Bernard-Henri Lévy

L’art de la philosophie ne vaut que s’il est un art de la guerre...

Philosopher contre Hegel et les néo­hégéliens. Philosopher contre l'inter­prétation pré-Bataille, et pré-Collège de sociologie, de la politique de Nietzsche. Philosopher contre le néo-platonisme et son démon de l'absolu. Philosopher contre Bergson et son avatar, justement, deleuzien. Philosopher contre la volonté de pureté, ou de guérir, dont j'ai démontré ailleurs qu'elle est la vraie matrice de ce qu'on a appelé, trop vite, les totalitarismes et qu'une guerre conceptuelle bien menée permet de mieux nommer. Philosopher pour nuire à ceux qui m'empêchent d'écrire et de philosopher. Philosopher pour empêcher, un peu, les imbéciles et les salauds de pavoiser. Philosopher contre Badiou. Philosopher contre la gidouille Zizek. Philosopher contre le parti du sommeil, des clowns ou des radicalités meurtrières. Pardon, mais c'est la vérité. Chaque fois que j'ai, depuis trente ans, fait un peu de philosophie c'est ainsi que j'ai opéré : dans une conjoncture donnée, compte tenu d'un problème ou d'une situation déterminés, identifier un ennemi et, l'ayant identifié, soit le tenir en respect, soit, parfois, le réduire ou le faire reculer. Guerre de guérilla, encore. Harcèlement. Et à la guerre comme à la guerre.

Sa philosophie

L’une des raisons qui m’ont fait créer ce site, en 1999, fut les attaques portées contre Bernard-Henri Lévy philosophe. Ou mieux, et pour être précise: ce fut le trop grand nombre de gens que je trouvais peu enclins à reconnaître en Lévy un philosophe à part entière.

Dix ans après, les choses n’ont pas changé. J’entends toujours la même rengaine: « Lévy n’est pas un vrai philosophe; il n’a pas inventé de vrais concepts ». Et je dois d’ailleurs dire (je l’ai dit, souvent, au fil des années, au principal intéressé) que Lévy lui-même ne nous aide pas toujours, ne s’aide pas toujours lui-même, à faire triompher la vérité: trop modeste, trop touche à tout, trop indifférent à la critique, j’en passe.

De là, cette nouvelle rubrique. Essentielle pour moi. Essentielle, je crois, aussi pour lui et pour que son oeuvre prenne sa vraie mesure. Avant d’être un écrivain, un journaliste, un aventurier, un baroudeur, un directeur de revue, un militant, un homme courageux, Lévy est d’abord, avant tout, je dis bien avant tout, un philosophe – et c’est cela que, avec mon équipe, j’entends prouver ici.

Je connais son oeuvre, je crois, mieux que la plupart de ses détracteurs. Il n’y a pas un seul de ses livres dont je n’aie soigneusement rendu compte, ici, aux Etats-Unis, dans la French Review. Et ce minuscule privilège me donne le droit, je crois: 1. de rappeler que Bernard-Henri Lévy a un cursus universitaire à faire pâlir d’envie ses détracteurs; 2. d’établir le catalogue raisonné des maîtres qui l’ont formé; 3. de dresser la liste, soit des concepts qu’il a forgés, soit de ceux auxquels il a donné un sens nouveau.

J’écoute mes étudiants et anciens étudiants de Hofstra University. J’observe, sur la Toile, aux Etats-Unis, en Europe, ailleurs, des groupes s’organiser et réfléchir à partir des concepts de Lévy. A tous ceux-là, je veux dire ici que ce sont eux qui ont raison. Le « Lévysme » existe bien. Il est possible, et fécond, d’être lévyste. Je me donne quelques mois pour, avec qui voudra, préciser les contours de ce lévysme et lui donner son corps.

Professeur Liliane Lazar, Hofstra University.