordre nouveau, Emmanuel Mounier, Arnaud Dandieu et Robert Aron, menaient campagne contre les démocraties capitalistes, alors que montaient, à travers tout l&#8217;Europe, les régimes autoritaires ou totalitaires.</p>
<p>«Esprit» s&#8217;efforça de prendre ses distances par rapport au fascisme et au national-socialisme, non sans peine, parce qu&#8217;il partageait avec eux les mêmes ennemis.</p>
<p>Après la défaite, le Maréchal, les hommes de la Révolution nationale tenaient un langage dans lequel Emmanuel Mounier ne pouvait pas ne pas retrouver nombre de ses idées. D&#8217;où les controverses sur les sentiments et les prises de position de Mounier en 1940-1941. D&#8217;où la présence d&#8217;hommes aujourd&#8217;hui encore respectés, voire révérés, tel Hubert Beuve-Méry, dans des organisations subventionnées par Vichy, par exemple Uriage. Celui qui voudrait instruire le procès de la politique de Mounier n&#8217;a qu&#8217;à lire l&#8217;ouvrage rédigé par un fidèle d&#8217; «Esprit», Michel Winock. Dunoyer de Segonzac, admirable combattant, demeura longtemps maréchaliste, en dépit des lois «infâmes».</p>
<p>Je ne reproche pas à Bernard-Henri Lévy de mettre en lumière la parenté entre certains thèmes d&#8217; «Esprit» ou d&#8217;Ordre nouveau et ceux de la Révolution nationale. Il n&#8217;en résulte pas qu&#8217;Emmanuel Mounier ait adhéré à l&#8217;ensemble du vichysme et célèbré le culte du Maréchal. L&#8217;argent d&#8217;Uriage venait de Vichy (celui du «Figaro» partiellement aussi), Beuve-Méry ne fléchit jamais dans son opposition radicale au national-socialisme. Chacun peut apprécier librement Uriage, «qui tient de l&#8217;histoire de la chevalerie, du roman d&#8217;éducation, du grand jeu secret de la fondation d&#8217;un ordre monastique, sur un fond d&#8217;idéalisme moral qui peut nous paraître un peu naïf et grandiloquent, et aussi passablement pétainiste, mais qui fut, notons-le, commun au vichysme et à la Résistance» (Jean-Michel Jeanneney et Jacques Julliard).</p>
<p>Ce qui m&#8217;irrite, c&#8217;est le style dans lequel Bernard-Henri Lévy évoque ces moments tragiques de l&#8217;Histoire de France, sans la moindre compréhension des cas de conscience qui se posèrent à d&#8217;innombrables bons Français. Ceux qui passèrent, comme Mounier, de longs mois dans les prisons, accusés d&#8217;incarner un certain esprit de résistance, ceux d&#8217;Uriage, qui partirent tous ensemble dans le maquis les armes à la main, ont droit au moins à un certain respect. Il est légitime de critiquer les décisions qu&#8217;ils ont prises, les textes qu&#8217;ils ont écrits et publiés entre 1940 et 1942 ou 1945: encore convient-il de les critiquer sérieusement, sans oublier les circonstances, sans excommunier le nationalisme de Péguy ou la pensée communautaire, quel que soit le jugement que l&#8217;on porte sur eux.</p>
<p>Nous savions depuis longtemps que la pensée raciste et l&#8217;antisémitisme ne sont pas monopole de l&#8217;Allemagne. Lequel des deux pays fut en avance sur l&#8217;autre? Lequel influa le plus sur l&#8217;autre? Sur toutes ces questions, des études sérieuses nous instruiraient, mais non pas l&#8217;utilisation, plus ou moins fantaisiste, des livres sérieux auxquels Bernard-Henri Lévy emprunte sa documentation.</p>
<p>Je m&#8217;en tiendrai à un point, à vrai dire essentiel. Qu&#8217;est-ce que cette idéologie française que ce livre s&#8217;efforce d&#8217;amener au jour en la baptisant? L&#8217;idéologie française, multiforme, insaisissable, partout présente, se situe aussi bien à droite qu&#8217;à gauche. Proudhon est farouchement antisémite. Maurras aussi, à l&#8217;autre extrémité de l&#8217;éventail. L&#8217;argent se confond avec le judaïsme, et la dénonciation de l&#8217;un et de l&#8217;autre se retrouve, presque identique, dans la littérature contre-révolutionnaire et dans la littérature socialiste. («La Question juive», le texte le plus antisémite de Marx, illustre cette confusion volontaire.) Tout cela n&#8217;est pas neuf et nullement caractéristique de la France.</p>
<p>En quoi consiste la francité de cette idéologie, du «fascisme aux couleur de la France»? Quels sont les traits communs à Proudhon, Barrès, Maurras, Sorel, Péguy, Bernanos? Je ne vois d&#8217;autre réponse que celle-ci: ils détestent la démocratie individualiste, liée au capitalisme, la Republique bourgeoise et libérale, celle de Benda (avant son ralliement au communisme) et de Bernard-Henri Lévy. Le patriotisme charnel, les communautés concrètes, les tendances à la vision organiciste du lien social, Bernard-Henri Lévy, lui, déteste ces manières de penser et de sentir; il se fait inquisiteur et rejette dans la nuit, dans la «France noire», au hasard de ses lectures et de ses citations, Péguy et Bernanos, bien d&#8217;autres qui s&#8217;étonneraient de se retrouver en pareille compagnie. Simone Weil aurait mérité de figurer dans cette galerie des ancêtres.</p>
<p>Si l&#8217;on objectait à Bernard-Henri Lévy qu&#8217;il viole toutes les règles de l&#8217;interprétation honnête et de la méthode historique, il répondrait avec arrogance qu&#8217;il se moque des pions de l&#8217;Université. Mais peut-être consentira-t-il à réfléchir un instant sur un fait indiscutable: le fascisme n&#8217;a jamais «pris» en France, comme une mayonnaise ne prend pas. Les idéologies des années 30, de type communautaire, anti-individualiste, n&#8217;ont jamais débouché en dehors des cénacles de l&#8217;intelligentsia parisienne. Elles ont accédé au pouvoir à la faveur d&#8217;une catastrophe nationale. Là encore elles sont demeurées un mixte de traditionalisme et de parafascisme.</p>
<p>Les «rénovateurs», en quête d&#8217;une nouvelle droite, rompent avec l&#8217;héritage de la contre-révolution qui paralysa le développement d&#8217;un vrai fascisme. Les tentatives d&#8217;unir le nationalisme au socialisme ne manquèrent pas, mais il n&#8217;y eut pas de national-socialisme, et les Français, avant 1940 comme après 1945, votèrent pour la République et la démocratie parlementaire.</p>
<p>J&#8217;en viens à l&#8217;épilogue, raison d&#8217;être de cet article. Il se peut que certains adversaires de Bernard-Henri Lévy lui fassent payer son succès trop rapide, ses lecteurs trop nombreux. Je n&#8217;en veux pas à Bernard-Henri Lévy, et je garde la nostalgie du jeune homme que j&#8217;ai connu, il y a quelques années, pas encore guindé dans son personnage, tout au contraire disponible, comblé à la naissance par les dons des fées et les faveurs de la société. Je fus sensible à son talent, à son charme, et, je le crus, à la noblesse de ses sentiments, quand, à la suite d&#8217;un entretien avec moi, il rédigea l&#8217;interview publiée au «Nouvel Observateur» avec un tact sans faute.</p>
<p>Le voilà maintenant Fouquier-Tinville, lui qui prêche la démocratie. Il oublie que la démocratie devient aisément, elle aussi, inquisitoire, sinon totalitaire. Juif comme moi, il exclut de la France et rejette dans la France noire d&#8217;innombrables écrivains ou penseurs de notre commune patrie.</p>
<p>Nombre de Juifs, en France, se sentent de nouveau guettés par l&#8217;antisémitisme et, comme des êtres «choqués», ils amplifient par leurs réactions le danger, plus ou moins illusoire, qu&#8217;ils affrontent. Que leur dit ce livre? Que le péril est partout, que l&#8217;idéologie française les condamne à un combat de chaque instant contre un ennemi installé dans l&#8217;inconscient de millions de leurs concitoyens. Des Français non juifs en concluront que les Juifs sont encore plus différents des autres Français qu&#8217;ils ne l&#8217;imaginaient, puisqu&#8217;un auteur acclamé par les organisations juives se révèle incapable de comprendre tant d&#8217;expressions de la pensée française, au point de les mettre au ban de la France.</p>
<p>Il nous annonce la vérité pour que la nation française connaisse et surmonte son passé, il jette du sel sur toutes les plaies mal cicatrisées. Par son hystérie, il va nourrir l&#8217;hystérie d&#8217;une fraction de la communauté juive, déjà portée aux paroles et aux actes du délire. œuvre d&#8217;intérêt public, écrivait en conclusion le compte rendu du «Nouvel Observateur». Intérêt public ou danger public?<br />
<strong>Raymond Aron</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p align="left"><img class="alignleft size-medium wp-image-3882" title="BHL 1981063" src="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2010/01/BHL-1981063-215x300.jpg" alt="BHL 1981063" width="215" height="300" /></p>
<p align="left"><em>Réponse à Raymond Aron</em>, par Bernard-Henri Lévy <em><br />
Les Nouvelles Littéraires,</em> Février 1981<br />
(<em>Questions de Principe II</em>, p. 303 à 308)
</p>
<p align="left">J&#8217;ai lu, cher Raymond Aron, l&#8217;article que vous venez de consacrer à mon <em>Idéologie française</em>. Il m&#8217;a laissé, je vous l&#8217;avoue, un assez pénible senti­ment. Et je me devais, au nom même de cette familiarité ancienne dont vous gardez, me dites-vous, la « nostalgie », de vous dire en quelques mots pourquoi.</p>
<p align="left">Ce n&#8217;est pas que, sur le fond, nous soyons toujours en désaccord puisque je constate, au contraire, que vous corroborez sur bien des points nombre de mes analyses ; que vous expliquez par exemple comment le pétainisme, loin d&#8217;être l&#8217;improbable parenthèse que veut certaine légende, fit et fait bel et bien « partie intégrante de l&#8217;histoire politique de la France » ; que vous montrez, vous aussi, mais avec l&#8217;inestimable autorité que vous confère votre passé, en quoi notre Révolution nationale « <em>n&#8217;eut d&#8217;équi­valent dans aucun pays de l&#8217;Europe occupée</em> » ; qu&#8217;évoquant, même, les origines de ce « <em>fascisme aux couleurs de la France</em> », vous allez jusqu&#8217;à convenir que Sorel, Bernanos, Maurras, Péguy et quelques autres eurent tous ce point commun — qui est la propre définition de ce que j&#8217;appelle «<em> idéologie française</em> » — de nourrir la même haine</p>
<p align="left">des principes de démocratie, de libéralisme, d&#8217;indi­vidualisme&#8230;</p>
<p align="left">Ce n&#8217;est pas davantage que je vous range, à cause de cet article, au nombre des truqueurs qui jouent, depuis quelques semaines, à bricoler mon livre et, derrière lui, plus gravement, l&#8217;histoire de notre pays. Car, là aussi, j&#8217;ai été plutôt sensible à la façon que vous avez de rappeler à la petite troupe que sa fameuse « <em>École d&#8217;Uriage</em> » fut purement, simple­ment, et incontestablement une institution vichyste, « subventionnée », dites-vous, par le régime. Je ne puis que me féliciter de lire enfin, sous une plume comme la vôtre, que l&#8217;animateur de l&#8217;école, l&#8217;« admirable combattant » Dunoyer de Segonzac, n&#8217;entra en Résistance qu&#8217;à l&#8217;aube de l&#8217;année 1943 et « <em>demeura </em>— je vous cite, — longtemps <em>maréchaliste en dépit des lois infâmes</em> ». Mieux, j&#8217;aurais mauvaise grâce à ne pas me réjouir quand je vous vois préciser, à propos d&#8217;un autre, le désormais fameux Emmanuel Mounier, qu&#8217;il ne « <em>pouvait pas</em> — je vous cite toujours — <em>ne pas retrouver nombre de ses idées dans le &laquo;&nbsp;langage&nbsp;&raquo; tenu par &laquo;&nbsp;les hommes de la révolution nationale</em>&nbsp;&raquo; ». Oui, de tout cela, je pourrais vous savoir gré. Je vous en sais gré, de fait, tant ces menus points d&#8217;histoire ont monopolisé l&#8217;attention. Et n&#8217;y aurait-il que cela dans votre texte, que je vous remercierais d&#8217;avoir ainsi mis un terme à cette obscure et grotesque polémique où l&#8217;on a voulu, jusqu&#8217;ici, m&#8217;enfermer&#8230;</p>
<p align="left">Seulement voilà. Il n&#8217;y a pas que cela, justement, dans votre texte. Vous ne vous contentez malheu­reusement pas de rappeler ainsi à l&#8217;ordre les tenants de ce que Revel nomme drôlement le « lobby d&#8217;Uriage ». Mais tout se passe comme si vous le faisiez à regret, poussé par on ne sait quelle fâcheuse nécessité, de cet air légèrement bougon que je vous connais bien et qui vous pousse, aussitôt, à poser cette singulière question : ces vérités d&#8217;évidence dont nous convenons tous deux, fallait-il vraiment les dire et les rendre si publiques ? Cette « <em>part engloutie de son passé </em>», était-il absolument néces­saire de venir la « <em>rappeler à un peuple amnésique » </em>qui s&#8217;accommodait fort bien, selon vous, de sa benoîte torpeur ? Ces « <em>plaies </em>» dont nous savons, vous et moi, qu&#8217;elles béent au flanc de la France et que, purulentes jusqu&#8217;à aujourd&#8217;hui, elles ne se sont jamais tout à fait « cicatrisées », y avait-il urgence à les sonder de nouveau ? Vous répondez que non. Je pense, moi, que oui. Et là commence notre &laquo;&nbsp;débat — et le malaise dont je parlais en commençant.</p>
<p> Car enfin, quel extraordinaire aveu, tout de même, dans la bouche d&#8217;un homme qui, comme vous, a toujours vu dans la lucidité et le service de la vérité, l&#8217;honneur et la grandeur des intellectuels ! Quel renfort inespéré au camp des receleurs de morts, qui savent mieux que quiconque que c&#8217;est en aveu­glant les hommes aux blessures de la veille qu&#8217;on les rend si parfaitement vulnérables aux armes du lendemain ! Quelle formidable caution à ces experts en révision qui, de plus en plus hardiment, vont partout clamant que l&#8217;heure est venue d&#8217;oublier, de baisser enfin la garde et d&#8217;entrer doucement dans la douce saison du sommeil ! Votre article, curieu­sement, m&#8217;a fait penser à celui d&#8217;un de vos disciples qui propose, lui, ailleurs, d&#8217;« <em>oublier </em>» tout bonne­ment mon livre, sans s&#8217;aviser, le malheureux, qu&#8217;il ne fait que reprendre ainsi l&#8217;argument d&#8217;un procu­reur pétainiste suggérant, en 1945, de « <em>rayer» </em>de notre histoire les quatre années de la honte. J&#8217;ai cru y retrouver aussi, et jusque dans les termes, la voix du législateur irresponsable qui, tenant celée l&#8217;archive, et donc la mémoire de cette France de la honte, fabrique méthodiquement, depuis trente-cinq ans maintenant, des générations de somnambules, errant dans leur présent. Et je dois vous dire enfin, pour être franc, qu&#8217;il y a là, dans cette farouche et insistante passion d&#8217;ignorance, un mystère que j&#8217;ai quelque difficulté à comprendre.</p>
<p>Oh ! Je sais bien — car vous l&#8217;écrivez — que ce qui, dans mon livre, vous tourmente le plus, c&#8217;est, au fond, sa signature. Que le fait d&#8217;être « <em>juif </em>» aurait dû m&#8217;incliner à davantage de réserve. Et que mon <em>« hystérie » </em>risque d&#8217;accréditer l&#8217;idée que nous sommes, nous, les juifs, « <em>encore plus différents que ne l&#8217;imaginaient les Français non juifs »&#8230; </em>Mais j&#8217;ai trop d&#8217;estime et de respect pour vous pour penser un seul instant que vous accordiez vous-même le moindre crédit à un argument de cette nature. Il m&#8217;est difficile de croire que vous puissiez reprendre sérieusement à votre compte un reproche que je rencontre d&#8217;habitude dans les colonnes de tels hebdomadaires satiriques insinuant que <em>L&#8217;Idéologie française </em>serait le combat de la « <em>judéité </em>» contre la <em>« francité </em>». Et puis, vous m&#8217;avez lu de trop près, j&#8217;en suis sûr, pour ignorer que c&#8217;est en français et comme Français que, comme n&#8217;importe quel autre philosophe français, je me suis risqué à cette enquête sur la France noire, dont le thème central, vous ne pouvez l&#8217;ignorer non plus, n&#8217;est au demeurant pas celui de l&#8217;antisémitisme.</p>
<p>Je sais aussi, bien sûr, que vous prétendez ne rien savoir de cette France noire justement, et que vous assumez, depuis quelques années, le rôle un peu ingrat de l&#8217;anti-Cassandre professionnel. Je n&#8217;ai pas oublié par exemple votre pathétique apparition télévisée, au lendemain de la rue Copernic, quand, face à un pays hébété par le retour inopiné de la Bête, vous nous avez assuré que rien, ou presque, ne permettait de soupçonner un retour du fascisme à la française. Je me souviens aussi de tel navrant éditorial où, quand faisait rage la fameuse querelle autour de la « nouvelle droite », vous avez si imprudemment affirmé n&#8217;avoir jamais trouvé la moindre trace de racisme dans les textes de M. de Benoist. Mais je ne suis jamais parvenu, là non plus, à vous prendre vraiment au sérieux. Je vous ai toujours soupçonné d&#8217;en dire, chaque fois, un peu plus — ou un peu moins — que vous n&#8217;en pensiez. Et même si cette explication me satisfait davantage que l&#8217;autre, elle me paraît, elle aussi, un peu courte.</p>
<p> Alors ? Alors, je finis par me demander s&#8217;il n&#8217;y a pas autre chose. Si, à l&#8217;origine de vos tenaces, récurrentes et mystérieuses dénégations, il n&#8217;y aurait pas un autre ressort encore. Et si, en bref, vous n&#8217;auriez pas simplement et très platement <em>peur</em>, une peur atroce, une peur panique, une obscure et folle terreur qui, chevillée au corps, vous nouerait aussi la langue&#8230; Car c&#8217;est bien de cela — d&#8217;une affaire de <em>pure langue</em> — qu&#8217;il s&#8217;agit peut-être au fond. Car c&#8217;est bien sur une question de mots — vous parlez de mon « style », de mon goût de la « diffusion de masse » — que vous avez choisi de me chicaner. Car c&#8217;est bien sur le rôle, les pouvoirs, les propriétés du discours en tant que tel, que, finalement, nous divergeons le plus. Comme si vous ne saviez, à ce discours, de pouvoirs que maléfiques — cette sourde et inquiétante sorcellerie qu&#8217;aime à figurer la vieille mentalité magique et à laquelle vous revenez quand vous dites, et répétez, que c&#8217;est en « <em>en parlant</em> » qu&#8217;on réveille et qu&#8217;on ressuscite les démons assou­pis.<br />
Permettez-moi de vous dire dans ce cas que je me fais, moi, de ma langue, une bien plus haute idée. Qu&#8217;aux archaïques superstitions auxquelles vous semblez adhérer, je préfère cette autre idée que les Grecs, une fois, inventèrent et qui s&#8217;appelle <em>la catharsis</em>. Qu&#8217;au petit jeu des silences apeurés, frémissants, et lourds, toujours, de très sombres menaces, je préfère le jeu plus rude, mais beaucoup plus efficace, de cet examen dont la grande tradition judéo-chrétienne nous a légué les clefs. Que, répu­gnant à prendre le risque d&#8217;un hideux et sanglant retour du refoulé, j&#8217;ai appris des freudiens la fonc­tion d&#8217;un <em>travail du deuil</em> qui, enchaînant les démons à l&#8217;ordre du discours, les apprivoise et les conjure. Et que l&#8217;Histoire est là, enfin, qui nous enseigne que c&#8217;est bien souvent la guerre des mots, la guerre dans les mots et par les mots, qui économise et exorcise la guerre des chairs et des humains.<br />
Car tranquillisez-vous, cher Raymond Aron. Je pense que le jour viendra où nous pourrons enfin, et pour de bon, oublier Philippe Pétain. L&#8217;heure n&#8217;est peut-être pas loin, où nous saurons congédier nos fantômes, increvables morts-vivants, ensablés dans nos consciences. J&#8217;ai foi, moi aussi, en une France de lumière qui aura su consommer l&#8217;arbi­trage, si lent à se jouer, de sa part de résistance et de ses éternels collabos. Mais je pense simplement qu&#8217;il y faudra autre chose que ces pieuses frayeurs dont vous nous donnez présentement l&#8217;exemple. Et que seuls y auront contribué ceux qui, à mesure de leurs moyens, et à leurs risques et périls, auront pris le parti de rendre la parole à la mémoire.</p>
<p><strong>Bernard-Henri Lévy</strong></p>
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		<title>Le 25 février 2007&#8230;</title>
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		<pubDate>Sun, 27 Dec 2009 07:57:06 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Liliane Lazar</dc:creator>
				<category><![CDATA[Ce jour-là...]]></category>
		<category><![CDATA[Son actualité]]></category>

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		<description><![CDATA[&#8230; Bernard Henri Lévy entre au Darfour avec une unité combattante de l&#8217;ALS.
Le témoignage de Abdul Wahid Al Nour, président du Mouvement de Libération du Soudan. 
&#171;&#160;Ce jour là BHL était à Bahaï dans le nord est du Soudan. Il attendait. Il attendait depuis longtemps et les heures passaient lentement dans la monotonie d’une sorte [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2009/12/bhl-darfour-8-1.jpg"><img src="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2009/12/bhl-darfour-8-1-150x150.jpg" alt="bhl darfour 8-1" title="bhl darfour 8-1" width="150" height="150" class="alignleft size-thumbnail wp-image-6897" /></a><strong>&#8230; Bernard Henri Lévy entre au Darfour avec une unité combattante de l&#8217;ALS.</strong><br />
Le témoignage de <strong>Abdul Wahid Al Nour</strong><em>, président du Mouvement de Libération du Soudan.</em> <span id="more-3520"></span><br />
&laquo;&nbsp;Ce jour là BHL était à Bahaï dans le nord est du Soudan. Il attendait. Il attendait depuis longtemps et les heures passaient lentement dans la monotonie d’une sorte de Fort Sagane en plein désert, sans rien à faire sinon attendre des nouvelles. Il attend le passage prévu depuis des heures mais les Occidentaux ne savent pas attendre et son impatience est palpable depuis Paris !<br />
Il m’avait été présenté par notre ami commun Richard Rossin, que nous appelons « docteur Richard » et qui avait été le premier, depuis des années, à faire une incursion clandestine de plus de 500 km au Darfour où nous sommes confrontés à une guerre génocidaire.<br />
Bernard avait vu les camps de réfugiés au Tchad où les nôtres qui ont tout perdu attendent un avenir que le monde leur refuse mais en assurant malgré tout un présent dont la précarité se répète jour après jour. Mais l’homme est courageux et a voulu plus, voir plus, savoir plus, afin de pouvoir témoigner plus.<br />
On parlait peu à l’époque de notre calvaire pour marcher vers un Soudan démocratique et laïc dans lequel tous auraient des droits égaux et c’est ce qui intéressait Bernard au-delà du désastre humain. Richard m’avait convaincu de l’importance du témoignage de Bernard et je n’ai pas été déçu.<br />
Ce jour-là, en fait, mes hommes nettoyaient le terrain pour son passage ; ils avaient été accrochés par une colonne de Janjawids ; et Roko et Nimir ne sont pas hommes à laisser place au risque prévisible ; alors Bernard attendait, impatiemment, mais sans savoir le combat en cours et les heures succédaient aux heures, de rendez vous retardé en rendez vous retardé. La sécurité de notre hôte était notre première priorité. Pendant que j’étais en contact permanent avec mes commandants, Richard était régulièrement en ligne avec son ami depuis Paris. Évidemment le doute sur notre sérieux grandissait chez Bernard. Mais, à l’heure du départ enfin décidé, Bernard-Henri Lévy a surmonté ses doutes et a quitté le camp spartiate du désert où il rongeait son frein pour les pistes difficiles du Darfour dans nos mauvais pick up et les nuits à la belle étoile avec les combattants.<br />
Depuis, personne d’autre n’a osé ce périple.<br />
Tous les autres temoignages sont passés, à ma connaissance, par le filtre gouvernemental.<br />
Bernard-Henri Lévy, lui, a pu témoigner des femmes violées, des villages brûlés et des charniers vus ; il a pu rencontrer le général Tarada et parler librement avec mes hommes et surtout aussi avec les villageois.<br />
Il m’a remercié de la liberté qu’il a eue dans ses rencontres et m&#8217;a dit avoir été impressionné par la popularité et le comportement de mes hommes avec la population.<br />
Non seulement il a pu faire connaître notre combat dans de nombreux journaux en Europe et en Amérique mais, en plus, il nous a reversé ses honoraires de journaliste.<br />
Il a été un artisan essentiel d’un grand meeting à Paris dans lequel les candidats aux élections présidentielles en France se sont engagés à ne pas nous oublier.<br />
Bernard-Henri Lévy est un ami et, lorsque Roko est passé à Paris, il a tout de suite voulu le voir et l’embrasser. Notre situation n’a pas changé, son engagement non plus. Ils sont peu nombreux les vrais amis qu’on a dans la détresse et le silence des Nations.&nbsp;&raquo;</p>
<p><strong>Abdul Wahid Al Nour</strong>,<em> président du Mouvement de Libération du Soudan.<br />
</em></p>
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		<title>Le 5 octobre 1977&#8230;</title>
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		<pubDate>Wed, 02 Dec 2009 11:47:30 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Liliane Lazar</dc:creator>
				<category><![CDATA[Ce jour-là...]]></category>
		<category><![CDATA[Son actualité]]></category>

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		<description><![CDATA[&#8230; Bernard-Henri Lévy rencontre Albert Cohen.
Les deux hommes se verront régulièrement jusqu&#8217;à la mort du grand écrivain, le 17 octobre 1981. Leurs rencontres auront toujours lieu à Genève, au 7 avenue Krieg où l&#8217;auteur de Belle du Seigneur vivait avec sa femme Bella. Albert Cohen a ardemment désiré que Bernard-Henri Lévy incarnât son Solal dans [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="alignleft size-full wp-image-3415" title="albert cohen" src="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2009/12/albert-cohen.jpg" alt="albert cohen" width="86" height="112" />&#8230; <strong>Bernard-Henri Lévy rencontre Albert Cohen.</strong><br />
Les deux hommes se verront régulièrement jusqu&#8217;à la mort du grand écrivain, le 17 octobre 1981.<span id="more-3412"></span> Leurs rencontres auront toujours lieu à Genève, au 7 avenue Krieg où l&#8217;auteur de <em>Belle du Seigneur</em> vivait avec sa femme Bella. Albert Cohen a ardemment désiré que Bernard-Henri Lévy incarnât son Solal dans un projet de film qui, hélas, ne vit jamais le jour et où il semble que Catherine Deneuve ait été pressentie pour jouer le role d&#8217;Ariane. Plusieurs réunions eurent lieu au 17 avenue Krieg, à ce sujet. Accompagneront Bernard-Henri Lévy Daniel Toscan du Plantier alors à la Gaumont et Martine Offroy, son adjointe. Bernard-Henri Lévy m&#8217;a confié plusieurs lettres du maitre, très émouvantes, et m&#8217;a autorisée à les reproduire.<br />
<strong>Liliane Lazar.</strong></p>
<p> </p>
<p>&nbsp;&raquo; le 12 mars 1978</p>
<p>Cher Bernard-Henri Lévy,</p>
<p>J&#8217;ai le plus souvent oublié la présence de votre petit enregistreur. Certains passages devront donc être modifiés ou même supprimés par moi. Je vous demande donc de considérer cet enregistrement comme confidentiel et à vous seul destiné. Seul un texte approuvé et complété par moi pourra être publié. Merci déjà.</p>
<p>Je vous dis la grande joie que m&#8217;a apportée votre visite.&nbsp;&raquo;<br />
<strong> </strong></p>
<p><strong>Albert Cohen</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;-</p>
<p><img class="alignleft size-medium wp-image-3417" title="lettre Albert Cohen023" src="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2009/12/lettre-Albert-Cohen0231-243x300.jpg" alt="lettre Albert Cohen023" width="243" height="300" /></p>
<p> </p>
<p> </p>
<p>&laquo;&nbsp;13 mars</p>
<p>J’ai soudain envie de vous écrire parce que j’ai pensé à vous, à cette longue merveilleuse visite durant laquelle j’ai été devant une intelligence juive dont plus tard le nom véritable sera sans doute génie.<br />
Salut au Prince de Samarie.&nbsp;&raquo;</p>
<p><strong>Albert Cohen</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8211;</p>
<p>Sans date</p>
<p>&laquo;&nbsp;Cher Solal, merci de l’envoi du Testament et merci aussi de la dédicace dont votre bienveillance me dote. Je ne vous ai pas encore lu parce que la sortie de Carnets m’a apporté et m’apporte du tumulte. Je vais bientôt en sortir et j’aurai enfin la joie de vous lire et admirer.</p>
<p>Amicalement à vous.&nbsp;&raquo;<br />
<strong></strong></p>
<p><strong>Albert Cohen</strong></p>
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		<title>Le 12 octobre 1993&#8230;</title>
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		<pubDate>Tue, 01 Dec 2009 11:55:48 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Liliane Lazar</dc:creator>
				<category><![CDATA[Ce jour-là...]]></category>
		<category><![CDATA[Son actualité]]></category>

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		<description><![CDATA[&#8230; Bernard-Henri Lévy rencontre Samir Landzo, en pleine guerre de Bosnie.
Le témoignage de Samir Landzo.  Ce jour, cette année, la Bosnie et Herzégovine était en pleine guerre. Triste et incompréhensible période pour la plupart des habitants.On vivait, on luttait, on défendait Sarajevo et la Bosnie en ayant l’impression d’être seuls au monde, abandonnés par le [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="alignleft" title="bosnie guerre022" src="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2009/12/bosnie-guerre022-300x192.jpg" alt="bosnie guerre022" width="200" height="128" /><strong>&#8230; Bernard-Henri Lévy rencontre Samir Landzo, en pleine guerre de Bosnie.</strong><br />
Le témoignage de Samir Landzo. <span id="more-3402"></span> Ce jour, cette année, la Bosnie et Herzégovine était en pleine guerre. Triste et incompréhensible période pour la plupart des habitants.On vivait, on luttait, on défendait Sarajevo et la Bosnie en ayant l’impression d’être seuls au monde, abandonnés par le monde entier, avec un embargo sur le dos qui nous empêchait de nous procurer des armes pour nous défendre. Ce goût amer d’une vie soudainement brisée, remplie de questions auxquelles nous n’avions pas les réponses. C’était la période des résolutions UN auxquelles on ne faisait plus attention et qui ne nous rendaient ni plus heureux ni plus tristes que cela car tout simplement elles ne voulaient rien dire et n’obligeaient à rien ceux qui tiraient sur Sarajevo et ses habitants.</p>
<p>Comme tout le monde, je me suis engagé dans l’armée bosniaque. Au début, toutes nos unités étaient organisées par quartier et empêchaient les tchetniks de pénétrer dans la ville. Avec le temps, ces unités ont commencé à former l’armée bosniaque. Une armée avec peu d’armes mais avec beaucoup de soldats de toutes nations et religions prêts à défendre Sarajevo et la Bosnie.</p>
<p>Sans éducation militaire mais grâce à mon expérience et au nombre de combats auxquels j’ai participé, je suis devenu le chef des opérations de mon unité. Avec le temps, j’ai eu le grade d’un lieutenant-colonel. Comme mon unité était une unité d’intervention, j’ai fait presque toute la Bosnie en guerre.</p>
<p>C’est à cette période, le 12 Octobre 1993, que j’ai été convoqué d’urgence à l’état major de l’armée bosniaque. Dans le bureau du Commandant de l’armée je rencontre pour la première fois Bernard-Henri Lévy qui s&#8217;apprête à tourner &laquo;&nbsp;Bosna!&nbsp;&raquo;, son grand film-document sur la Bosnie en guerre.</p>
<p>Après une courte présentation on s’est tous assis dans le bureau. Lors de la discussion qui a suivi entre notre état majeur et Bernard, je me rends compte que nos généraux sont au courant de tout ce qu’il fait pour la Bosnie. Je ne peux pas intervenir et dire que moi aussi, comme la plupart des habitants de Bosnie et Herzégovine, j’ai entendu parler de ce philosophe français qui a levé sa voix et qui était à la tête de ce mouvement des intellectuels français pour la Bosnie. Comme partout, la hiérarchie militaire m’empêche ! Je sens quand même que j’aurai l’occasion de le lui dire après. Je le regarde. Il est accompagné par le plus proche assistant du Président Izetbegovic ce qui, en même temps, me rend heureux car cela veut dire que les vrais amis de ce pays oubliés sont « welcomed » comme il faut.<br />
Contrairement à tous les usages, je reçois des instructions précises d’accompagner Bernard sur toutes les lignes de front, de tout lui montrer et de ne rien cacher, lui un civil et en plus étranger ! Pour les besoins de son film, les archives militaires seront à sa disposition ainsi que celles de la Télévision bosniaque. Il a le droit de voir et filmer ce que bon lui semble pour le film. Je regarde avec les yeux grands ouverts car c’est du jamais vu !</p>
<p>Pour lui il n’y pas de « fausses premières lignes » que l’on montre d’habitude pour des questions de sécurité. Il n’y pas de situation trop dangereuse, comme c&#8217;est l&#8217;habitude pour les non-militaires. Pendant la réunion je vois que Bernard-Henri Lévy est très ferme. Il veut absolument voir le front, les premières lignes, les soldats &#8211; parler avec eux, voir nos bases militaires, les prisonniers&#8230; Je commence à comprendre qu’il veut, comme il a plusieurs fois dit pendant la réunion, vivre la guerre avec la caméra, la voir tel qu’elle est en réalité et la montrer dans son film. Je comprends aussi qu’à part le film et la caméra, il veut en tant que Bernard-Henri Lévy, le philosophe qui défend la cause bosniaque, voir comment est et comment se comporte cette armée bosniaque.</p>
<p>Je tourne mon regard de temps en temps vers lui. Sa détermination, surtout son courage, me surprennent. Il est jeune, en pleine forme, beau… Pas du tout l’image que j’avais d’un philosophe. Pas vieux, pas a peine vivant, pas de phrases incompréhensibles… Je dois avouer que c’est la première fois que je rencontre un vrai philosophe moderne. Je suis très heureux d’être celui qui va l’accompagner dans sa « mission ». Je sais déjà que ça va être une exploration de la Bosnie en guerre, une « mission dangereuse » qu’on a rarement l’occasion de faire de si près. Des mines partout, des obus, des tirs&#8230;</p>
<p>Est-il obligé de le faire? Nous, les soldats bosniaques nous sommes condamnés à le faire. C’est notre devoir, notre destin. Mais est-ce le devoir de celui qui défend une cause à laquelle il n’est pas lié par ses racines, sa famille ou son pays?</p>
<p>Et je ne me suis pas trompé. C’est un homme courageux. Il a assisté à la libération de villes bosniaques « en direct ». Il est entré dans des villes pendant que les combats de rue duraient encore. Il a dormi avec nos soldats dans des cabanes, des tranchées, en plein air&#8230; Il a su parler avec ces soldats épuisés, désespérés&#8230; Il a parlé de l’Espagne, de la résistance française, de son père&#8230; Dans le regard de nos soldats j’ai vu qu’ils en avaient besoin. Il y a une seule chose qu’il n’a jamais voulu faire, même pas pour rigoler : c’était de prendre un fusil. Il nous disait que son arme est son stylo, ses pensées et la façon de les dire, de les écrire&#8230; On a tous très bien compris cela et on n’a pas insisté.</p>
<p>Il a assisté au retour des gens sur leurs terres dévastées, maison détruites et j’ai senti une joie sincère de sa part. Une compréhension sincère de ces Bosniaques qui quelques heures après les combats seulement essayaient de rentrer chez eux d’où ils avaient été chassés auparavant.</p>
<p>C’est pendant ces moments là où je le regarde partager le sort des soldats et réfugiés affamés et épuisés que je me suis rappelé quelques journalistes français de Sarajevo. Quand je leur ai dit que j’ai rencontré BHL et que je vais l’accompagner à travers la Bosnie, il m’ont dit : il n’en a rien à foutre de vous les Bosniaques, vous êtes des Musulmans, il est Juif. Il ne vous aime pas, il le fait pour sa propre promotion, pour la gloire&#8230; Il vous déteste, il ne sait même pas ce qui se passe ici&#8230; Il lui faut un hôtel, il va repartir tout de suite&#8230;<br />
Déjà, avant de partir j’étais sûr qu’ils avaient tort. Après avoir passé avec Bernard des heures, des journées et semaines sous les bombes, sous la pluie, dans la neige, après avoir vécu des situations très dangereuses, j’en étais sûr et j’en étais témoin. Non seulement ils avaient tort mais ils n’ont jamais rien compris de cet homme.</p>
<p>Aujourd’hui il n’y a plus de guerre en Bosnie. Nous n’attirons plus l’attention mondiale mais Bernard-Henri Lévy est toujours là, il s´intéresse, il demande, il appelle, il vient, il soutient le plus grand projet pour enfants de Bosnie et Herzégovine. Là aussi, je pense qu’il a raison, il faut travailler avec les enfants, notre futur, car nous, nous sommes trop empoisonnés par le passé.</p>
<p><strong>Samir Landzo</strong></p>
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		<title>17 décembre 2000 Radio-Télévision Renaissance–Bujumbura–Burundi&#8230;</title>
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		<pubDate>Fri, 13 Nov 2009 12:53:17 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Liliane Lazar</dc:creator>
				<category><![CDATA[Ce jour-là...]]></category>
		<category><![CDATA[Son actualité]]></category>

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		<description><![CDATA[&#8230; le 17 décembre 2000. Bernard-Henri Lévy montrait, dans l&#8217;Afrique des Grands Lacs, comment fonctionne un intellectuel engagé.
Cette archive, on ne la trouvera pas à l&#8217;INA. Et pourtant c&#8217;est une des apparitions télé les plus intéressantes de Bernard-Henri Lévy. Nous sommes le 17 decembre 2000. Bhl est en reportage, pour le journal Le Monde, au [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="alignleft size-full wp-image-3249" title="Le 17 décembre 2000" src="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2009/11/le-17-decembre-2000.jpg" alt="Le 17 décembre 2000" width="150" height="128" /><strong>&#8230; le 17 décembre 2000. Bernard-Henri Lévy montrait, dans l&#8217;Afrique des Grands Lacs, comment fonctionne un intellectuel engagé.</strong><br />
Cette archive, on ne la trouvera pas à l&#8217;INA. Et pourtant c&#8217;est une des apparitions télé les plus intéressantes de Bernard-Henri Lévy. Nous sommes le 17 decembre 2000. Bhl est en reportage, pour le journal<span id="more-3245"></span> Le Monde, au Burundi. Son reportage s&#8217;achève. Il est repassé par Bujumbura, capitale du Burundi.</p>
<p>Et, avant de repartir pour la France, il répond aux questions de Innocent Muhozi, le directeur général de la télévision nationale du Burundi. Il parle du Rwanda qui sort à peine de son génocide. Il parle de l&#8217;holocauste contre les juifs, qui n&#8217;a pas empêché l&#8217;hécatombe au Rwanda. De la responsabilité de l&#8217;Europe à l&#8217;égard de ces guerres oubliées d&#8217;Afrique dont le génocide au Rwanda et le début de génocide au Burundi sont les prototypes. Du colonialisme. Du fait que le colonialisme n&#8217;excuse pas tout. Il dit pourquoi la démocratie n&#8217;est pas un luxe réservé aux pays riches et pourquoi les peuples d&#8217;Afrique ont absolument le droit, comme les peuples d&#8217;Europe, de la réclamer pour eux. Un Bernard-Henri Lévy intelligent et enflammé. Un Bernard-Henri Lévy qui met la philosophie au service de son engagement. C&#8217;est dans la foulée de cette interview que Bernard-Henri Lévy créera, avec le même Innocent Muhozi, la radio burundaise qu&#8217;évoquait ici même, il y a quelques jours, David Gakunzi.</p>
<p>Bernard-Henri Lévy ne parle jamais de cette radio. De même, il parle rarement du rôle qu&#8217;a joué la &laquo;&nbsp;Fondation André Lévy&nbsp;&raquo;, créée après la mort de son père, dans la genèse de cette radio ainsi que dans la genèse d&#8217;autres projets du même genre. Nous le faisons, ici, pour lui. Et nous le ferons encore. Là, on est loin de Saint-Germain des Prés. On est à des kilomètres de Sarkozy, Chirac, la gauche et le reste. On a perdu le contact avec les petites polémiques intellectuelles parisiennes. Ce Bernard-Henri Lévy là est un Bernard-Henri Lévy qui se coltine la misère du monde. C&#8217;est un intellectuel qui va sur le terrain. C&#8217;est un homme qui ne se contente pas de parler, mais qui réalise ce dont il parle. Dommage qu&#8217;on ne le voie pas plus souvent sous ce jour. Et merci à David Gakunzi, à Innocent Muhozi, à leurs amis du Centre Martin Luther King et à la radio télévision nationale du Burundi d&#8217;avoir conservé ce document et de nous l&#8217;avoir donné.</p>
<p>Liliane Lazar.</p>
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		<item>
		<title>En décembre 2000&#8230;</title>
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		<pubDate>Fri, 30 Oct 2009 19:06:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Liliane Lazar</dc:creator>
				<category><![CDATA[Ce jour-là...]]></category>
		<category><![CDATA[Son actualité]]></category>

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		<description><![CDATA[&#8230; Bernard-Henri Lévy créait une radio au Burundi
par David Gakunzi, écrivain, journaliste.
C’était un jour de décembre 2000. Le Burundi était en guerre. Bujumbura était en proie à la terreur de l’histoire. 
Chaque jour, comme possédés par les démons de la mort, les Burundais entrégorgeaient d’autres Burundais avec un acharnement hallucinatoire. Le pire était déjà là [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="size-thumbnail wp-image-3131 alignleft" title="david Gakunzi" src="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2009/10/david-Gakunzi1-150x117.jpg" alt="david Gakunzi" width="150" height="117" /><strong>&#8230; Bernard-Henri Lévy créait une radio au Burundi</strong><br />
par <strong>David Gakunzi</strong>, écrivain, journaliste.</p>
<p>C’était un jour de décembre 2000. Le Burundi était en guerre. Bujumbura était en proie à la terreur de l’histoire. <span id="more-3127"></span><br />
Chaque jour, comme possédés par les démons de la mort, les Burundais entrégorgeaient d’autres Burundais avec un acharnement hallucinatoire. Le pire était déjà là : des morts sans nombre. Le pire allait venir : d’autres morts sans tombe.<br />
La face du soleil voilée par la détresse, l’esprit fragmenté par la haine, perdus dans les sentiers obscurs du code génétique, des origines pures, en agonie dans les marécages de l’histoire, à l’autre bout du monde, nous autres Burundais, étions la communauté invisible de ceux qui souffrent loin du monde, hors du monde, enfermés dans un enfer grillagé par l’indifférence des autres. Nous étions l’autre Somalie. Oubliés, ignorés du monde. C’est à cette époque que Bernard Henri Levy est venu au Burundi.</p>
<p>Qu’était-il venu faire dans cette terre en lambeaux, meurtrie par le non sens de la guerre du voisin contre le voisin, cette terre meurtrie comme par un temps qui s’achève ? Ma question était directe. Sa réponse sans détour : « Face à l’ignominie, nul n’a le droit de rester muet. Nous avons tous le devoir de témoigner pour les incomptés du monde et les morts sans sépulture dont la communauté internationale se moque absolument. »</p>
<p>C’était un jour de décembre 2000. Nous étions trois dans un café d Bujumbura. Bernard, Innocent Muhozi, alors directeur générale de La Radio Télévision nationale, et moi-même. Très vite nos discussions ont tourné autour des chemins – ô combien parfois labyrinthiques – de l’ethnicité, de la vérité, de la mémoire, du pardon, de la justice à rendre pour les vivants et les morts. Des sujets qu’il venait d’aborder avec Innocent à l’antenne de la Télévision nationale burundaise dans l’émission politique la plus regardée de la région.</p>
<p>C’était un jour de décembre 2000. Naturellement, il nous est venu d’évoquer le génocide contre les Tutsi du Rwanda. Du rôle de la manipulation mentale dans la mise en œuvre de cette horreur absolue. Du rôle de la propagande haineuse de la Radio des Milles collines, la radio de la haine, la « radio machette » qui appelait inlassablement, à longueur de journées « le peuple à sortir avec machettes, lances, flèches, houes, pelles, râteaux, clous, bâtons, fers électriques, fils de fers barbelés, pierres, pour tuer, dans l’amour et l’ordre, tous les Tutsi, ceux qui ont des longs nez, qui sont grands et minces », à « tuer même les enfants » jusqu’à ce que « les fosses soient pleines ».<br />
De cette discussion sur cette radio de la mort a émergée, est née l’idée de créer un média à l’opposé de la radio milles collines ; une radio qui serait un vecteur de citoyenneté, un vecteur d’espérances, de fraternité pour aider les Burundais à tracer un chemin nouveau, à inventer un autre avenir rejetant la ligne de partage des sans, à construire une paix partagée par tous, une paix construite par tous.<br />
Comme le dira Bernard plus tard dans une interview : « on s’est dit, au fond, que ce que les salopards, les criminels de Radio Mille collines ont fait pour le mal, pourquoi on n’essaierait pas de le faire pour le bien ? Si la parole peut avoir ce pouvoir d’attiser les haines, de créer les différences, des différences artificielles, est-ce qu’elle ne pourrait pas avoir ce pouvoir inverse de prêcher la fraternité, d’enseigner que els différences ne sont jamais si infranchissables qu’on peut le dire ? » C’était dans un café de Bujumbura. Nous étions trois, Bernard, Innocent et moi-même.</p>
<p>Prestement Bernard a mobilisé la Fondation André Lévy, baptisée du nom de son père, et quelques mois après son passage au Burundi, l’antenne de « Radio Renaissance, la voix de la citoyenneté », était visible dans le ciel de Bujumbura. Très vite, cette fréquence de la paix est devenue une véritable institution de référence dans le paysage médiatique locale et régionale, reconnue pour son travail d’information rigoureux et son indépendance éditoriale. Depuis, cette voix de la citoyenneté a fait son chemin : elle est devenue aujourd’hui une radio télévision. Une radio télévision qui porte le courage de la paix : défendre les libertés humaines, faire entrer la citoyenneté au creux de la vie quotidienne. Son tempo, son timbre, ses images constituent, sans conteste, un des remparts contre le retour à la barbarie au Burundi. « Face à l’ignominie, nul n’a le droit de se taire. »</p>
<p>Il y a ceux qui observent, contemplent, interprètent le monde et ceux qui agissent, qui essaient de poser des actes d’espérance. Et puis, il y a ceux &#8211; ils sont rares- qui arrivent à faire les deux. Loin de la splendeur des honneurs, laboureur du champ de la fraternité des hommes au-delà des frontières géographiques et culturelles, parfois à contre-courant, Bernard est de ceux-là.</p>
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		<title>18 septembre 1989&#8230;</title>
		<link>http://www.bernard-henri-levy.com/le-18-septembre-1989-2929.html</link>
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		<pubDate>Fri, 09 Oct 2009 12:38:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Liliane Lazar</dc:creator>
				<category><![CDATA[Ce jour-là...]]></category>
		<category><![CDATA[Son actualité]]></category>

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		<description><![CDATA[&#8230; Bernard-Henri Lévy rencontre Michel Leiris
c&#8217;est le 18 septembre 1989 qu’eut lieu cette rencontre avec Michel Leiris. S’il y a bien eu un personnage secret, dans la seconde moitié du XX° siècle français, c’est bien lui, Michel Leiris. C’est ce qui fait tout le prix de cet entretien, d’abord paru dans Les Aventures de la [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="alignleft size-full wp-image-2935" title="michel leiris" src="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2009/10/michel-leiris.jpg" alt="michel leiris" width="132" height="135" /><strong>&#8230; Bernard-Henri Lévy rencontre Michel Leiris</strong><br />
c&#8217;est le 18 septembre 1989 qu’eut lieu cette rencontre avec Michel Leiris. S’il y a bien eu un personnage secret, dans la seconde moitié du XX° siècle français, c’est bien lui, Michel Leiris. <span id="more-2929"></span>C’est ce qui fait tout le prix de cet entretien, d’abord paru dans<em> Les Aventures de la liberté.</em> Et c’est pourquoi nous le republions ici, tel un document exceptionnel. C’est l’entretien le plus détaillé qu’ait jamais accordé l’auteur de <em>L’Age d’homme </em>et de <em>La Règle du Jeu</em>. Et c’est, aussi, le tout dernier – un an avant de mourir, le 30 septembre 1990.<br />
Liliane Lazar</p>
<p>&laquo;&nbsp;C’est le 18 septembre 1989 que j’ai rencontré Michel Leiris. J’avais d’abord essayé, sans trop y croire, de la convaincre de se laisser filmer. Il avait refusé fidèle, en cela, à une éthique qu’il partageait avec quelques autres mais à laquelle il s’était, lui, toujours scrupuleusement tenu. Je suis revenu à la charge quelques mois plus tard pour une interview enregistrée, mais non filmée, et qui porterait, lui avais-je dit, sur quelques points restés obscurs de l’histoire d’Acéphale, de Contre-Attaque ou du Collège de Sociologie et il avait, non sans hésitation, fini cette fois par accepter. L’entretien se déroula chez lui, quai des Grands-Augustins, dans le bel appartement bourgeois, rempli d’objets et de beaux meubles qu’il habitait déjà au temps des surréalistes et qui les impressionnait sûrement. Il était tel que je l’avais imaginé. Petit. Râblé. La même tête de boxeur qu’il avait lui-même décrite dans des pages de L’Âge d’homme que je connaissais par cœur. Et s’il n’y avait eu cette voix malade à laquelle je m’attendais un peu mais que je n’imaginais ni si cassée, ni si douloureuse, je l’aurais reconnu sans l’avoir jamais rencontré. Beaucoup de courtoisie avec cela. Une patience infinie. Des réponses précises, détaillées, aux questions que je lui posais. Dois-je dire le prix qu’attachait à cette rencontre le futur directeur de <em>La Règle du jeu </em>?<br />
<em>- On a souvent parlé, notamment Klossowski, d’une « tentation fasciste » chez Georges Bataille. Qu’en pensez-vous ?</em><br />
- Ce n’est pas une invention de Klossowski, cela s’est dit. À mon avis, Bataille était profondément antifasciste. Ce qui est certain, en revanche, c’est qu’il était impressionné par les moyens de propagande du fascisme, par le charisme de Hitler. Mais enfin, on ne peut pas dire qu’il était fasciné. Son rêve, c’aurait été de trouver, au profit de la gauche, des moyens de propagande aussi efficaces que les moyens déployés à l’extrême droite. Je crois que c’est ça que l’on peut dire.<br />
<em>- On a beaucoup parlé aussi de cette histoire d’Acéphale. C’était deux choses. Une revue. Et une société secrète. Qu’est-ce que c’était que cette société secrète ?</em><br />
- Je n’en étais pas !<br />
<em>- Vous n’en étiez pas, oui, je sais. Mais pourquoi ?</em><br />
- C’était très personnel. Je trouvais que les choses se passaient entre un certain nombre d’entre nous comme si nous avions constitué une société secrète et que ça n’avait pas de sens de l’institutionnaliser. Il valait mieux que ça reste tacite, une entente tacite.<br />
<em>- Est-ce que vous pensez que c’était sérieux? Même dans l’esprit de Bataille ?</em><br />
- Je crois que c’était sérieux. Oui. J’en suis convaincu.<br />
<em>- Avec tout de même des choses bizarres, des rites absurdes.</em><br />
- Je n’en sais rien ! Je n’ai pas été initié. Ceux qui étaient dans le secret ont été très corrects. Ils n’ont jamais livré les secrets d’Acéphale.<br />
<em>- Vous pensez donc qu’il y avait une initiation ?</em><br />
Il y avait une initiation, ça, je le sais. Ce qu’elle était, je l’ignore. Mais il y avait une initiation.<br />
<em>- Donc la revue était la face exotérique de cette histoire ?</em><br />
- C’est ça.<br />
<em>- On a parlé, notamment, de scènes étranges à Saint-Nom-la-Bretèche.</em><br />
- À Saint-Germain !<br />
<em>- Non, non, Saint-Nom-la-Bretèche…</em><br />
- Saint-Nom-la-Bretèche aussi ? Ah, je ne le savais pas. Je n’en sais rigoureusement rien. Je vous dis que je n’ai pas été initié. J’ai des amis qui l’ont été. Notamment un ami disparu maintenant, Patrick Waldberg. Mais ils n’ont jamais soufflé mot de ce qu’était cette initiation.<br />
<em>- Tout cela ne vous paraissait pas un peu puéril ?</em><br />
- Légèrement puéril, je vous l’accorde. Je considérais ça, je ne dirai pas comme un enfantillage, mais pas très loin.<br />
<em>- Et puis c’est l’époque où il y a tout ce travail sur Nietzsche : reprendre Nietzsche aux fascistes, en gros…</em><br />
- C’est ça.<br />
<em>- Quel était le sens de cette réhabilitation ?</em><br />
- C’était cela. Arracher Nietzsche aux fascistes. Bataille était suffisamment antifasciste pour déplorer qu’ils se soient approprié Nietzsche. Vous savez comment ça s’est passé, cette appropriation de Nietzsche ? Avec l’édition tout à fait tendancieuse, par les soins de la sœur de Nietzsche… Son nom m’échappe…<br />
<em>- Elizabeth Foerster-Nietzsche.</em><br />
- C’est ça. L’idée de Bataille c’était de sauver Nietzsche des griffes des nazis.<br />
<em>- Dans cette opération, j’imagine que vous vous sentez proche de Georges Bataille ?</em><br />
- Tout à fait ! Il connaissait Nietzsche beaucoup mieux que moi. Je dois avouer que je n’ai à peu près aucune culture philosophique. Mais enfin, je l’approuvais tout à fait. Ce n’était pas comme pour Acéphale.<br />
<em>- Et puis il y a eu Contre-Attaque…</em><br />
- Contre-Attaque, je n’en ai jamais fait partie non plus. Je ne sais pas pourquoi, d’ailleurs. Si, je crois que ça me paraissait… Bataille parlait, par exemple, de fêter la décapitation de Louis XVI sur la place de la Concorde. Dans son esprit, c’était un moyen de propagande du côté gauche. Mais ça me paraissait puéril. De sorte que je n’ai pas fait partie de Contre-Attaque. J’étais d’accord sur les buts. Mais ça me paraissait prendre des formes, comment dire ? pas très sérieuses…<br />
<em>- Et pourtant Contre-Attaque c’était la réconciliation de Breton et de Bataille.</em><br />
- Évidemment.<br />
<em>- Donc ça aurait dû vous passionner…</em><br />
- Si l’on veut.<br />
<em>- Parlons de cette réconciliation, voulez-vous. Qui des deux venait sur le terrain de l’autre ?</em><br />
- Ils se sont rapprochés. Je ne crois pas que l’on puisse dire que l’un a fait des concessions à l’autre. Ils se sont rapprochés. C’est la menace fasciste, le danger commun, qui ont fait que les vieilles querelles ont été oubliées pour un temps.<br />
<em>- Breton avait pardonné à Bataille ? Il avait oublié le second </em>Cadavre ?<br />
- C’était du passé.<br />
<em>- Un passé récent, tout de même ?</em><br />
- Sans doute.<br />
<em>- Soupault m’a dit un jour que pour lui, au contraire, Breton n’avait jamais pardonné et qu’au moment de cette attaque contre lui des amis de Bataille, il a eu peur, très peur comme s’il risquait de se retrouver très isolé…</em><br />
- J’ai l’impression, en effet, qu’il avait très mal vécu cette histoire du Cadavre. Comme chacun sait, Breton avait mauvais caractère. Il ne se laissait pas facilement marcher sur les pieds. Mais enfin, je ne crois pas que ça lui ait fait grand peur.<br />
- <em>Qui a pris l’initiative du </em>Cadavre ?<br />
- Je crois bien que c’est Bataille lui-même.<br />
<em>- Parce qu’il y a deux versions : une version Bataille et une version Desnos.</em> &#8211; Desnos ? tiens, je ne savais pas. Je ne connaissais pas cette version. Enfin, remarquez que moi je suis mauvais juge puisque c’est de Bataille que j’étais le plus proche et que c’est lui, Bataille, qui m’en a parlé. Donc, j’ai eu le sentiment que c’était une idée de Bataille.<br />
<em>- Quelle était l’idée, au juste ?</em><br />
- Je vous l’ai dit : c’était de faire pièce à la propagande…<br />
- <em>Non, je vous parlais du </em>Cadavre.<br />
- Ah ! le <em>Cadavre</em>… C’est autre chose ! L’idée était de descendre Breton en flammes et de l’attaquer sur son propre terrain. Il y avait eu « Un cadavre » à propos d’Anatole France. On voulait reprendre le même titre, et la même méthode, contre lui… Cela dit, soyons sérieux. Je ne sais plus très bien ce que j’en ai pensé sur le moment. Mais ce que je puis vous dire, aujourd’hui, c’est que tout ça me paraissait quand même assez canularesque.<br />
<em>- Il y a deux ou trois hommes qui ont dominé cette époque. Bataille et Breton en tout cas. J’ai un peu de mal à les imaginer ensemble. Je crois que c’est vous qui les avez présentés l’un à l’autre…</em><br />
- Non, non, je ne les ai pas présentés. Si ? En tout cas, ça ne s’est pas fait de façon particulièrement cérémonieuse. Par contre, j’avais fait se rencontrer Bataille et Aragon. Ça, je me le rappelle. Aragon s’était montré assez dédaigneux vis-à-vis de Bataille. Il le considérait comme un dadaïste attardé. Il me l’avait dit. Je ne sais pas s’il avait employé exactement le terme de « dadaïste attardé ». Mais enfin, c’est ça que ça voulait dire.<br />
<em>- Et Bataille ? Il était impressionné par Aragon ?</em><br />
- Hum… Pas vraiment. Bataille était certainement impressionné par Breton. Hostile, mais impressionné. Par Aragon, je ne crois pas.<br />
<em>- C’est tout de même vous, si l’on en croit, notamment, le livre de Michel Surya, qui aviez organisé la première rencontre entre Breton et Bataille. Il était question, je crois, que celui-ci traduise les Fatrasies pour la Révolution surréaliste.</em><br />
- C’est cela, oui. J’ai été l’intermédiaire. C’est-à-dire que j’ai remis le texte des Fatrasies à Breton pour la Révolution surréaliste. Est-ce que je les ai présentés l’un à l’autre, à ce moment-là ? Peut-être… Peut-être, oui, que j’ai amené une fois Bataille au Cyrano. Mais, je vous le répète, ça n’avait rien de solennel. Ce n’était pas une entrevue, la chose sûre, en tout cas, c’est que Bataille, malgré mes efforts, s’est absolument refusé à signer le texte de présentation de ces Fatrasies ! Même par ses initiales ! Il a consenti à nous donner le texte, certes. Mais sans que son nom apparaisse en quoi que ce soit.<br />
<em>- Pourquoi?</em><br />
- Parce qu’il se méfiait du surréalisme. Par amitié pour moi, il a accepté de donner le texte. Mais il voulait que ça reste incognito.<br />
<em>- Donc Bataille n’a jamais été fasciné par le surréalisme qui était, pourtant, l’aventure de toute votre génération. Il a échappé à cette fascination ?</em><br />
- Il n’y a aucun doute.<br />
<em>- Si ce que vous dites est exact, c’est bien le seul parmi tous les esprits de cette époque…</em><br />
- Ce qu’il y a, c’est que Bataille était, au fond, un peu comme Breton. Il aimait beaucoup créer des revues, être entouré, avoir son équipe. Alors l’équipe surréaliste était une équipe rivale de celle qu’il souhaitait constituer.<br />
<em>- Et qu’il a constituée ?</em><br />
- Oui, à l’époque de Documents. Et puis, ce qui est certain, c’est que Bataille considérait Breton comme un idéaliste ce qui, pour lui, était un péché mortel.<br />
<em>- Que voulait-il dire par là ?</em><br />
- Il voulait dire que le matérialisme affiché de Breton était purement verbal ce qui est la vérité vraie. Je ne reproche pas à Breton d’avoir été un idéaliste, mais le fait est qu’il l’était. Breton a vu la Révolution en idéaliste, ça c’est certain.<br />
<em>- Bataille n’était pas impressionné par le charme de Breton ?</em><br />
- Sur le tard, peut-être. Puisque, comme vous le savez, les rapports Breton-Bataille se sont énormément adoucis quelques années après le Cadavre. Alors, il a pu être impressionné, un peu, par Breton qui n’était tout de même pas n’importe qui. Mais c’est venu sur le tard. À l’époque dont nous parlons, ce n’était pas du tout ça. Les manières mêmes de Breton ne pouvaient que déplaire à Bataille qui était beaucoup plus, comment dirais-je ? beaucoup plus sur ses pieds…<br />
- <em>C’est ça. C’est le fameux article de</em> Documents <em>sur, justement, « Le gros orteil »…</em><br />
- Exactement. Je crois d’ailleurs que Breton s’est moqué de ce texte dans le « Second manifeste »… Je crois bien… Évidemment, « Le gros orteil », c’était comme cet autre article intitulé « Le bas matérialisme et la gnose ». Dans cet article, il y avait, il me semble, une note assassine contre Breton. Il s’agissait, en tout cas, d’un matérialisme moins abstrait que celui des surréalistes. Un authentique matérialisme.<br />
<em>- Aujourd’hui, avec le recul, qui avait raison : Bataille ou Breton ?</em><br />
- Je me sens, bien sûr, beaucoup plus proche de Bataille. J’avais avec lui une intimité que je n’avais jamais eue avec Breton. Et puis cette idée selon laquelle le surréalisme serait resté trop idéaliste, je la partageais et je la partage encore.<br />
<em>- On peut parler une seconde de </em>Documents ?<br />
- <em>Documents, </em>c’était une espèce de fourre-tout. Je ne sais pas si vous avez lu cet article que j’avais écrit qui s’appelait « De Bataille l’impossible à l’impossible Documents » ? Là, je dis à peu près ce que j’en pensais. C’était un rassemblement, assez hétéroclite, de gens de bords très différents…<br />
<em>- Est-ce que, dans l’esprit de Bataille, c’était une alternative au groupe surréaliste ? Est-ce que c’était sa bande à lui ?</em><br />
- Ah oui ! Ça, certainement ! Il n’y a pas le moindre doute ! Il y avait d’ailleurs des dissidents surréalistes qui collaboraient à Documents à commencer par moi.<br />
<em>- Vous avez rompu avec Breton à ce moment-là ?</em><br />
- Évidemment. À l’époque du <em>Cadavre</em>.<br />
<em>- Vous ne vous êtes jamais réconciliés ?</em><br />
- Si, on s’est réconciliés sur le tard ; mais, là non plus, sans solennité. On s’est rencontrés à un arrêt d’autobus… On s’est serré la main et on a fait le voyage ensemble, dans l’autobus.<br />
<em>- C’était en quelle année ?</em><br />
- Je ne peux pas vous dire. C’était peu d’années avant la mort de Breton. Au Trocadéro. C’était l’autobus 63.<br />
<em>- Si je comprends bien, il ne vous a, sur le moment, c’est-à-dire dans les années trente, pas pardonné votre alliance avec Bataille ?</em><br />
- Sûrement pas ! Quand le Cadavre était, si j’ose dire, encore tout frais, la rupture était franche, et sérieuse. Ça s’est adouci peu à peu.<br />
<em>- Et tous les côtés religieux de Bataille ? Cette volonté de créer une nouvelle religion ou, en tout cas, de s’intéresser de très près à toutes ces histoires de Sacré ?</em><br />
- Son biographe, Michel Surya, a parlé de ça de manière très documentée. Le premier écrit de Bataille était un écrit pour vilipender le sacrilège qu’avaient commis les Allemands en 1914, quand ils ont bombardé la cathédrale de Reims.<br />
<em>- Je pensais surtout à tout ce qui s’est passé autour du . Collège de Sociologie…</em><br />
- C’était basé sur le Sacré, en effet.<br />
<em>- Vous étiez proche du Collège ? Vous en étiez même l’un des fondateurs ?</em><br />
- Oui, bien sûr. Puisque j’étais même, avec Caillois et Bataille l’auteur d’un des textes qui annonçaient tout ça à la NRF. Mais je trouvais (je l’ai exprimé dans une lettre qui a été publiée par Denis Hollier) que Bataille en prenait tout de même un peu trop à son aise avec les idées de Mauss.<br />
<em>- C’est-à-dire ?</em><br />
- C’est-à-dire qu’il y avait des exagérations sur le Sacré. Comme si Mauss avait considéré le Sacré comme une explication de tous les phénomènes. En fait, c’était contradictoire avec l’idée même de « phénomène total » que Mauss avait mise en avant. Quand il parle de « phénomène total », il dit que les phénomènes ont toujours un aspect religieux, un aspect économique, un aspect moral, etc. Ce n’est pas forcément le Sacré qui domine.<br />
<em>- Qu’est-ce que Bataille répondait à ça ?</em><br />
- Il reconnaissait qu’il y avait un problème. Mais dans la lettre dont je vous parle, je demandais qu’on organise une grande séance, une sorte de congrès pour discuter de ça. Ça ne s’est jamais fait. Il faut dire, aussi, que j’ai envoyé cette lettre peu de temps avant la guerre. On a dû être empêchés par la guerre de donner suite.<br />
<em>- On voit bien, dans le livre de Denis Hollier, que vous êtes présent la première année et puis que, ensuite, vous disparaissez…</em><br />
- C’est ça. Je trouvais que Bataille y allait un peu fort. Il exagérait. Il ne faut pas oublier que moi j’étais l’élève direct de Mauss. J’avais suivi ses cours. Je me serais considéré un peu comme un traître vis-à-vis de Mauss si je n’avais pas formulé ces objections, marqué ces distances.<br />
<em>- Pardon d’y revenir une dernière fois. Mais est-ce que, dans ces distances que vous prenez, entre aussi cette histoire de fascination pour le nazisme ?</em><br />
- Je n’ai jamais pensé ça. Jamais. Klossowski l’a peut-être dit. Je lui laisse la responsabilité de cette déclaration. Ça n’a jamais été mon point de vue.<br />
<em>- Il y a quand même des textes bizarres à propos, par exemple, de la guerre.</em><br />
- Que Bataille ait été fasciné par la guerre, ça c’est sûr. Il disait qu’il fallait être à la hauteur de la guerre. Ça se reflète d’ailleurs dans la déclaration du Collège de sociologie à propos de Munich.<br />
<em>- Dont vous étiez signataire…</em><br />
- Dont j’étais signataire. Un peu réticent, mais signataire quand même.<br />
<em>-Réticent pourquoi ?</em><br />
- Je vous le dis franchement : j’étais bien content que le spectre de la guerre soit écarté. Mais j’étais d’accord, peut-être un peu hypocritement, avec l’idée que les démocraties, et la France en tout cas, n’avaient pas su fournir aux gens les mythes qui auraient permis d’affronter la guerre.<br />
<em>-Toute cette littérature sur la guerre, ces appels à la destruction, à la convulsion généralisée…, ça ne vous gênait pas ?</em><br />
- Je vous dis que j’étais réticent. Un texte, on peut le signer d’enthousiasme. Et puis on peut le signer en se disant qu’on est en désaccord avec certains de ses aspects…<br />
<em>- Le Collège, finalement, c’était surtout Bataille.</em><br />
- Évidemment.<br />
<em>- Est-ce que Bataille avait un charisme aussi puissant que celui de Breton ? Est-ce qu’il avait la même autorité ?</em><br />
- Je ne crois pas. La preuve, d’ailleurs, c’est qu’il n’a jamais fondé de mouvement analogue à ce qu’a été le surréalisme lequel, vous le savez, n’aurait pas existé s’il n’y avait pas eu Breton.<br />
<em>- Bataille était plus solitaire.</em><br />
- Ce n’est pas ça. Vous parliez tout à l’heure du charme de Breton. Eh bien, Bataille n’avait pas ce charme. Il avait un charme à lui, c’est entendu. Mais ce n’était pas Breton. Et puis son idéologie était, il faut bien le dire, encore plus dure que celle de Breton…<br />
<em>-Vous voulez dire qu’il était plus facile de se rallier à Breton ?</em><br />
-Oui, bien sûr. C’était un poète très poète, quoi. Il écrivait de jolies choses. Je ne dis pas ça pour le minimiser, mais pour dire que c’était plus attrayant que ce qu’écrivait Bataille. Je ne dis pas que c’était meilleur, mais plus attrayant.<br />
<em>-Bataille faisait peur ?</em><br />
-Ah ! Beaucoup !<br />
<em>-Il avait cette réputation ?</em><br />
-Il avait surtout la réputation de quelqu’un d’extrêmement débauché.<br />
<em>-Et puis il y a encore autre chose. Ce projet que vous avez eu, bien avant tout ça, du côté de 1924 ou 1925 : une organisation qui devait s’appeler « Oui »…</em><br />
-Ça, c’était une idée de Bataille…<br />
<em>-Je croyais que c’était une idée de vous.</em><br />
-Non, non, c’était une idée de Bataille. C’était un mouvement d’acquiescement. Dans un esprit zen. Je ne sais pas s’il connaissait le zen, à cette époque. Mais c’était bien dans l’esprit zen. Une espèce d’acquiescement apporté à toute chose. Une absolue non-résistance. Il trouvait qu’au mouvement « Non » qu’avait été dada, il fallait opposer un mouvement « Oui » qui serait un dadaïsme d’acquiescement au lieu d’être de négation…<br />
<em>-Et alors ? Pourquoi est-ce que ça ne s’est pas fait ?</em><br />
-Je n’en sais rien. C’est resté comme ça, dans des conversations.<br />
<em>-À cette époque-là il n’avait rien écrit, n’est-ce pas ? En tout cas rien publié ? Or, ce qui est frappant c’est l’extraordinaire autorité dont il jouissait quand même. Ça reste très mystérieux pour quelqu’un comme moi. Sur quoi se fondait cette autorité ?</em><br />
<em>- Sur sa conversation. Sur les propos qu’il tenait. Il avait, en effet, un très grand rayonnement…<br />
-Là aussi, c’était le contraire de Breton qui s’appuyait, lui, sur des monceaux de textes ?</em><br />
- Naturellement.<br />
<em>- Vous gardez du respect pour Breton aujourd’hui ?</em><br />
-Beaucoup. Je ne suis pas un thuriféraire de Breton, c’est entendu. Je sais qu’il avait de gros défauts. Mais enfin je garde beaucoup de respect. Je sais que je lui dois beaucoup puisque je dois beaucoup au surréalisme et que, comme je vous l’ai dit tout à l’heure, il n’y aurait, à mon sens, pas eu de surréalisme sans Breton.<br />
<em>- Dans ces années-là, vous avez croisé Lacan, j’imagine ? Il était proche de Bataille ?</em><br />
- Lacan, je l’ai connu, en effet. Je l’ai même connu très bien. Je le voyais tout le temps. Je n’ai jamais suivi ses séminaires. Mais enfin, nous étions amis. Surtout par sa femme, Sylvia, qui avait été la première femme de Bataille.<br />
<em>- Vous l’avez rencontré quand ?</em><br />
- Lacan, j’ai dû le rencontrer, attendez… Je l’ai rencontré chez Marie Bonaparte… Quand je suis rentré d’Afrique. Ça devait être en 1934… Marie Bonaparte s’était intéressée beaucoup à la mission à Djibouti dont j’avais fait partie. Alors il m’arrivait d’aller chez elle. Et elle m’avait dit une fois qu’elle connaissait un jeune psychanalyste qui serait très content de me rencontrer. C’était Lacan.<br />
<em>- Vous vous êtes liés tout de suite ?</em><br />
Je dois dire qu’il m’a tout de suite époustouflé avec ce que j’appellerai son hyperintellectualisme. Il y a toute une part de ses écrits qui me passent au-dessus de la tête, littéralement. Mais ça n’empêche pas une certaine sympathie.<br />
<em>- Il était proche des surréalistes, réellement, à ce moment-là ?</em><br />
- Oui, il était assez proche.<br />
<em>- Par quel biais ?</em><br />
- Par ce que Dali appelait « la méthode paranoïa-critique ». Je crois que c’était par là.<br />
<em>- Il avait des rapports avec Breton, par exemple ?</em><br />
- Bien sûr. Ils avaient de la déférence réciproque.<br />
<em>- Revenons à vous. Quand vous vous rapprochez des surréalistes, c’est Bataille, cette fois, qui en prend ombrage, j’imagine ?</em><br />
- C’est exact. J’aurais voulu qu’il devînt surréaliste lui aussi. Mais rien à faire. Il a considéré, non pas exactement que je passais à l’ennemi, mais enfin que c’était un peu une trahison amicale, que je cessais d’être tout à fait de son bord pour devenir du bord Breton.<br />
<em>- Et vous lui répondez quoi ?</em><br />
- Tout ça était implicite… Tacite… Il en a parlé, cela dit, je ne sais plus où… Dans Le Surréalisme au jour le jour, je crois…<br />
<em>- L’impression qu’on a de Bataille c’est celle d’un personnage très noir</em><br />
- Impression superficielle.<br />
<em>- C’est ça. Voilà.</em><br />
- Le reproche que je fais au livre de Surya, qui est très bien fait, très bien documenté, c’est qu’il n’a, justement, pas connu Bataille et qu’il en fait un portrait un peu trop noir. Bataille avait un côté bon vivant. Il ne faut pas s’imaginer que ces histoires de partouzes, etc. ressemblaient à des messes noires. Je n’y ai jamais participé. Mais enfin, je crois que ce n’était pas si noir que ça. C’est lui-même (là, c’était son vieux fond de catholicisme) qui dépeignait ça sous l’angle de la transgression, c’est-à-dire du péché. Mais, cela dit, il était quelqu’un, dans les rapports qu’on pouvait avoir avec lui, de souvent gai. Je ne dirai pas plutôt gai, mais souvent gai.<br />
<em>- Vous avez bien connu Colette Peignot qui était, à la fin de sa vie, la compagne de Bataille.</em><br />
- Très bien. C’était quelqu’un de très fascinant, pour le coup. Sa beauté… son intelligence… son côté inexorable… Elle ne supportait pas les demi-mesures… Elle avait d’ailleurs été l’amie de Souvarine. Pendant plusieurs années, je crois. Et c’est de là qu’est venue l’hostilité absolue Bataille-Souvarine, que Souvarine a exprimée avec beaucoup d’injustice dans la préface à la réédition de la <em>Critique Sociale</em>, lorsqu’il taxe Bataille d’ « antisémitisme ». C’est une accusation aberrante. De la méchanceté pure. Le fait est que Bataille ne pouvait pas souffrir Simone Weil. Mais cela n’avait, évidemment, rien à voir.<br />
<em>- Est-ce que Colette Peignot avait un rôle dans la</em> Critique Sociale ?<br />
- Elle y écrivait. Il y a des articles d’elle, des comptes rendus de livres signés Claude Arax.<br />
<em>- Est-ce qu’elle n’en était pas également un peu le financier?</em><br />
- Je crois qu’elle était de famille, sinon riche, du moins très aisée ce qui n’était pas le cas de Souvarine. Elle a donc dû participer au financement de la Critique Sociale.<br />
<em>- Est-ce que c’est quelqu’un qui s’intéressait à la politique ?</em><br />
- S’intéresser à la politique, je ne sais pas. Elle n’était pas une personne de compromis et quelqu’un de « politique » c’est quelqu’un qui est nécessairement obligé d’accepter certains compromis. En ce sens-là, elle n’avait pas la tête politique. Mais elle était, en revanche, passionnément révolutionnaire.<br />
<em>- Il y avait aussi, dans le paysage, Jean Bernier qui fut également l’amant de Colette Peignot et qui était lui aussi un singulier personnage.</em><br />
- J’ai connu un peu Bernier. Pas très bien. Mais je l’ai connu au moment du rapprochement entre Clarté et La Révolution surréaliste.<br />
<em>- Parce que vous étiez là, en 1925, rue Jacques-Callot, au moment de la fameuse grande réunion ?</em><br />
- Oui, parfaitement. Avec aussi Morhange, Politzer, Guterman. J’étais parmi les surréalistes qui étaient d’accord avec ce rapprochement. Tout cela remonte à si longtemps !<br />
-<em> Merci en tout cas de tous ces témoignages. L’important, pour moi, c’était cette question d’une éventuelle fascination de Bataille pour le fascisme, je tenais absolument, sur ce point, à avoir votre sentiment.</em> &#8211; Mon sentiment c’est que, vraiment, Bataille n’a jamais été fasciste. Il était, si vous voulez, fasciné par le génie de la propagande qu’avaient les nazis. Son souhait c’était que la gauche manifeste un égal génie de la propagande, dans le sens opposé. Voilà. Je ne sais pas si le nom de « Contre-Attaque » est de lui. Mais cela se pourrait. Car c’était vraiment comme ça que Bataille voyait les choses. C’était une contre-attaque. Il y avait l’attaque fasciste, avec ses moyens massifs de propagande. Et il fallait arriver à trouver des moyens aussi puissants pour la contre-attaque.<br />
<em>- Vous souvenez-vous de la manifestation du 12 février 1934 à laquelle vous allez avec lui et Roland Tual ?</em> &#8211; Oui, je crois. Je me rappelle, comme ça, vaguement, cette manifestation. Nous y étions avec Bataille. Mais cela ne m’a pas laissé, je vous l’avoue, un souvenir très précis. Si, tout de même… Attendez… C’est bien la fameuse manifestation où s’est matérialisé, dans la rue, le Front populaire? Je me rappelle. C’était très émouvant.<br />
<em>- Le Front populaire, pour vous, c’était quelque chose d’important ou vous vous en moquiez ?</em> Non, je ne m’en moquais pas. Je travaillais au musée de l’Homme à ce moment-là qui était, grâce à Rivet, en plein Front populaire.<br />
<em>- Parce que vous étiez membre du Comité de Vigilance des Intellectuels antifascistes ?</em><br />
- Oui, bien sûr.<br />
<em>- Je ne le savais pas.</em><br />
- Oui, oui. Je n’étais pas un cadre du Comité mais j’en faisais partie. De même que Breton, d’ailleurs, qui lui aussi avait signé.<br />
<em>- Je ne savais pas, non, que les surréalistes étaient là-dedans.</em> &#8211; Si. Pour ma part, j’étais un peu, là-dedans, l’homme de Rivet. J’y étais plus à ce titre que comme surréaliste puisque, à cette époque, j’étais en rupture avec eux.<br />
<em>- Je vous remercie vraiment beaucoup. Je suis confus d’avoir tant insisté. Je sais que…</em><br />
- Je vous en prie ! Je sais bien que je suis l’un des survivants. Peut-être le dernier. Avec Klossowski en effet.</p>
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		<title>Le 30 juin 1980&#8230;</title>
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		<pubDate>Mon, 21 Sep 2009 18:00:15 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Liliane Lazar</dc:creator>
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		<description><![CDATA[&#8230; Etudiante à NYU, ma première rencontre avec Bernard-Henri Lévy
La Barbarie à visage humain avait été récemment publiée. Elle avait été  non seulement saluée par la critique française, mais il y avait eu aussi de nombreux échos  dans la presse Outre-Atlantique. J’avais lu cet ouvrage avec un vif intérêt. Enseignante à New York, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="alignleft size-thumbnail wp-image-2249" title="BHL 1980" src="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2009/09/BHL-1980-150x150.jpg" alt="BHL 1980" width="150" height="150" /><strong>&#8230; Etudiante à NYU, ma première rencontre avec Bernard-Henri Lévy</strong><br />
<em>La Barbarie à visage humain </em>avait été récemment publiée. <span id="more-2248"></span>Elle avait été  non seulement saluée par la critique française, mais il y avait eu aussi de nombreux échos  dans la presse Outre-Atlantique. J’avais lu cet ouvrage avec un vif intérêt. Enseignante à New York, une amie m’apprit  que Bernard-Henri Lévy allait faire un cours à New York University, sur « Les intellectuels français  depuis l’Affaire Dreyfus ». Alors, étudiante à Columbia University, je décidai de m’inscrire à NYU pour ce cours et de retarder mon voyage annuel en France.<br />
Ce cours avait lieu du lundi à vendredi, de 9h à 12h30, mais le premier jour du  cours, avec la chaleur étouffante du printemps new-yorkais, un professeur  de NYU  annonça  que  malheureusement Monsieur Lévy, notre professeur, ne pourrait pas venir ce matin-là et qu’il le remplacerait au pied levé. Vive déception. Pendant le cours, quelques minutes plus tard, un étudiant entra. Mais, à mon étonnement, au lieu  de s’asseoir parmi nous, il resta debout. Le professeur de NYU s’arrêta de parler  et annonça : «  Eh bien, finalement, je vous présente votre professeur Monsieur  Bernard-Henri Lévy. » Cet étudiant en tee-shirt blanc, pantalon de velours côtelé, chevelure longue et désordonnée, c’était  le fameux Bernard- Henri Lévy ! J’étais bouche bée. Vivant à New York, je ne l’avais pas vu  aux nombreuses émissions de  télévision en France où il était apparu. BHL commença à  parler. Nous étions silencieux, fascinés, médusés par son éloquence et ce flot de paroles qui s’envolait vers nous. Ses cours étaient toujours fort animés, car le professeur Lévy encourageait comme nul autre les questions et les débats. Notre classe  qui se composait surtout de professeurs de français découvrit en quelques semaines « Le Pétainisme rouge », « Berlin la brune  et Moscou la rouge », La France des résistants, mais aussi des collaborateurs connus tels Charles Maurras, Drieu de la Rochelle, Robert Brasillach , ainsi que ceux moins connus d’autant plus pernicieux. De nature timide et réservée, je me surpris  plusieurs fois  à prendre la parole pour abonder dans le sens de ce  jeune professeur qui nous révélait les traits d’un fascisme ‘à la française’ que certains dans la classe  n’acceptaient pas.<br />
Trente ans ont maintenant passé, mais ce cours reste toujours aussi vivant et mémorable dans mon souvenir. Je crois que notre groupe d’une vingtaine d’étudiants, à New York University,  se doutaient peu  qu’ils et elles assistaient à  la naissance de <em>L’idéologie française</em>, publié en 1981 et qui souleva de vives réactions et des discussions passionnées parmi les intellectuels français, tels Raymond Aron et Jean-François Revel, les media et le grand public.<br />
<em>Liliane Lazar</em></p>
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		<title>Le 4 octobre 1975&#8230;</title>
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		<pubDate>Wed, 16 Sep 2009 12:42:41 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Liliane Lazar</dc:creator>
				<category><![CDATA[Ce jour-là...]]></category>
		<category><![CDATA[Son actualité]]></category>

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		<description><![CDATA[&#8230; Bernard-Henri Lévy et la révolution portugaise
Bernard-Henri Lévy a passé l&#8217;été, ainsi qu&#8217;une partie de l&#8217;été 1974, au Portugal à observer avec passion les officiers révolutionnaires qui ont renversé le fascisme au Portugal. Il a connu Melo Antunes, Vasco Gonçalvez, le leader rouge Alvaro Cunal, Otelo de Carvalho (qu&#8217;il retrouvera trente ans après, en avril [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="alignleft size-full wp-image-2226" title="revolution portugaise" src="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2009/09/revolution-portugaise.jpg" alt="revolution portugaise" width="144" height="107" /><strong>&#8230; Bernard-Henri Lévy et la révolution portugaise</strong><br />
Bernard-Henri Lévy a passé l&#8217;été, ainsi qu&#8217;une partie de l&#8217;été 1974, au Portugal à observer avec passion les officiers révolutionnaires qui ont renversé le fascisme au Portugal. Il a connu Melo Antunes, Vasco Gonçalvez, le leader rouge Alvaro Cunal, Otelo de Carvalho<span id="more-2225"></span> (qu&#8217;il retrouvera trente ans après, en avril 2007, <a href="http://www.lepoint.fr/actualites-chroniques/2007-05-03/le-bloc-notes-de-bernard-henri-levy-otelo-de-carvalho-trente-ans-apres/989/0/181618">comme les mousquetaires</a>). Il a participé aux grands débats idéologiques qui enfièvrent le pays. De tout cela, il rapporte un texte qu&#8217;il cosigne avec Gilles Hertzog et qui, o surprise, paraît dans Le Monde Diplomatique. Un Lévy rouge. Un Lévy qui croit à la révolution et qui la veut. Sauf qu&#8217;il commence de sentir, au Portugal, et dans ce textes, les premiers craquements du moule et du modèle.<br />
Liliane Lazar.</p>
<p>La révolution portugaise est victime de sa mythologie, des intérêts qui sont investis en elle et de la sollicitude de ses parrains. Soumise au feu roulant des critiques, des conseils, des avertissements, sommée de répondre à tout, y compris aux problèmes de ceux qui l’observent de l’extérieur, elle nous est arrivée sous forme de caricature. C’est de ce portrait déformé qu’il faut se défaire pour examiner en face les forces en présence, leurs conflits, leurs stratégies.<br />
Le M.P.A. d’abord : qu’on le veuille ou non, l’armée portugaise reste une armée de type colonial. Nombre d’officiers, et Otelo de Carvalho en est le meilleur exemple, sont nés au Mozambique, en Guinée, en Angola, où ils ont fait leurs classes et appris la politique. Ne connaissant de Lisbonne que son académie militaire, ils ont découvert leurs pays le jour où ils ont pris le pouvoir. Leur idéologie, leur conception du monde, doit souvent plus à Lartéguy, à ses soldats perdus, à sa morale de centurion, qu’à Marx ou Lénine &#8211; ou même Alvaro Cumbal. On sait tout cela, mais il faut en tirer les conséquences. Cette idéologie coloniale, ces méthodes apprises en Afrique, ces hommes les ont dans une large mesure rapatriées. Et tout se passe  comme s’ils s’acharnaient depuis dix-huit mois à gagner au Portugal une guerre perdue aux colonies. L’ennemi a changé : mais la démarche reste analogue et les militaires portugais se comportent dans leur propre  pays comme en pays conquis.<br />
Un exemple ? On s’est souvent étonné des erreurs et des bavures de la politique dite de « dynamisation culturelle ». Des officiers fringants qui débarquent en hélicoptère. On décroche le crucifix et on réunit en hâte les paysans. On dit la bonne parole et on promet la fin de la barbarie. On parle d’eau, de routes, d’électricité, d’écoles, de cette civilisation qu’on apporte aux  bonnes gens arriérées comme autrefois aux tribus du fond de l’Afrique… Ce ne sont pas des maladresses, mais la trace d’un passé qui pèse lourd. Le M.P.A. ne convainc pas : il catéchise. Il ne fait pas la révolution : il la parachute. Quoi d’étonnant à ce qu’au lieu de radicaliser le Nord, il l’ait pour longtemps aliéné à la cause du socialisme ? Quoi d’étonnant à ce qu’on entende souvent les paysans accuser les militaires de vivre sur l’habitant et de se comporter en parasites ? C’est faux, bien entendu. Mais l’important c’est qu’on le dise. La dynamisation culturelle a prétendu coloniser le Nord : derrière le mot d’ordre « peuple-M.P.A. », c’est la politique du mépris qui est bien souvent à l’œuvre.<br />
On présente le M.P.A. tantôt comme un parti, tantôt comme le substitut d’un parti. Débats interminables sur sa position d’arbitrage ou ses tentations « partisanes ». On le traite comme une force politique, nouant des alliances, provoquant des conflits, sur le même plan que les autres, alors qu’en vérité il tient son originalité de ce que, depuis le 25 avril, il n’y a plus d’Etat au Portugal et que c’est lui qui, de ce fait,  en occupe la place. Sa spécificité, il la doit au fait que l’Etat s’est démembré et que c’est lui qui comble le vide qu’il a laissé en s’effondrant : il y a une administration, bien sûr,  mais qui joue à guichets fermés devant un public restreint, Lisbonne et ses environs ; il y a encore une police, mais divisée, mal épurée, et dont on se méfie ; de sorte que c’est bel et bien l’armée qui, au sens strict, tient lieu d’Etat révolutionnaire.<br />
Si cette analyse est juste, cela change tout quant à son rôle réel dans le drame portugais. Les marxistes le savent : un Etat, c’est l’enjeu de la lutte pour le pouvoir, ce pourquoi on se bat, et non ce qui se bat. Cela signifie que le M.P.A. n’est pas l’acteur privilégié de la lutte des classes au Portugal, mais simplement l’arène où se déploie cette lutte, le théâtre, la lice où s’inscrivent ses épisodes. Il ne prend pas rang comme le P.C. Il n’intrigue pas comme le P.S. dans « une course à l’hégémonie ou à la direction politique. C’est lui qui fait courir, c’est lui qu’il s’agit de contrôler, et c’est l’hégémonie en son sein qu’il est question justement d’obtenir…<br />
Cela signifie encore qu’il est vain de périodiser son histoire en distinguant les époques où il avait un rôle moteur, et celles où, affaibli, il se contente d’un rôle d’arbitre ; vain de se demander jusqu’à quand il va fonctionner comme avant-garde et de mesurer à cette aune les reculs de la révolution : car l’armée n’a jamais été que l’hôte muet, le corps noir du processus ; la plaque sensible où se déchiffre le jeu subtil et ambigu de la lutte pour le pouvoir, l’objet d’une lutte sans merci entre partis politiques rivaux.<br />
Dernière remarque : cette lutte pour le contrôle du M.P.A. y induit des effets qui, quoique mieux connus, n’ont pas été toujours bien compris. Les partis ont beau faire, l’esprit de corps, dit-on, finit toujours par l’emporter sur les manœuvres de division. Ou encore : les militaires s’affrontent, mais toujours sur le papier, en d’interminables débats, de longues séances nocturnes, où on s’arrache des  régiments, où on déplace des officiers, mais toujours jusqu’à présent à blanc… Ce qui veut dire effectivement que l’unité demeure la règle et qu’on la maintient  à tout prix, que les forces de cohésion pèsent au bout du compte plus lourd que celles de l’éclatement. Mais moins, comme on l’a dit, en vertu d’un esprit de caste qui survivrait au 25 avril que pour des raisons de fond qui tiennent au statut du M.P.A. : dire qu’il tient lieu d’Etat, c’est dire que, comme un Etat, sa fonction est de gérer les forces de déséquilibre et de combler inlassablement les brèches du corps social ; c’est dire surtout, et par contrecoup, qu’il a ceci de particulier que son unité ne cesse de se défaire et  de se recomposer : unité nécessaire, logique, incontournable, plus forte que les clivages idéologiques, tant que le M.P.A. occupera le vide de l’Etat.<br />
C’est ainsi que peuvent s’expliquer un certain nombre de mystères qui n’ont pas manqué depuis quelques mois de dérouter les observateurs. Pourquoi les gonçalvistes par exemple sont-ils mis en minorité début septembre par une marine réputée progressiste ? Pourquoi sont-ils désavoués par l’assemblée de l’armée de terre que les modérés, pourtant, avaient choisi de boycotter ? D’où vient que le Conseil de la révolution qui, jusque-là, leur était acquis, les ait brusquement chassés pour se rallier au major Antunes ? Et d’où venait &#8211; plus étrange encore &#8211; que le même Antunes ait été exclu en juillet alors qu’il avait les suffrages de 80 % des officiers ? Le mystère se dissipe pour peu qu’on note qu’une majorité au M.P.A. c’est un pôle militant où se rallie le marais, une minorité majorisante qui rassemble la majorité autour d’elle ; qu’un autre pôle apparaisse, s’offre comme point de ralliement  et accule donc le premier à faire figure de diviseur,  le marais s’y déporte et laisse à découvert celui autour duquel il se tenait jusque là soudé. Le M.P.A. désavoue les « neuf »  lors même qu’ils sont numériquement dominants parce qu’ils ne sont paradoxalement pas en mesure de réaliser l’unité du mouvement. Le M.P.A. se rallie aux « neuf » quand c’est leurs adversaires qui menacent de diviser et que ce sont eux désormais le recours contre  les risques d’éclatement.</p>
<p>Reste à analyser l’affrontement décisif, celui qui a dans une large mesure déterminé tous les autres, le conflit des partis pour le contrôle de l’armée. Et d’abord la stratégie du P.C., qui a été presque toujours défigurée. On s’est acharné à  le décrire comme un parti préhistorique, atteint de myopie, déphasé par cinquante ans d’exil et qui, se réveillant au 25 avril d’une longue nuit clandestine, se crut en Russie 1917, à Prague 1948, ou à Lisbonne 1925. On a voulu voir en Alvaro Cunbal un vieux stalinien qui, congelé dans les schémas bolcheviques, n’aurait rien appris et rien oublié ; un utopiste incorrigible confondant Lisbonne et Pétrograd, le M.P.A. et l’Armée rouge, Soares et Karensky, Spinola et le prince Lvov. On a lu sa stratégie comme une stratégie léniniste classique de conquête de l’Etat par une avant-garde décidée, s’engouffrant au pas de charge dans les brèches d’un Etat démembré.<br />
Il est probable que Cunbal se moquait de l’orthodoxie et qu’il était en train d’inventer, sans qu’on y prît bien garde, une stratégie nouvelle qui ne devait pas plus à Lénine qu’à Marchais ou Berlinguer. Dont le fer de lance n’était plus la conquête des administrations où le P.C. n’a jamais eu, tout compte fait, que des positions marginales. Mais le contrôle d’une armée qui, on l’a dit plus haut, tenait lieu de l’Etat classique. Ce contrôle de l’armée, contrairement, là encore, à un poncif tenace, ne reposait pas sur un noyautage de type bolchevik puisqu’à l’opposé des gauchistes &#8211; entrés en nombre dans l’appareil quand, pour les besoins de la guerre, Caetano recruta dans l’université &#8211; les communistes avaient finalement assez peu  de « sous-marins » dans le corps des officiers. La démarche était plus subtile : elle reposait sur une fine analyse de la situation concrète et du rapport des forces; c’était la seule surtout à prendre acte de cette double contrainte qu’était la toute-puissance du M.P.A. d’une part et le discrédit des civils, l’inculture relative des  militaires de l’autre (ainsi que, encore une fois,  leur virginité politique).<br />
Les militaires sont tout-puissants : les communistes décident de leur emboiter le pas et de s’en faire un rempart, de gouverner par procuration, quitte à jouer les seconds rôles &#8211; et, plus royalistes que le roi, de proposer par exemple, en février dernier, que le M.P.A. siège comme tel à l’Assemblée constituante… L’inculture des officiers : le coup de génie de Cunhal fut d’être le premier à se porter candidat au poste de tuteur. Tuteur idéologique&#8230; Moniteur politique&#8230; Moins soucieux d’ailleurs d’endoctriner que d’accoucher son patient&#8230; Préférant les leçons de choses aux cours ex-cathedra&#8230; Ainsi l’affaire  Républica qui fut pour le P.C. avant tout l’occasion de forcer la main aux militaires  et, tel le maître d’école, de proposer un exercice pratique à leur application. Affaire de pédagogie et non d’entrisme. Où est le léninisme dans tout cela ? Le P.C.P. était, ni plus ni moins, l’intellectuel collectif du M.P.A.<br />
Dira-t-on que ses positions de classes vont, elles, dans le sens du léninisme ? C’est oublier cette fois que le P.C.P. a analysé le 25 avril comme le résultat d’une contradiction entre deux fractions de la bourgeoisie ; que, conscient  de la faiblesse du prolétariat, il a choisi  de l’adosser et de le placer  sous la direction de la moyenne bourgeoisie industrielle, celle qui s’opposait à Salazar, l’homme de la grande bourgeoisie financière, du capital étranger, et de l’aventure coloniale ; qu’obsédé enfin par la crainte d’un Chili portugais, hanté à l’idée de voir la petite bourgeoisie passer à la réaction, il n’a cessé de lui prodiguer, dans un contexte d’agitation ouvrière, apaisements et garanties.  Stratégie frontiste donc, politique de compromis, quelque chose comme 1789 plus 1936. Le P.C. montre à l’occasion sa force, mais il se garde bien de s’en servir. Quand ses troupes séquestrent ou épurent, ce n’est pas pour y avoir été invité, et Cunhal cautionne les mesures d’encadrement (création du COPCON, restriction du droit de grève) qui y répondent immédiatement. S’agit-il de revendications salariales ouvrières ? Il s’oppose au minimum de 8000 escudos qu’il inscrivait naguère à son programme tout en  lâchant du lest en direction des employés de banque. S’agit-il de statuer sur la compétence des commissions administratives dans la fonction politique ? Il se montre plus conciliant que dans le cas du contrôle ouvrier.<br />
Le P.R.P. (B.R.), groupe d’extrême gauche aux tendances guévaristes, n’a peut-être pas tort  de reprocher au P.C. de donner priorité à ses alliés sur ses mandants et, en fait de bolchévisme, de se contenter d’exercer en faveur de la classe ouvrière la trop classique fonction  tribunicienne. On s’est longtemps demandé, par exemple,  pourquoi Cunhal a choisi, contre la fraction dure de son parti,  d’accepter de courir le risque d’élections qu’il savait d’avance perdues : c’est, bien sûr, qu’il savait que la Constituante élue ne le gênerait pas outre mesure; mais c’est aussi qu’il voulait donner des gages à la petite bourgeoisie. On a fait grand cas de la vague de nationalisations qui a suivi le 11 mars : outre qu’elle permettait de prendre de vitesse les débordements autogestionnaires, elle allait au devant des vœux  d’une classe d’entrepreneurs et de technocrates, brûlant de reconstruire l’Etat et de le doter d’un secteur public de base type 1945, jusque-là quasi inexistant. Quant au syndicat unique enfin, on a voulu voir dans cette affaire la preuve d’un activisme  diabolique. Il était surtout destiné à faire barrage à l’extrême gauche, à l’empêcher de profiter de l’atomisation  héritée du fascisme  pour constituer des fiefs de démocratie ouvrière. Dans tous les cas une politique prudente, aux ambitions modérées.<br />
On sait enfin que la campagne anticommuniste dans le Nord s’est développée sur le thème de la résistance à la mainmise du P.C.P. et de ses alliés (M.D.P., C.D.E. et M.E.S.) sur les pouvoirs locaux. Et on sait que cette O.P.A. sur les municipalités, cette ruée sur les organes des coopératives, des associations, des commissions administratives, la manipulation des assemblées, le parachutage de militants à des postes de direction,  ont été  fatales aux communistes. Mais ce que l’on voit moins, c’est que cette colonisation du pays était à l’opposé de l’esprit du léninisme ; qu’en prenant d’assaut les pouvoirs locaux, Cunhal diluait son parti au lieu de le renforcer ; au lieu de concentrer son avant-garde, il la dispersait aux quatre coins du pays, l’abimant dans la gestion administrative au détriment des tâches militantes. Un bolchévik aurait durci le noyau, lui choisissait de l’atomiser. Qu’est-ce que le léninisme sinon une certaine idée de la prise du pouvoir défini comme pouvoir d’Etat central ? Au lieu de quoi le P.C. est allé s’embourber dans le marais des micro-pouvoirs périphériques. Ironie du sort : c’est sur un défaut de bolchévisme que les communistes sont tombés. C’est faute de rigueur léniniste qu’ils ont perdu la partie.<br />
A dire vrai, ce n’est pas la seule ni surtout la principale raison de leur échec historique.  Et ce sont, sans doute, les socialistes qui portent l’essentiel de la responsabilité dans cette affaire.</p>
<p>Car enfin, qu’est-ce que le parti socialiste portugais ? C’est un parti qui a cette particularité  de n’avoir point d’histoire, point de passé, point de racines ; qui n’a cessé, du coup, depuis le 25 avril, d’aller chercher ailleurs, c&#8217;est-à-dire à l’étranger, l’investiture qui lui manquait : un parti quêteur qui ne quête pas seulement des capitaux mais aussi de la légitimité; un parti dont le leader fait souvent moins figure de secrétaire général  d’un grand pari national que de chargé d’affaires local de la social-démocratie européenne.<br />
Mario Soares voyage comme si le pouvoir à Lisbonne se prenait à Bonn ou à Paris. Mario Soares rend des comptes comme s’il fallait toujours à ce pouvoir l’onction d’un nouveau baptême &#8211; toujours recommencé, jamais tenu pour acquis.<br />
Mario Soares est surtout le chef d&#8217;un parti qui, depuis son dernier congrès, a vu doubler le nombre de ses militants, ralliés du 25 avril, aux origines douteuses. Un parti qui, à la remorque de leurs arrière-pensées, risque d’être déporté à droite par l’effet d’une pesanteur qu’il ne peut pas contrôler, ou qu’il se refuse à contrôler pour des raisons d’ordre électoral : « Je suis leur chef, il faut donc que je les suive… ». On raconte, à Porto, que le clergé du Nord, idéologiquement proche du C.D.S., invitant par prudence à voter P.P.D., a fini par grossir les suffrages du parti socialiste. Mario Soares, de son côté, ne perd pas une occasion de s’opposer à l’ « anarchie » des commissions de travailleurs et de dénoncer les « pouvoirs parallèles » qui naissent spontanément à la base : c’est que son projet se résume à la reconstruction de l’Etat et qu’il s’oppose à tout ce qui, micro-pouvoir et contre-pouvoir, est susceptible de l’entraver. Reconstruire l’Etat, donc abattre ce qui en tient lieu:  Mario Soares est d’abord un civil qui ne s’est jamais résigné à l’entrée en scène des militaires et qui, pour les contraindre à s’effacer, a mis au point une stratégie  à tripe détente dont il recueille aujourd’hui les fruits.<br />
Premier temps, celui de l’offensive anti-communiste qui, paradoxalement, a tenu lieu d&#8217;une impossible offensive contre les sacrosaints militaires, encore inattaquables à l’époque. Il est probable que, dans l’affaire, les communistes aient payé leurs erreurs, mais aussi celles des autres. Que, de tuteurs qu’ils étaient, ils soient devenus boucs émissaires et que, faute de pouvoir attaquer de front  l’idole du 25 avril, on s’en soit pris à ses vestales, plus vulnérables. Il est probable, par exemple, que les principaux slogans anticommunistes se soient entendus à double sens: quand on reprochait à Cunhal la colonisation des campagnes, c’est aussi aux militaires qu’on reprochait leur dynamisation culturelle ; quand on l’accusait d’avoir fait à Lisbonne la politique qu’il aurait faite à Prague, c’était une façon de soupçonner le M.P.A. d’avoir, comme on l’a dit, prolongé au Portugal sa politique du Mozambique. Et il était par ailleurs inévitable que les régiments gonçalvistes et le COPCON, soutenant les communistes, défendant leurs permanences assiégées, finissent par se compromettre et par perdre leur aura d’armée au-dessus des partis… Le parti socialiste, autrement dit, s’est subtilement servi de l’anticommunisme ambiant pour lever l’immunité ambiante des militaires et briser le tabou quasi-moral qui, jusque-là, les préservait.<br />
Deuxième temps : cette armée désacralisée, il fallait aussi, tout de même, s’occuper d’en prendre le contrôle et de l’arracher, pour ce faire, à l’hégémonie des révolutionnaires. Ce sera la fonction du « document des Neuf » et l’enjeu de cette étrange course de vitesse entre les deux minorités aspirantes à la direction, les gonçalvistes et les amis du major Antunes. Il semble que la ruse de Costa Gomes et le poids d’Otelo de Carvalho n’aient pas été pour rien dans la décision finale ; et que, plus précisément, la nomination de Vasco Gonçalves au poste de chef d’état-major des armées, promotion en forme de provocation, ait été en partie destinée à convaincre Otelo de choisir enfin son camp et de voler au secours de la victoire. Il n’est pas sûr qu’Antunes et ses amis aient été conscients du rôle objectif qu’ils s’apprêtaient à jouer. Leur insistance à dénoncer les écueils symétriques de la social-démocratie et du stalinisme permet, en tout cas, de le supposer. Mais le résultat est là : à l’Assemblée générale du M.P.A. de Tancos, une majorité  jusque-là gonçalviste vote très logiquement pour la minorité triomphante. Les communistes ont perdu ce qui faisait leur pouvoir : la bienveillance de l’armée.<br />
Dernier temps de l’opération, menée cette fois tambour battant, sur une voie désormais libre d’obstacles : Mario Soares et Costa Gomes remercient les exécutants. Le gouvernement avorté du général Fabiao, en août, faisait la part trop belle aux Neuf. Le cabinet Pinheiro de Azevedo ne comporte pratiquement plus de militaires.  C’est un cabinet Soares sans Soares… L’armée, dans son ensemble, est vigoureusement reprise en mains. On parle à nouveau de discipline, de hiérarchie, de devoir de silence. Le turbulent Otelo, dont on vient d’utiliser les services, voit son COPCON, déjà bien dégarni, doublé d’une brigade d’intervention dépendant du chef de l’Etat et chargée, notamment, de la discipline interne au sein des forces armées. Mario Soares a, pour le moment, gagné sans même avoir à en passer par ce rôle, qui lui aurait répugné, de pédagogue discret du M.P.A. Il a  gagné puisqu’il a, provisoirement au moins, pris le pouvoir à ceux qui, à ses yeux, n’auraient jamais dû l’exercer.<br />
Il a gagné, mais c’est au prix d’une redoutable hypothèque. La manœuvre a eu, en effet, pour résultat d’accélérer la ruine des trois légitimités qui se disputaient le Portugal depuis le 25 avril. La légitimité idéologique qu’incarnait le P.C.P., il l’a discréditée. La légitimité révolutionnaire du M.P.A., il l’a contrainte à céder, pour la première fois, devant la légitimité politique.  La sienne propre enfin, la légitimité dont le parti socialiste s’était fait le héraut, on la voit mal sortir indemne  et innocente, elle non plus, d’un tel jeu de massacre, et tout indique qu’elle a perdu, elle aussi, de son crédit et de son poids. Au point que Mario Soares pourrait être un jour acculé, faute de légitimité progressiste, à prendre appui sur ce dernier pouvoir, fait d’attachement à la terre et de fidélité au passé, celui des effrois paysans et de la haine du communisme : cette légitimité populaire du Nord qu&#8217;incarne pour l’instant la droite.</p>
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		<title>Le 13 août 1977&#8230;</title>
		<link>http://www.bernard-henri-levy.com/le-13-aout-1977-lincroyable-portrait-de-bernard-henri-levy-par-francois-mitterrand-inedit-2003.html</link>
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		<pubDate>Tue, 25 Aug 2009 22:07:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Liliane Lazar</dc:creator>
				<category><![CDATA[Ce jour-là...]]></category>
		<category><![CDATA[Son actualité]]></category>

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		<description><![CDATA[&#8230; L&#8217;incroyable portrait de Bernard-Henri Lévy par François Mitterrand.
voici une perle. Un document que tout le monde a oublié. Et qui a disparu des librairies. On est en pleine polémique des nouveaux philosophes. Bernard-Henri Lévy ne ménage pas ses critiques ni au marxisme, ni au parti socialiste ni à ce qu’on appelle, à l’époque, le [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="alignleft size-thumbnail wp-image-2004" title="francois-mitterrand-" src="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2009/08/francois-mitterrand--150x150.jpg" alt="francois-mitterrand-" width="150" height="150" /><strong>&#8230; L&#8217;incroyable portrait de Bernard-Henri Lévy par François Mitterrand.</strong><br />
voici une perle. Un document que tout le monde a oublié. Et qui a disparu des librairies. On est en pleine polémique des nouveaux philosophes. Bernard-Henri Lévy ne ménage pas ses critiques ni au marxisme, ni au parti socialiste ni à ce qu’on appelle, à l’époque, le Programme Commun. Et voici que leur incarnation à tous trois, l’homme qui résume<span id="more-2003"></span> les trois cibles mais qui connaît Lévy depuis longtemps et lui conserve, manifestement, et malgré les désaccords, une très vive tendresse, se fend d’un incroyable portrait que nous diffusons ici. L’auteur s’appelle donc <a href="http://www.bernard-henri-levy.com/francois-mitterrand-2314.html">François Mitterrand</a>. Le texte paraît dans le cadre du bloc-notes hebdomadaire qu’il tient alors à L’Unité. Et il sera repris, ensuite, dans <em>L’Abeille et l’architecte</em>, livre aujourd&#8217;hui introuvable. Voici ce texte.<br />
« J&#8217;ai connu Bernard-Henri Lévy alors qu&#8217;il venait d&#8217;entrer à Normale supérieure. Je me flatte d&#8217;avoir pressenti en ce jeune homme grave le grand écrivain qu&#8217;il sera. Un danger le guette : la mode. Mais la souffrance, amie des forts, le sauvera. Tout l&#8217;y prépare. Je ne m&#8217;inquiète pas de ce goût de plaire qui l&#8217;habite et l&#8217;entraîne aujourd&#8217;hui hors de son territoire. Quand il s&#8217;apercevra qu’il possède en lui-même ce qu’il cherche il reviendra à sa rencontre. Le voudrait-il qu’il n’échapperait pas au feu qui le brûle. Il a déjà dans le regard, ce dandy, de la cendre. Peut-être me trompé-je, peut-être cédera-t-il aux séductions du siècle au-delà du temps qu&#8217;il faut leur accorder. J&#8217;en serais triste. J&#8217;accepte qu&#8217;il dépense encore beaucoup d&#8217;orgueil avant de l&#8217;appeler vanité. J&#8217;ai apporté de France avec moi <em>La Barbarie à visage humain</em> que j&#8217;annote pour mes chroniques. C&#8217;est, à l&#8217;image de son auteur, un livre superbe et naïf. Superbe par le verbe, le rythme intérieur, l&#8217;amère certitude qu&#8217;il n&#8217;est qu&#8217;incertitude. Naïf par l&#8217;objet de sa quête, qui le fuit dès qu&#8217;il en approche. A quoi sert-il de conclure sur ce mot d&#8217;ordre : « Résister d&#8217;où qu&#8217;elle vienne à la menace barbare », s&#8217;il est vrai que « le Maître est l&#8217;autre nom du Monde ». et que « sitôt l&#8217;un détrôné un autre reprend l&#8217;insigne ». S&#8217;abstenir de combattre le pouvoir en place parce que « les princes rouges sont déjà là, qui piaffent aux antichambres », oublier que ce pouvoir, comme tout autre « vient du bas, revient de la périphérie, remonte depuis la lie du monde », qu&#8217;il rejette toujours « le jeu de règles, de normes, de tabous, de verrous auquel il s&#8217;arrimait » plutôt que de renoncer à rester le pouvoir, qu&#8217;à la première alerte il retourne au galop à sa loi naturelle, bref, refuser de voir qu&#8217;il porte le fascisme comme le fruit la pourriture, oblitère la démonstration. N&#8217;empêche, le mouvement dialectique monte haut. Il atteint son point culminant au chapitre : « Crépuscule des dieux et crépuscule des hommes », long passage où l&#8217;auteur expose que « la crise du sacré est première, décisive » et que, privée de transcendance, la société s&#8217;épuise, grand arbre exubérant aux racines coupées. Et de balayer, après Freud, l&#8217;espace politique encombré des gravats d&#8217;un ordre en perdition. Voilà pourquoi je me rassure quand je le vois, coqueluche du Tout-Paris, servir de partenaire aux pitres. Bernard-Henri Lévy, caressé, adulé, propulsé, trituré par les média, adieu sourire de connivence, geste ailé d&#8217;une main amie, adieu langage à demi-mot ? Non, au revoir. »</p>
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		<title>6 juillet 1989&#8230;</title>
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		<pubDate>Sat, 15 Aug 2009 21:02:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Liliane Lazar</dc:creator>
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		<description><![CDATA[&#8230; Tien-An-Men, 20 ans après
complètement oublié – y compris, nous a-t-il dit, de son auteur – ce texte publié dans le quotidien «Libération», le 6 juillet 1989, au lendemain du massacre de Tien-An-Men et avec la co-signature de Gilles Hertzog.
Réponse à Richard Nixon
L&#8217;ancien président Richard Nixon vient de proposer, dans ces colonnes, à propos de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="alignleft size-full wp-image-1995" title="tien an men" src="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2009/08/tien-an-men.jpg" alt="tien an men" width="121" height="119" /><strong>&#8230; Tien-An-Men, 20 ans après</strong><br />
complètement oublié – y compris, nous a-t-il dit, de son auteur – ce texte publié dans le quotidien «Libération», le 6 juillet 1989, au lendemain du massacre de Tien-An-Men et avec la co-signature de Gilles Hertzog.<br />
<strong>Réponse à Richard Nixon</strong><span id="more-1993"></span><br />
L&#8217;ancien président Richard Nixon vient de proposer, dans ces colonnes, à propos de la répression en Chine et des «excessives» protestations qu&#8217;elle suscite en Occident, un « éloge de la prudence » que nous ne voulons pas laisser sans réaction.<br />
Passons sur le ton du docte qui, depuis l&#8217;Amérique et son bureau de Santa Barbara, donne aux étudiants chinois des leçons de réalisme et croit mieux connaître qu&#8217;eux leurs véritables intérêts.<br />
Passons sur les lapsus qui émaillent cette longue leçon. Le « lobby des droits de l&#8217;homme », par exemple&#8230; Tiens ! Les droits de l&#8217;homme, un lobby ? Pourquoi pas une secte ou une faction ? Et faut-il entendre là que M. Nixon n&#8217;en serait pas ?<br />
Passons encore sur l&#8217;étrange définition du «tragique», selon le professeur. La répression ? Le carnage ? Les chars et les mitrailleuses lourdes face à un peuple désarmé ? Allons donc ! Vous n&#8217;y êtes pas ! Ce qui est tragique, écrit-il, ce n&#8217;est pas l&#8217;écrasement de la revendication démocratique ; c&#8217;est que cette revendication se solde — sic — par « l&#8217;échec économique » de M. Deng. Prière de pleurer sur le yuan&#8230;<br />
Passons enfin sur l&#8217;image, sous-jacente à tout le texte, d&#8217;un État Léviathan qui, depuis cinq mille ans, de façon quasi naturelle, aurait périodiquement besoin de sa ration de morts. Vous protestez, nous dit-il ? Vous montez sur les estrades ? « Naïfs » que vous êtes ! Ignorants qui « ne vous contrôlez plus » ! Comme s&#8217;il n&#8217;était pas clair que ces quelques centaines de morts ne sont qu&#8217;une péripétie dans l&#8217;histoire des tueries chinoises ! Comme si, ramené à l&#8217;échelle de cette Chine immense, ce massacre qui vous choque n&#8217;était pas finalement bien modeste I Les victimes de Tian An Men ? Une larme dans l&#8217;océan. Une ride à sa surface. Encore un peu, M. Nixon nous donnait sa version du « détail »&#8230;<br />
Le plus grave dans ce texte, ce pour quoi il mérite réponse, c&#8217;est ce qu&#8217;il nous dit de la question qui, depuis les décisions de la C.E.E., devrait occupe l&#8217;esprit de tous les vrais amis de la Chine : la question des ripostes — c&#8217;est-à-dire, en fait, de sanctions — qu&#8217;il convient ou non d&#8217;infliger à se régime assassin.<br />
Car que nous dit M. Nixon ? D&#8217;abord qu&#8217;une politique de sanctions, loin d&#8217;aider les Chinois, ne ferait que les isoler. Sophisme, bien sûr. Car sanction n&#8217;est pas rupture. Et personne n&#8217;a jamais dit qu’une décision d&#8217;embargo, par définition ponctuelle conditionnée dans le temps, signifiait la fin de toute espèce de lien avec le pays sanctionné. On peut couper des crédits. Inviter les entreprises, les institutions financières à davantage de rigueur. La communication, grâce au ciel, ne passe pas seulement par là. Il reste la radio de Hong Kong, le samizdat des cœurs et des âmes. Il reste les hommes qui, d&#8217;homme à homme, dans l&#8217;ombre ou la clandestinité, continuent de s&#8217;obliger l&#8217;un l&#8217;autre. Et La Voix de l&#8217;Amérique, n&#8217;en déplaise à M. Nixon, a tout de même d&#8217;autres canaux que les contrats de joint ventures avec Chrysler ou Framatome.<br />
Il nous dit ensuite qu&#8217;on casserait la dynamique qui est supposée conduire du progrès économique à l&#8217;approfondissement des libertés. Sophisme, là aussi. Et quel sophisme! Comme si l&#8217;horreur de Tian An Men n&#8217;avait pas réduit à néant cette préten¬due logique ! Comme si l&#8217;on n&#8217;avait pas cette fois la preuve, atroce, et hélas! irréfutable, qu&#8217;aucune corrélation ne lie la marche des affaires à celle de la démocratie ! Si le peuple chinois doit relever un jour la tête, il le devra moins au pactole dont l&#8217;ancien président voudrait gratifier son homologue qu&#8217;au harcèlement de ceux qui, l&#8217;œil fixé sur les camps de travail et les poteaux d&#8217;exécution, indexe¬ront chaque dollar sur des gestes concrets de libé¬ration et de clémence.<br />
Il nous dit encore que l&#8217;embargo, si l&#8217;on y venait, punirait moins Deng Xiaoping que « les millions d&#8217;individus qui vivent sous son régime ». La mysti¬fication, cette fois, est à son comble. Car, à qui fera-t-on croire que les paysans chinois ont besoin d&#8217;ordinateurs pour cultiver leurs rizières ? Que l&#8217;em¬bargo sur les voitures affectera directement leur mode et leur niveau de vie ? Comment raisonnable¬ment penser qu&#8217;une pression sur la « zone économique spéciale » de Shenzen ou de Canton changera quoi que ce soit au sort de la multitude ? Si nous sommes favorables à ces pressions, c&#8217;est qu&#8217;elles frappent le sommet, pas la base ; la nomenklatura, pas les masses ; si l&#8217;arme économique a quelque chance d&#8217;être efficace, c&#8217;est que l&#8217;on a affaire à une société dont le commerce extérieur est directement calqué sur la hiérarchie des classes : tirons sur le fil de ce commerce, c&#8217;est la clique dirigeante qui trinquera ; tenons-lui le langage du négoce — le vrai : celui qui échange des biens contre des droits —, c&#8217;est elle que l&#8217;on privera de ses pré¬bendes et privilèges. Que. M. Nixon se souvienne : le peuple, sur Tian An Men, se réclamait moins de nos banques que de nos statues de la liberté.<br />
Et puis, dernier argument : il paraîtrait que des sanctions auraient pour inévitable effet de pousser Pékin vers Moscou et de jeter Deng Xiaoping dans les bras de Gorbatchev. Que M. Nixon nous par¬donne, mais à l&#8217;heure de la glasnost et de la quête, sincère ou non, de brevets de démocratie, on voit mal la nouvelle Russie voler ouvertement au secours du Pinochet du socialisme ; et le moins que l&#8217;on puisse dire est que l&#8217;analyse nixonienne ne brille pas là non plus par l&#8217;acuité de son regard ou la modernité de ses analyses.<br />
Mais laissons là les polémiques. Car il n&#8217;est pas sûr après tout que l&#8217;ancien président ait le souci, dans cette affaire, d&#8217;ajuster ses analyses aux réalités du moment. Et ce qui frappe en fait, ce qui ressort du texte quand on le lit entre les lignes et qu&#8217;on essaie d&#8217;en isoler les présupposés cachés, c&#8217;est qu&#8217;ils tiennent en deux fantasmes, assez bien connus des historiens mais qui n&#8217;ont, hélas, pas grand rapport avec la situation chinoise.<br />
Car enfin, soyons sérieux. Quand M. Nixon nous dit, au mépris de toute raison, que la fermeté serait une faute dont les Chinois feraient les frais, il est difficile de ne pas revoir le vieux film de l&#8217;abandon, de la démission occidentale tel que l&#8217;ont mis en scène quelques-uns de nos aînés. 1935 : ne pas sanctionner l&#8217;Italie, on la jetterait dans les bras d&#8217;Hitler — deux ans plus tard, elle y était et signait le pacte d&#8217;acier. 1938 : ne pas froisser Hitler, lui abandonner la Tchécoslovaquie puis Dantzig, his¬toire de le fixer à l&#8217;Est — l&#8217;année suivante, c&#8217;était la guerre. 1945 : ménager « Uncle Joe » de peur que les churchilliens et autres tenants du containment ne fassent monter, à sa place, les « durs du Polit-buro » — il faudra cette fois le rapport de Khroucht¬chev pour mesurer la sottise, l&#8217;ingénuité de ces distinguos..<br />
M. Nixon, répétons-le, ne tient pas un autre lan¬gage lorsqu&#8217;il redoute, par des sanctions, de pousser à bout Deng Xiaoping ; et la question que nous posons, nous, est de savoir le prix que, dans un an, dans dix ans, nous aurions à payer pour le Munich d&#8217;aujourd&#8217;hui.<br />
Plus profondément, on ne comprend pas ce texte ni son petit air de déjà vu si l&#8217;on n&#8217;a pas à l&#8217;esprit cette autre tradition, bien plus ancienne encore, et probablement plus pernicieuse, du responsable-aux-nerfs-d&#8217;acier-qui-sait-faire-taire-ses-émotions-pour-laisser-parler-la-voix-du-calcul-et-de-la-raison. Étudiants, ravalez vos larmes, dit en substance le président ! Respectez les équilibres stratégiques et nucléaires ! Les petits hommes de Tian An Men ne doivent pas troubler le jeu des Grands ni les protes-tations occidentales mettre en péril la paix du monde ! L&#8217;indignation est légitime, reconnaît-il. Elle ne manque ni de charme ni de vertu. Mais elle est si partielle en même temps ! Si désespérément aveugle ! Et il serait tellement plus sensé de lever le nez de ce tas de cadavres qui nous bouche les horizons de l&#8217;histoire universelle ! Richard Nixon n&#8217;est pas un salaud. Il ne se veut même pas cynique. C&#8217;est quelqu&#8217;un qui, simplement, se meut dans les hautes sphères d&#8217;une géostratégie dont nos indigna¬tions désordonnées troublent la belle harmonie. Faire baisser les altos U.S&#8230; Monter les basses soviétiques&#8230; Prière à tous de se régler sur les indications du chef d&#8217;orchestre&#8230; Éviter surtout de s&#8217;en tenir à la toute petite partition des suppliciés de Tian An Men&#8230; Telles sont les recommandations du maestro Nixon. Et il s&#8217;entend comme personne, depuis son olympienne retraite, à ravaler nos drames et la poussière des petites souffrances au véritable rang que leur impartit l&#8217;ordre du monde. M. Nixon est un brillant hégélien.<br />
Le syndrome du Grand Dirigeant après celui du Petit Munichois. Ce sont les deux bouts de la chaîne. Les deux piliers de la sagesse, de la prudence nixoniennes. C&#8217;est la version sophistiquée — ou, en tout cas, organisée — de toutes les rumeurs défai-tistes et, finalement, démissionnaires que l&#8217;on entend monter depuis maintenant quelques semaines. Qui sait si, au-delà du cas chinois, ce ne serait pas la formule même des machiavélismes contemporains ? Qui sait si l&#8217;on ne tient pas là, à l&#8217;heure des nouveaux empires, le vade-mecum parfait du devoir d&#8217;indifférence ? On nous permettra, quant à nous, de préférer à cette « prudence » et à son « huma¬nisme » réfléchi le sursaut, même brouillon, de la conscience horrifiée. Horreur, oui, du carnage. Pure monstruosité de ces crimes. Tous ces visages de morts, que rien n&#8217;explique ni ne rachète. Si nous plaidons pour les sanctions, c&#8217;est que nous n&#8217;avons le cœur, nous, ni à la dialectique ni à ses ruses.<br />
<strong>Texte écrit en collaboration avec Gilles Hertzog. 6 juillet 1989.</strong></p>
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		<title>Le 6 octobre 2005&#8230;</title>
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		<pubDate>Fri, 31 Jul 2009 17:43:49 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Liliane Lazar</dc:creator>
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		<description><![CDATA[&#8230; Bernard Frank rend hommage à &#171;&#160;la Règle du Jeu&#160;&#187;
c’était peu de temps avant sa mort. L’admirable essayiste de Solde et de La panoplie littéraire rendait hommage à la Règle du Jeu.
&#171;&#160;Passionnant, vous dis-je&#160;&#187; par Bernard Frank,
le Nouvel Observateur du jeudi 6 octobre 2005
I. – Un plaisir infini
Il y a un numéro passionnant de « [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="alignleft size-full wp-image-1995" src="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2009/07/bernard_frank_par_olivier_roller-150x150.jpg" alt="(c) Olivier Roller" width="150" height="150" /><strong>&#8230; Bernard Frank rend hommage à &laquo;&nbsp;la Règle du Jeu&nbsp;&raquo;</strong><br />
c’était peu de temps avant sa mort. L’admirable essayiste de <em>Solde</em> et de <em>La panoplie littéraire</em> rendait hommage à la <em>Règle du Jeu</em>.</p>
<p><strong>&laquo;&nbsp;Passionnant, vous dis-je&nbsp;&raquo; par Bernard Frank</strong>,<br />
<em>le Nouvel Observateur du jeudi 6 octobre 2005</em><span id="more-1916"></span></p>
<p>I. – Un plaisir infini<br />
Il y a un numéro passionnant de « la Règle du jeu » de Bernard-Henri Lévy, le n° 29 (15 euros, environ 240 pages). Il est de septembre mais vous avez le temps puisque le prochain, le<br />
n° 30, ne paraîtra qu’en janvier 2006. Et puis le tissu en est solide. Sous le titre un peu pompeux « Notre guerre d’Espagne » est évoquée la guerre de Bosnie, vieille déjà de dix ans. Avec un « Retour à Sarajevo » de BHL, qu’on n’appelle pas là-bas BHL mais par son prénom et son nom. « Enfin un lieu où on ne m’appelle pas BHL mais « Bernard-Henri Lévy ». Oui, quand on m’appelle BHL, c’est pour dire autre chose, c’est un clin d’oeil, un signe de reconnaissance, de connivence et d’amitié, et quel signe ! « BHL » comme Bosnie-Herzégovine libre. Mes initiales comme celles de la Bosnie ! Je me souviens, cher Jovan [Jovan Divjak, général de corps d’armée bosniaque, auteur dans ce même numéro d'un article Notre ami Lévy ], ( ) du jour où vous vous étiez avisé de cette coïncidence et de l’état d’hilarité où cela vous avait mis. Je me souviens de la légère stupeur de vos hommes quand vous le leur aviez dit. Moi, ça me faisait un plaisir infini. Et ça me fait toujours un plaisir infini. »<br />
Et puis il y a le texte central (près de 80 pages) de Laurent Dispot, « Jankélévitch avait raison ». Je n’ai pas, en général, une passion pour Laurent Dispot que j’ai connu au « Matin » autour des années 1980. Mais l’article est bon. Nuancé en diable. Il cite une phrase de Jankélévitch tirée d’un papier du « Monde »: « Ils ont tué six millions de juifs mais ils dorment bien, ils mangent bien. » C’était pour répondre au traité d’amitié franco-allemand de 1963. Ce fut le traité de Paris, « en prenant date &#8211;  c’est Dispot qui parle &#8211; sur les effets pervers qu’il pourrait générer, comme couverture à l’effacement de la vigilance, de la mémoire. On rappelle trop peu comment Jankélévitch, en 1980, invita chez lui un Allemand qui lui avait écrit et chez qui son oreille de « mélomane de la morale » avait reconnu les notes justes d’une demande de pardon authentique. Il l’appela son « messager de printemps »: enfin, on sortait de l’autojustification plus ou moins déguisée. Cette expression correspond à ce qu’on appelle en Allemagne « la zone grise ». Celle de l’acceptabilité du nazisme par éloignement dans le temps ; par une délimitation étroite et un balisage universitaire du système du crime contre l’humanité, un blasement de l’indignation et des réflexes. »</p>
<p>Parfois, c’est un peu embarrassé mais ce gros pavé mérite d’être lu. On parle en ce moment trop de Vichy. Comme si la France pouvait être comparée à l’Allemagne. Qu’il y a eu des antisémites en France, c’est certain. Il y en a encore. Et il y en aura longtemps. Mais Vichy n’aurait pas existé sans l’Allemagne hitlérienne. Et Hitler n’aurait pas existé sans l’Allemagne. Tandis que Pétain &#8211; Pauvre Pétain ! Il a perdu dans la défaite sa victoire de Verdun. Notre Auschwitz à nous, à tout casser, ce fut un capitaine et l’île du Diable. Et vous savez comment ça s’est terminé: un galon de plus et la Légion d’honneur – que j’ai refusée en 1988.</p>
<p>II.  Une brouille<br />
Ce qu’il y a de plus intéressant dans ce numéro, c’est la fin. Quand on publie des extraits d’« Adieu à l’amitié. Hemingway, Dos Passos et la guerre d’Espagne ». Ces extraits, nous dit-on, sont tirés de l’ouvrage éponyme de Stephen Koch, à paraître aux éditions Grasset. Hem et Dos publient, sur cette guerre d’Espagne, chacun son livre. Dos Passos, « les Aventures d’un jeune homme », Hemingway, « En contrebas ». Il y a une histoire d’espion, d’homme fusillé: « Le Français d’Hemingway perd la vie dans un geste suicidaire, l’américain dans une sorte de meurtre. » Qui a menti ? Enfin, il y a eu brouille. Ce n’est jamais très heureux depuis Corneille et Racine de publier pratiquement la même année des ouvrages de l’esprit aux sujets voisins.</p>
<p>Enfin, il y a « le Théâtre et le rêve américain », un entretien entre Arthur Miller (1915-2005) et Liliane Lazar, qui date du printemps 1995. Arthur Miller est mort en février 2005, jeune octogénaire. Pourquoi, lui demande Liliane Lazar, « avez-vous écrit des pièces de théâtre plutôt que des romans et nouvelles ? ». Eh bien ! dit Arthur Miller, c’est que « je me sens plus doué pour écrire des pièces de théâtre ». Mais faut pas croire: il y a aussi « “Au fil du temps”, mon autobiographie en dix-neuf langues, et une de mes nouvelles, “Homely Girl”, vient d’être publiée en France, aux Etats-Unis, en Angleterre et en Allemagne ». Si Dieu lui avait accordé vingt ans de plus, peut-être aurait-il écrit « Autant en emporte le vent » ? Le vrai rêve américain.</p>
<p>III. – Que de Lévy !<br />
Enfin, ce numéro se termine presque sur les « Réflexions sur l’être juif » de René Lévy. Ce texte, nous dit-on, « reproduit l’introduction à la leçon de Bernard-Henri Lévy du 10 avril 2005 à l’Espace Rachi, dans le cadre des séminaires parisiens de l’Institut d’Etudes lévinassiennes ». Que de Lévy dans un seul numéro ! On y apprend par René Lévy que Benny Lévy « voulant perdre son accent de juif égyptien, si sonore, séjourne dans la Loire pour y prendre l’accent du français le plus pur ». Mais ce sont surtout les rapports entre Benny Lévy et Sartre qui nous passionnent, les stupéfiants entretiens de mars 1980 parus dans « le Nouvel Observateur », qui bouleversèrent les sartriens. Sartre vers la fin de sa vie s’était-il converti ? « Dans ce douzième entretien, fulgurant à bien des égards (intitulé “le Juif réel et l’un”), Sartre confesse avoir fait une découverte à laquelle Benny Lévy l’a conduit: la découverte que le juif est réel. Découverte anodine, dira-t-on. Car enfin, qui doute si le juif est réel ? Qui, quel juif, même des plus réfractaires ? Ah, ça, si l’on pouvait en douter, quel soulagement ce serait pour beaucoup ! » Comme on le voit par ces minces extraits, le numéro 29 de « la Règle du jeu » est passionnant. Vous y trouverez bonheur et inquiétude.</p>
<p>P. S. – Pour nous changer, une adresse de restaurant, indiquée par Robert Sabatier – qui vient de publier ses Œuvres poétiques complètes (Albin Michel, 30 euros) –, par Gilles Pudlowski du « Guide de Paris » (Michel Lafon, 18 euros), et par Fathéma Hal dans son « Grand Livre de cuisine marocaine » (Hachette pratique, 25 euros). Quand on ne sait pas faire la cuisine, le mieux est d’aller dans son restaurant Mansouria, 11, rue Faidherbe, Paris-11e (tél.: 01-43-71-00-16). Le meilleur tajine de Paris, la pastilla au pigeon et les quatre salades d’oranges à l’eau de fleur d’oranger à la cannelle, qui se dégustent comme à Fès, comme le dit si bien Pudlo dans son Guide. Les trois m’avaient amené au « Comptoir du relais », 9, carrefour de l’Odéon, Paris-6e (tél.: 01-43-29-12-05). Bons produits, atmosphère sympathique, un peu bruyante. On oublie le bruit en regardant Fathéma, dont nous étions tous amoureux.</p>
<p>Bernard Frank<br />
Le Nouvel Observateur</p>
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		<title>Le 20 avril 1979&#8230;</title>
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		<pubDate>Tue, 28 Jul 2009 14:27:14 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Liliane Lazar</dc:creator>
				<category><![CDATA[Ce jour-là...]]></category>

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		<description><![CDATA[&#8230; Fondation d&#8217;Action Internationale Contre la Faim
la scène le passe le 20 avril 1979, au domicile de Bernard-Henri Lévy qui habite alors rue des Saints-Pères. Il y a là Françoise Giroud. Le compagnon de tous les combats, Gilles Herzog. Mark Halter. La député européenne italienne, dissidente du parti communiste, Maria-Antonietta Macchiocchi. Et décision est prise [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="alignleft" title="AICF couv006" src="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2009/07/AICF-couv0062-208x300.jpg" alt="AICF couv006" width="144" height="207" /><strong>&#8230; Fondation d&#8217;Action Internationale Contre la Faim</strong><br />
la scène le passe le 20 avril 1979, au domicile de Bernard-Henri Lévy qui habite alors rue des Saints-Pères. Il y a là Françoise Giroud. Le compagnon de tous les combats, Gilles Herzog. Mark Halter. La député européenne italienne, dissidente du parti communiste, Maria-Antonietta Macchiocchi. Et décision est prise de fonder une nouvelle organisation humanitaire qui s’appellera « Action Internationale contre la faim ». BHL est chargé d’en rédiger la charte. C’est ce document que nous reproduisons ici.<span id="more-1820"></span></p>
<p>&laquo;&nbsp;Est-il tolérable que, comme l&#8217;annoncent tous les experts, des dizaines de millions de personnes soient destinées à mourir littéralement et très probablement de faim dans les quelques mois à venir ? Est-il acceptable que l&#8217;Occident industrialisé et les pays riches en général assistent à ce drame en se satisfaisant trop souvent de vaines protestations ou de minces et douteuses opérations de charité ? Que faire, dans ce cas, pour que les opinions publiques commencent à regarder l&#8217;horreur en face, à prendre la mesure de son atrocité et de sortir de leur étrange indifférence à l&#8217;égard d&#8217;une tragédie dont nous sommes tous, peu ou prou, comptables, coupables et responsables ?</p>
<p>Un certain nombre d&#8217;intellectuels, émus par ces questions, a décidé de se constituer en un comité d&#8217;« Action Internationale Contre la Faim » (A.I.C.F.) qui propose et se propose un double objectif :</p>
<p>1.	Porter secours immédiatement, ponctuellement, aux hommes, femmes et enfants qui, ici et maintenant, dans les régions les plus déshéritées, sont en danger de mort : loin des programmes d&#8217;ensemble ou des solutions globales, sauver des vies, rien que des vies, le maximum de vies possible.<br />
2.	Entreprendre une vaste campagne de sensibilisation de l&#8217;opinion publique française, et plus généralement occidentale, à un drame quotidien dont il devait être clair qu&#8217;il n&#8217;est en aucune manière inscrit dans l&#8217;ordre des choses, comme une sorte de fléau, de catastrophe naturelle : A.I.C.F. voudrait être un organisme de masse, largement ouvert à tous ceux, sans exception, qui estiment que le sort d&#8217;un enfant famélique du Bangla-Desh ou du Cambodge est aussi leur affaire.</p>
<p><strong>Par quels moyens ? Quelle procédure ? </strong>Les promoteurs d&#8217;A.I.C.F. sont conscients du fait que, à ce double objectif, s&#8217;oppose l&#8217;écueil massif, apparemment incontournable, du formidable anonymat des foules décimées par la faim. Ce sont, la plupart du temps, des corps abstraits, de simples nombres, qui ne disent rien à personne et ne franchissent presque jamais le seuil de notre perception et de notre conscience historique. Ce sont des nappes de morts vivants, sans nom et sans visage, qui — l&#8217;expérience hélas le prouve — n&#8217;émeuvent la conscience des nantis que lorsqu&#8217;elle peut les figurer, se représenter leurs traits, rendre sensible leur corps.</p>
<p>C&#8217;est la raison pour laquelle A.I.C.F. opte pour une structure résolument décentralisée, indéfiniment ramifiée, où l&#8217;initiative refluera vers des comités locaux, bâtis à l&#8217;échelle de la commune, et prenant chacun en charge, autour d&#8217;un programme d&#8217;aide ponctuel et précis, un groupe local du Tiers-Monde. En clair, un travail à la base, de la base vers la base qui, appuyé sur les municipalités grandes ou petites, la presse locale ou régionale, s&#8217;articulera ainsi :<br />
* Constitution de comités locaux, aussi nombreux que possible, dans toutes les communes de France, puis d&#8217;Europe, qui en exprimeront le désir.<br />
* « Adoption » par chacun de ces comités locaux d&#8217;une ville ou d&#8217;un village d&#8217;une région du Tiers-Monde particulièrement frappés par la malnutrition.<br />
* Mise en train d&#8217;un projet de secours et d&#8217;assistance ponctuelle pris en charge par la commune française et immédiatement destiné à la commune adoptée.<br />
*Coordination souple, par le Bureau National d&#8217;A.I.C.F. de ce réseau de solidarité multilatérale.</p>
<p>Ce type de structure nous paraît aujourd&#8217;hui le mieux capable de ponctualiser l&#8217;aide, d&#8217;en rendre les effets immédiatement sensibles, de concerner directement les opinions publiques occidentales à la question de la famine.</p>
<p>Pratiquement les comités locaux d&#8217;A.I.C.F. auront le choix entre un grand nombre d&#8217;interventions qui ne peuvent, bien entendu, être toutes, et par avance, déterminées mais dont il est possible, d&#8217;ores et déjà, de fixer le cadre général :</p>
<p>- Secours alimentaire pur et simple, par voie de collectes, en argent ou en nature, dans le cas des situations d&#8217;urgence.<br />
- Envoi de brigades alimentaires et sanitaires, susceptibles de contrôler sur place l&#8217;acheminement des secours et d&#8217;informer, à leur retour, sur leur éventuel détournement.<br />
- Mise sur pied d&#8217;un programme de coopération civile, technique ou économique, adapté aux besoins et à la situation locale : irrigation, projets industriels, expédition d&#8217;agronomes, travail hydraulique, installation d&#8217;un hôpital, etc.<br />
- Coopération avec le conseil municipal de la commune occidentale en vue de susciter un jumelage officiel et une éventuelle budgétisation du secours.<br />
- Coopération éventuelle avec les organisations existantes, disposant des infrastructures adaptées, en vue d&#8217;acheminer un secours immédiat.</p>
<p>Cette énumération n&#8217;est pas exhaustive mais indique simplement l&#8217;axe des actions à entreprendre : la prise en charge, par le biais autant qu&#8217;à l&#8217;écart des institutions municipales, de la détresse d&#8217;une localité démunie du Tiers-Monde par une localité occidentale.<br />
Dans le détail, chaque comité local devra, avant d&#8217;agir, se poser et tenter de résoudre un certain nombre de questions simples qui décideront de l&#8217;impact de son intervention :</p>
<p><strong>Où ?</strong> Travail d&#8217;information sur la région, le milieu, les conditions géographiques, climatiques et économiques où va s&#8217;inscrire l&#8217;opération : outre l&#8217;importance de ce type d&#8217;enquête pour adapter le projet d&#8217;aide à la situation locale, il y a là un vecteur non négligeable de pédagogie concrète sur les réalités du Tiers-Monde, trop souvent mal connues.</p>
<p><strong>Qui ?</strong> Inventaire précis du nombre des victimes, de leur état de santé, de leur situation familiale : outre, là encore, l&#8217;intérêt pratique de ces informations, il est probable que le portrait d&#8217;une famille, la photographie de faméliques, la publication de noms et de visages par la presse régionale française notamment, ont un pouvoir mobilisateur difficilement mesurable.</p>
<p><strong>Comment ?</strong> Définition claire de la nature de l&#8217;opération, des objectifs escomptés, d&#8217;un échéancier méthodique : les responsables du comité local doivent viser une transparence maximale et rendre à tout instant publique, disponible au plus grand nombre, l&#8217;évolution du travail engagé.</p>
<p><strong>Sous quel contrôle ?</strong> En amont, aucun projet ne pourra être mis en route sans expertise préalable, par le Bureau National d&#8217;A.I.C.F., de ses axes et de son contenu. En aval, chaque comité local s&#8217;engage à fournir tant au comité national qu&#8217;à ses propres membres et adhérents, des rapports réguliers sur les résultats obtenus.</p>
<p><strong>D&#8217;où ?</strong> Il est évident que le projet « idéal » sera celui que « commandera » effectivement la base de la localité aidée ; et A.I.C.F. multipliera, à cet effet, les contacts et les correspondances avec les groupes de base qui, dans le Tiers-Monde, pourront informer directement de leurs besoins. Mais il est évident aussi qu&#8217;en l&#8217;absence d&#8217;informations directes, le comité ne demeurera pas inactif, et qu&#8217;il y a des situations d&#8217;urgence où une opération s&#8217;avérera nécessaire même si elle est unilatérale.</p>
<p>L&#8217;ensemble de ces conditions, devrait permettre de combiner l&#8217;impératif absolu d&#8217;assistance à personnes en danger, avec le maximum de souplesse dans la décision, de localisation dans l&#8217;intervention, et de garanties d&#8217;adéquation avec les besoins, exprimés ou non, des communautés adoptées. Sur le fond, la multiplication de ces projets pose un certain nombre de questions de principe que l&#8217;on ne saurait pour autant éluder et qui devront demeurer à l&#8217;horizon de toutes les initiatives concrètes.</p>
<p>Dans le cas de secours ponctuels et d&#8217;urgence, les responsables des comités locaux se heurteront très vite à la classique accusation d&#8217;intervention abusive dans les affaires intérieures d&#8217;un État souverain. A.I.C.F. répond à cela, par avance, que le droit des peuples à disposer d&#8217;eux-mêmes ne signifie pas nécessairement le droit des États et du système économique mondial à disposer de leurs peuples. Qu&#8217;il y a, dans certains cas, quand les droits les plus élémentaires de l&#8217;homme sont évidemment bafoués par les gouvernants et les détenteurs de pouvoir économique, un devoir légitime d&#8217;ingérence aux côtés des gouvernés. Et que, même si ce devoir d&#8217;ingérence reste encore à formuler et à codifier juridiquement, il appartient dès aujourd&#8217;hui aux civils d&#8217;en administrer la preuve, d&#8217;en frayer les conditions et d&#8217;en illustrer l&#8217;exemple.</p>
<p>Dans le cas de projets plus ambitieux qui, au-delà de l&#8217;aide immédiate, interviendront structurellement dans l&#8217;économie locale du village ou de la ville aidée, les comités locaux devront asservir toutes leurs initiatives à une double exigence. Proscrire absolument, d&#8217;une part, les rapports de charité et de domination : les projets proposés devront être gérés par leurs bénéficiaires directs et devenir autonomes après une période d&#8217;assistance et de mise en route initiale. Choisir exclusivement, d&#8217;autre part, les projets propres à améliorer, directement ou indirectement, le niveau nutritionnel, la capacité de se nourrir soi-même de la population affamée.</p>
<p>Dans tous les cas, enfin, et notamment lorsqu&#8217;un projet répondra à la demande expresse d&#8217;un comité représentatif de la communauté adoptée dans le Tiers-Monde, il est possible qu&#8217;il s&#8217;ensuive un déplacement des rapports de force, peut-être un conflit politique nouveau susceptible de mettre en danger, au niveau local, les couches les plus défavorisées. Dans une hypothèse de ce type, le comité local français devra informer sans attendre le Bureau National du péril encouru, et celui-ci se mobiliser, sur le plan international autant que national, auprès des personnes menacées.</p>
<p>Les promoteurs d&#8217;A.I.C.F. sont issus d&#8217;horizons politiques et idéologiques divers et de différents pays. Chacun d&#8217;entre eux a pu, en d&#8217;autres lieux, mener le combat contre la faim à la manière qui est la sienne. Chacun, aussi bien, se réserve évidemment le droit de poursuivre sur la même voie en prenant, à titre personnel, des dispositions qui seront extérieures à l&#8217;action de l&#8217;A.I.C.F. Mais tous, cependant, ont accepté de se retrouver autour d&#8217;une éthique minimale dont il est juste de rappeler qu&#8217;Amnesty International a largement démontré, dans un contexte assurément différent, l&#8217;incontestable efficacité. Cette éthique minimale, à quoi s&#8217;obligera tout nouvel adhérent, peut être ainsi résumée :<br />
* Quelles que soient les circonstances, privilégier l&#8217;action, directe et concrète, sur le discours, abstrait et toujours différé : A.I.C.F. est un comité délibérément et foncièrement pragmatique, sans exclusive d&#8217;aucune sorte dans le régime de son recrutement.<br />
* En toutes hypothèses, demeurer fidèle au principe d&#8217;envisager le problème par le bas, de prendre le point de vue de la base : A.I.C.F. n&#8217;étant pas un tribunal, sa mission est moins de dénoncer magique¬ment des bourreaux que de nommer inlassablement des victimes, afin de les aider, bien sûr, à se libérer de leur misère.<br />
* Porter secours enfin à toutes les victimes de la famine, quelles qu&#8217;elles soient, quelle que soit leur couleur politique, quelle que soit également celle des responsables : du Nicaragua au Vietnam, du Mali en Afghanistan, du Timor au Cambodge, A.I.C.F. s&#8217;efforcera d&#8217;être présent partout où les hommes meurent de faim, tenant ferme cette idée simple qu&#8217;il n&#8217;y a pas de bons ou de mauvais faméliques, de famines progressistes ou d&#8217;hécatombes réactionnaires.</p>
<p>Sans ces trois évidences constamment rappelées, Action Internationale Contre la Faim perdrait sa raison d&#8217;être. Si A.I.C.F. se constitue, ce n&#8217;est certes pas avec la certitude de réussir, tant il est vrai que la crise économique mondiale ne peut, dans l&#8217;avenir, qu&#8217;inciter les peuples nantis à davantage d&#8217;indifférence et de repli sur les privilèges acquis, mais &#8211; c&#8217;est au moins avec la conviction que si une telle action n&#8217;est pas proposée, au moins et simplement proposée, le XXe siècle ne s&#8217;achèvera pas sans que les nations développées ne perdent, sur les champs de bataille de la misère, leur dignité.&nbsp;&raquo;</p>
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		<title>Le 25 février 1976&#8230;</title>
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		<pubDate>Sat, 23 May 2009 15:27:22 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Bernard-Henri Lévy</dc:creator>
				<category><![CDATA[Ce jour-là...]]></category>

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		<description><![CDATA[&#8230; Bernard-Henri Lévy rencontre Louis Aragon
la rencontre est narrée dans son livre de correspondance avec Michel Houellebecq, Ennemis publics. C’est lors de cette rencontre  que se décide la participation  de celui qui n’est encore ni BHL, ni même écrivain, au tournage  de l’adaptation d’Aurélien de Michel Favart. Bernard-Henri Lévy acteur. Louis Pauwels [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="alignleft size-full noborder" title="Bernard-Henri Lévy rencontre Louis Aragon" src="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2009/07/louis_aragon.gif" alt="Bernard-Henri lévy rencontre Louis Aragon" width="90" height="80" /><strong>&#8230; Bernard-Henri Lévy rencontre Louis Aragon</strong><br />
la rencontre est narrée dans son livre de correspondance avec Michel Houellebecq, Ennemis publics. C’est lors de cette rencontre  que se décide la participation  <span id="more-22"></span>de celui qui n’est encore ni BHL, ni même écrivain, au tournage  de l’adaptation d’Aurélien de Michel Favart. Bernard-Henri Lévy acteur. Louis Pauwels qui dirigeait alors Le Figaro Littéraire publiera, en mai 1977, lors de la sortie du film sur TF1, un mémorable et incendiaire article intitulé « un philosophe sans caleçon » (allusion à la scène d’amour avec Françoise Lebrun, grande première à la télévision publique).</p>
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		<title>Le 25 février 1969&#8230;</title>
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		<pubDate>Sat, 23 May 2009 02:23:13 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Bernard-Henri Lévy</dc:creator>
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		<description><![CDATA[&#8230; Lévy s’envole pour le Mexique avec Isabelle Doutreluigne
il s’installe, à Mexico, chez Dominique, la dernière épouse de Paul Eluard, qui le présente à tous ses amis mexicains : en particulier Octavio Paz et Carlos Fuentes. Puis, il part pour le « pays des Tarahumaras », en souvenir d’Antonin Artaud et de ses voyages au [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="alignleft size-full noborder" title="Lévy s’envole pour le Mexique avec Isabelle Doutreluigne" src="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2009/07/BHL-Barbarie_vignette.jpg" alt="Lévy s’envole pour le Mexique avec Isabelle Doutreluigne" /><strong>&#8230; Lévy s’envole pour le Mexique avec Isabelle Doutreluigne</strong><br />
il s’installe, à Mexico, chez Dominique, la dernière épouse de Paul Eluard, qui le présente à tous ses amis mexicains : <span id="more-20"></span>en particulier Octavio Paz et Carlos Fuentes. Puis, il part pour le « pays des Tarahumaras », en souvenir d’Antonin Artaud et de ses voyages au royaume des paradis artificiels. Puis, enfin, il part pour San Cristobal Las Casas, dans le Chiapas, où il enquête sur le sort et le malheur des populations indiennes un quart de siècle avant que la gauche « radical chic » européenne ne s’entiche du sous-commandant Marcos. En sort un texte remis à Jean Pouillon, André Gorz puis Jean-Paul Sartre et qui paraîtra dans Les temps modernes : « Mexique, nationalisation de l’impérialisme ».</p>
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		<title>Le 14 mai 1981&#8230;</title>
		<link>http://www.bernard-henri-levy.com/8-decembre-2008-18.html</link>
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		<pubDate>Sat, 23 May 2009 01:22:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Bernard-Henri Lévy</dc:creator>
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		<description><![CDATA[&#8230; Pierre Bérégovoy reçoit le jeune B.-H.L
Pierre Bérégovoy qui, dans l’entre deux qui sépare l’élection de François Mitterrand et son installation effective à l’Elysée, anime une « antenne présidentielle » installée rue de Bièvre, en face du domicile du Président élu, reçoit le jeune B.-H.L. « Face aux défis qui nous attendent, nul n’est de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="alignleft size-full noborder" title="Pierre Bérégovoy reçoit le jeune B.-H.L" src="http://www.bernard-henri-levy.com/wp-content/uploads/2009/07/beregovoy.gif" alt="Pierre Bérégovoy reçoit le jeune B.-H.L" /><strong>&#8230; Pierre Bérégovoy reçoit le jeune B.-H.L</strong><br />
Pierre Bérégovoy qui, dans l’entre deux qui sépare l’élection de <a href="http://www.bernard-henri-levy.com/francois-mitterrand-2314.html">François Mitterrand</a> et son installation effective à l’Elysée, anime une « antenne présidentielle » installée rue de Bièvre, en face du domicile du Président<span id="more-18"></span> élu, reçoit le jeune B.-H.L. « Face aux défis qui nous attendent, nul n’est de trop », confie-t-il au jeune philosophe à qui il propose, de la part du nouveau Président, de rejoindre l’équipe socialiste. Pas question, répond B.-H. L qui réaffirme là son hostilité de principe au « programme commun de gouvernement » avec les communistes – et qui affirme aussi, pour la première fois, sa non moins vive réticence face aux postes et aux honneurs. B-H L, rappelons-le, n’a pas la Légion d’honneur…</p>
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