Bernard-Henri Lévy

L’art de la philosophie ne vaut que s’il est un art de la guerre...

Philosopher contre Hegel et les néo­hégéliens. Philosopher contre l'inter­prétation pré-Bataille, et pré-Collège de sociologie, de la politique de Nietzsche. Philosopher contre le néo-platonisme et son démon de l'absolu. Philosopher contre Bergson et son avatar, justement, deleuzien. Philosopher contre la volonté de pureté, ou de guérir, dont j'ai démontré ailleurs qu'elle est la vraie matrice de ce qu'on a appelé, trop vite, les totalitarismes et qu'une guerre conceptuelle bien menée permet de mieux nommer. Philosopher pour nuire à ceux qui m'empêchent d'écrire et de philosopher. Philosopher pour empêcher, un peu, les imbéciles et les salauds de pavoiser. Philosopher contre Badiou. Philosopher contre la gidouille Zizek. Philosopher contre le parti du sommeil, des clowns ou des radicalités meurtrières. Pardon, mais c'est la vérité. Chaque fois que j'ai, depuis trente ans, fait un peu de philosophie c'est ainsi que j'ai opéré : dans une conjoncture donnée, compte tenu d'un problème ou d'une situation déterminés, identifier un ennemi et, l'ayant identifié, soit le tenir en respect, soit, parfois, le réduire ou le faire reculer. Guerre de guérilla, encore. Harcèlement. Et à la guerre comme à la guerre.

à l’aube de ses 21 ans

louis-althusserNé le 5 novembre 1948 à Béni-Saf, en Algérie, près d’Oran, Bernard-Henri Lévy passe son enfance au Maroc puis, très tôt, en France où sa famille s’installe dès 1954. Il fait ses études au Lycée Pasteur de Neuilly où ses parents résident. Après une « Hypokhâgne » et une « Khâgne » au Lycée Louis-le Grand, à Paris, cette ceinture noire de judo entre (septième) à l’Ecole Normale Supérieure de la rue d’Ulm où il est élève de Jacques Derrida et Louis Althusser et où il se rapproche, sans toutefois y adhérer, des groupes maoïstes (UJCML, puis Gauche Prolétarienne) qui ont, en ce temps-là, la faveur des Normaliens.

Long séjour au Mexique, pendant le premier semestre de 1969 ; en sort un texte intitulé « Mexique, nationalisation de l’impérialisme » et publié par « Les Temps Modernes ». Ainsi donc, l’un des tout premiers textes jamais publié sous la signature de Bernard-Henri Lévy l’a été sous l’égide et dans la revue de Jean-Paul Sartre.

Voyage, à l’été 1969, en Israël qu’il connaît depuis deux ans déjà puisqu’il s’y était rendu au dernier jour de la Guerre des Six Jours – rompant, de la sorte, avec l’antisionisme de réflexe de la plupart de ses camarades. De ce second voyage, en 1969 donc, il tire un texte, paru dans la Revue du « Comité de la Gauche pour la paix négociée au Proche-Orient » qu’anime Clara Halter et à laquelle collaborent, entre autres, Vladimir Jankélévitch, Jean-Pierre Faye, Jean-François Revel. Ce texte s’intitule « Sionismes en Palestine » et fixe une ligne dont Lévy ne déviera jamais : soutien inconditionnel à l’existence et à la sécurité d’Israël ; mais nécessité absolue, pour des raisons tant éthiques que politiques, d’un Etat palestinien souverain, aux côtés d’Israël et en paix avec lui.