Site édité par le professeur Liliane Lazar, Hofstra University, USA

Bernard-Henri Lévy

L’art de la philosophie ne vaut que s’il est un art de la guerre...

Philosopher contre Hegel et les néo­hégéliens. Philosopher contre l'inter­prétation pré-Bataille, et pré-Collège de sociologie, de la politique de Nietzsche. Philosopher contre le néo-platonisme et son démon de l'absolu. Philosopher contre Bergson et son avatar, justement, deleuzien. Philosopher contre la volonté de pureté, ou de guérir, dont j'ai démontré ailleurs qu'elle est la vraie matrice de ce qu'on a appelé, trop vite, les totalitarismes et qu'une guerre conceptuelle bien menée permet de mieux nommer. Philosopher pour nuire à ceux qui m'empêchent d'écrire et de philosopher. Philosopher pour empêcher, un peu, les imbéciles et les salauds de pavoiser. Philosopher contre Badiou. Philosopher contre la gidouille Zizek. Philosopher contre le parti du sommeil, des clowns ou des radicalités meurtrières. Pardon, mais c'est la vérité. Chaque fois que j'ai, depuis trente ans, fait un peu de philosophie c'est ainsi que j'ai opéré : dans une conjoncture donnée, compte tenu d'un problème ou d'une situation déterminés, identifier un ennemi et, l'ayant identifié, soit le tenir en respect, soit, parfois, le réduire ou le faire reculer. Guerre de guérilla, encore. Harcèlement. Et à la guerre comme à la guerre.

1975

otelo jeune

Il fonde, avec Michel Butel, un quotidien à l’existence éphémère : « L’Imprévu ». Voyage au Portugal, pendant l’été 1975. Se lie avec l’officier d’extrême-gauche Otelo de Carvalho. Rapporte un long reportage, cosigné avec Gilles Hertzog, que publiera Le Monde Diplomatique. Voyage en Angola, dans les maquis de Jonas Savimbi, avec Gilles Hertzog et Dominique de Roux.

1976

louis aragonIl rencontre Louis Aragon qui lui fait jouer le rôle de Paul Denis dans une adaptation de « Aurélien » par Michel Favart et Françoise Verny.

1977

la-barbarie-a-visage-humainC’est la parution, de « La Barbarie à visage humain » chez Grasset qui crée le phénomène « BHL » : cet essai, qui s’en prend, par delà fascisme, stalinisme et marxisme, à « l’idéologie progressiste », provoque des discussions passionnées et connaît un succès immédiat. Porté par le double parrainage de Roland Barthes et Philippe Sollers, il se vend à des centaines de milliers d’exemplaires et est traduit dans toutes les langues. En Italie, c’est Leonardo Sciascia qui préfacera l’ouvrage. En Espagne et en Amérique latine, c’est Octavio Paz qui le portera sur les fonts baptismaux. B.H.L. (le sigle fait fureur) devient alors un objet d’admiration en même temps que de controverse.

1978

PORTRAIT-NY 21 mars 1978Entré dans l’Argentine fascisante des généraux, au moment de la coupe du monde de football, avec une fausse accréditation de journaliste sportif, il est arrêté à son arrivée à Buenos–Aires, subit une brève incarcération mais n’en rédige pas moins son reportage sur les violations des droits de l’homme dont le régime se rend coupable ; ce texte paraîtra, en France, dans le Nouvel Observateur et, aux Etats-Unis, dans New Republic.

1979

romain gary« Le Testament de Dieu» paraît en 1979, toujours chez Grasset : démarrant là où « La Barbarie à visage humain» s’arrêtait, il propose une réponse au nihilisme et au désenchantement contemporains. Cette réponse, Bernard-Henri Lévy la trouve dans le texte biblique. Le livre est salué par Emmanuel Levinas, auquel l’auteur se réfère à de nombreuses reprises.

Bernard-Henri Lévy se rend fréquemment en Italie où il participe activement, dans les cercles de gauche et d’extrême-gauche, parfois au contact du psychanalyste Armando Verdiglione, au combat intellectuel contre le terrorisme ; soucieux, comme il le dit, de « combattre l’adversaire sur son terrain» , il donne au quotidien alternatif « Lotta Continua» des textes où il souligne la généalogie fasciste du terrorisme d’extrême-gauche. Il se lie, à Paris, avec Romain Gary qu’il verra régulièrement, jusqu’à la veille de sa mort, en décembre 1980.