Bernard-Henri Lévy

L’art de la philosophie ne vaut que s’il est un art de la guerre...

Philosopher contre Hegel et les néo­hégéliens. Philosopher contre l'inter­prétation pré-Bataille, et pré-Collège de sociologie, de la politique de Nietzsche. Philosopher contre le néo-platonisme et son démon de l'absolu. Philosopher contre Bergson et son avatar, justement, deleuzien. Philosopher contre la volonté de pureté, ou de guérir, dont j'ai démontré ailleurs qu'elle est la vraie matrice de ce qu'on a appelé, trop vite, les totalitarismes et qu'une guerre conceptuelle bien menée permet de mieux nommer. Philosopher pour nuire à ceux qui m'empêchent d'écrire et de philosopher. Philosopher pour empêcher, un peu, les imbéciles et les salauds de pavoiser. Philosopher contre Badiou. Philosopher contre la gidouille Zizek. Philosopher contre le parti du sommeil, des clowns ou des radicalités meurtrières. Pardon, mais c'est la vérité. Chaque fois que j'ai, depuis trente ans, fait un peu de philosophie c'est ainsi que j'ai opéré : dans une conjoncture donnée, compte tenu d'un problème ou d'une situation déterminés, identifier un ennemi et, l'ayant identifié, soit le tenir en respect, soit, parfois, le réduire ou le faire reculer. Guerre de guérilla, encore. Harcèlement. Et à la guerre comme à la guerre.

1980

bernard henri levy joan baez 1980Il fonde avec Jacques Attali, Françoise Giroud, Marek Halter, Maria-Antonietta Macciocchi et d’autres «  Action internationale contre la Faim » . Il épouse Sylvie Bouscasse dont il aura un fils, Antonin-Balthazar-Solal : François Mitterrand, avec qui, malgré les désaccords politiques et la polémique des « nouveaux philosophes »  , BHL n’a jamais rompu les liens d’amitié, est le témoin de ce mariage.

Bernard-Henri Lévy commence à collaborer à la presse internationale, notamment en Italie, où il signe des chroniques au «  Corriere della Sera » . Il participe, avec Médecins sans Frontières et Action internationale contre la Faim, à la «  Marche pour la survie  » au Cambodge.

1981

sollers jeuneParution chez Grasset de  « L’Idéologie Française » . Ce livre dénonce le  » fascisme aux couleurs de la France « . Il devient très vite un objet de polémique dans les grands hebdomadaires et quotidiens, ainsi que dans certaines revues comme « Esprit ». Raymond Aron s’indigne que l’auteur puisse, par ses écrits, « mettre en péril » (sic) la communauté juive… Lévy est défendu, en revanche, par Jean-Toussaint Desanti, Jorge Semprun, Jean-François Revel et, à nouveau, Philippe Sollers. Dix-huit ans plus tard, lors de la réédition de L’Idéologie Française en Livre de Poche, la presse saluera ce texte précurseur : attachement au terroir, méfiance de l’esprit cosmopolite, haine des idées et des intellectuels – il aura fallu que le temps passe, que trois grands procès secouent la France (Klaus Barbie, Paul Touvier et Maurice Papon) et que, enfin, le Front National et Jean-Marie Le Pen s’installe dans le paysage politique national, pour qu’on reconnaisse le rôle prémonitoire de cet ouvrage.

En septembre 1981, Bernard-Henri Lévy part en Afghanistan avec Marek Halter et Renzon Rossellini pour remettre aux résistants Afghans du Commandant Massoud trois postes émetteurs de radio achetés avec les fonds recueillis par une collecte publique et européenne. Ainsi naît Radio Kaboul Libre. Le « Carnet de route  » de ce voyage dans l’Afghanistan occupé et dévasté par l’armée soviétique est publié dans  « Le Nouvel Observateur ».

1982

joëlle habertDepuis octobre 1981, Lévy est éditorialiste dans le quotidien de gauche  « Le Matin ». Il y tient son premier « bloc-notes » hebdomadaire dont le recueil paraîtra aux Editions Denoël sous le titre « Questions de Principe ». Il défend Israël face à un antisionisme revivifié par la guerre du Liban.

Il publie, à propos du syndicat Solidarnosc et de sa résistance à l’ordre soviétique, un retentissant « Nous sommes tous des catholiques polonais » qui fait écho au « Nous sommes tous des juifs allemands » des amis de Dany Cohn-Bendit en 1968. Plus que jamais critique, enfin, à l’endroit au stalinisme, du marxisme et de tous leurs résidus dans le paysage idéologique français, il mène, dans les colonnes du Matin, et au grand dam de François Mitterrand, la révolte contre ce qu’il appelle la « vieille gauche » et, notamment, le « Programme Commun ».

Rencontre avec Joelle Habert qui reste, jusqu’aujourd’hui, son assistante et sa principale collaboratrice .

1983

Philippe SollersFrançoise Verny, son éditeur, quitte Grasset pour Gallimard. Au même moment, Philippe Sollers, son ami, quitte Le Seuil pour Gallimard aussi. Bernard-Henri Lévy songe à suivre le mouvement mais décide, en fin de compte, de demeurer fidèle à Grasset.

1984

robbe-grillet crédit dominiquèe houyetLe philosophe délaisse provisoirement l’essai pour publier, chez Grasset donc, son premier roman,  « Le Diable en tête » qui, soutenu par Alain Robbe-Grillet, Marthe Robert et Claude Mauriac, obtient le Prix Médicis. Il poursuit là l’« enquête sur le Mal » commencée dans ses livres de philosophie. Bernard-Henri Lévy parraine, avec Simone Signoret et Coluche, le mouvement SOS racisme fondé par Julien Dray et Harlem Désir.