Site édité par le professeur Liliane Lazar, Hofstra University, USA

Bernard-Henri Lévy

L’art de la philosophie ne vaut que s’il est un art de la guerre...

Philosopher contre Hegel et les néo­hégéliens. Philosopher contre l'inter­prétation pré-Bataille, et pré-Collège de sociologie, de la politique de Nietzsche. Philosopher contre le néo-platonisme et son démon de l'absolu. Philosopher contre Bergson et son avatar, justement, deleuzien. Philosopher contre la volonté de pureté, ou de guérir, dont j'ai démontré ailleurs qu'elle est la vraie matrice de ce qu'on a appelé, trop vite, les totalitarismes et qu'une guerre conceptuelle bien menée permet de mieux nommer. Philosopher pour nuire à ceux qui m'empêchent d'écrire et de philosopher. Philosopher pour empêcher, un peu, les imbéciles et les salauds de pavoiser. Philosopher contre Badiou. Philosopher contre la gidouille Zizek. Philosopher contre le parti du sommeil, des clowns ou des radicalités meurtrières. Pardon, mais c'est la vérité. Chaque fois que j'ai, depuis trente ans, fait un peu de philosophie c'est ainsi que j'ai opéré : dans une conjoncture donnée, compte tenu d'un problème ou d'une situation déterminés, identifier un ennemi et, l'ayant identifié, soit le tenir en respect, soit, parfois, le réduire ou le faire reculer. Guerre de guérilla, encore. Harcèlement. Et à la guerre comme à la guerre.

1985

pierre bergéUn voyage en Orient le conduit vers sept métropoles asiatiques et aboutit à un nouveau livre, « Impressions d’Asie » (Le Chêne-Grasset), enrichi de photographies signées Guy Bouchet. En novembre, associé à Georges-Marc Bénamou et bientôt rejoint par Pierre Bergé, il participe à la création du magazine « Globe » où il tient un bloc-notes mensuel.

1986

gilles hertzogVoyage en Ethiopie où le « Negus Rouge », Mengistu, organise de gigantesques et meurtriers déplacements de population forcés. De ce séjour, ainsi qu’un séjour dans les provinces en guerre d’Erythrée et du Tigré, il rapporte un grand reportage ( »Les camions venus d’Europe arrivent en Illubabor bourrés de bétail humain », L’Evénement du jeudi, 25 septembre 1986) où il met en cause les effets pervers d’une aide humanitaire qui, lorsqu’elle est aveugle et déliée de toute considération politique, ne contrôle pas ses effets et accélère la barbarie.

La publication de ce reportage provoque un vif débat au sein d’Action Internationale contre la Faim. Mis en minorité, il quitte, avec Gilles Hertzog et quelques autres, l’association qu’il a fondée. Parutions de « Questions de Principe Deux » (Le Livre de Poche) qui rassemble des articles et essais parus dans la presse française et internationale.

1987

alfred dreyfusDans « Eloge des Intellectuels » (Grasset), BHL s’interroge sur le rôle des intellectuels au vingtième siècle. A l’intellectuel engagé traditionnel (né avec l’Affaire Dreyfus), il oppose un « intellectuel du troisième type » (dont « la présence » dans la « cité moderne » est, dit-il, une « clé de la démocratie »).

1988

baudelaireSon deuxième roman « Les derniers jours de Charles Baudelaire » (Grasset) rate le Goncourt d’une voix (celle d’André Stil, Prix Staline de Littérature 1952, déclarant, urbi et orbi, qu’il fera payer à l’auteur son anticommunisme) mais obtient, néanmoins, le Prix Interallié. Ce livre retrace la longue agonie de Baudelaire, à Bruxelles, notamment à l’Hôtel du Grand Miroir, puis en France auprès de Madame Aupick, sa mère. Ce roman est chaleureusement accueilli par la critique. Et, aussi, par Claude Pichois, le biographe et éditeur des œuvres de Baudelaire dans la collection La Pléiade.

1989

salman rushdieEn février, l’ayatollah Khomeini lance sa fatwa contre l’écrivain britannique d’origine indienne Salman Rushdie. Bernard-Henri Lévy est l’un des tout premiers intellectuels à prendre position en faveur du romancier persécuté. Le combat pour et avec Salman Rushdie sera une constante, pour lui, dans les quinze années suivantes.

Au lendemain de la chute du Mur de Berlin, Bernard-Henri Lévy se voit confier par Thierry de Beaucé, Secrétaire d’Etat chargé des relations culturelles internationales, une mission d’information dans les pays d’Europe centrale et orientale libérés du joug soviétique ; à Budapest, Berlin, Sofia, Varsovie, Bucarest, il explore les possibilités de renforcer la présence française ainsi que la faisabilité d’une Académie Européenne des Cultures dont il trouve le modèle dans un projet de Franz Werfel en 1937.

La réflexion de Lévy nourrira, semble-t-il, François Mitterrand dans son allocution prononcée le 29 janvier 1993 lors de l’installation, au Louvre, de l’Académie Universelle des Cultures.