Bernard Henri Levy » Son actualité http://www.bernard-henri-levy.com Des raisons dans l'histoire Fri, 03 Sep 2010 16:30:21 +0000 fr hourly 1 Isabelle Huppert écrit à Sakineh http://www.bernard-henri-levy.com/isabelle-huppert-ecrit-a-sakineh-9161.html http://www.bernard-henri-levy.com/isabelle-huppert-ecrit-a-sakineh-9161.html#comments Fri, 03 Sep 2010 16:29:51 +0000 Liliane Lazar http://www.bernard-henri-levy.com/?p=9161 Isabelle Huppert 1Chaque jour, une lettre pour sauver Sakineh.
« La Règle du jeu », « Libération » et « Elle » publient quotidiennement des lettres pour Sakineh. Suite à la tribune cosignée, le 15 aout dernier, par Bernard-Henri Lévy et dix-sept autres écrivains, artistes ou responsables politiques et publiée par « La Règle du jeu » et « Libération », la mobilisation continue pour la jeune iranienne condamnée à mort par lapidation. Aujourd’hui une lettre de Isabelle Huppert.

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Chère Sakineh,
En principe une lettre est écrite pour être lue par son destinataire.
On aimerait être sûr que toutes celles écrites pour vous le soient. On peut craindre que non. On me dit et on m’assure quelles le sont par vos enfants.
On aimerait qu’elles ne restent pas lettres mortes.
Puissent ces mots, ces mots enragés, scandalisés, abasourdis, vous arrivent dans le silence insupportable des murs qui vous séparent de nous et du monde.
Puissent-ils vous apporter à vous et à vos enfants un peu de douceur et d’espoir dans le cauchemar que vous vivez.
Puissent-ils surtout vous sauver.
Résistez Sakineh, je vous en prie.

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Exclusif : le fils de Sakineh se confie à Bernard-Henri Lévy http://www.bernard-henri-levy.com/exclusif-le-fils-de-sakineh-se-confie-a-bernard-henri-levy-9145.html http://www.bernard-henri-levy.com/exclusif-le-fils-de-sakineh-se-confie-a-bernard-henri-levy-9145.html#comments Fri, 03 Sep 2010 10:54:10 +0000 Liliane Lazar http://www.bernard-henri-levy.com/?p=9145 SAKINEH26Cela fait des jours et des jours – depuis, très précisément, le 15 août dernier, date de lancement de notre pétition – que, comme tous les journaux du monde, nous cherchions à entrer en contact avec Sajjad, le fils de Sakineh Mohammadi Ashtiani.
Lui seul pouvait nous donner des nouvelles précises de sa mère.
Lui seul pouvait répondre à la question que l’on se pose toujours en pareille circonstance et qui est celle des effets réels d’une mobilisation du type de celle que nous avions engagée avec Libération, Elle, La Règle du Jeu et d’autres journaux étrangers.
Et nul mieux que lui, enfin, ne pouvait s’exprimer sur la terrible accusation dont tout est parti et qui est l’accusation de complicité dans le meurtre de celui qui, après tout, n’est autre que son propre père.
A force de patience et grâce, une fois encore, au réseau de blogueurs et de militants des droits de l’homme iraniens avec lesquels nous sommes en contact, nous avons pu localiser, puis approcher, Sajjad. La conversation qui suit s’est déroulée par téléphone, entre Tabriz et Paris, en deux temps. Ce mercredi 2 septembre, d’abord, en fin d’apres-midi. Puis le lendemain, 3 septembre, pour d’ultimes précisions. C’est, on va le voir, un document exceptionnel. Et, pour moi qui l’ai recueilli de la bouche même de l’intéressé, c’est un témoignage particulièrement bouleversant.
Bernard-Henri Lévy

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Bernard-Henri Lévy : Cher Sajjad. Je suis très ému de vous parler. Armin Arefi, de la Règle du Jeu, est ici, avec moi, et traduira notre conversation. D’abord où êtes-vous, là, à cet instant ?
Sajjad Mohammadi Ashtiani : A Tabriz, la ville où ma mère est emprisonnée. Je suis dans la rue. Et je vous appelle d’un téléphone portable.
Bernard-Henri Lévy : Vous pensez que nous pouvons parler tranquillement ?
Sajjad Mohammadi Ashtiani : Je crois, oui. Je change très souvent de numéro afin de tenter d’échapper aux écoutes téléphoniques. Essayons. Nous verrons bien.
Bernard-Henri Lévy : Comment sont les autorités vis-à-vis de vous ? Subissez-vous des pressions ? Des tentatives d’intimidation ?
Sajjad Mohammadi Ashtiani : Oui, bien sûr. J’ai reçu deux appels des services des renseignements. Deux convocations, en fait. Mais j’ai refusé d’y aller. Pour l’instant, je n’ai pas été arrêté.
Bernard-Henri Lévy: Nous ne savons rien de vous, cher Sajjad. Qui êtes-vous ? Que faites-vous ?
Sajjad Mohammadi Ashtiani : J’ai 22 ans. Je suis l’aîné des enfants de Sakineh. Je travaille de 6 h du matin à 11 heures du soir en tant que contrôleur des billets dans les autobus de la ville. Pour le reste… Toutes mes pensées, toute ma volonté, ne sont tendues que vers un seul but : sauver ma mère.
Bernard-Henri Lévy: Justement. Où en est-on ? Comment, aujourd’hui, voyez-vous les choses ?
Sajjad Mohammadi Ashtiani : Je suis passé par des moments de désespoir. J’ai écrit aux autorités. Souvent. Mais elles m’ont répondu par un silence total. Depuis quelques jours, avec la mobilisation que vous avez lancée, je reprends un peu espoir.
Bernard-Henri Lévy: Votre maman, depuis sa cellule, est-elle informée de cette vague mondiale de solidarité et d’amitié ?
Sajjad Mohammadi Ashtiani : Oui. On le lui a dit lors des rares visites auxquelles elle avait droit. Elle en a été heureuse. Et elle vous a remercié.
Bernard-Henri Lévy: Vous parlez au passé. Pourquoi ? De quand date votre dernière visite ?
Sajjad Mohammadi Ashtiani : Juste avant ses soi disant « aveux » télévisés. Jusque là, on la voyait une fois par semaine, tous les jeudis. Depuis rien. Ni ma sœur et moi. Ni les avocats. Ce matin encore, puisque c’est jeudi, je me suis rendu à la prison. Mais le gardien m’a dit : « Madame Mohammadi Ashtiani est interdite de tout contact par décision du pouvoir ».
Bernard-Henri Lévy: Que pouvez-vous nous dire de ses conditions de détention ?
Sajjad Mohammadi Ashtiani : Elles sont très dures. Elle subit des interrogatoires incessants de la part des renseignements iraniens. On lui demande, par exemple, comment cela se fait que son portrait est affiché partout dans le monde et qui, selon elle, a lancé cette mobilisation internationale.
Bernard-Henri Lévy: Dans quel état psychologique est-elle ?
Sajjad Mohammadi Ashtiani : Elle prend de nombreux médicaments. Des antidépresseurs. Et elle prie.
Bernard-Henri Lévy: Est-elle dans une cellule individuelle ou avec d’autres femmes ?
Sajjad Mohammadi Ashtiani : Toutes les femmes condamnées de la ville de Tabriz sont dans le même quartier de la prison. Ce sont des petites cellules avec, parfois, quinze ou vingt femmes entassées. Mais il est possible que, depuis ce passage à la télévision, ils l’aient mise en cellule individuelle. Je vous le répète : je ne sais plus rien, je n’ai plus aucune nouvelle.
Bernard-Henri Lévy: Ce passage à la télévision a beaucoup impressionné, ici. Déjà, était-ce vraiment elle ?
Sajjad Mohammadi Ashtiani : Oui, bien sûr, c’était elle. Mais…
Bernard-Henri Lévy: Mais ?
Sajjad Mohammadi Ashtiani : Mais elle a été violentée au préalable. C’est Houtan Kian, l’avocat, qui l’a su de la bouche de ses codétenues. Les autorités avaient besoin de ces confessions afin de pouvoir rouvrir le dossier du meurtre de mon père.
Bernard-Henri Lévy: Les autorités, elles, affirment, que le dossier n’a jamais été vraiment clos.
Sajjad Mohammadi Ashtiani : C’est faux. Ils affirment cela pour pouvoir la tuer plus facilement. D’ailleurs, le dossier vient d’être, comme par hasard, égaré.
Bernard-Henri Lévy: Que voulez-vous dire ?
Sajjad Mohammadi Ashtiani : Avant-hier, alors que je me rendais au tribunal pour en obtenir une copie, on m’a dit qu’on ne l’avait plus. On m’a demandé d’aller au rez de chaussée où, là non plus, on n’a pas pu le trouver. J’en ai parlé à l’avocat Houtan Kian qui a fait ses propres recherches et qui m’a dit qu’il ne se trouvait pas non plus à Oskou, ville de province d’où mes parents sont originaires. Tout cela est mauvais. Il pourrait s’agir d’un plan de la République islamique pour modifier le dossier et y ajouter éléments à charge justifiant l’exécution.
Bernard-Henri Lévy: Pour la deuxième affaire, donc. Celle, non de l’adultère, mais du meurtre…
Sajjad Mohammadi Ashtiani : C’est cela. D’autant qu’il y a encore deux choses. Une semaine avant la perte du dossier, le domicile de Houtan Kian a été saccagé et, lors de cette intrusion, son ordinateur portable ainsi que la mallette dans laquelle se trouvait le résumé du dossier ont été dérobés. Et hier encore, mercredi, les services de Renseignement ont à nouveau envahi son domicile et ont embarqué un descriptif du dossier du meurtre de mon père, le dernier qui était en notre possession. C’est Houtan Kian lui même qui vient, à l’instant, de me l’indiquer par SMS.
Bernard-Henri Lévy: Houtan Kian, est-ce vous qui l’avez choisi ou a-t-il été commis d’office ?

Sajjad Mohammadi Ashtiani : Commis d’office. Mais je le vois. Je lui parle au téléphone. Je sais par exemple qu’il vient de remettre un dossier de 35 pages au Conseil Suprême du pays. Lui, comme notre ancien avocat, Mostafaei, celui qui a dû s’exiler à l’étranger, ont fait un bon travail.
Bernard-Henri Lévy: Vous êtes au courant des propos de Monsieur Mostafaei que cite la presse allemande cette semaine et qui semblent laisser planer une équivoque quant à une possible complicité de votre mère dans le meurtre de votre père ?
Sajjad Mohammadi Ashtiani : Oui, bien sûr. Mais Mostafaei n’a pas eu accès au dossier du meurtre de mon père. Donc son avis n’a aucune valeur, ses déclarations ne sont pas à prendre en compte.
Bernard-Henri Lévy: Alors pourquoi les aurait-il faites ?
Sajjad Mohammadi Ashtiani : A cause des pressions exercées par le gouvernement iranien sur sa famille. C’est un bon avocat.
Bernard-Henri Lévy: Permettez une question plus directe. Vous êtes, après tout, le fils de l’un (votre père, assassiné) et de l’autre (votre mère, accusée de complicité dans cet assassinat). En votre âme et conscience, êtes-vous certain que l’accusation soit infondée ?
Sajjad Mohammadi Ashtiani : En mon âme et conscience, oui. Mille fois oui. C’est un pur mensonge. Doublé d’une incroyable injustice. Ma mère, qui n’a rien fait, rien, risque la lapidation. Alors que le vrai meurtrier, Taheri, est libre…
Bernard-Henri Lévy: Parce que vous lui avez pardonné.
Sajjad Mohammadi Ashtiani : Oui. Il est le père d’une petite fille de trois ans qui a beaucoup pleuré devant nous. Nous n’avons pas voulu, ma sœur et moi, être la cause de son exécution.
Bernard-Henri Lévy: Est-il vrai que vous étiez là quand votre mère a subi les 99 coups de fouet ?
Sajjad Mohammadi Ashtiani : C’est tout à fait vrai. Cela s’est produit à Oskou, dans la province de Tabriz, dans une chambre du tribunal. J’ai été ravagé par les sentiments. J’ai ressenti beaucoup de haine et j’ai beaucoup pleuré. Je n’avais que 16 ans.
Bernard-Henri Lévy: Revenons à la campagne de mobilisation. Pensez-vous qu’elle puisse fléchir les autorités ?
Sajjad Mohammadi Ashtiani : Je ne sais pas. Mais nous n’avons que vous, en tout cas. Nous n’avons personne, à part vous, pour nous tenir la main. Là, par exemple, je sais que l’avocat Houtan Kian a écrit une lettre aux autorités pour demander un débat avec un responsable, n’importe lequel. S’il a une réponse, ce sera grâce à vous.
Bernard-Henri Lévy: Vous n’êtes donc pas d’accord avec ceux qui disent que cette campagne irrite les autorités et peut être contre productive ?
Sajjad Mohammadi Ashtiani : Bien sûr que non. Il est vrai que l’Iran est fâché. Mais il faut bien que l’Iran écoute notre peine. Les autorités iraniennes n’ont répondu à aucune de nos lettres. Si notre voix a une chance d’être entendue, ce sera, je vous le répète, grâce à vous.
Bernard-Henri Lévy: Que pouvons-nous faire de plus ?
Sajjad Mohammadi Ashtiani : Il faut mettre deux fois plus de pressions sur la République islamique.
Bernard-Henri Lévy: Oui, mais comment ?
Sajjad Mohammadi Ashtiani : En vous adressant, par exemple, au Brésil et à la Turquie qui ont des liens privilégiés avec la République islamique.
Bernard-Henri Lévy: Vous êtes au courant de la déclaration du Président de la République française disant que votre mère est sous la responsabilité de la France ?
Sajjad Mohammadi Ashtiani : Bien sûr. C’est extraordinaire. Mais il faut continuer. Car, sinon, si vous lâchez la pression, ma mère sera exécutée.
Bernard-Henri Lévy: Il y a des grands avocats français et internationaux, qui sont prêts à venir en renfort de Monsieur Kian…
Sajjad Mohammadi Ashtiani : Si ces avocats venaient en Iran, ils ne serviraient à rien. Mina Ahadi qui déploie, comme vous, de grands efforts pour sauver ma mère a demandé à l’ONU de fournir des avocats. Mais l’Iran a refusé catégoriquement. Ahmadinejad sait que si ces avocats venaient en Iran le visage de juges et du pays en prendrait un coup. C’est le juge de la branche numéro 6 qui a confirmé la peine de lapidation, sans raison, sans preuve et donc de manière illégale. La République islamique a peur que, si le dossier arrivait entre les mains de l’étranger, il soit ridiculisé.
Bernard-Henri Lévy: Une autre question directe, pardonnez-moi. Votre mère peut-elle encore, malgré cette émotion planétaire, être effectivement lapidée ?
Sajjad Mohammadi Ashtiani : Naturellement.
Bernard-Henri Lévy: Les autorités iraniennes ont tout de même suspendu l’exécution de la sentence.
Sajjad Mohammadi Ashtiani : Suspendu ne veut pas dire annulé.
Bernard-Henri Lévy: Est-il exact qu’un responsable de la prison est venu, samedi soir, lui annoncer que la fin était proche et qu’il était temps de penser à ses dernières volontés ?
Sajjad Mohammadi Ashtiani : Oui, c’est exact. Il lui a dit que son exécution était prévue pour le lendemain matin, dimanche, à 6 heures. C’est Houtan Kian qui a obtenu cette information grâce aux codétenus de Sakineh. Il est l’avocat de toutes les codétenues condamnées à la lapidation. Et c’est comme ça qu’il a les informations.
Bernard-Henri Lévy: Donc, à l’heure où nous parlons, tout est possible, tout est à craindre ?
Sajjad Mohammadi Ashtiani : Oui. Vous avez, d’un côté, les gens qui ne veulent en aucun cas perdre la face et qui comptent lapider ma mère. Et vous avez, de l’autre, des gens comme Monsieur Nobkaht, l’adjoint du pouvoir judiciaire dans la région du Tabriz, qui veut que Monsieur Imani, le juge qui a prononcé la sentence, soit tiré d’affaire et qui, pour cela, a demandé à Téhéran le changement de la peine de lapidation en pendaison. Mais est-ce que c’est tellement mieux ?
Bernard-Henri Lévy: Non, bien sûr.
Sajjad Mohammadi Ashtiani : Je vous en prie, ne lâchez pas. C’est vous, encore une fois, qui tenez nos mains. Si vous n’étiez pas là, ma mère serait déjà morte.

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Agnès Jaoui écrit à Sakineh http://www.bernard-henri-levy.com/agnes-jaoui-ecrit-a-sakineh-9107.html http://www.bernard-henri-levy.com/agnes-jaoui-ecrit-a-sakineh-9107.html#comments Thu, 02 Sep 2010 13:21:06 +0000 Liliane Lazar http://www.bernard-henri-levy.com/?p=9107 agnes jaouiChaque jour, une lettre pour sauver Sakineh.
« La Règle du jeu », « Libération » et « Elle » publient quotidiennement des lettres pour Sakineh. Suite à la tribune cosignée, le 15 aout dernier, par Bernard-Henri Lévy et dix-sept autres écrivains, artistes ou responsables politiques et publiée par « La Règle du jeu » et « Libération », la mobilisation continue pour la jeune iranienne condamnée à mort par lapidation. Aujourd’hui une lettre de Agnès Jaoui.

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Ton histoire, Sakineh, nous regarde tous.
Nous les humains, car une parodie de justice et un châtiment barbare, ne sont acceptables pour personne,
et aucune doctrine, aucun principe, aucune religion, ne peut les justifier.
Ton histoire regarde les hommes car c’est soi-disant au nom de la défense de l’honneur masculin, qu’on réduit la femme à un rôle de victime expiatoire.
Elle regarde les femmes, car en Sakineh, c’est chacune de nous qu’on humilie, torture, assassine.

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Roberto Saviano : « Que personne ne lève la main sur Sakineh ». http://www.bernard-henri-levy.com/roberto-saviano-que-personne-ne-leve-la-main-sur-sakineh-9038.html http://www.bernard-henri-levy.com/roberto-saviano-que-personne-ne-leve-la-main-sur-sakineh-9038.html#comments Wed, 01 Sep 2010 12:55:57 +0000 Liliane Lazar http://www.bernard-henri-levy.com/?p=9038 Roberto SavianoChaque jour, une lettre pour sauver Sakineh.
« La Règle du jeu », « Libération » et « Elle » publient quotidiennement des lettres pour Sakineh. Suite à la tribune cosignée, le 15 aout dernier, par Bernard-Henri Lévy et dix-sept autres écrivains, artistes ou responsables politiques et publiée par « La Règle du jeu » et « Libération », la mobilisation continue pour la jeune iranienne condamnée à mort par lapidation. Aujourd’hui une lettre de Roberto Saviano.

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« La lapider signifierait lancer une pierre sur chaque femme. Cela peut paraître rhétorique, évident, voire faux parce qu’au fond les femmes d’autres parties du monde vivent comme elles veulent et ne savent peut-être même pas qui elle est.
Mais comme ce sont des mots, il nous appartient de les transformer en pierres, frappant ceux qui l’ont condamnée. De façon à finir par être nombreux – et déterminants – à dire, à exiger : “Que personne ne lève la main sur Sakineh”.
Lapidarla significherebbe lanciare un sasso contro ogni donna. Può sembrare retorico, scontato, persino falso, peché in fondo le donne da altre parti del mondo vivono come vogliono e forse nemmeno sanno chi è lei.
Ma poiché queste sono parole è compito nostro trasformarle in sassi, colpendo chi l’ha condannata. In modo da riuscire ad essere in molti – e determinanti – nel dire, nel pretendere: “Nessuno levi la mano contro Sakineh”.

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BHL, plus que jamais, pour Sakineh ( Le Point, 03/09/2010). http://www.bernard-henri-levy.com/bhl-plus-que-jamais-pour-sakineh-le-point-03092010-8941.html http://www.bernard-henri-levy.com/bhl-plus-que-jamais-pour-sakineh-le-point-03092010-8941.html#comments Wed, 01 Sep 2010 12:27:39 +0000 Liliane Lazar http://www.bernard-henri-levy.com/?p=8941 SAKINEH26C’est la question que se sont posée, il y a quinze jours maintenant, les initiateurs de l’appel « Il faut empêcher la lapidation de Sakineh ».
Et c’est la question que se posent, depuis, les dizaines de milliers de femmes et d’hommes qui, tous les jours, toutes les heures, certains jours au rythme d’une signature toutes les secondes, ont rejoint ce premier appel.
Alors personne n’a, hélas, la réponse à cette effroyable question.
Et rien ne dit que, dans les jours qui viennent, demain peut-être, l’atroce verdict ne sera pas appliqué et le beau visage de Sakineh Mohammadi Ashtiani réduit à la même bouillie que celui de ces deux amants qui, le 16 août dernier, près de Kunduz, en Afghanistan, ont bel et bien été lapidés à mort.
Mais, au fond de moi, je ne le crois pas.
Je crois, je veux croire, que la campagne de mobilisation engagée par Libération, Elle et La Règle du Jeu, peut finir par l’emporter.
Et cela pour, au moins, trois raisons.
D’abord parce que, comme l’a bien dit l’une des toutes premières à avoir répondu à notre invitation à adresser, chaque jour, une « Lettre à Sakineh » (Charlotte Gainsbourg), nous avons la chance de vivre dans un pays où le dernier mot revient à ce maître absolu qu’est l’Opinion : que près de 50 000 hommes et femmes (le nombre de ceux qui, à, l’heure où j’écris, ont déjà signé) opinent que la lapidation est un crime d’une insondable ignominie, que nous soyons unanimes (par delà les attaches, les croyances ou les non croyances de chacun) à répondre par la lettre de nos noms aux pierres de l’obscurantisme et du crime – et les maîtres en second, c’est-à-dire les gouvernants, sont fondés à intervenir et à suivre ; est-ce un hasard si le premier pays à s’être fermement engagé, par la voix de Nicolas Sarkozy, pour la cause de la jeune femme, est celui d’où la pétition est partie ?
Ensuite parce qu’aussi implacables que soient les dictatures, aussi sans scrupules, sans âme ni vertu, que soient leurs autorités, elles ne sont jamais complètement autistes et que, dans le bras de fer qu’elles engagent avec le monde des démocraties et qui est comme leur seconde nature, elles sont attentives à tous les signes : qu’un pays comme la France prenne aussi fortement position, qu’il déclare, par la bouche de son Président, que la jeune femme menacée de lapidation est sous sa « responsabilité », qu’il en fasse une question d’humanité, de principe et d’honneur – et le régime de Téhéran ne peut, d’une manière ou d’une autre, qu’en tenir compte ; nous avons, à la Règle du Jeu, à travers le réseau de blogueurs et de sites iraniens auquel nous sommes connectés, des indications qui semblent dire la montée en puissance, au sein même de l’appareil judiciaire, d’un courant estimant que le prix à payer pour cette mise à mort, en pleine agora du village planétaire, d’une femme dont le seul crime est d’être peut-être tombée amoureuse serait, pour le régime, exorbitant et trop risqué.
Et puis enfin parce que, sur la scène à haute tension qu’est la scène de la question iranienne, sur ce théâtre mondial où s’affrontent les amis de la démocratie et les partisans d’une mollarchie demain nucléarisée, il y a un troisième acteur qui joue et jouera un rôle de plus en plus décisif : cet acteur c’est la société civile iranienne en lutte, elle-même, avec son Etat et pour la défense de la culture et des valeurs de la grande civilisation perse – et le fait est qu’avec cette pétition, avec cet appel en faveur d’une femme dont le nom était, hier encore, inconnu et que le monde entier, désormais, appelle par son prénom, avec cet acte de reconnaissance d’un visage qui est devenu, en quelques semaines, une véritable icône planétaire, s’impose le premier signe de solidarité concrète qui ait été adressé à cette société civile depuis que, voici un peu plus d’un an, son vote lui a été volé ; raison supplémentaire pour laquelle Ahmadinejad et les siens ne peuvent demeurer sourds à l’appel qui leur est adressé.
Alors rien ne dit, je le répète, que nous ne nous réveillerons pas, demain, avec la terrible nouvelle de la mise à mort de la jeune femme.
Et les dernières informations qui me parviennent d’Iran ne sont, à cet égard, pas toutes encourageantes : si le pouvoir, face à la vague d’indignation planétaire, a officiellement « suspendu » l’exécution de la sentence, il semble aussi 1. que le dossier de Sakineh, sous scellés, ait été rouvert en fin de semaine (ce qui, dans un Etat de droit, serait peut-être bon signe mais qui, à Téhéran, paraît plutôt indiquer que l’on s’apprête à y ajouter des charges) ; 2. que son fils de 22 ans, Sajad, n’ait plus le moindre contact avec elle (ce qui, pour le coup, est évidemment mauvais signe) ; 3. qu’un responsable de la prison de Tabriz soit venu, samedi soir, 28 août, lui annoncer qu’il fallait se préparer à mourir et qu’il était temps d’exprimer ses dernières volontés (et, là, cela glace les sangs).
Mais justement.
Raison de plus pour continuer, encore et encore, d’implorer la clémence des juges.
Et raison de plus pour, face à ce qui peut très bien n’être, aussi, qu’une façon d’intimider et de semer l’effroi, poursuivre la mobilisation des consciences.
Pour peu que d’autres pays rejoignent très vite la France (l’Italie ? l’Allemagne ? les Etats-Unis ?), pour peu que d’autres voix relaient à leur tour notre appel (les intellectuels musulmans du monde arabe ? d’Europe ?), pour peu, enfin, que nous soyons toujours plus nombreux, chaque jour, à signer l’appel contre le fanatisme et pour la grâce, alors je crois, oui, qu’une pétition aura pu sauver une vie.

Bernard-Henri Lévy

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Fernando Savater écrit à Sakineh http://www.bernard-henri-levy.com/fernando-savater-ecrit-a-sakineh-9012.html http://www.bernard-henri-levy.com/fernando-savater-ecrit-a-sakineh-9012.html#comments Tue, 31 Aug 2010 13:30:12 +0000 Liliane Lazar http://www.bernard-henri-levy.com/?p=9012 fernado savater Chaque jour, une lettre pour sauver Sakineh.
« La Règle du jeu », « Libération » et « Elle » publient quotidiennement des lettres pour Sakineh. Suite à la tribune cosignée, le 15 aout dernier, par Bernard-Henri Lévy et dix-sept autres écrivains, artistes ou responsables politiques et publiée par « La Règle du jeu » et « Libération », la mobilisation continue pour la jeune iranienne condamnée à mort par lapidation. Aujourd’hui une lettre de Fernando Savater.
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Chère Madame,
Permettez que je m’adresse à vous pour vous témoigner ma solidarité et exprimer l’indignation que je ressens devant les humiliations et menaces qui vous sont imposées par les autorités de votre pays. Je ne suis qu’un Espagnol de plus parmi les milliers qui se préoccupent de votre sort. Les châtiments corporels et la peine de mort sont toujours des moyens abominables qui rappellent les temps de la barbarie.
Et c’est d’autant plus vrai quand ils sont appliqués à des personnes discriminées en raison de leur sexe ou de leurs choix idéologiques. Il ne peut pas y avoir de justification religieuse ou pénale qui les excuse au XXIe siècle. Il est toujours plus évident que la décence politique des Etats modernes se démontre par le traitement égalitaire qu’ils réservent aux femmes, à leurs citoyennes.
Sachez, chère amie, que nous sommes beaucoup à exiger que les pays de l’Union européenne se prononcent avec clarté et fermeté en votre faveur, y compris en appliquant des mesures coercitives envers l’Iran qui pourraient se révéler efficaces. Je vous souhaite sincèrement le meilleur, à vous et à vos enfants, ainsi qu’à toutes les femmes qui souffrent en Iran et partout ailleurs où elles sont victimes de discrimination.

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Bernard-Henri Levy inquiet des dernières nouvelles de Sakineh, en provenance d’Iran. (AFP) http://www.bernard-henri-levy.com/bernard-henri-levy-inquiet-des-dernieres-nouvelles-de-sakineh-en-provenance-diran-afp-9003.html http://www.bernard-henri-levy.com/bernard-henri-levy-inquiet-des-dernieres-nouvelles-de-sakineh-en-provenance-diran-afp-9003.html#comments Tue, 31 Aug 2010 13:07:13 +0000 Liliane Lazar http://www.bernard-henri-levy.com/?p=9003 SAKINETLe philosophe Bernard-Henri Lévy a fait part aujourd’hui de son inquiétude sur le sort de l’Iranienne Sakineh Mohammadi-Ashtiani, “un faisceau d’indices semblant indiquer un durcissement des autorités iraniennes” à l’égard de cette mère de famille condamnée à mort par lapidation.
“Les dernières informations qui me parviennent d’Iran ne sont pas toutes encourageantes”, écrit BHL dans un texte à paraître jeudi dans Le Point et plusieurs titres internationaux. “Si le pouvoir, face à la vague d’indignation planétaire, a officiellement +suspendu+ l’exécution de la sentence, il semble aussi que le dossier de Sakineh, sous scellés, ait été rouvert en fin de semaine (ce qui, dans un Etat de droit, serait peut-être bon signe mais qui, à Téhéran, paraît plutôt indiquer que l’on s’apprête à y ajouter des charges)”, déclare l’intellectuel français. “Il semble également que son fils de 22 ans, Sajjad, n’ait plus le moindre contact avec elle”, poursuit-il.
Enfin “il semble qu’un responsable de la prison de Tabriz soit venu, samedi soir, 28 août, lui annoncer qu’il fallait se préparer à mourir et qu’il était temps d’exprimer ses dernières volontés”, selon BHL. “Raison de plus pour continuer d’implorer la clémence des juges. Et raison de plus pour, face à ce qui peut très bien n’être aussi qu’une façon d’intimider et de semer l’effroi, poursuivre la mobilisation des consciences”, souligne Bernard-Henri Levy.
Pour tenter de sauver Sakineh, BHL a lancé une pétition qui a passé le cap des 45.000 signataires. Elle est hébergée sur le site de sa revue “La Règle du jeu”.
Sakineh Mohammadi-Ashtiani, 43 ans, a été condamnée à mort par lapidation dans une affaire mêlant, selon la justice, des adultères et le meurtre de son mari.

Bernard-Henri Lévy

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A propos de Sakineh, Jean-Baptiste Descroix-Vernier écrit à Mahmoud Ahmadinejad http://www.bernard-henri-levy.com/a-propos-de-sakineh-jean-baptiste-descroix-vernier-ecrit-a-mahmoud-ahmadinejad-8990.html http://www.bernard-henri-levy.com/a-propos-de-sakineh-jean-baptiste-descroix-vernier-ecrit-a-mahmoud-ahmadinejad-8990.html#comments Tue, 31 Aug 2010 09:28:17 +0000 Liliane Lazar http://www.bernard-henri-levy.com/?p=8990 JB descroix vernierChaque jour, une lettre pour sauver Sakineh.
« La Règle du jeu », « Libération » et « Elle » publient quotidiennement des lettres pour Sakineh. Suite à la tribune cosignée, le 15 aout dernier, par Bernard-Henri Lévy et dix-sept autres écrivains, artistes ou responsables politiques et publiée par « La Règle du jeu » et « Libération », la mobilisation continue pour la jeune iranienne condamnée à mort par lapidation. Aujourd’hui une lettre de Jean-Baptiste Descroix-Vernier.

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L’Iran est un pays magnifique, un peuple ancien qui régna sur le monde connu pendant des siècles. Comment oublier la Grande Perse, les Mèdes, la civilisation de Jiroft, les Elamites, les Sassanides? Comment ne pas admirer ce peuple qui inventa l’écriture 3000 ans avant notre ère, cette civilisation qui plaçait la femme au centre de sa vie sociale, qui érigeait des palais incroyables à Persépolis.
J’aime la Perse. J’aime l’Iran. Et c’est pourquoi, Monsieur le Président Ahmadinejad, je me suis joins à l’appel lancé internationalement pour sauver Sakineh. Par amour pour votre pays, par respect pour ce peuple fier et digne, qui, ne l’oubliez jamais, a rédigé la première déclaration des droits de l’homme de l’histoire de l’humanité.
Ne crachez pas sur votre histoire, n’humiliez pas mondialement votre pays, sauvez cette femme.
En mon nom, au nom du monde de l’internet francophone dont je m’efforce, quand je le puis, de porter haut les couleurs, au nom des entrepreneurs et des humanistes qui se battent pour un avenir meilleur, sauvez cette femme.
Elle est devenue le symbole d’une pratique barbare, une pratique dont l’abolition vous grandirait mondialement: la lapidation.

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Golshifteh Farahani écrit à Sakineh http://www.bernard-henri-levy.com/golshifteh-farahani-ecrit-a-sakineh-8980.html http://www.bernard-henri-levy.com/golshifteh-farahani-ecrit-a-sakineh-8980.html#comments Mon, 30 Aug 2010 15:30:43 +0000 Liliane Lazar http://www.bernard-henri-levy.com/?p=8980 Golshifteh Farahani 2.Chaque jour, une lettre pour sauver Sakineh.
« La Règle du jeu », « Libération » et « Elle » publient quotidiennement des lettres pour Sakineh. Suite à la tribune cosignée, le 15 aout dernier, par Bernard-Henri Lévy et dix-sept autres écrivains, artistes ou responsables politiques et publiée par « La Règle du jeu » et « Libération », la mobilisation continue pour la jeune iranienne condamnée à mort par lapidation. Aujourd’hui une lettre de Golshifteh Farahani.

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Comme femme, comme Iranienne, je pleure pour toi Sakineh. Les autorités judiciaires iraniennes avaient déclaré qu’il n’y aurait plus jamais de lapidation en Iran.
Maintenant, si elles veulent ne pas perdre toute crédibilité, elles doivent honorer leur parole.
Le pouvoir peut renverser le verdict de l’appareil judiciaire. Il l’a déjà fait dans le passé. L’exécutif veut-il vraiment de cette lapidation qui abîme son image ? C’est son choix, c’est sa décision.
J’espère que cette fois-ci encore l’attention internationale va peser de tout son poids.
Comme elle a fait libérer le cinéaste Jafar Panahi de sa prison. Et que Sakineh échappe à la mort.

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Bernard-Henri Lévy relance, en Italie, l’appel pour Sakineh (Corriere della Sera, 30 août 2010). http://www.bernard-henri-levy.com/bernard-henri-levy-relance-en-italie-lappel-pour-sakineh-corriere-della-sera-30-aout-2010-8953.html http://www.bernard-henri-levy.com/bernard-henri-levy-relance-en-italie-lappel-pour-sakineh-corriere-della-sera-30-aout-2010-8953.html#comments Mon, 30 Aug 2010 15:22:02 +0000 Liliane Lazar http://www.bernard-henri-levy.com/?p=8953 sakineh 3È la domanda che si sono fatti, già da una quindicina di giorni, i firmatari dell’appello «Fermiamo la lapidazione di Sakineh». È la domanda che si pongono le decine di migliaia di donne e di uomini che da quel momento in poi ogni giorno, a ogni ora – e certi giorni al ritmo di una firma ogni due o tre secondi – si sono uniti al primo appello. Ma, ovviamente, nessuno può rispondere a questa domanda spaventosa. E nulla ci assicura che, nei giorni a venire, forse domani stesso, o la notte seguente, quell’atroce sentenza non venga eseguita, riducendo il bel viso di Sakineh Mohammadi Ashtiani alla stessa poltiglia sanguinolenta di quello dei due amanti, lapidati a morte senza pietà il mattino del 16 agosto scorso, nei pressi di Kunduz, una regione dell’Afghanistan sotto il controllo dei talebani.
Dentro di me, non riesco a crederci. Credo, anzi voglio credere, che la campagna di mobilitazione avviata dal quotidiano francese Libération, dal periodico femminile Elle e dalla rivista letteraria online La Règle du Jeu finirà per spuntarla.
E questo, a mio parere, per tre motivi. Innanzitutto perché, come ha detto una persona che tra le prime ha risposto al nostro invito a spedire, ogni giorno, una «Lettera a Sakineh» (l’attrice francese Charlotte Gainsbourg), noi abbiamo la fortuna di vivere in democrazia, ovvero in paesi dove l’ultima parola spetta – talvolta nel male, ma in questo caso speriamo nel bene – a quel padrone assoluto che si chiama Opinione Pubblica. Quando 40.000 uomini e donne (il numero complessivo di coloro che fino a questo momento hanno già firmato) pensano che la lapidazione sia un crimine infame, quando ci mostriamo unanimi (al di là degli schieramenti di parte, delle convinzioni o meno di ciascuno) nel rispondere con le lettere dei nostri nomi alle pietre dell’oscurantismo e dell’oppressione, costringendo i governi a mettersi al nostro passo e a seguirci, allora non è certo un caso che il primo paese ad appoggiare con fermezza, nelle parole di Nicolas Sarkozy, la causa della giovane donna sia stato appunto quello che ha lanciato la petizione. Sans titre 1
Secondo, per quanto implacabili siano le dittature, e per quanto prive di scrupoli, anima e virtù siano i loro governanti, esse non sono mai sorde al punto da ignorare i segnali che provengono dal mondo delle democrazie, pur nel braccio di ferro perennemente ingaggiato con loro, diventato ormai un modo di essere e quasi una seconda natura. Che un paese come la Francia abbia preso posizione con tanta risolutezza, al punto da dichiarare attraverso la bocca del suo presidente che la giovane donna minacciata di lapidazione è «sotto la sua responsabilità», che ne abbia fatto una questione di principio, d’onore e addirittura di interesse nazionale – di questo il regime di Teheran non può non tener conto, in un modo o nell’altro. Alla Règle du Jeu, grazie alla rete dei blogger e dei siti iraniani a noi collegata, abbiamo ricevuto notizia di un crescente movimento di opinione, all’interno degli ingranaggi giudiziari e politici iraniani, il quale stima che il prezzo da pagare per la condanna a morte, in piena agorà del villaggio planetario, di una donna il cui unico crimine è stato quello, forse, di essersi innamorata, risulterebbe per il regime troppo esorbitante e rischioso.
E infine perché su un palcoscenico ad alta tensione come quello iraniano in questo momento, in un teatro d’ombre su cui si affrontano gli amici della democrazia e i partigiani di una «mullahrchia» presto nuclearizzata, avanza oggi un terzo e ultimo attore il quale, benché troppo spesso dimenticato, svolge e svolgerà un ruolo sempre più cruciale: questo attore è la società civile iraniana in lotta, anch’essa, contro il suo Stato, per la difesa della cultura e dei valori della grande civiltà persiana. Non dimentichiamo inoltre che la nostra petizione, questo appello a favore di una donna ancora ieri sconosciuta ai più e che oggi il mondo intero chiama per nome, questo gesto di riconoscimento di un viso che è diventato, nel giro di poche settimane, una vera icona planetaria, ecco, sono questi i primi segnali di solidarietà concreta che siano stati rivolti a quella società civile da quando, poco più di un anno fa, essa si è vista derubare del voto. Un altro motivo per cui Ahmadinejad e i suoi non possono restare sordi all’appello che gli viene rivolto.
Ma nulla ci garantisce, e lo ripeto, che non ci sveglieremo domattina per apprendere dai giornali la tremenda notizia dell’esecuzione di Sakineh. Le ultime informazioni che ci giungono dall’Iran in questo senso non sono tutte incoraggianti. Se il potere, davanti all’ondata di indignazione globale, ha deciso ufficialmente di sospendere l’esecuzione della condanna a morte, ricordiamo che 1) il caso di Sakineh, già chiuso in precedenza, è stato riaperto dai giudici questo fine settimana (potrebbe, tuttavia, non essere un segnale positivo); 2) il figlio di 22 anni, Sajad, non ha più avuto contatti con lei (e questo è, senza alcun dubbio, molto inquietante); 3) sabato sera, 28 agosto, un responsabile della prigione di Tabriz ha annunciato alla prigioniera di tenersi pronta, invitandola a esprimere le ultime volontà (e di colpo ci sentiamo gelare il sangue).
E invece, a maggior ragione, è proprio questo il momento di continuare a implorare la clemenza dei giudici; di continuare a sollecitare la mobilitazione delle coscienze, davanti a un comportamento che potrebbe non essere altro che un atto intimidatorio, da parte delle autorità, allo scopo di incutere terrore. Se altri paesi si uniranno senza indugio alla Francia (perché no, da oggi stesso, anche l’Italia?), se altre voci rilanceranno a loro volta il nostro appello (che cosa aspettano gli intellettuali musulmani europei e del mondo arabo?), se riusciremo a essere ogni giorno più numerosi a firmare l’appello contro il fanatismo e per la concessione della grazia, solo allora, ne sono convinto, avremo una vera possibilità di salvare Sakineh.
Traduzione di Rita Baldassarre

Bernard-Henri Lévy

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Bernard-Henri Lévy lance, en Espagne, la mobilisation pour Sakineh (El Pais du 29 Août 2010) http://www.bernard-henri-levy.com/bernard-henri-levy-lance-en-espagne-la-mobilisation-pour-sakineh-el-pais-du-29-aout-2010-8928.html http://www.bernard-henri-levy.com/bernard-henri-levy-lance-en-espagne-la-mobilisation-pour-sakineh-el-pais-du-29-aout-2010-8928.html#comments Sun, 29 Aug 2010 08:30:05 +0000 Liliane Lazar http://www.bernard-henri-levy.com/?p=8928 Javier Moreno (directeur El PAIS°Sakineh Mohammadi Ashtiani es esa mujer iraní de 43 años que fue condenada a la lapidación y lleva ya cinco años pudriéndose en la prisión de Tabriz, al oeste de Irán, a la espera de que se ejecute la sentencia.
Y eso por un « crimen » que solo confesó bajo tortura y que consistió, según sus acusadores, en haber mantenido… ¡una relación amorosa extramatrimonial!
La opinión pública internacional, conmocionada por el horror de la situación, esperaba con ella la revisión de un veredicto tan inicuo como bárbaro cuando, el 9 de agosto pasado, tuvo lugar uno de esos golpes de efecto a los que Irán nos tiene acostumbrados: el régimen difundió por televisión, en un programa de gran audiencia, las nuevas « confesiones » de la mujer, que, cubierta con un chador negro que solo dejaba asomar su nariz y uno de sus ojos, y con una hoja de papel entre los dedos -como si recitase una lección mal aprendida- y una voz en off en farsi superpuesta a su propia voz -que se expresaba en su lengua materna, el azerí-, confesaba un segundo crimen: su supuesta complicidad en el asesinato de su marido.
A su actual abogado, Hutan Kian, no le sirvió de nada recordar que Sakineh ya había sido absuelta de esa misma acusación en 2006.
Sin hablar de las dudas que no podía evitar alimentar sobre la identidad de la mujer que, oculta bajo su velo integral, apareció aquella noche en las pantallas, Hutan Kian afirmó que, una vez más, esa declaración -carente de toda verosimilitud- había sido arrancada mediante tortura.
Finalmente, recordó que contradecía abiertamente otras afirmaciones, aparecidas en el diario británico The Guardian ocho días antes, en las que la misma Sakineh explicaba que las autoridades iraníes ya la habían exculpado de esa acusación infame en 2006; que, por tanto, mentían descaradamente al volver a sacar a relucir un cargo delirante abandonado desde hacía tiempo, y que la « justicia » solo se obcecaba en su caso « porque es una mujer » y porque vive « en un país en el que las mujeres están privadas de los derechos más elementales ».
Que Sakineh carece de los derechos más elementales queda patente en el hecho de que ni siquiera tuvo un juicio transparente, en un idioma que pudiese comprender ( »cuando el juez pronunció la sentencia », declaró a The Guardian, « no comprendí que iba a ser lapidada hasta la muerte, pues ignoraba lo que significaba la palabra rajam; me dijeron que firmase la sentencia y lo hice, y cuando volví a prisión y mis compañeras me advirtieron de que iba a ser lapidada, me desmayé inmediatamente »).
Esto queda confirmado por las desventuras de su antiguo abogado, Mohammad Mostafaei, el mismo que atrajo la atención internacional sobre su caso y que, por esa razón, se vio amenazado de cárcel (ese hombre admirable, uno de los últimos abogados libres de Irán, una de las últimas conciencias del país, tuvo que huir a Turquía y luego a Noruega, donde pude entrevistarme con él hace unos quince días para conocer de primera mano todos los detalles de esta macabra farsa judicial).
Pero, más allá de estas consideraciones de derecho, en las que mucho me temo que ya no queda demasiado tiempo para detenerse, es urgente intervenir, sin dilación, para impedir una ejecución cuya inminencia tenemos sobradas razones para temer.
Es urgente responder al llamamiento de los hijos de Sakineh, Fasride y Sajjad Mohammadi Ashtiani, por el que nos conminan a presionar por todos los medios posibles a una « justicia » que parece tener prisa por terminar y convertir el caso Sakineh en el símbolo de la inflexibilidad de la Charía a la iraní.
Cada año, decenas de mujeres son condenadas en Irán al látigo, la lapidación u otras penas cuya barbarie pone los pelos de punta: más allá del caso Sakineh, es urgente recordar al régimen de los mulás las promesas hechas en 2002 y 2008 respecto a la abolición de ese tipo de castigos.
Está en juego la vida de una mujer.
Y también la libertad y la dignidad de cientos de ellas.
Y, finalmente, se trata del honor de un gran país, dotado de una cultura tan magnífica como inmemorial y que no puede quedar reducido, ante los ojos del mundo, al rostro ensangrentado, destrozado, de una mujer lapidada.
Piedad, por tanto, para Sakineh.
Piedad para Irán, cuyo pueblo merece algo mejor que esa abominación.
Es el sentido de la petición que lanzamos en Francia, en el sitio www.laregledujeu.org, junto con Milan Kundera, Patrick Modiano y otros.
Es el sentido de un vasto movimiento de solidaridad que se puso en marcha a partir de ahí y al que se han sumado dos ex presidentes de la República Francesa (Valéry Giscard d’Estaing y Jacques Chirac), los grandes líderes de la oposición (Martine Aubry, Ségolène Royal), la primera dama de Francia (Carla Bruni-Sarkozy) y hasta el actual presidente francés, Nicolas Sarkozy, que declaró, el miércoles pasado, en una conferencia con embajadores, que Sakineh había pasado a estar « bajo la responsabilidad » de Francia.
¡Desearía tanto que el movimiento se extendiese a España!
Desearía tanto que, aquí también, a través de este periódico que sabe, mejor que ningún otro, lo que quiere decir luchar contra la dictadura, las mujeres y los hombres de buena voluntad, al margen de sus orígenes y su filiación, se reuniesen bajo el humilde estandarte de ese: « Hay que impedir la lapidación de Sakineh », que ya ha recogido cientos de miles de firmas en Estados Unidos y Francia…
Prosigamos el combate.
Obtengamos todos juntos la absolución de Sakineh.

Traducción: José Luis Sánchez-Silva.

Photo : Javier Moreno, directeur de El Pais.

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Une lettre d’Ariane Ascaride à Sakineh http://www.bernard-henri-levy.com/une-lettre-dariane-ascaride-a-sakineh-8919.html http://www.bernard-henri-levy.com/une-lettre-dariane-ascaride-a-sakineh-8919.html#comments Sat, 28 Aug 2010 15:16:55 +0000 Liliane Lazar http://www.bernard-henri-levy.com/?p=8919 ariane ascaride 1.Chaque jour, une lettre pour sauver Sakineh.
« La Règle du jeu », « Libération » et « Elle » publient quotidiennement des lettres pour Sakineh. Suite à la tribune cosignée, le 15 aout dernier, par Bernard-Henri Lévy et dix-sept autres écrivains, artistes ou responsables politiques et publiée par « La Règle du jeu » et « Libération », la mobilisation continue pour la jeune iranienne condamnée à mort par lapidation. Aujourd’hui une lettre de Ariane Ascaride.

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J’ai envie de crier à toutes les femmes, celles que je croise dans la rue, qui font les courses, qui s’occupent de leurs enfants, qui sauvent des vies dans les hôpitaux, qui apprennent les enfants à lire dans les écoles, qui se battent tous les jours pour que leurs filles puissent participer à la marche du monde, à celles qui refusent de toutes leurs forces avec courage d’être assimilées à l’obscurantisme : Levez-vous, faites entendre vos cris de révolte devant la négation de tout ce que nous sommes !
La mort immonde de cette femme au pays de l’inhumanité sera une porte ouverte à l’horreur qui guette notre moindre faiblesse pour nous abattre.
Et merci à tous les hommes qui nous accompagneront.

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Charlotte Gainsbourg écrit à Sakineh http://www.bernard-henri-levy.com/charlotte-gainsbourg-ecrit-a-sakineh-8905.html http://www.bernard-henri-levy.com/charlotte-gainsbourg-ecrit-a-sakineh-8905.html#comments Fri, 27 Aug 2010 18:46:55 +0000 Liliane Lazar http://www.bernard-henri-levy.com/?p=8905 Charlotte GainsbourgChaque jour, une lettre pour sauver Sakineh.
« La Règle du jeu », « Libération » et « Elle » publient quotidiennement des lettres pour Sakineh. Suite à la tribune cosignée, le 15 aout dernier, par Bernard-Henri Lévy et dix-sept autres écrivains, artistes ou responsables politiques et publiée par « La Règle du jeu » et « Libération », la mobilisation continue pour la jeune iranienne condamnée à mort par lapidation. Aujourd’hui une lettre de Charlotte Gainsbourg.

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Quelle chance j’ai de vivre dans mon pays. Quelle chance de savoir que je serai jugée par mes lois, mes principes. Sakineh Mohammadi, de quel mal êtes-vous coupable? Quel crime mérite votre peine? Une pratique aussi arriérée, aussi inhumaine. La lapidation. D’un autre temps. Vous les hommes qui êtes ses juges, comment pouvez-vous ordonner un tel supplice? Je suis une femme du 21ème siècle. Solidaire de toutes les femmes. Libérez Sakineh Mohammadi.

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Claude Miller écrit à Sakineh http://www.bernard-henri-levy.com/claude-miller-ecrit-a-sakineh-8884.html http://www.bernard-henri-levy.com/claude-miller-ecrit-a-sakineh-8884.html#comments Fri, 27 Aug 2010 18:40:06 +0000 Liliane Lazar http://www.bernard-henri-levy.com/?p=8884 Claude MillerChaque jour, une lettre pour sauver Sakineh.
« La Règle du jeu », « Libération » et « Elle » publient quotidiennement des lettres pour Sakineh. Suite à la tribune cosignée, le 15 aout dernier, par Bernard-Henri Lévy et dix-sept autres écrivains, artistes ou responsables politiques et publiée par « La Règle du jeu » et « Libération », la mobilisation continue pour la jeune iranienne condamnée à mort par lapidation. Aujourd’hui une lettre de Claude Miller.

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Sakineh, petite flamme.
Mon souffle se joint à celui de tous ceux qui méritent le nom de femmes et d’hommes, tous ceux qui ne supportent pas le mal qui t’est fait au nom d’une loi inhumaine. Que ta petite flamme continue à brûler malgré tout.

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Bernard-Henri Lévy nous donne, dans une interview avec Juliette Demey de France-Soir, des nouvelles de Sakineh http://www.bernard-henri-levy.com/bernard-henri-levy-nous-donne-dans-une-interview-avec-juliette-demey-de-france-soir-des-nouvelles-de-sakineh-8831.html http://www.bernard-henri-levy.com/bernard-henri-levy-nous-donne-dans-une-interview-avec-juliette-demey-de-france-soir-des-nouvelles-de-sakineh-8831.html#comments Thu, 26 Aug 2010 12:00:31 +0000 Liliane Lazar http://www.bernard-henri-levy.com/?p=8831 SAKINETOui, nous sommes, à La Règle du Jeu et grâce, en particulier, à l’équipe de bloggeurs d’Armine Arefi, en contact permanent avec l’entourage de Sakineh. Comment va-t-elle ? Mal, bien, sûr. Terriblement mal. Dans l’attente d’une exécution dont il est faux d’affirmer qu’elle ne peut pas arriver pendant le Ramadan. Il y a, semble-t-il, et d’après nos informations, deux tendances, aujourd’hui, dans l’appareil judiciaire et politique iranien. Ceux qui commencent à comprendre que le cas de cette femme simple, hier encore inconnue mais qui est en train de devenir une sorte de symbole et d’icône planétaire, peut irrémédiablement endommager l’image déjà désastreuse de leur régime. Et ceux qui, pour les mêmes raisons, redoutant l’ampleur qu’est en train de prendre la mobilisation mondiale, sont au contraire pressés d’en finir et de faire, s’il est encore temps, un bras d’honneur à la communauté internationale. D’où l’importance de cet élan de solidarité que nous avons, à quelques uns, initié. D’où l’importance vitale de chaque signature, je dis bien chaque signature, qui apparaît à la fois comme un geste de fraternité avec la victime et comme un désaveu supplémentaire pour ses bourreaux. Vous me demandez si ce type de mouvement peut avoir des effets contre-productifs et braquer encore davantage les Iraniens ? C’est ce que disent, toujours, les dictatures. C’est l’éternel argument des irresponsables, ou des salauds, qui veulent surtout ne rien faire et le faire, si j’ose dire, dans la bonne conscience. Alors, tout est possible, naturellement. Et je ne vous garantis pas que les lettres d’Isabelle Adjani, de Jane Birkin ou de Carla Bruni-Sarkozy aient ravi Ahmadinejad. Mais ce qui est, non pas possible, mais certain c’est que si nous n’avions rien fait, si nous arrêtions de faire, si l’élan de solidarité faiblissait ou stoppait, alors, oui, Sakineh mourrait. Pire, elle serait morte depuis longtemps. Mais discrètement. Silencieusement. Comme tant et tant d’autres femmes (et d’hommes), sans doute des milliers, qui ont déjà disparu avant elle, sans faire d’histoires et sans que nous en sachions rien. Donc, il ne faut pas faiblir. Il faut maintenir la pression sur nos dirigeants qui, eux-mêmes, feront pression sur les Iraniens. Ce que m’a dit Sarkozy, dimanche dernier ? Il m’a appelé, c’est vrai, dès la mise en ligne de notre pétition sur le site de Libération et de La Règle du Jeu. Et il m’a dit, au moins, deux choses. Qu’il était bouleversé par le cas de cette femme condamnée, pour crime d’amour, à la plus atroce des morts. Et qu’il en faisait, lui, Président de la République française, une affaire personnelle. La France est un grand pays. Son Président est un homme, c’est le moins que l’on puisse dire, énergique. Alors, attendons. Espérons. Je pense que, tous ensemble, pour peu que nous mettions momentanément en sourdine nos dissensions et querelles politiques, nous pouvons sauver Sakineh.
Propos recueillis par Juliette Demey

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Jane Birkin écrit à Sakineh http://www.bernard-henri-levy.com/jane-birkin-ecrit-a-sakineh-8824.html http://www.bernard-henri-levy.com/jane-birkin-ecrit-a-sakineh-8824.html#comments Thu, 26 Aug 2010 11:48:07 +0000 Liliane Lazar http://www.bernard-henri-levy.com/?p=8824 jane birkinChaque jour, une lettre pour sauver Sakineh.
« La Règle du jeu », « Libération » et « Elle » publient quotidiennement des lettres pour Sakineh. Suite à la tribune cosignée, le 15 aout dernier, par Bernard-Henri Lévy et dix-sept autres écrivains, artistes ou responsables politiques et publiée par « La Règle du jeu » et « Libération », la mobilisation continue pour la jeune iranienne condamnée à mort par lapidation. Aujourd’hui une lettre de Jane Birkin.

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Au première coup, elle saigne, les pierres sont choisies de bonne taille pour faire souffrir jusqu’à la mort certaine, donc pas trop grosses les pierres, sinon tu meurs trop vite, c’est pas du jeu, pas trop petites les pierres non plus, sinon ce n’est pas du spectacle, c’est lassant… car c’est un spectacle de voir une femme mourir, c’est la peine de mort venant du moyen age, une femme enterrée jusqu’au cou et la foule jette des pierres pour la tuer…
Mais cela se passe aujourd’hui, la mort par lapidation de l’Ancien testament va être pratiquée demain ou après demain pour Sakineh en Iran, parce qu’elle a commis un crime contre l’honneur des hommes, “adultère”… Les hommes vont donc se venger… Un spectacle odieux, que l’on croyait éteint, vestige des tortures biblique, ou de l’inquisition … Cette femme va mourir si nous n’essayons pas de la protéger avec nos pauvres mots, elle va mourir sans savoir qu’il y a des femmes comme elle, qui luttent avec des armes qui sont nos noms, espérant que nos leaders nous soutiennent, qu’ils parlent avec leurs voix puissantes, sachant que “son” gouvernement ne nous écoutera pas, nous, les gens. Mais si on est plusieurs, des millions a écrire? Savez-vous Sakineh, que votre prénom jusqu’à ces derniers jours était le prénom d’une inconnue? Aujourd’hui votre nom nous est cher, votre souffrance nous afflige, l’idée de votre mort est insupportable…

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Affaire Sakineh: un message de Bernard-Henri Lévy http://www.bernard-henri-levy.com/affaire-sakineh-un-message-de-bernard-henri-levy-8813.html http://www.bernard-henri-levy.com/affaire-sakineh-un-message-de-bernard-henri-levy-8813.html#comments Wed, 25 Aug 2010 20:46:44 +0000 Liliane Lazar http://www.bernard-henri-levy.com/?p=8813 bhl portrait bienSakineh Mohammadi Ashtiani est désormais sous « la responsabilité » de la France. C’est ce que vient de déclarer, lors de la XVIIIème conférence des ambassadeurs, le Président de la République, Nicolas Sarkozy. Le mot est fort. Le geste a du panache. Et, pour les dizaines de milliers de Françaises et de Français, qui ont signé la pétition appelant à la grâce de la jeune iranienne condamnée á la mort par lapidation, pour les millions de femmes et d’hommes qui, partout dans le monde, ont dit l’horreur que leur inspire un verdict aussi abject qu’inique, c’est un inestimable renfort, un encouragement à poursuivre et l’espoir qui, soudain, renait. Peu importent, en la circonstance, les querelles politiques et les dissentiments d’idées. Oublions, pour un instant, la colère qu’inspirent au même moment telles ou telles mesures attentoires à la tradition d’hospitalité de la France. Cette main tendue à une femme menacée de la plus abominable des morts au prétexte qu’elle aurait commis le simple crime d’aimer est, pour nous tous, un soulagement et une joie. Ici, à La Règle du Jeu, on dit – une fois n’est pas coutume: merci, Monsieur le Président, de nous avoir entendus.
Bernard-Henri Lévy

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Chirac signe la pétition lancée par Bernard-Henri Lévy (communiqué de La Règle du Jeu) http://www.bernard-henri-levy.com/chirac-signe-la-petition-lancee-par-bernard-henri-levy-communique-de-la-regle-du-jeu-8782.html http://www.bernard-henri-levy.com/chirac-signe-la-petition-lancee-par-bernard-henri-levy-communique-de-la-regle-du-jeu-8782.html#comments Wed, 25 Aug 2010 07:43:14 +0000 Liliane Lazar http://www.bernard-henri-levy.com/?p=8782 jacques chiracL’Appel international, “Il faut sauver Sakineh”, initié par la revue en ligne La Règle du Jeu, dirigée par Bernard-Henri Lévy, vient de recevoir un renfort inattendu – et de poids: celui du Président Jacques Chirac. C’est la première intervention publique de l’ancien Président de la République depuis sa dernière allocution présidentielle du 15 mai 2007. S’il sort aujourd’hui de sa réserve c’est en réaction à une situation humaine peu commune : celle d’une jeune iranienne, Sakineh Mohammadi Ashtiani, condamnée à mort par lapidation et dont l’exécution, selon des indices désormais concordants, semble n’être plus qu’une question de jours. L’ancien Président Jacques Chirac joint ainsi sa voix à celle de son prédécesseur Valéry Giscard d’Estaing, à celle de l’épouse de l’actuel Chef de l’Etat, Madame Carla Bruni-Sarkozy et à celle, surtout, des dizaines de milliers d’hommes et femmes qui disent, chaque jour davantage, l’horreur que leur inspirent tant l’inhumanité de la peine que l’injustice du verdict. Le Directeur de la Règle du Jeu, Bernard-Henri Lévy, compte sur “l’autorité morale” de l’ancien Président de la République ainsi que sur les “liens personnels qu’il a su nouer, au fil de ses deux mandats, avec des dignitaires du régime” pour peser sur les juges iraniens et contribuer à ce que l’on vienne enfin à bout de leur présente inflexibilité.

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Valéry Giscard d’Estaing, Ségolène Royal et Carla Bruni-Sarkozy écrivent à Sakineh http://www.bernard-henri-levy.com/valery-giscard-destaing-segolene-royal-et-carla-bruni-sarkozy-ecrivent-a-sakineh-8733.html http://www.bernard-henri-levy.com/valery-giscard-destaing-segolene-royal-et-carla-bruni-sarkozy-ecrivent-a-sakineh-8733.html#comments Tue, 24 Aug 2010 08:47:47 +0000 Liliane Lazar http://www.bernard-henri-levy.com/?p=8733 segolène royal On aura rarement vu ça! Par la grâce, à nouveau, du journal Libération, du magazine Elle, de La Règle du Jeu et, ici, du Huffington Post, trois personnages qui ne sont surement d’accord sur rien mais qui unissent leurs efforts pour sauver une femme de la lapidation. La féministe en moi ne peut qu’applaudir. La franco-americaine ne peut que se réjouir de voir les Français adopter un tour d’esprit qu’on trouve plus fréquemment en Amérique et qui est, d’ailleurs, l’honneur de l’Amérique. Valéry Giscard d’Estaing, Ségolène Royal et Carla Bruni-Sarkozy pour une fois sur la même ligne : bravo à Laurent Joffrin, à Madame Valérie Toranian de Elle et à Bernard-Henri Lévy de La Règle du Jeu. Quant à Sakineh, nous retenons toutes et tous notre souffle…
Liliane Lazar

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1. La lettre de Valéry Giscard d’Estaing à Sakineh Mohammadi-Ashtiani.

VGEJe n’interviens pas, par principe, dans les procédures judiciaires qui se déroulent dans les pays étrangers. Par contre, le sort réservé à Sakineh Mohammadi Ashtiani ne me paraît pas compatible avec les usages et les principes du monde contemporain. L’humanité travaille, depuis son origine, à se dégager de ses comportements primitifs et cruels. La civilisation, dans toutes les cultures, vise à aboutir au rejet des pratiques attentatoires à la dignité de l’être humain. La lapidation est une de ces pratiques. La peine que l’on se propose d’infliger à Sakineh nous fait revenir aux âges obscurs de l’humanité. Je pense que la grande culture perse qui a contribué à élever la civilisation humaine mérite mieux que cela. Puissent les autorités iraniennes s’en aviser tant qu’il est temps encore.
Valéry Giscard d’Estaing

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2. La lettre de Ségolène Royal à Sakineh Mohammadi-Ashtiani.

Je pense fort à vous, je pense fort à vos enfants, Fasride et Sajjad, et mon sang se glace. Gardez espoir et courage, de plus en plus de voix s’élèvent partout dans le monde et vont finir par se faire entendre pour abattre les murs de votre prison. En vous aidant c’est nous que nous aidons.
Nous avons besoin de votre liberté pour que notre idéal de liberté et de fraternité avance et gagne du terrain. Là où la dignité des femmes est meurtrie, écrasée, anéantie, c’est l’Humanité toute entière qui recule. Là où la femme est servie en victime expiatoire et asservie pour le seul crime d’être née femme, doivent se lever toutes celles et ceux qui savent que cet obscurantisme conduit à des malheurs plus grands encore. Sakineh, nous ne vous laisserons pas. Tenez bon pour vous, tenez bon pour nous.
Ségolène Royal

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3. La lettre de Carla Bruni-Sarkozy à Sakineh Mohammadi-Ashtiani

Chère Sakineh,
carlaCondamnée à être enterrée vivante, puis à être lapidée ! Votre beau visage, réduit en bouillie ! Vos yeux pleins de douleur et de dignité, votre front, votre cerveau, votre âme… transformés en cible pour des lanceurs de pierres, explosés, pulvérisés, en miettes ! Effroi et consternation ! Cette image de cauchemar qui nous révulse, cette image qui nous terrifie et qui semble issue de la nuit des temps, cette incroyable torture risque donc de devenir réalité.
Pour d’obscures raisons, avec une rage froide, des êtres semblables à vous et à moi en ont ainsi décidé, Sakineh. Des êtres qui s’arrogent le droit de vie et de mort sur celles qui ne leur obéissent pas.
Comment se taire après avoir pris connaissance de la sentence qui a été prononcée à votre encontre ? Ce qui risque de vous arriver blessera profondément toutes les femmes, tous les enfants, tous ceux qui portent en eux des sentiments d’humanité. Et pis encore, vous ne seriez pas la seule à risquer de subir cet effarant supplice…
Je ne vois pas le bien qui peut sortir de cette cérémonie macabre, quelles que soient les justifications juridiques avancées.
Répandre votre sang, priver vos enfants de leur mère, mais pourquoi ? Parce que vous avez vécu, parce que vous avez aimé, parce que vous êtes une femme, une Iranienne ?
Tout en moi se refuse à l’accepter. Le peuple iranien fait partie des nations les plus anciennes et les plus remarquables de la planète. Je ne comprends pas comment les héritiers d’une grande civilisation faite de tolérance et de raffinement pourraient être infidèles à cet héritage millénaire.
Vos juges doivent le savoir, Sakineh, votre nom est devenu un symbole sur la planète entière. Puissent-ils comprendre que, quelle que soit l’époque, quel que soit le lieu, ils ne pourront jamais se laver les mains d’un tel crime ?
Je suis fière de vivre dans un pays où la peine de mort a été abolie. Longtemps, elle a fait partie de nos lois, et je peux vous dire que cette abolition fut une victoire démocratique, très importante pour l’ensemble de notre peuple. Et si cette victoire devenait aussi la vôtre ? Et si la nation iranienne tournait le dos à cette pratique barbare ?
Je prie pour que la justice de votre pays sache faire preuve de clémence à votre égard, ainsi que pour les autres victimes qui risqueraient de subir le même supplice. En France, les enfants apprennent à l’école que la clémence est la principale vertu des gouvernants.
Du fond de votre cellule, sachez que mon mari plaidera votre cause sans relâche et que la France ne vous abandonnera pas.
Carla Bruni-Sarkozy

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4. Le post de Bernard-Henri Lévy en introduction à la traduction anglaise, dans le Huffington Post, de ces trois lettres.
bhlLa campagne en faveur de Sakineh Mohammadi-Ashtiani monte d’un cran. Aujourd’hui, c’est, non pas un, mais trois textes que le quotidien Liberation, le magazine Elle, la revue La Règle du Jeu et le Huffington Post mettent en ligne. Le texte d’un ancien Président de la République française, Valéry Giscard d’Estaing, invitant l’Iran à rester fidèle aux valeurs fondatrices de la grande civilisation perse. Celui d’une ancienne candidate à la Présidence, mon amie Ségoléne Royal, qui fut, avec quelques autres, à l’origine de la pétition par laquelle tout a commencé et qui exhorte Sakineh à « garder espoir et courage ». Et puis l’épouse de l’actuel Président de la République, Carla Bruni-Sarkozy, qui laisse parler son coeur de femme pour s’adresser à cette autre femme, torturée, martyrisée, peut-être demain lapidée, qu’est Sakineh Mohammadi-Ashtiani. La variété de ces textes, la qualité de leurs signataires, prouvent, s’il en était besoin, qu’il y a des situations et des causes qui transcendent les clivages politiques et les appartenances de chacun. Merci à eux trois de l’avoir compris et d’en témoigner ainsi. Merci à tous les hommes et femmes de bonne volonté de signer, en masse, sur laregledujeu.org ou ailleurs, notre appel à la clémence et pour la liberté de Sakineh.
Bernard-Henri Lévy

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Libération, Elle, le Huffington Post et La Règle du Jeu lancent un appel : « Des Lettres pour Sakineh » http://www.bernard-henri-levy.com/liberation-elle-le-huffington-post-et-la-regle-du-jeu-lancent-un-appel-%c2%ab-des-lettres-pour-sakineh-%c2%bb-8699.html http://www.bernard-henri-levy.com/liberation-elle-le-huffington-post-et-la-regle-du-jeu-lancent-un-appel-%c2%ab-des-lettres-pour-sakineh-%c2%bb-8699.html#comments Mon, 23 Aug 2010 10:37:28 +0000 Liliane Lazar http://www.bernard-henri-levy.com/?p=8699 isabelle adjani 1La mobilisation lancée par Bernard-Henri Lévy et ses amis dimanche dernier vient de passer au niveau supérieur. Avec l’appui de sa revue, La Règle du Jeu, mais aussi de deux journaux français, Elle et Libération, les signataires de la pétition « Il faut sauver Sakineh » lancent un appel aux plumes pour que, chaque jour, parvienne une lettre à Sakineh. Ici, aux Etats-Unis, l’initiative a été immédiatement relayée par le puissant Huffington Post où Bernard-Henri Lévy dispose, je le rappelle, d’un espace  éditorial . Je mets en ligne, à mon tour, le texte de présentation de l’initiative cosigné par les trois rédactions (Elle, La Règle du Jeu et Libération). Je mets également en ligne la première lettre, signée par la grande Isabelle Adjani. Et puis aussi, pour mémoire, le texte de Bernard-Henri Lévy publié, en anglais, dans le Huffington Post et où l’infatigable philosophe présente l’initiative au public américain.
Liliane Lazar

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1. Le texte de présentation de l’initiative « Des lettres pour Sakineh » (cosigné par les rédactions de Libération, Elle et La Règle du Jeu).

« Chaque jour qui passe est peut-être le dernier jour de la vie de Sakineh Mohammadi Ashtiani. Chaque heure qui vient la rapproche inéluctablement de cette mort par lapidation à laquelle la justice iranienne l’a condamnée. Cette femme, qui croupit depuis 5 ans dans la prison de Tabriz, a été condamnée, au terme d’un simulacre judiciaire dont l’Iran a le secret. Deux relations amoureuses hors mariage sont le prétexte de ce verdict qui l’expose à une mort atroce. On tue avec des pierres, on sauve avec des mots.

La Règle du jeu, Libération et le magazine Elle prennent donc aujourd’hui une nouvelle initiative. Artistes, intellectuels, hommes et femmes politiques ainsi que nos lecteurs, tous sont sont invités à nous faire parvenir un message . Une citation, un témoignage de solidarité, une prière: tous les messages sont les bienvenus  pourvu qu’ils disent à Sakineh qu’elle est moins seule qu’il n’y paraît et à ses assassins que le monde les regarde et les juge.

Chaque jour, Sauvons Sakineh ! »

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2. La lettre d’Isabelle Adjani

« Sakineh, votre nom bat dans mon cœur, et mon coeur bat en vous écrivant. Votre nom est sur toutes les lèvres et se murmurera à faire crever les tympans des juges qui restent sourds aux gémissements des femmes dont vous êtes l’irréductible figure de liberté. Vous êtes la vraie femme, cruellement riche d’une possibilité inédite: celle qui charnellise un sens de la justice qui donne au monde entier un frisson de révolte; celle qui lui arracherait la peau si nous n’étions pas capables de vaincre l’obscurantisme délibéré d’hommes enragés par la puissance de votre existence.

Celle qui vous écrit n’est qu’une actrice française dont la vocation artistique tente de prendre sur elle, le plus humainement possible, les failles et les tourments d’héroïnes souvent tragiques. Elle n’est que l’infime prolongement du “fragment de notre destinée de femme” que vous représentez et de votre refus de ce “savoir mourir” imposé par ceux qui s’obsèdent, au nom d’une ignorance criminelle, à vouloir liquider la magnificence de votre dignité. Ils enragent jusqu’à la folie, ceux-là, à  la seule idée de l’amour – mais oui – qu’il y a dans votre liberté. Je vous laisse, chère Sakineh, vous qui ne nous quittez pas.»

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3. Le texte de Bernard-Henri Lévy dans le Huffington Post (suivi de la traduction, en anglais, de la lettre d’Isabelle Adjani).

« A new initiative to try to save Sakineh Mohammadi Ashtiani has just been launched in France.  Inspired by last week’s petition, signed here by Mia Farrow, Jody Williams, Ayaan Hirsi Ali, the author of these lines, and a few others, this new initiative is a joint initiative of a major women’s magazine that is well known in the United States (Elle), a daily newspaper of the left (Libération), and a literary review (La Règle du Jeu). What does it consist of?  In substance, it amounts to a daily letter to Sakineh Mohammadi Ashtiani.  Starting today and every day, an artist, an intellectual, a political leader or simply an internet regular will send an open and public message of solidarity with the young Iranian presently living on death row at Tabriz prison, waiting for the sentence of stoning to death to be carried out.  Long or short messages, a quote or citation, a word, a poem, a plea, a cry—all of these will be welcome as long as they let Sakineh know that she is not as alone as it may seem to her, and as long as they let her assassins know that the world is watching them and judging them.  Here, for the readers of Huffington Post, is the first of these letters, signed by the great French actress, Isabelle Adjani.  Others will follow.  Many others.  Let’s pray for Sakineh.»
Bernard-Henri Lévy

“Sakineh, your name beats in my heart, and my heart beats, writing to you.  Your name is on all lips and will be murmured to burst the eardrums of the judges who remain deaf to the moans of the women among whom you are the invincible figure of liberty.  You are the real woman, cruelly rich with unrealized possibilities, the one who gives flesh and blood to a sense of justice that makes the entire world shiver in disgust, the one that would rip its skin off were we not capable of conquering the deliberate obscurantism of men who are enraged by the power of your very existence.
The woman writing you is only a French actress whose artistic vocation leads her to take on, as humanly as possible, the faults and the torments of often tragic heroines.  She is only the minute extension of the «fragment of our destiny as women» which you represent and of your refusal of this «savoir mourir» forced upon you by those who are obsessed, in the name of criminal ignorance, with the desire to liquidate the magnificence of your dignity.  They are crazed with rage at the simple idea of love—yes, love—your liberty represents.  I leave you, dear Sakineh, you who remain with us constantly.”                   .
Isabelle Adjani

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Dans le Corriere della Sera, la version italienne de l’Appel pour Sakineh http://www.bernard-henri-levy.com/dans-le-corriere-della-sera-la-version-italienne-de-lappel-pour-sakineh-8686.html http://www.bernard-henri-levy.com/dans-le-corriere-della-sera-la-version-italienne-de-lappel-pour-sakineh-8686.html#comments Sat, 21 Aug 2010 10:59:00 +0000 Liliane Lazar http://www.bernard-henri-levy.com/?p=8686

patrick modianoQuesto è un nuovo appello per Sakineh Mohammadi Ashtiani, la giovane donna iraniana che rischia la condanna alla lapidazione con la presunta accusa di adulterio e di complicità in omicidio. Il Brasile le ha promesso asilo, ma l’ Iran ha respinto l’ offerta. Questo è un appello in extremis. È stato firmato, oltre che dall’ autore di queste righe, da altre diciassette personalità, scrittori, attivisti dei diritti umani e politici, sia uomini che donne, indignati, tutti, dal persistere di questo abominio nel ventunesimo secolo: Wole Soyinka, Patrick Modiano, Milan Kundera, Jorge Semprún, Ségolène Royal, Rachida Dati, Simone Veil, Marjane Satrapi, Juliette Binoche, Mia Farrow, Bob Geldof, Taslima Nasrin, Ayaan Hirsi Ali, Jody Williams, Sussan Deyhim, Yann Richard, Elisabeth Badinter. Ci auguriamo che la loro voce trovi ascolto a Teheran. Nella prigione di Tabriz, nella regione occidentale dell’ Iran, dove è rinchiusa ormai da cinque anni, Sakineh Mohammadi Ashtiani attende ancora risposta alla richiesta di riesame del suo caso, fissata per il 21 agosto. Sakineh ha già pagato per il suo «crimine» (da lei confessato, occorre ricordare, sotto tortura, e che secondo i suoi accusatori consiste nell’ aver avuto rapporti amorosi al di fuori del matrimonio in due occasioni) subendo la pena di 99 frustate, cui è stata sottoposta in presenza di uno dei suoi due figli. Ma ecco che alcuni mesi or sono spunta fuori una nuova e vaga imputazione, per la quale è prevista la pena di morte. E non di una morte qualsiasi, ma di morte per lapidazione! L’ opinione pubblica internazionale, inorridita davanti alla minaccia che pesa su Sakineh, ha atteso assieme all’ accusata la revisione di un verdetto tanto iniquo quanto barbarico. Ma la sera dell’ 11 agosto si è verificata una svolta drammatica, di quelle che sono ormai diventate moneta corrente in Iran: nel corso di un programma televisivo molto seguito, il regime ha mandato in onda la cosiddetta «confessione» della donna la quale, con indosso un chador nero che la copriva per intero lasciando emergere solo un occhio e il naso, stringeva in mano un foglio di carta, quasi costretta a recitare una parte che stentava ad apprendere a memoria. Mentre il doppiaggio in farsi copriva la sua stessa voce che si esprimeva in azero, sua lingua madre, Sakineh ha confessato la sua presunta «complicità» nell’ omicidio del marito. Il suo avvocato, Hutan Kian, non ha perso tempo per ricordare che Sakineh era già stata assolta da tale accusa nel 2006. Tralasciando i sospetti più ovvi, che non è riuscito tuttavia a dissipare sulla reale identità della donna apparsa quella sera sugli schermi televisivi, nascosta sotto il velo integrale, il legale ha affermato che, a dispetto delle apparenze, la donna era stata costretta a pronunciare quella dichiarazione, ancora una volta sotto tortura. Infine, l’ avvocato ha ricordato che tali parole erano chiaramente in contraddizione con quelle riportate dal Guardian il 6 agosto in cui la stessa Sakineh spiegava di essere già stata prosciolta da quell’ accusa infamante nel 2006. È chiaro che le autorità iraniane hanno mentito spudoratamente, ripescando un’ imputazione già da tempo scartata, con l’ unico scopo di seminare confusione nell’ opinione pubblica e prepararla a una rapida esecuzione della condanna a morte. Kian ha aggiunto che la «giustizia» si accanisce sul suo caso solo «perché è una donna», che vive «in un Paese dove alle donne vengono negati i diritti più elementari». A Sakineh viene negato il diritto fondamentale a reclamare giustizia per il semplice fatto che le è stato impedito l’ accesso a un processo equo, in una lingua a lei comprensibile. («Quando il giudice ha pronunciato la sentenza – ha riferito la donna al Guardian – non ho nemmeno capito che ero stata condannata alla lapidazione, perché non conosco il significato della parola rajam. Mi hanno chiesto di firmare la condanna, e l’ ho fatto, ma quando sono tornata in prigione e le mie compagne di cella mi hanno detto che sarei stata lapidata, ho perso i sensi»). Tutto ciò è stato confermato dal suo precedente difensore, l’ avvocato Mohammad Mostafaei, che non aveva esitato ad attirare l’ attenzione internazionale sul suo caso e che per il suo interessamento si è visto piombare addosso un mandato di arresto (si è salvato per un pelo, rifugiandosi in Turchia, dove è in attesa di un visto per la Norvegia. Non così sua moglie, Fereshteh Halimi, che è stata arrestata e trattenuta in ostaggio.) Infine, appare chiaro che, senza soffermarsi sull’ orrore della condanna, i cui dettagli più ripugnanti non trovano posto in questa sede, la lapidazione è consentita dalla «legge» iraniana esclusivamente quando i parenti della vittima ne fanno richiesta (e, occorre ribadirlo, non è nemmeno questo il caso di Sakineh e della sua famiglia). Ma al di là di tali considerazioni, che non è opportuno né auspicabile sviscerare in questo momento, è urgente intervenire subito per impedire l’ esecuzione di una condanna che gli osservatori della situazione iraniana temono possa essere imminente. È nostro dovere rispondere con urgenza alle suppliche dei figli di Sakineh, Fasride e Sajjad Mohammadi Ashtiani, che ci implorano di non chiudere gli occhi davanti a queste macabre macchinazioni del regime iraniano, per non permettere che il loro «incubo si trasformi in realtà». A nome di Sakineh, è urgente rivolgersi alle autorità affinché venga revocata la sua condanna a morte, in qualunque forma essa sia, e la donna venga rilasciata senza indugio, riconoscendo la sua innocenza. In Iran, ogni anno, decine di donne sono condannate alla fustigazione, lapidazione e altre forme di punizioni raccapriccianti. È nostro dovere intervenire presso le Nazioni Unite per ricordare al regime dei mullah le promesse fatte nel 2002 e nel 2008, riguardanti appunto l’ abolizione di queste punizioni. Se in questo momento è a rischio la vita di una sola donna, non dimentichiamo che sono a rischio la libertà e la dignità di migliaia di altre. Ricordiamo infine che è a rischio anche l’ onore di un grande Paese, ricco di una splendida cultura millenaria, che non può e non deve riconoscersi, davanti agli occhi del mondo, nella maschera sanguinolenta di un volto di donna sfigurato dai colpi di pietra. Pietà per Sakineh. Pietà per l’ Iran. Traduzione di Rita Baldassarre.


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La dernière dépêche AFP su l’Appel de Libération et de la Règle du Jeu pour Sakineh ( AFP du 19 août 2010) http://www.bernard-henri-levy.com/la-derniere-depeche-afp-su-lappel-de-liberation-et-de-la-regle-du-jeu-pour-sakineh-afp-du-19-aout-2010-8575.html http://www.bernard-henri-levy.com/la-derniere-depeche-afp-su-lappel-de-liberation-et-de-la-regle-du-jeu-pour-sakineh-afp-du-19-aout-2010-8575.html#comments Thu, 19 Aug 2010 13:40:27 +0000 Liliane Lazar http://www.bernard-henri-levy.com/?p=8575 afp_logo PARIS — Nicolas Sarkozy fait du sort de Sakineh Mohammadi-Ashtiani, Iranienne condamnée à mort par lapidation, « une affaire personnelle » et pourrait bientôt « prendre des initiatives », a confié jeudi à l’AFP Bernard-Henri Lévy, qui s’est entretenu dimanche avec le chef de l’Etat.
Par ailleurs, le philosophe a annoncé la publication en France et aux Etats-Unis à partir de lundi d’une lettre quotidienne adressée à l’Iranienne, signée de personnalités françaises et internationales.
« Nous allons envoyer à partir de lundi une lettre quotidienne à Sakineh, signée par de grands noms de la littérature et des arts », a annoncé le philosophe. Dans le même temps, « nous lancerons un appel aux internautes signataires pour qu’ils écrivent eux aussi à Sakineh. Ces lettres parviendront à sa famille ». La publication démarrera lundi, probablement avec le journal Libération et de façon certaine avec le quotidien américain The Washington Post, a -t-il ajouté.
« J’ai eu dimanche soir une longue conversation téléphonique avec le président Sarkozy. Nous avons parlé 30 minutes. Il a écouté, interrogé, demandé mille détails. Il semblait déjà très au fait du dossier », a précisé le philosophe, engagé dans la mobilisation pour empêcher l’exécution de la jeune femme.
« J’ai eu le sentiment, sans être suspect (…) d’adhésion aux grands choix politiques du sarkozisme, que le président, dans cette affaire, se conduit bien et semble faire du sort de Sakineh une affaire personnelle », a ajouté Bernard-Henri Lévy. « Et je ne serais pas surpris qu’il prenne dans les jours qui viennent des initiatives en ce sens. Mais il m’a demandé la confidentialité la plus totale sur ce point », a-t-il poursuivi.
Le site de la revue de BHL « La règle du jeu » a publié le 15 août une tribune de soutien à Sakineh Mohammadi-Ashtiani, signée par de grands noms du cinéma et de la littérature, ainsi que par plusieurs personnalités politiques. Le texte a figuré à la Une du journal Libération lundi.
Depuis cette date, une pétition sur le site reçoit de 1.800 à 2.000 signatures supplémentaires par jour, de citoyens anonymes et de personnalités comme Catherine Deneuve, Jane Birkin, Charlotte Gainsbourg, Gérard Depardieu, Jeanne Moreau, Martine Aubry, Valéry Giscard d’Estaing ou Bertrand Delanoë, a expliqué BHL.

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Le Maire de Paris se joint à la mobilisation lancée par Bernard-Henri Lévy, Libération et la Règle du Jeu. http://www.bernard-henri-levy.com/le-maire-de-paris-se-joint-a-la-mobilisation-lancee-par-bernard-henri-levy-liberation-et-la-regle-du-jeu-8522.html http://www.bernard-henri-levy.com/le-maire-de-paris-se-joint-a-la-mobilisation-lancee-par-bernard-henri-levy-liberation-et-la-regle-du-jeu-8522.html#comments Wed, 18 Aug 2010 12:39:21 +0000 Liliane Lazar http://www.bernard-henri-levy.com/?p=8522 SAKINEH26DELANOE 26Le sort réservé à Sakineh Mohammadi Ashtiani par les autorités iraniennes doit conduire à une mobilisation internationale sans faille. C’est la vie d’une femme qui est en jeu, face à la brutalité et à l’obscurantisme de ceux qui s’acharnent contre elle. Ce sont aussi les valeurs de liberté, d’égalité et de justice que chaque progressiste doit défendre en dénonçant l’inacceptable. Symbole d’un grand peuple oppressé, figure désormais universelle d’une dignité bafouée par des méthodes barbares, Sakineh doit vivre. C’est cet espoir et cette conviction qui me conduisent à m’engager, en m’associant sans réserve à cet appel.
Bertrand Delanoë.

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De Sarkozy à Aubry, union sacrée pour sauver Sakineh. http://www.bernard-henri-levy.com/de-sarkozy-a-aubry-union-sacree-pour-sauver-sakineh-8478.html http://www.bernard-henri-levy.com/de-sarkozy-a-aubry-union-sacree-pour-sauver-sakineh-8478.html#comments Tue, 17 Aug 2010 16:11:24 +0000 Liliane Lazar http://www.bernard-henri-levy.com/?p=8478 SARKO 23AUBRY 23Même ici, à New-York, c’est le sujet dont tout le monde parle. La campagne lancée par Bernard-Henri Lévy pour sauver Sakineh Mohammadi Ashtiani. Les milliers et les milliers de signatures recueillis par la revue en ligne qu’il dirige, La Règle du Jeu et par le quotidien Libération. Les très grands noms (comme Peter Brook, Jeanne Moreau, Isabelle Huppert, tant d’autres) qui ont également rejoint les 17 premiers signataires. Et puis, là, ce mardi matin, deux soutiens de poids qui risquent de donner à la campagne un élan nouveau. La chef de l’opposition parlementaire, Martine Aubry, qui, dans une lettre adressée à La Règle du Jeu et à son directeur dit sa détermination. Et le Président de la République en personne, Nicolas Sarkozy, dont Bernard-Henri Lévy nous apprend, dans un entretien avec Natacha Polony du Figaro, qu’il fait du sort de Sakineh une priorité personnelle et politique. Je mets donc en ligne la lettre de Martine Aubry et l’entretien de Bernard-Henri Lévy avec Natacha Polony. Il faut sauver Sakineh! Un dernier mot. De nombreux internautes fidèles du site me demandent comment signer la pétition pour Sakineh. Réponse: ici, sur le site de La Règle du Jeu . Et ne vous étonnez pas si votre nom met un peu de temps à être traité et à apparaître: la rédaction et Patrick Fabre, le webmaster de la revue, sont submergés par l’afflux des signatures.
Liliane Lazar

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Martine Aubry rejoint les milliers de signataires qui ont signé pour Sakineh

Tout doit être fait, tout doit être tenté, tout doit être dit pour sauver Sakineh Mohammadi Ashtiani et pour dénoncer la condamnation barbare dont elle est l’objet. Face au sort que les autorités iraniennes veulent lui réserver, devant l’acharnement dont elle est l’objet, chacune et chacun d’entre nous a le devoir d’exprimer sa révolte et son exigence de justice et d’humanité. Nous lui devons cette mobilisation, et à travers elle, à l’ensemble des femmes iraniennes victimes de ce régime. C’est pourquoi je m’associe sans réserve à cet appel.
Martine Aubry

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Bernard-Henri Lévy obtient le soutien de Sarkozy pour sauver l’iranienne Sakineh. (Le Figaro du 16 Août 2010, entretien avec Natacha Polony)

Qu’est-ce qui rend cette mobilisation nécessaire et urgente?
Bernard-Henri LÉVY.– La mise en scène terrible à laquelle nous avons eu droit la semaine dernière: une Sakineh presque entièrement voilée, ayant probablement été torturée et venant confesser, à la télévision iranienne, des crimes imaginaires. Le moins que l’on puisse dire est que ce genre de mascarade n’est jamais bon signe. C’était comme si l’on essayait d’alourdir encore le dossier de cette femme et de justifier par avance l’injustifiable. Nous nous disions: «ils ne peuvent pas; ils n’oseront pas». Eh bien si, bien sûr, ils peuvent oser. Et nous avons même des informations, à travers les réseaux d’amis iraniens liés à La Règle du jeu, selon lesquelles l’exécution pourrait être imminente.

Pourquoi cet acharnement. De quoi cette femme est-elle le symbole?
Bhl.– Il suffit de lire ce que disent et écrivent les mollahs qui règnent à Téhéran. Les femmes sont à la pointe de la mobilisation contre la dictature. Et elles sont, à ce titre, en première ligne de la persécution et de la violence. C’est comme ça. C’est, hélas, presque logique. Et c’est, d’ailleurs, partout la règle quand le fascislamisme prend le pouvoir. Suivez les femmes… Le sort des femmes, leur humiliation ou leur dignité sont un infaillible baromètre… Toujours.

Qu’est-ce qui explique, selon vous, que l’Iran ait abandonné ses promesses de mettre fin à ce type de châtiment?
Bhl.– L’Iran ne tient aucune de ses promesses. Aucun de ses engagements. Même le vote de ses citoyens leur a été, comme vous savez, honteusement volé en juin dernier. Alors, un parjure de plus ou de moins… Ni le président non élu Ahmadinejad ni le prétendu arbitre Khamenei n’en sont à une infamie près…

Quel peut-être le poids de l’opinion internationale face à ce cas qui n’est pas unique?
Bhl.– Bien sûr qu’il y a d’autres cas! Ce matin encore, à l’heure où nous parlons, une femme et un homme viennent d’être lapidés dans une région de l’Afghanistan tenue par les talibans. Pardon. Mais il faut essayer d’imaginer ce qu’il y a derrière ces mots abstraits: «viennent d’être lapidés». Il faut imaginer des corps à demi enterrés ou, au contraire, totalement exposés. Il faut imaginer une meute d’assassins vociférant, s’encourageant les uns les autres, caillassant. Il faut, si on en a la force, essayer de visualiser les pierres qui déchirent les chairs, qui fracassent les crânes, qui réduisent les visages en bouillie. Alors qu’est-ce qu’on peut faire contre cette abomination? Sauver, déjà, Sakineh. Ils en ont fait un symbole; eh bien prenons-les au mot et faisons-en, à notre tour, un symbole. Si nous y parvenons, si nous arrivons à l’arracher aux griffes de ses bourreaux, vous verrez: il y aura une sorte de «jurisprudence Sakineh», une jurisprudence morale et symbolique – et il sera, en Iran au moins, de plus en plus difficile de prononcer des verdicts de lapidation.

Les pays européens se concertent pour étudier «les moyens qui peuvent être mis en œuvre» pour la sauver. La France a demandé aux autorités iraniennes un moratoire général sur les exécutions. Pensez-vous que ces pressions auront un effet sur le gouvernement iranien?
Bhl.– J’en suis convaincu. Ahmadinejjad est un fanatique. Mais c’est un fanatique avisé. Il sait le poids des opinions publiques. Il sait qu’il est engagé dans un bras de fer avec l’Occident et que, dans ce bras de fer, dans cette guerre de positions, il ne peut négliger aucun front. Nous non plus, d’ailleurs. Et il ne faudrait évidemment pas que, s’il cède sur Sakineh, nous cédions à notre tour, et à l’inverse, sur la question, par exemple, du nucléaire. Mais nous n’en sommes pas là. Sauvons déjà Sakineh.

Par-delà l’action concertée avec ses partenaires, quel doit être le rôle de la France?
Bhl.– J’ai le sentiment qu’il est déjà important. Je vais vous faire une confidence. J’ai parlé avec Nicolas Sarkozy, dimanche soir, au téléphone, quelques heures après la mise en ligne de l’appel sur notre site laregledujeu.org. Il m’a interrogé. Écouté. Il m’a paru à la fois très informé et désireux d’en savoir encore davantage. Et, surtout, surtout, il m’a semblé sincèrement touché par le sort de cette femme simple, presque illettrée, dont je lui ai rappelé qu’elle n’a même pas compris le verdict qui la frappait lorsqu’on le lui a signifié dans le mot arabe – «rajam» – que la justice iranienne emploie, bizarrement, quand elle veut dire «lapidation». Je ne suis pas suspect, c’est le moins que l’on puisse dire, d’adhérer aux grands choix politiques du président. Je dois avouer que, là, pour le coup, il a eu le bon réflexe, les mots justes et précis et, dans le ton, une émotion qui ne trompait pas. Lorsqu’il m’a dit que Sakineh avait désormais, en sa personne, donc au sommet de nos institutions, un soutien actif et qui ne transigerait pas, j’ai pensé que c’était de bon augure.

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Confiés à BHL, les premiers mots de l’avocat de Sakineh Mohammadi Ashtiani. http://www.bernard-henri-levy.com/confies-a-bhl-les-premiers-mots-de-l%e2%80%99avocat-de-sakineh-mohammadi-ashtiani-8397.html http://www.bernard-henri-levy.com/confies-a-bhl-les-premiers-mots-de-l%e2%80%99avocat-de-sakineh-mohammadi-ashtiani-8397.html#comments Sun, 15 Aug 2010 21:36:30 +0000 Liliane Lazar http://www.bernard-henri-levy.com/?p=8397 sekineh-sangsar-31Mohamad Mostafaei était, jusqu’il y a quelques jours, l’avocat de Sakineh Mohammadi Ashtiani. C’était, par delà son métier, l’une des voix libres de l’Iran et l’une de ses consciences. Harcelé par les mollahs, plusieurs fois emprisonné, soumis à un insoutenable chantage moral chaque fois que l’on s’en prenait à sa femme et à sa fille, il a fini par quitter son pays. C’est de la chambre d’hôtel, à Oslo, où il a trouvé refuge depuis hier, dimanche, qu’il a répondu à mes questions. Soit, directement, en anglais. Soit avec l’aide de Mahmood Amiry-Mohgad, fondateur et animateur de l’ONG, basée en Norvège, « Iran Human Rights ». Voix claire. Esprit lucide. Capacité de résistance manifestement inentamée. L’homme ne fléchit pas. Il continue le combat. Mais il a, pour cela, plus que jamais besoin de nous. Pour l’heure, écoutons-le. C’est la première fois qu’il s’exprime, depuis son départ d’Iran.

Bernard-Henri Lévy

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Bernard-Henri Lévy : Bonsoir, Monsieur Mostafei. Je suis très ému de vous parler. Où êtes-vous,  exactement?
Mohamad Mostafaei : Là, à l’instant, je suis dans une chambre d’hôtel, à Oslo.
BHL : Comment s’est passé votre départ d’Iran ?
M. Mostafaei : J’ai passé la frontière entre l’Iran et la Turquie. Cinq heures de marche. Puis à cheval.
BHL : Et, ensuite, en Turquie ?
M.Mostafaei : Je suis arrivé dans la ville de Van. Des organisations humanitaires comme Amnesty International ont pris mon cas en mains. Nous avons écrit au gouvernement turc. Ils m’ont fait prendre un avion pour Istanbul. Et, là, j’ai passé six jours. Trois au poste de police de l’aéroport. Trois dans un centre de rétention pour étrangers en situation irrégulière. Et c’est grâce à l’intervention de gens de l’ONU, de l’Union européenne et du gouvernement norvégien que j’ai pu arriver à Oslo.
BHL : Quel est l’état présent de votre esprit?
M. Mostafaei : Epuisé mais combatif. J’aurais préféré rester en Iran, bien sûr, pour continuer le combat pour Sakineh et pour les droits humains dans mon pays. Mais ils m’auraient arrêté. Ou, pire, ils auraient gardé ma femme en prison.
BHL : Parce que votre femme est sortie de prison ?
M. Mostafaei : Oui, naturellement. Ils ne la détenaient que pour m’obliger à me rendre. A l’instant où j’ai posé le pied en Norvège et où ils ont compris qu’ils ne m’attraperaient plus, ils l’ont libérée. Après quatorze jours d’enfermement sévère.
BHL : Une chose frappe, dans cette affaire Sakineh : l’acharnement sur une femme qui, après tout…
M. Mostafaei : C’est vrai. On s’est acharné sur elle de toutes les manières possibles. D’abord, il y a eu cette condamnation à la lapidation. Elle a vécu avec ce cauchemar, cette épée de Damoclès, au dessus de la tête. Et puis, maintenant, comme la République islamique d’Iran, émue par la mobilisation internationale, hésite à appliquer le verdict et songe à transformer la lapidation en pendaison, Sakineh attend. Et c’est une autre forme de torture.
BHL : Oui. Mais pourquoi elle? Pourquoi cet acharnement sur elle en particulier ?
M. Mostafaei : Elle est un symbole. Elle est le symbole de toutes les femmes iraniennes victimes de la famille, de la société, de leurs lois discriminatoires.
BHL : Vue de l’extérieur, toute cette affaire semble parfois très obscure. De quoi est-elle accusée au juste ?
M. Mostafaei : Concrètement, elle a été condamnée à 99 coups de fouet pour « relation immorale » avec un homme pendant que son mari était en vie. Après le meurtre de son mari, elle a été condamnée à dix ans de prison pour complicité. Et, au même moment, un autre tribunal l’a rejugée pour son soi disant adultère et l’a condamnée, cette fois, à la lapidation. Il n’y a évidemment rien de vrai dans tout cela. Aucune preuve. Aucun aveu. Mais, quand l’affaire a été jugée, trois des cinq juges l’ont déclarée coupable avec, pour seule base, leur intime conviction. C’étaient, tous les trois, des religieux. Et des religieux particulièrement fanatiques.
BHL : Quel genre de femme est-elle ?
M. Mostafaei : Une femme simple. Très simple. Elle ne parle  quasiment pas le farsi par exemple. Seulement le Azari.
BHL : Est-ce pour cela qu’elle n’a pas compris, quand il a été prononcé, le verdict de lapidation ? On dit que c’est seulement une fois rentrée dans sa cellule que ses codétenues lui ont expliqué et qu’elle a compris…
M. Mostafaei : Non. Ça, c’est autre chose. C’est parce que le mot employé par les juges a été “Rajam”, le mot arabe pour dire lapidation.
BHL : C’est étrange qu’on utilise un mot arabe…
M. Mostafaei : C’est vrai. Mais c’est la règle. C’est ce mot, ce mot arabe, qui est utilisé dans le système pénal iranien. Et c’est ce mot qu’elle n’a pas compris.
BHL : Qu’en est-il, selon vous, de ces images télévisées où on la voit, presque entièrement cachée par un voile, confesser ses prétendus crimes. Est-ce bien elle, d’abord ?
M. Mostafaei : Je n’ai pas personnellement vu les images. Mais, selon toute vraisemblance, oui, c’est elle.
BHL : Est-ce sous la torture qu’on lui a extorqué ces aveux ?
M. Mostafaei : C’est ce que j’ai entendu, oui. Qu’elle a été soumise, disons, à très forte pression. Et qu’elle a été contrainte de dire ce qu’elle a dit.
BHL : Qui est l’avocat qui vous a succédé? Est-ce la famille qui l’a choisi ? Ou a-t-il été commis d’office ?
M. Mostafaei : Je ne connais pas Monsieur Javid Kian. Je ne sais pas s’il a été désigné par les autorités ou par la famille.
BHL : Le cas de Sakineh est-il exceptionnel ? Y a-t-il des cas similaires? Quel sont le derniers cas de lapidation dont vous ayez entendu parler ou dont vous ayez été saisi ?
M. Mostafaei : J’ai eu treize clients condamnés à la mort par lapidation. Pour dix d’entre eux, j’ai, soit gagné en appel, soit obtenu que la peine soit commuée en coups de fouet. Il en reste trois…
BhL : Quel est, à votre connaissance, la dernière lapidation qui ait effectivement été exécutée ?
M. Mostafaei : Le dernier cas dont je me souvienne est celui de Jafar Kiani, lapidé à mort à Takestan à l’été 2007. Mais les organisations de défense des droits de l’homme en Iran en ont documenté d’autres. Un homme, en mars 2009, dans la ville de Rasht.  Trois autres, à Mashad, en décembre 2008 – dont un qui a réussi à s’extraire du trou et qui a donc sauvé sa vie.
BHL : Vous êtes connu pour avoir attiré, depuis l’Iran, l’attention de la communauté internationale sur le cas Mohammad-Reza Haddadi et, maintenant, sur celui de Sakineh Mohammadi Ashtiani. Est-ce que ce type de mobilisation est une bonne chose?
M. Mostafaei : Oui, bien sûr. On n’en voit pas toujours les effets tout de suite. Mais,  à plus ou moins long terme, il n’y a aucune doute : c’est capital.
BHL : Vous n’êtes donc pas d’accord avec ceux qui disent qu’il est plus efficace d’agir en coulisse?
M. Mostafei : Non. Il faut les deux.
BHL : Que pensent les autorités iraniennes de ces campagnes ? Comment régissent-elles ?
M. Mostafaei : Elles n’aiment pas ça. Mais ells ne peuvent pas les ignorer. Toutes ces dernières années, par exemple, j’ai tenu, sur des blogs, la chronique des cas exemplaires que j’ai plaidés. Les autorités bloquent systématiquement ces blogs. J’en ouvre d’autres.
BHL : Que pouvons-nous faire, aujourd’hui, pour vous aider, aider Sakineh, aider les femmes iraniennes en lute contre l’obscurantisme?
M. Mostafaei : Déjà, ce que nous faisons là. Parler. Dire les choses. Expliquer que la violation des droits de l’homme en Iran mérite au moins autant d’attention que la question de l’énergie nucléaire.
BHL : Viendrez-vous le dire à Paris ?
M. Mostafaei : Je serai à en Allemagne, la semaine prochaine. Mais pourquoi pas, oui, ensuite, en France ?
BHL : Eh bien nous vous attendons.

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Il faut empêcher la lapidation de Sakineh http://www.bernard-henri-levy.com/il-faut-empecher-la-lapidation-de-sakineh-8386.html http://www.bernard-henri-levy.com/il-faut-empecher-la-lapidation-de-sakineh-8386.html#comments Sun, 15 Aug 2010 20:44:54 +0000 Liliane Lazar http://www.bernard-henri-levy.com/?p=8386 Sakineh_Mohammadi_Ashtiani_imagen_CNN-300x180
Sakineh Mohammadi Ashtiani attendait dans la prison de Tabriz, à l’ouest de l’Iran, où elle croupit depuis cinq ans, la réponse à une demande de réexamen de son cas – prévue, initialement, pour le 15 août.
Son “crime” (qu’elle n’a avoué, rappelons-le, que sous la torture et qui consisterait, selon ses accusateurs, à avoir eu deux relations amoureuses hors mariage) avait déjà été puni par 99 coups de fouet administrés en présence de l’un de ses deux enfants.
Mais voilà qu’une nouvelle et nébuleuse accusation a débouché, il y a quelques mois, sur une condamnation à mort – et pas n’importe quelle mort puisqu’il devrait s’agir d’une mort par lapidation!
L’opinion internationale, touchée par l’horreur de cette menace qui pèse sur Sakineh, attendait avec elle la révision d’un verdict aussi inique que barbare – quand,  le 11 août dernier au soir, se produisit l’un de ces coups de théâtre dont l’Iran commence à être coutumière : le régime diffusait à la télévision, dans une émission de grande écoute, les prétendus « aveux » de la jeune femme qui, couverte par un tchador noir qui ne laissait voir que son nez et l’un de ses yeux, tenant une feuille de papier entre les doigts comme si elle récitait une leçon mal apprise, une voix off en farsi couvrant sa propre voix qui s’exprimait dans sa langue maternelle, l’azéri, confessait sa supposée “complicité” dans le meurtre de son mari.
Son actuel avocat, Hutan Kian, a affirmé que cette déclaration, contraire à toute vraisemblance, a été arrachée, à nouveau, sous la torture et rapporte que les enfants de Sakineh sont, quant à eux, « complètement traumatisés » par l’émission.
Outre le fait que l’on peut avoir des doutes sur l’identité de la femme qui est apparue ce soir-là, sur les écrans, dissimulée sous un tchador étonamment couvrant, ces propos vont, par ailleurs, clairement à l’encontre de ceux rapportés par le Guardian, la semaine dernière, et où Sakineh expliquait que les autorités iraniennes l’avaient déjà, en 2006, lavée de cette accusation infame; qu’elles mentaient donc sciemment en revenant ainsi sur une charge abandonnée depuis longtemps et ce dans le seul but de semer la confusion dans les médias et de les préparer à une exécution à la sauvette; et que la “justice” ne s’obstinait sur son cas que « parce qu’elle est une femme » et qu’elle vit « dans un pays où les femmes sont privées de leurs droits les plus élémentaires. »
Que Sakineh soit privée de ses droits les plus élémentaires, cela ressort du fait qu’elle n’a même pas eu droit, dans cette affaire, à un jugement limpide, dans une langue qu’elle puisse comprendre (« quand le juge a prononcé la sentence, a-t-elle déclaré au Guardian, je n’ai même pas réalisé que j’allais être lapidée à mort car j’ignorais ce que signifiait le mot “rajam”; ils m’ont demandé de signer la sentence, ce que j’ai fait, et quand je suis retournée en prison et que mes codétenues m’ont avertie que j’allais être lapidée, je me suis immédiatement évanouie»); cela est confirmé par les mésaventures de son ancien avocat, Mohammad Mostafaei, celui-là même qui a attiré l’attention internationale sur son cas et qui s’est vu, pour cela, menacé d’emprisonnement (il n’a dû son salut qu’à la fuite en Turquie où il attend un visa pour la Norvège – mais non sans que son épouse, Fereshteh Halimi, ait été retenue en otage et emprisonnée); et cela est attesté, enfin, par le fait que, nonobstant l’horreur de la chose même, et quitte à entrer dans les détails les plus scabreux, une mise à mort par lapidation n’est possible en “droit” iranien que lorsque la famille de  la victime en fait la demande (ce qui, dans le cas de Sakineh et de sa famille, n’est, evidemment, pas le cas!).
Mais par delà ces considérations dans lesquelles nous n’avons ni le goût ni peut-être, désormais, vraiment le temps d’entrer, il est urgent d’intervenir pour empêcher une mise à mort dont les observateurs de la scène iranienne ont tout lieu de redouter l’imminence.
Il est urgent de répondre à l’appel des enfants de Sakineh, Fasride et Sajjad Mohammadi Ashtiani, nous adjurant de ne pas fermer les yeux sur une mise en scène aussi grossière et de ne pas laisser leur « cauchemar devenir réalité ».
Il est urgent d’exiger des autorités, pour Sakineh, le renoncement à toute  forme d’exécution, une remise en liberté sans délai et la reconnaissance de son innocence.
Des dizaines de femmes sont, chaque année, en Iran, condamnées au fouet, à la lapidation ou à d’autres peines dont la barbarie glace, tout autant, les sangs: il est urgent, au-delà même du cas de Sakineh, que l’ONU rappelle au régime des Mollahs les promesses faites, en 2002 et en 2008, quant à l’abolition de ce type de châtiments.
La vie d’une femme est jeu.
La liberté et la dignité de milliers d’autres se jouent également là.
Et il s’agit enfin de l’honneur d’un grand pays, doté d’une culture aussi magnifique qu’immémoriale, et qui ne peut se voir résumer, sous les yeux du monde, au visage ensanglanté, réduit en bouillie, d’une femme lapidée.

Pitié pour Sakineh.
Pitié pour l’Iran.

Signataires :

Elisabeth Badinter, Juliette Binoche, Rachida Dati, Sussan Deyhim, Mia Farrow, Bob Geldof, Ayaan Hirsi Ali, Milan Kundera, Bernard-Henri Lévy, Patrick Modiano, Taslima Nasrin, Yann Richard, Ségolène Royal, Marjane Satrapi, Jorge Semprun, Wole Soyinka, Simone Veil, Jody Williams.

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Photothèque suite. Bernard-Henri Lévy a toujours refusé la Légion d’honneur – mais il honore ses amis qui la reçoivent… http://www.bernard-henri-levy.com/phototheque-suite-pourquoi-bernard-henri-levy-na-jamais-voulu-la-legion-dhonneur-8333.html http://www.bernard-henri-levy.com/phototheque-suite-pourquoi-bernard-henri-levy-na-jamais-voulu-la-legion-dhonneur-8333.html#comments Sun, 15 Aug 2010 09:06:49 +0000 Liliane Lazar http://www.bernard-henri-levy.com/?p=8333 STAR_33997_003Bernard-Henri Lévy, c’est un fait connu, n’a pas la légion d’honneur, ni l’Ordre du Mérite, ni aucune autre décoration. On lui propose régulièrement ces décorations, ne serait-ce que parce qu’il est Président du Conseil de Surveillance d’une entreprise publique, ARTE, et que c’est un usage républicain, en France, que de décorer les Présidents d’entreprises publiques. Mais, tout aussi régulièrement, il décline l’offre. En expliquant qu’il n’a jamais accepté que deux décorations. Une, en pleine guerre, des mains du Président bosniaque Izetbegovic. Et une autre, après la guerre, des mains du Président géorgien Sakachvili.  De cela, cependant, il ne fait pas doctrine. Et, surtout, il ne prétend pas imposer à ses amis sa propre manière de voir. C’est pourquoi il est là, aux côtés de Claude Lanzmann, ou de Christine Orban, ou d’autres, quand ils se voient décorés. D’où ces quelques clichés, dont s’enrichit notre photothèque. Et auxquels j’en ajoute deux ou trois autres – heureux ou tristes, comme la vie : une photo du mariage de Jean-Paul Belmondo ; une autre des obsèques de Daniel Toscan du Plantier ; ou une autre, encore, des obsèques d’Yves Saint-Laurent.

Liliane Lazar.

* Photo « 26 avril 2004.  Christine Orban reçoit les Insignes de Chevalier dans l’Ordre des Arts et des Lettres. Bernard-Henri Lévy avec Milan Orban, son filleul. »


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Le 15 septembre 2001… http://www.bernard-henri-levy.com/le-15-septembre-2001-8133.html http://www.bernard-henri-levy.com/le-15-septembre-2001-8133.html#comments Fri, 13 Aug 2010 12:27:15 +0000 Liliane Lazar http://www.bernard-henri-levy.com/?p=8133 … le testament de Massoud, livré par Bernard-Henri Lévy.

BHL MassoudCet article, paru dans Nice Matin, en marge de son nouveau livre, « Réflexions sur la guerre, le Mal et la Fin de l’Histoire », Bernard-Henri Lévy ne l’a, à ma connaissance, jamais repris dans aucun de ses recueils de chroniques. Le titre « Ce que m’a dit Massoud » n’est probablement pas de lui. Mais les informations qu’il donne sont précises, concrètes – et, quelques jours après le désastre du 11 septembre, bien lucides ! Bernard-Henri Lévy est l’un des rares Français à avoir approché Massoud et à pouvoir en témoigner. Il le fait ici. Chaque mot de cette interview doit être médité par ceux qui pensent, comme moi, que la mort du Lion du Panchir fut comme les trois coups du drame dans lequel allait entrer le XXI siècle et où nous sommes toujours. Et que Bernard-Henri Lévy l’ait donnée, comme le précise le chapeau du journaliste de Nice-Matin, depuis le cadre idyllique de La Colombe d’Or où il habite à l’époque, ne change rien à l’importance de ces mots.
Liliane Lazar

Scan6Vous rapportez qu’un jour, un ami de Massoud, racontait, devant vous, qu’à Kaboul, les taliban interdisent les colombes en liberté…
C’était un ami de sa famille, arrivé de Kaboul, le matin même, dans le QG où Massoud m’accueillait. Cet homme enturbanné expliquait que les taliban interdisent les oiseaux en cage, les cravates et le rire. Qu’un étudiant en théologie venait de condamner à quarante coups de fouet un homme soupçonné de s’être taillé la barbe, qu’il ne savait pas pourquoi, et bafouillait qu’il fallait demander au mollah Omar.
J’étais alors témoin de toute la bêtise des taliban, de leur côté grotesque, ubuesque.

Vous posez, aussitôt, la question : « Que dire d’une dictature qui fait rire autant que trembler?» Que répondriez-vous aujourd’hui?
Qu’elle fait plus trembler que rire, hélas. Ne nous leurrons pas. Les taliban, et les assassins du World Trade Center, c’est pareil. Pour punir les seconds, il faut casser les premiers.

Que disait Massoud des taliban?
Il disait, déjà, une chose qui devrait nous inquiéter : les taliban sont les jouets des Pakistanais. On se demande bien, à partir de là, ce que les Pakistanais viennent faire dans l’alliance antiterroriste fabriquée par les Américains.
Il me parlait aussi de Ben Laden. Sa thèse était qu’il n’était qu’un opportuniste, se servant de l’Islam, dans une stratégie de pouvoir. Quant aux Palestiniens, dont il fait tant cas, aujourd’hui, dans ses déclarations, Massoud était également très clair: Ben Laden s’en fichait comme de l’an 14. Il se fiche, d’une manière générale, de la misère du monde, dont un certain nombre de benêts, chez nous, le croient le porte-parole.

Combien de rencontres en Afghanistan, avec Massoud, que vous comparez, pour le visage, au «Guevara des derniers jours»?
Une première fois, très tôt. J’avais 30 ans, lui aussi. Juste après l’occupation soviétique de l’Afghanistan. J’étais venu lui apporter des émetteurs radio, pour communiquer d’une vallée à l’autre. La deuxième fois, en 1998, toujours dans le Panchir, lors d’un reportage pour Le Monde.

Que vous reste-t-il de Massoud?
L’image d’un homme aux multiples visages. Je l’ai vu comme absent, absorbé. Rarement silence ne m’a paru si chargé de sens, de promesse, de mystère. Je l’ai vu orateur, qui dégageait une force plus grande encore. D’une voix douce, teintée d’un fond de mélancolie, il redonnait courage aux plus épuisés de ses guerriers. J’ai vu, enfin, un Massoud presque jovial, dans la fraternité du tête-à-tête, sincère, juste, capable d’analyser ses erreurs.

Quelles erreurs?
Il a reconnu s’être trompé sur l’évolution politique du Pakistan. Il croyait que les civils reprendraient le pouvoir, que les militaires laisseraient la place.
Il regrettait aussi, d’avoir, après la victoire, respecté l’équilibre des courants de la résistance, en laissant la place aux fondamentalistes. Comment aurait-il pu, en conscience, se conduire autrement? S’il avait pris, seul, le pouvoir, il allait au bain de sang. C’est, du moins, ce qu’il m’a dit.

Comment jugeait-il l’attitude des Américains?
Là aussi, il était très net. Ben Laden, pour lui, était un ancien agent de la CIA. Ce qui, évidemment, n’enlevait rien à l’absolue nécessité de le combattre. La toute dernière fois où j’ai vu Massoud, c’est à Paris, il y a quelques mois.
Il venait dire à Chirac et Jospin, qu’il y avait une menace terroriste incarnée par Ben Laden.
Chirac et Jospin ont préféré, comme vous le savez, lui fermer la porte au nez.

Vous rappelez à Massoud ce que disait Malraux, sur l’art de «faire la guerre sans l’aimer »…
C’était aussi sa devise. Rarement, j’ai rencontré un résistant, un guerrier, aussi dégoûté par la guerre qu’il était obligé de faire. Le Massoud que j’aimais, était également un lettré, un poète, un rêveur. Un ami merveilleux.

Vous n’êtes pas tendre avec beaucoup d’écrivains, qui ont magnifié la guerre. C’est « Dieu que la guerre est jolie » d’Apollinaire, la féerie de Cocteau, et puis Proust, Montherlant, Hemingway, et autres « fascinés »…
Cette approche de la guerre me semble assez nulle, On ne se rend pas compte, quand on la voit de loin, à quel point la guerre est laide, à quel point elle ramène les hommes à leur état le plus veule, le plus animal.

N’avez-vous pas vous-même, été sensible à cette « esthétique de la guerre »?
Peut-être, au tout début. A l’époque du Bangladesh, quand je suis parti là-bas, il y a trente ans. Je m’en explique loyalement dans le livre. Il me semble que j’en suis guéri. J’ai été témoin de beaucoup de guerres, depuis. Je crois ne plus avoir aucune complaisance.

Cette fascination n’est-elle pas un piège pour les reporters de guerre?
Les reporters de guerre, les vrais, font un métier incroyablement difficile. Je ne crois pas qu’ils éprouvent, en plus, une fascination pour la violence.

L’un des passages les plus étonnants du livre, est votre rencontre avec une kamikaze sri-lankaise, repentie…
Cela me fait bizarre maintenant. Je dois, en effet, être le seul écrivain à avoir rencontré une femme dressée à cette technique, affreuse, qui consiste à mourir pour tuer.
Elle m’a même décrit son maître, à l’ascendant démoniaque. J’ai essayé de regarder cela de près. J’ai tenté de faire le voyage à l’intérieur des têtes de ces gens incroyables. Comment cela fonctionne? Y a-t-il, quelque part, un West Point (1) des kamikazes? Une académie du terrorisme ? Qu’est cette folie, qui fait que l’on se dit «J’ai trouvé le raccourci pour le paradis»?
Je n’imaginais pas, en décrivant un tel cheminement, que ces personnages de kamikazes deviendraient, hélas, à ce point d’actualité.

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Le 18 février 1991… http://www.bernard-henri-levy.com/le-18-fevrier-1991%e2%80%a6-8086.html http://www.bernard-henri-levy.com/le-18-fevrier-1991%e2%80%a6-8086.html#comments Wed, 11 Aug 2010 13:56:59 +0000 Liliane Lazar http://www.bernard-henri-levy.com/?p=8086 … le plus secret des pionniers d’Israël se confiait à Bernard-Henri Lévy.
shamir

Face à Bernard-Henri Lévy et Gilles Hertzog, le pionnier d’Israël, le fondateur légendaire du Groupe Stern, se livre comme il ne l’avait jamais fait. Cette conversation fut publiée, en 1991, dans le numéro 4 de la revue dirigée par Bernard-Henri Lévy, La Règle du Jeu, juste après la première Guerre du Golfe et alors que Saddam Hussein avait menacé Israël d’une « guerre des Scuds ». Bernard-Henri Lévy avait alors décidé, par solidarité avec Israel, de se rendre sans délai à Tel Aviv et Jérusalem. C’est là, à ce moment et dans ce cadre que cette interview fut réalisée. Le numéro étant épuisé, ce texte est devenu complètement introuvable et je suis bien contente d’avoir pu l’exhumer pour l’offrir aux lecteurs de ce site. Un bel exemple de ce que peut internet ! Un beau démenti à ceux qui y voient une « défaite de la pensée » ! En la circonstance c’est l’inverse : les écrits, comme les paroles, volent et disparaissent ; et c’est internet qui, de plus en plus, permet de les conserver.
Liliane Lazar

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B.H. Lévy : Pour la première fois depuis vingt-cinq ans, les villes israéliennes ont été bombardées. Tel-Aviv et Jérusalem vivent à l’heure des Scud. Quelle a été votre réaction quand le premier Scud est tombé sur le territoire israélien ?
Itzak Shamir : Ce n’était pas une surprise. On savait déjà que Saddam Hussein avait décidé de nous faire du mal, de nous attaquer, de nous bombarder, peut-être avec des bombes chimiques. Il avait proclamé ouvertement à la radio et à la télévision qu’il donnerait aux Israéliens « une leçon qu’ils n’oublieront jamais ». Eh bien il a tenté de le faire. Pas seulement parce qu’il ne nous aime pas. Mais parce qu’il a cru que ça le servirait et que cela mettrait en danger la coalition alliée. Alors ma réaction ? Ce fut la réaction de quelqu’un qui trouve qu’il faut faire quelque chose pour arrêter ces attaques. Nous l’avons toujours fait. Nous nous sommes toujours défendus contre toutes les attaques qui visaient à notre destruction.

C’est ça. Alors que cette fois-ci…
Cette fois-ci nous avons affaire à une nouvelle forme de lutte dont nous n’avons pas l’expérience et il faut donc trouver une réponse d’un genre lui aussi nouveau. Attaquer l’Irak? L’Irak est trop loin. Et entre nous et l’Irak il y a la Jordanie, la Syrie, l’Arabie saoudite et surtout, surtout, la grande armée américaine avec ses alliés. C’est-à-dire que physiquement et politiquement c’est impossible d’entrer dans une telle guerre sans l’acceptation formelle de ces États, et d’abord des États-Unis…

Vous avez parlé avec les États-Unis?
Oui. Et comme vous savez, les États-Unis s’opposent à ça. Ils ont, comme vous savez aussi, des raisons très raisonnables. A commencer par le fait que, si nous intervenons, il y a un danger que les membres arabes de cette coalition quittent la coalition. Bon. Les Américains nous ont donné toutes les raisons possibles pour nous convaincre de ne pas franchir ce pas. Ce fut pour nous très difficile, douloureux. C’est la première fois que nous ne pouvons pas nous défendre et que nous devons nous résigner à ce que d’autres, des étrangers, fassent notre défense. C’est très grave, très douloureux.

Comment cette politique « raisonnable » est-elle, selon vous, perçue dans l’opinion? C’est difficile de dire à une population qui s’est toujours défendue elle-même, qui en a fait un principe, un article de foi : « Voilà, les circonstances ont changé, il faut laisser les Américains faire ce travail à notre place. » Est-ce qu’il n’ y a pas là le risque d’un vrai renversement dans l’imaginaire israélien ?
La population le comprend heureusement. Elle comprend les conditions spéciales dans lesquelles nous nous trouvons. Elle sait que si nous ne nous défendons pas, ce n’est pas pour des raisons de timidité, par peur, ou par faiblesse.

Mais vous-même? Ce n’est pas votre genre! Vous seriez plutôt du genre vieux lutteur intraitable, etc. Qu’est-ce que ça vous a coûté, personnellement, de prendre cette décision, après tout sans précédent dans l’histoire d’IsraëI.
Beaucoup de souffrance… Beaucoup de souffrance… Jusqu’à ce jour… J’espère encore qu’on trouvera une voie pour participer à cette défense de nos intérêts, de notre existence, de notre indépendance.

Shimon Pérès que nous voyions hier soir, avait, lui, moins d’états d’âme. II estimait que cette guerre n’était réellement pas celle d’Israël.
Nous savons bien que Saddam Hussein ne fait pas ses bombardements parce qu’il a un conflit avec nous. Il n’a jamais pensé beaucoup à Israël. Et quand il a envahi le Koweit, croyez bien qu’il n’a pas pensé une seule seconde à Israël et aux Palestiniens. Mais enfin aujourd’hui le fait est là : il veut détruire Israël, détruire des milliers d’israéliens. Et cela parce que ça sert ses intérêts.

Si, iI y a quelques mois, on vous avait demandé quel est le plus grand ennemi d’Israël, si on vous avait posé la question: « Saddam Hussein ou Assad, le dictateur syrien? », qu’auriez-vous répondu?
Certainement Assad. Et je le dirais aujourd’hui encore. Ça n’a pas changé. Nous savons bien que, pour Saddam, nous ne sommes pas un but de guerre. Ce qui l’intéresse c’est l’Iran. Il a voulu occuper l’Iran pour avoir les richesses de ce pays. Il n’a pas réussi. Alors il a essayé de le faire avec le Koweit, et il aurait voulu le faire avec l’Arabie saoudite. Nous, nous ne sommes pas le but principal.

Ce qui veut dire que…
Ça ne change évidemment rien quant à la bataille en cours. Assad est notre ennemi n° 1, soit. Mais enfin Saddam a des missiles.

Scénario d’horreur : cette femme vient de nous apporter du thé. Imaginons qu’à sa place, ce soit votre aide de camp qui pousse la porte de ce bureau et vous dise : « Monsieur le Premier ministre, le 36è Scud vient de tomber sur Tel-Aviv ; il était équipé d’une ogive chimique ». Que dites-vous? que faites-vous? comment réagissez-vous?

Je pense que vous n’attendez pas une réponse claire?

Nous attendons une réponse. Et, là encore, nous nous adressons moins au chef du gouvernement qu’à l’homme.
Des décisions pareilles ne sont pas des décisions personnelles. Pour moi il est clair qu’une décision pareille ne doit jamais être l’expression de vos sentiments personnels.

Soit. Mais une fois ceci dit?
Nous n’avons jamais pensé à une telle situation. Nous avons connu la guerre conventionnelle, le terrorisme, les offensives politiques des Nations unies, la guerre économique. Nos ennemis ont utilisé tous les moyens possibles pour nous mettre en danger, mais je dois admettre qu’il y a – il y aurait – là une situation nouvelle à laquelle nous n’avons pas, jusqu’ici, trouvé de réponse directe.

Est-ce que la réponse existe?
Elle existe de façon générale. Mais malheureusement, nous n’avons pas notre place dans cette guerre.
Toujours le même problème. Cette situation sans précédent où…
« Sans précédent », ce n’est pas sûr. Il y a eu, dans le passé, des situations semblables. Je me rappelle les années de la dernière guerre mondiale. Nous n’avions pas d’Etat juif mais nous avons cherché des moyens pour participer à la guerre contre Hitler, nous avons dû arracher le droit de nous battre contre les nazis. Ça a été très difficile. Tout ça est resté très symbolique. Mais enfin on a fait quelque chose, on est arrivé à établir une unité militaire, une brigade juive.

Maintenant c’est différent. Vous avez un État. Vous êtes un pays indépendant.

Dans notre monde compliqué, l’indépendance a ses limites.

Que voulez-vous dire ? On refuse à Israël le droit de faire cette guerre ?
Je ne dirais pas qu’il s’agit d’un droit.

Dites ça comme vous voulez.
On nous explique : « Nous reconnaissons votre droit à l’autodéfense, mais dites-nous comment. Car il ne faut pas que l’exercice de votre droit nuise à cette lutte contre le mal. » Alors nous cherchons. Nous cherchons encore un moyen de faire quelque chose pour être dans la guerre.

Ça veut dire quoi un moyen ? C’est un problème militaire, ou c’est un problème politique ?
C’est militaire et politique. On ne peut pas dissocier les deux. En clair, on ne peut rien faire sans l’accord des États-Unis. Cela dit le problème strictement militaire demeure. Car si nous faisons quelque chose il faut que ce soit quelque chose de sérieux. Pas seulement pour pouvoir dire dans quelques années: « Nous y étions. » Ça ne m’intéresse pas.

Autre hypothèse. Imaginons que demain, après-demain, Saddam Hussein se retire du Koweit. A l’évidence, c’est son intérêt – car il sauve ainsi sa peau, son régime et ce qui reste de son armée. Le Conseil de Sécurité est content. Bush, bon gré mal gré s’incline. Et vous? Quels seraient, là encore, votre sentiment et votre réaction?
Nous entrerions dans une sphère de grave danger. Car les autres ennemis d’Israël qui, malheureusement, restent dans la région en profiteraient. On essaierait encore une fois d’utiliser, contre nous, cette arme des missiles. Or c’est une arme contre laquelle il est difficile de trouver une réponse.

Pour l’instant, quand on fait le bilan, il vous est plutôt favorable? Israël avait deux, trois ennemis. Il en a un, Saddam Hussein, qui dans toutes les hypothèses sera réduit. Un autre, Yasser Arafat, qui s’est disqualifié aux yeux de ses soutiens internationaux…
Du point de vue rationnel, si on fait les comptes, vous avez raison. Mais ce n’est pas encore le temps des comptes. Il faut attendre. Quelques jours. Quelques semaines. On va voir…

Parlons justement des comptes. Est-ce qu’il y a un risque que l’on vous fasse quelque chose? Que, le jour venu, on vous présente la note?
Peut-être essaiera-t-on. Mais ça dépend aussi de nous. Ce serait quand un peu fort qu’on nous fasse payer quelque chose pour ça. Personne ut dire que nous n’avons pas voulu participer à cette guerre, donner part, intervenir. Qui dit que ce n’est pas eux qui devront payer pour abstention forcée !

Toute la question est là…
Je plaisante. Nous ne demandons rien, bien sûr. Cela dit, permettez-moi d’ajouter encore une chose : la défaite de Saddam Hussein, ce ne sera pas la fin de cette tragédie au Moyen-Orient. Je ne sais pas ce qui va arriver après cette défaite. Je voudrais espérer que les temps de paix arrivent. Mais…

Est-ce que vous y croyez vous-même, Monsieur le Premier Ministre? Sans faire nécessairement de la polémique, il est clair que ce qui vous différencie de vos adversaires politiques, ce n’est pas seulement la droite et la gauche, l’intransigeance, le nationalisme, etc., mais un pessimisme profond, sans recours, dont l’énoncé pourrait être: « Les affaires de l’humanité ne s’arrangent jamais, celles du peuple juif encore moins, notre malheur est éternel, nos ennemis ne se tairont pas et la seule politique raisonnable est donc de gagner du temps. »
Je ne suis pas pessimiste. Si vous êtes pessimiste, ce n’est pas la peine de lutter. La fin serait alors tragique et toujours négative. Moi, j’espère bien qu’on va arriver un jour à la fin totale de tous ces dangers et de toutes ces attaques injustes contre nous. Je crois à la paix. Peut-être qu’elle arrivera après beaucoup d’années, beaucoup de générations. Mais elle arrivera.

Une question précise: est-ce que vous pensez que le jour viendra où les habitants de Naplouse, de Jéricho et de Ramallah créeront un État souverain?
Non.

Est-ce que le jour viendra, dans ce cas, où ils y renonceront?
J’espère que oui.

Là, en revanche, vous rêvez!
Il y a toutes sortes de schémas imaginables pour une solution capable de satisfaire Arabes et Palestiniens. Mais je ne veux pas parler de cela maintenant. Cela ne serait pas utile.

Si, au contraire, c’est décisif. C’est même le moment d’en parler. Votre situation politique et stratégique est exceptionnellement favorable.
Ça sera utile au moment où la majorité du monde arabe, et des Palestiniens, sera prête à recevoir des idées pareilles, à penser à cela. Moi, par exemple, j’ai des amitiés dans le monde arabe ; des amitiés assez profondes. Malheureusement, je ne prononcerai pas de noms car je mettrais mes amis en danger. Mais enfin, je veux vous dire qu’il y a des gens qui croient en mes intentions d’amitié. Alors j’espère que maintenant, on va avoir cette période de paix. Encore que, je vous l’ai dit, il y a d’autres dangers dans notre région.

Vous disiez des dangers encore plus grands.
C’est pourquoi il faut se préparer, préparer le terrain… Peut-être avec l’aide de nos amis…

Restons une seconde, voulez-vous, à cette affaire palestinienne. Vous le savez : il n’y a pas d’exemple d’une revendication nationale qui, fondée ou infondée, peu importe, se soit éteinte doucement, naturellement, sans faire d’histoires…
Je ne dis pas que la revendication palestinienne va s’éteindre. Je dis qu’on trouvera un jour des solutions qui satisferont toutes les parties. Pour le moment, l’OLP n’a jamais voulu la paix. Or elle va disparaître, du moins je J’espère, de la scène politique. A partir de là, je ne sais pas s’il y a une majorité de Palestiniens et d’Arabes prête à accepter Israël. Je ne sais pas. J’espère.

Dans un cas pareil, si les Palestiniens étaient en effet prêts à la coexistence, si vous aviez l’intime conviction de leurs intentions amicales, est-ce que tout deviendrait possible?
Beaucoup de choses. Si on pense avec un esprit ouvert, si on a un dialogue sincère tout peut arriver. Y compris des solutions qu’on a du mal à aujourd’hui. Je ne crois pas aux solutions brutales, violentes. Malgré le fait que j’aie été, dans ma vie, mêlé à des violences, j’ai toujours haï la violence.

Vraiment ?
Je ne la supporte pas.

Un dernier mot. Au temps où vous pratiquiez la violence justement, c’est-à-dire dans votre jeunesse terroriste, vous vous faisiez appeler « Michaël ». Pourquoi? Et pourquoi avez-vous toujours refusé de vous en expliquer ?
Au temps de la clandestinité, j’ai beaucoup lu les histoires des mouvements de résistance et, entre autres, j’ai trouvé beaucoup d’intérêt à lire l’histoire de la résistance irlandaise. Dans cette histoire, il y avait un homme qui s’appelait Michaël Collins. C’était un homme légendaire. Et il eut une mort tragique, car il a été tué par ses propres camarades à une époque où des différences d’opinion très profondes divisaient ce camp de la résistance irlandaise. Certains acceptaient le compromis avec la Grande-Bretagne, pour la partition de l’Irlande. D’autres y étaient opposés comme De Valera. Michaël appartenait au camp du compromis, et un jour il y a eu une embuscade et il a été tué.

Parce qu’il était un homme de compromis…
Il n’était pas un homme de compromis. Mais, dans ce cas, il a été convaincu qu’il fallait accepter cette solution de compromis. Les Irlandais, d’ailleurs, l’on accepté. Mais lui est mort.

Propos recueillis par Bernard-Henri Lévy et Gilles Hertzog

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Photothèque suite http://www.bernard-henri-levy.com/phototheque-suite-8287.html http://www.bernard-henri-levy.com/phototheque-suite-8287.html#comments Tue, 10 Aug 2010 13:12:01 +0000 Liliane Lazar http://www.bernard-henri-levy.com/?p=8287 FRANCE-LEVY-EMISSIONNouvelles photos. Sur le Darfour. Le 15 mai 1994, à l’émission « L’Heure de vérité » qui verra la naissance de la « Liste Sarajevo ». Le 23 juin 1994 : entouré de Gilles Hertzog, Françoise Giroud, Jacques Julliard et, au second plan, Paul Garde, Bernard-Henri Lévy vient, pour la énième fois, plaider, à l’Elysée, la cause de la Bosnie martyre. L’image où on le voit, avec Bertrand Visage, recevoir, respectivement, les Prix Fémina et Médicis. Une conférence au Council for Foreign Relations de New-York (USA). Avec Paulo Branco, au moment de la sortie de « Ma mère » de Christophe Honoré, adapté du roman éponyme de Georges Bataille, et que Les films du lendemain ont co-produit avec Branco.
Liliane Lazar.

* Photo : Le 15 mai 1994.  France 2. Emission  « L’Heure de vérité » qui verra la naissance de la « Liste Sarajevo ». * (c) Starface.

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Trois nouvelles fiches Wikibhl : Jean-Paul Sartre, Albert Camus et Simone de Beauvoir http://www.bernard-henri-levy.com/trois-nouvelles-fiches-wikibhl-jean-paul-sartre-albert-camus-et-simone-de-beauvoir-8232.html http://www.bernard-henri-levy.com/trois-nouvelles-fiches-wikibhl-jean-paul-sartre-albert-camus-et-simone-de-beauvoir-8232.html#comments Mon, 09 Aug 2010 13:45:26 +0000 Liliane Lazar http://www.bernard-henri-levy.com/?p=8232 Sartre1-150x150Voici trois notices pour la WikiBHL, auxquelles je tenais particulièrement. Ce sont trois noms qui me sont évidemment très chers mais qui le sont aussi à BHL. Ai-je besoin de dire à quel point son nom est associé à celui de Sartre ? Pour ce qui est de Camus, j’ai longtemps pensé qu’il était camusien, et je continue de le penser. Je précise que l’une des grandes beautés de son grand texte sur Camus paru dans le hors série du Monde en janvier 2010 était d’avoir tenté, pour ainsi dire post mortem une ultime réconciliation entre ces frères ennemis que sont l’auteur de L’être et le néant et L’homme révolté. Pour ce qui est de Simone de Beauvoir, qu’il me suffise de dire l’émotion qui m’a étreinte quand j’ai vu BHL accepter d’intervenir, il y a quelques années, à la Sorbonne, dans un grand symposium Beauvoir que j’organisais avec Michel Rybalka. Mon sang de secrétaire générale des « Simone de Beauvoir studies » n’a fait, ce jour là, qu’un tour. Et je ressens, aujourd’hui, en mettant cette notice en ligne, la même émotion qu’à cette époque.
Bonne lecture !
Liliane Lazar

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Juin 2008, BHL reçoit le doctorat Honoris Causa de l’Université hébraïque de Jérusalem. http://www.bernard-henri-levy.com/juin-2008-bhl-recoit-le-doctorat-honoris-causa-de-luniversite-hebraique-de-jerusalem-7898.html http://www.bernard-henri-levy.com/juin-2008-bhl-recoit-le-doctorat-honoris-causa-de-luniversite-hebraique-de-jerusalem-7898.html#comments Sat, 07 Aug 2010 07:43:13 +0000 Liliane Lazar http://www.bernard-henri-levy.com/?p=7898 BHL Jerusalem Un étudiant israélien de l’Université hébraïque de Jérusalem vient de m’adresser ces images.

« C’est le 1er juin 2008 que Bernard-Henri Lévy se vit remettre le Doctorat Honoris Causa de l’Université de Jérusalem.
Le texte qu’il prononça à cette occasion n’a, à ma connaissance, pas été retranscrit ni vraiment diffusé.
Il y rend hommage à son maitre Derrida qui reçut, en son temps, le même honneur avant lui.
Il y évoque la figure et le nom de Sartre, ce rebelle en général, et rebelle aux honneurs en particulier, qui, de sa vie entière, n’accepta qu’un honneur : ce Doctorat Honoris Causa de l’Université de Jérusalem.
Il parle de l’Université elle-même, de son histoire, de son excellence et de la grande fierté que c’est, pour un intellectuel français, de rejoindre ses rangs.

Suprême privilège, enfin : Bernard-Henri Lévy fut autorisé à prononcer ce discours d’acceptation sur le Mont Scopus. »
Dan Cohen

Un beau document !

Liliane Lazar

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L’article de B.-H. Lévy sur Nicolas Sarkozy repris dans le Huffington Post, premier quotidien en ligne américain http://www.bernard-henri-levy.com/larticle-de-bhl-sur-nicolas-sarkozy-repris-dans-le-huffington-post-premier-quotidien-en-ligne-americain-8164.html http://www.bernard-henri-levy.com/larticle-de-bhl-sur-nicolas-sarkozy-repris-dans-le-huffington-post-premier-quotidien-en-ligne-americain-8164.html#comments Thu, 05 Aug 2010 09:47:15 +0000 Liliane Lazar http://www.bernard-henri-levy.com/?p=8164 logo huffingtonNicolas Sarkozy’s three errors

In the space of eight days, thanks to the summer break and its accompanying torpor, the President of the Republic has made three mistakes.

The first was to call for a summit at the Elysée on July 28th in the wake of very serious acts of delinquency that took place in the city of Saint-Aignan, its purpose being to « review » the « situation of the Roms and the gens du voyage ».* First of all, it is by no means certain that the Elysée is the best place to debate questions of delinquency. Second, there can be no doubt that the very concept of such a summit suggests a way of lumping together foreigners whose papers are not in order (some of the Roms) and full-fledged citizens (the men and women more or less unwillingly classified under the statistical and administrative category of « gens du voyage ») who have been French for several generations and thus subject, as such, to the laws that govern all of the French. But it is manifestly evident that the very fact of convoking this meeting, of referring to the Roms or the gens du voyage, when certain individual Roms or gens du voyage have been responsible for certain crimes or misdemeanors, in short, of blaming a community for the actions of some of its members, invites a risk of collective stigmatization which is contrary to republican practices. Public opinion was not mistaken in what it perceived as the resurgence, from the heights of government ministries to the gutter of populism, of the clichés about « chicken stealing » or « high-powered Mercedes owning » gypsies we thought worn out, having seen them put to atrociously murderous effect in the recent past. And as for those concerned, as for the honest people (since that seems to be the current expression, according to the President and his ministers) who live their nomad culture in honest economic precariousness or tax-paying opulence, as for these French citizens of long standing or of adoption who, community for community, (since they are being treated as one or rather two communities), had the additional surprise of discovering that no one even thought to invite a representative or witness of said communities, today they are in a state of shock. No one would have dared to treat another group in this way. Any other social category — and it’s a good thing — would have been granted the elementary courtesy (or precaution?) of seeking their advice. As it happens, no one did so. And the fact that so few leaders find that disturbing, that this slip, this oversight, this contempt should occur so openly and so innocently, that even the left seemed to judge the cause scarcely merited its programmed indignation, can only add to the anger, the sorrow and, alas, the pity.

The second error, in a speech given in the city of Grenoble, was the proposition to strip all persons of foreign origin who may have « voluntarily threatened the life of a policeman, a gendarme, or any other agent of public authority » of their French nationality. I shall gloss over the ubuesque character of the idea of foreign origin. Just where does foreign origin start? In the spirit of the measure in consideration, after how many generations will one be protected from possible loss of nationality? Does the President have a criterion in mind? A test (perhaps DNA)? And in the hypothetical case that the wise men of the Conseil Constitutionnel, the Conseil d’Etat, or simply the Parlement should validate this insane proposition, what would become of those deprived of nationality? Since, like nearly everyone, they haven’t a spare nationality, into what legal abyss would they tumble? Ex-French? Stateless? On the pretext that, as the President puts it, the citizen-making machine « worked » but « no longer works », shall we replace it with a machine that makes people without a country? The worst of it, and the heart of the matter, is that if the proposition is a serious one and not just a way of going through the motions in an attempt to grab some of Marine Le Pen’s Front National electoral base, it would blatantly contravene an axiom that is thrice-honored, for it is triply engraved in the marble of the three texts that make up the foundations of life in the French Republic: the March 15th, 1944 program of the National Council of the Resistance, the 1948 Declaration of Human Rights, and the Constitution of 1958. This axiom expresses the basic premise of all citizens’ «equality before the law » (regardless, precisely, of their « origins »). It states that one is French or one is not, but starting from the moment when one is French, we are all French in the same manner. It insists: one becomes French or not, but as soon as one has become French, it is prohibited to distinguish between us as more French or less. We can discuss the conditions that allow access to becoming-French in other terms–multiply them, tighten them, refine and solemnize them. But to allow an insinuation of a shadow of the idea that there are two classes of French citizens, those born French and those who have simply become French, to let ourselves go and imagine an order of things whereby there would be trial Frenchmen and permanent Frenchmen, suspended Frenchmen and confirmed Frenchmen, Frenchmen who remain so even if they have committed delinquent acts and those who cease to be so because, really, they were only semi-French — if France is France, this is quite simply inconceivable. It’s a question of principle. And this kind of principle remains untouchable, even by ruse or by tactic. For if we take the risk of playing with this fundamental premise, it is the very base of the republic, this good that is common to all Frenchmen, that begins to become shaky. Off we go, flowers in our rifle barrels, to hunt the vandals of the police stations. Once arrived, we find ourselves taking on the role of one who vandalizes what the police are also supposed to protect: the spirit of the laws, the sense of right, the letter of a Fundamental Law intended to tell us what being French means. And I am not even mentioning the followers who (the imagination of the imbecile being no more limited than anyone else’s) have plunged into the breach of a policy that, as incessantly drummed into them from on high, should be without taboos, a policy that, indeed, breaks the last taboos of honor and common sense by issuing, for example, this astounding, almost insane proposition: that the parents of delinquent minors who have failed, in particular, in their « obligations in terms of scholastic results » should be thrown in prison!

And finally, the third error comes in the mere use of the word war in the President’s declaration, also at Grenoble, of a « national war » against the new hoodlums. The word was already problematic when George W. Bush used it in the United States to declare a war on terrorism his predecessor Bill Clinton had observed, in a timely fashion, would be just as well served by the classic but implacable methods of a police hunt. The word was problematic, as well, in France, during the riots in the suburbs in 2005, when then-Prime Minister Dominique de Villepin exhumed a decree dating from the Algerian war to impose a curfew in those neighborhoods, it was instantly clear, the highest authorities of the State — those whose mission it was to calm people down, to reject any escalation of violence, to temper repression and discussion in order to isolate and eventually punish the delinquents — considered enemy territory. Well, it is equally shocking when President Sarkozy uses it again and, in so doing, confirms the idea that France may be engaged in a real internal war –in short, meeting outrage with outrage, escalation with another form of escalation, taking a double, even triple risk: that of instilling a sort of tension, a fever, perhaps fear and, basically, insecurity in the country by dramatizing the situation; that of coming to hoodlum territory, accepting the challenge they throw at him and, consequently, consenting to this racheting up to extremes which is the fruit of their imagination as well as their secret project; and finally, that of engaging in a battle that democracies, these kingdoms of law and scruple, have always known they are ill-equipped to conduct and which, as a result, they are by no means sure to know how to win. When hoodlums talk about war, it’s a provocation. When a State says, « we’re on, it’s war! » it’s called a civil war. And it is precisely because there is a threat of civil war, precisely because social ties are becoming strained everywhere, that we must do everything possible to prevent what the mafia-toughs present as inevitable. And we must tirelessly repeat: delinquents are not the enemy, they are criminals; the people charged with the task of neutralizing them are not soldiers, they are policemen. And if this neutralization proves difficult, if the systems of modern incivility have become more sophisticated, compelling those who oppose them to use greater skill as well as increased firmness, the very worst of solutions would be to return to the rustic, martial and, once again, highly risky language of the militarization of police actions. To speak of the war on hoodlums is to have already lost it.

Well then, these are words, we say. They’re only words, probably dictated by political considerations. Except that, in the mouth of a President of the Republic, the words are always more than just words, conveying to a society its inspiration, its rhythm, its reflexes. Faced with the rise of insecurity and hatred, faced with the necessity, as Michel Foucault put it, to defend society against those whose entire program consists of nihilism, faced with the burning obligation, whatever the current naïve optimism, to combat public hoodlums and their unlimited violence, there are really two solutions. Either push things to the extreme, using the decadent language of war, of an eye for an eye, a tooth for a tooth. This will never be anything more than a sophisticated version of the unhappily famous «piss off, you lousy jerk»**. And since the example was set on high and citizens mysteriously but constantly take the princes’ behavior as the standard for their own, it’s the guarantee of a feverish, unassuaged, confrontational society where resentment and hatred will rapidly become the last ties of the social contract. Or we can avoid this trap, cease to launch attacks of thundering and supposedly powerful declarations which, I repeat, merely underline the impotence of States, leave the ranks of the swaggering braggarts and their burning passion for mimetic rivalry and the mindset of revenge and find our place in another body. This one, according to the great historian Ernst Kantorowicz, is made not of passion but of the distance required to find audacity, firmness, but also wisdom, finesse, measure, and, most of all, sangfroid. In this case, these are the sole worthwhile virtues. But it is such qualities that, these days, Nicolas Sarkozy seems most tragically to lack.

Bernard-Henri Lévy
translation by Janet Lizop

* »Itinerant populations » (gens de voyage) is a legal classification of French citizens of three major groups, varying percentages of whom (15% to 100%) lead a basically nomadic existence, travelling throughout France. Roms are a gypsy population, most of whom are not French citizens, with origins in Rumania.

**In February, 2008, at the Agricultural Fair in Paris, Sarkozy told a man who refused to shake his hand, « Casse-toi, pauvre con! » This can be translated in several ways, all of them extremely vulgar.

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Les trois erreurs de Nicolas Sarkozy, par Bernard-Henri Lévy http://www.bernard-henri-levy.com/les-trois-erreurs-de-nicolas-sarkozy-par-bernard-henri-levy-le-monde-du-5-aout-2010-8147.html http://www.bernard-henri-levy.com/les-trois-erreurs-de-nicolas-sarkozy-par-bernard-henri-levy-le-monde-du-5-aout-2010-8147.html#comments Wed, 04 Aug 2010 10:29:52 +0000 Liliane Lazar http://www.bernard-henri-levy.com/?p=8147

Sarkozy Grenoble 1Le président de la République vient, à la faveur de la trêve estivale et de la torpeur qui va avec, de commettre, en huit jours, trois erreurs.

La première fut de convoquer, à l’Elysée, le 28 juillet, au lendemain des actes de délinquance graves dont Saint-Aignan (Loir-et-Cher) fut le théâtre, un « sommet » supposé « faire le point » sur « la situation des Roms et des gens du voyage ».  Il n’est pas sûr, d’abord, que le palais de l’Elysée  soit le bon endroit pour débattre de questions de délinquance.

Il est sûr, en revanche, qu’il y avait dans le principe même de ce sommet une façon de faire l’amalgame entre des étrangers en situation irrégulière (certains Roms) et des citoyens de plein droit, Français depuis plusieurs générations et astreints donc, à ce titre, au droit commun à tous les Français (les hommes et les femmes entrant, à leur corps plus ou moins défendant, dans la catégorie statistique et administrative de « gens du voyage »).

Mais il est évident surtout qu’il y avait, dans le fait même de convoquer cette réunion, dans le fait de dire les Roms ou les gens du voyage quand tels Roms ou tels gens du voyage s’étaient rendus coupables de délits ou de crimes, bref dans le fait de tenir une communauté pour comptable des agissements de certains de ses membres, un risque de stigmatisation collective contraire aux usages républicains.

L’opinion publique ne s’y est pas trompée qui a vu ressurgir, du plus haut des ministères jusqu’au caniveau des populismes, les clichés que l’on croyait éculés tant ils ont pu être, dans un passé récent, atrocement meurtriers sur le Gitan « voleur de poules » ou propriétaire de « Mercedes grosse cylindrée ». Et quant aux intéressés, quant aux honnêtes gens (puisque c’est, semble-t-il, le mot du jour) qui vivent dans une précarité honnête ou une opulence fiscalisée leur culture nomadisée, quant à ces Français de longue date ou d’adoption qui, communauté pour communauté, et dès lors qu’on les traitait comme une ou, plutôt, deux communautés, ont eu la surprise supplémentaire de découvrir qu’on n’avait même pas songé à convier à la réunion un représentant, un porte-parole, un témoin desdites communautés, ils sont, aujourd’hui, en état de choc.

Pour aucun autre groupe, on n’aurait osé agir de la sorte. De n’importe quelle catégorie sociale, on aurait, et c’est heureux, eu l’élémentaire courtoisie (ou précaution ?) de solliciter l’avis. En l’occurrence, on ne l’a pas fait – et qu’il se trouve si peu de responsables pour s’en émouvoir, que ce lapsus, cet oubli, ce mépris soient passés dans l’évidence et l’innocence, que la gauche elle-même ait semblé juger la cause peu digne de ses indignations programmées ne fait qu’ajouter à la colère le chagrin et, hélas !, la pitié.

La deuxième erreur fut, dans le désormais fameux discours de Grenoble, la proposition de déchoir de la nationalité française toute personne « d’origine étrangère » qui aurait « volontairement porté atteinte à la vie d’un policier, d’un gendarme ou de tout autre dépositaire de l’autorité publique ».

Je passe sur le caractère ubuesque de cette notion d’origine étrangère. Car où commence l’origine étrangère ? A partir de combien de générations serait-on, dans l’esprit de la mesure envisagée, à l’abri de la possible déchéance ? Le président a-t-il un critère en tête ? Un test (peut-être ADN) ? Et, quand bien même cela serait, dans l’hypothèse où les Sages du Conseil constitutionnel, du Conseil d’Etat ou, tout simplement, du Parlement valideraient cette proposition insensée, qu’adviendrait-il des déchus ? N’ayant, comme tout un chacun, pas de nationalité de rechange, dans quel vide juridique tomberaient-ils ? Ex-Français ? Apatrides ? Allons-nous, sous prétexte que, comme dit le chef de l’Etat, la machine à fabriquer des citoyens « a marché » mais « ne marche plus », la remplacer par une machine à fabriquer des sans-patrie ?

Le pire, cela dit, le pire et le fond de l’affaire, c’est que la proposition, si elle est sérieuse, si elle n’est pas juste une façon de gesticuler pour tenter de prendre à Marine Le Pen un peu de son fonds de commerce électoral, contreviendrait de manière frontale à un axiome trois fois sacré car inscrit dans le triple marbre des trois textes fondateurs de notre vivre ensemble républicain : le programme du Conseil national de la Résistance du 15 mars 1944, la Déclaration des droits de l’homme de 1948, la Constitution de 1958.

Il postule, cet axiome, l’« égalité devant la loi » (quelle que soit, précisément, leur « origine ») de tous les citoyens. Il dit qu’on est Français ou qu’on ne l’est pas – mais qu’à partir du moment où on l’est, on l’est tous de la même manière. Il insiste : on devient Français ou on ne le devient pas – mais, dès lors qu’on l’est devenu, il est interdit de distinguer entre Français plus ou moins français.

On peut discuter, en d’autres termes, des conditions qui permettent d’accéder à l’être-Français; on peut les multiplier, les affiner, les durcir, les solenniser : mais que l’on laisse s’insinuer l’ombre de l’idée qu’il y aurait deux classes de Français selon qu’ils sont nés Français ou qu’ils le sont seulement devenus, que l’on se laisse aller à imaginer un ordre des choses où il y aurait les Français à l’essai et les Français pour toujours, les Français en sursis et les Français sans débat, les Français qui restent Français même s’ils commettent des actes de délinquance et ceux qui cessent de l’être parce qu’ils ne l’étaient, au fond, qu’à demi, voilà qui, si la France est la France, n’est tout simplement pas concevable. Question de principe.

On ne touche pas, fût-ce par ruse ou tactique, à cette sorte de principe. Car, que l’on s’y risque, que l’on joue avec ce postulat fondateur, et c’est le socle de la République, ce bien commun des Français, qui se met à vaciller. On part, fleur au fusil, à la chasse aux casseurs de gendarmeries. On se retrouve, à l’arrivée, dans la peau d’un casseur de ce dont les gendarmeries sont censées être, aussi, les gardiennes : l’esprit des lois, le génie du droit, la lettre d’une Loi fondamentale dont tout le sens est de nous dire ce qu’être Français veut dire…

Et je ne parle même pas des suiveurs qui, l’imagination des imbéciles n’ayant pas plus de limites que l’autre, se sont engouffrés dans la brèche d’une politique dont on leur serine, en haut lieu, à tout bout de champ, qu’elle doit être « sans tabou » et brisent, en effet, les derniers tabous de l’honneur et du bon sens en lançant, par exemple, cette proposition ahurissante, presque démente : coller en prison les parents de mineurs délinquants n’ayant pas respecté, notamment, leurs « obligations en termes de résultats scolaires » !

Et puis la troisième faute, enfin, tient à l’usage même du mot de « guerre » dans la « guerre nationale » déclarée par le président, toujours à Grenoble, aux nouveaux voyous. Le mot était déjà problématique quand il servait à George Bush à déclarer, aux Etats-Unis, la guerre à un terrorisme dont son prédécesseur, Bill Clinton, fit opportunément observer qu’il ne se serait pas mieux sorti d’une classique mais implacable traque policière. Il l’était, en France, au moment des émeutes de 2005 dans les banlieues, quand le premier ministre du moment, Dominique de Villepin, exhuma un arrêté datant de la guerre d’Algérie pour imposer le couvre-feu à des quartiers dont il devint clair, en un instant, que les plus hautes autorités de l’Etat, celles qui avaient pour mission de calmer le jeu, d’apaiser les esprits, de refuser l’escalade et la surenchère, bref de doser répression et discours pour isoler les délinquants et, à terme, les punir, les tenaient pour des zones ennemies.

Eh bien, il est tout aussi choquant quand c’est le président Sarkozy qui le reprend et qui, ce faisant, chaussant ces bottes de va-t-en-guerre, entérinant l’idée que la France serait engagée dans une véritable guerre intérieure, bref, répondant à l’outrance par l’outrance, à l’escalade par une autre forme d’escalade, prend un double et même un triple risque : celui, en dramatisant ainsi les choses, de distiller dans le pays une autre sorte de tension, de fièvre, peut-être de peur et, au fond, d’insécurité ; celui de venir sur le terrain des voyous, d’accepter le défi qu’ils lui lancent et de consentir, par conséquent, à cette montée aux extrêmes qui est leur imaginaire en même temps que leur projet secret ; et puis celui, enfin, de s’engager dans une bataille dont les démocraties, ces royaumes du droit et du scrupule, ont toujours su qu’elles ne sont pas équipées pour la mener et dont il n’est pas du tout certain, du coup, qu’elles sachent la gagner.

Quand les voyous parlent de guerre, c’est une provocation. Quand les Etats disent « chiche, la guerre ! », cela s’appelle la guerre civile. Et c’est précisément parce que la guerre civile menace, c’est précisément parce que le lien social, partout, commence de craquer, qu’il faut tout faire pour éviter ce que les mafias-terreurs nous présentent comme inévitable – et, inlassablement, répéter : les délinquants ne sont pas des ennemis, ce sont des criminels ; les gens chargés de les neutraliser ne sont pas des soldats, ce sont des policiers ; et si cette neutralisation est difficile, si les systèmes d’incivilité contemporains ont gagné en sophistication et contraignent ceux qui s’y opposent à plus d’habileté mais aussi de fermeté, la pire des solutions serait d’en revenir à la langue martiale, rustique et, encore une fois, hautement risquée de la militarisation de l’action policière : parler de « guerre aux voyous », c’est déjà l’avoir perdue.

Alors ce sont des mots, dira-t-on. Ce ne sont que des mots, probablement dictés par des considérations politiciennes. Sauf que, dans la bouche d’un président de la République, les mots sont toujours plus que des mots et donnent à une société son souffle, son rythme, ses réflexes. Face à la montée de l’insécurité et de la haine, face à la nécessité, comme disait Michel Foucault, de défendre la société contre des hommes dont tout le programme est le nihilisme, face à l’ardente obligation, n’en déplaise à l’angélisme ambiant, de lutter contre les voyous publics et leur violence sans limite, il y a, en vérité, deux solutions.

Monter aux extrêmes donc, tenir le langage de la déchéance, de l’œil pour œil dent pour dent et de la guerre : ce ne sera jamais que la version sophistiquée du tristement fameux « casse toi, pauv’con » – et, l’exemple venant d’en haut, les comportements des citoyens s’indexant mystérieusement mais constamment sur ceux des princes, c’est la garantie d’une société fiévreuse, inapaisée, où chacun se dresse contre chacun et où le ressentiment et la haine seront très vite les derniers ciments du contrat social.

Ou éviter le piège, cesser de faire assaut de déclarations fracassantes, prétendument viriles et qui ne font, je le répète, que souligner l’impuissance des Etats, sortir, en un mot, du rang des matamores et de leur bouillante passion pour la rivalité mimétique et l’esprit de revanche – et s’en aller fouiller dans l’autre corps, celui qui, selon l’historien américain Ernst Kantorowicz (1895-1963), est fait, non de passion, mais de distance, pour y puiser audace, fermeté, mais aussi sagesse, finesse, mesure et, surtout, sang-froid. Ce sont, en la circonstance, les seules vertus qui vaillent. Mais ce sont celles dont Nicolas Sarkozy paraît, hélas !, ces jours-ci, le plus tragiquement dépourvu.

Bernard-Henri Lévy
(texte paru dans le Monde du 5 août 2010)

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http://www.bernard-henri-levy.com/les-trois-erreurs-de-nicolas-sarkozy-par-bernard-henri-levy-le-monde-du-5-aout-2010-8147.html/feed 6
Le 13 novembre 1990… http://www.bernard-henri-levy.com/le-13-novembre-1990-8089.html http://www.bernard-henri-levy.com/le-13-novembre-1990-8089.html#comments Mon, 02 Aug 2010 10:24:41 +0000 Liliane Lazar http://www.bernard-henri-levy.com/?p=8089 … Bernard-Henri Lévy interviewait Claude Levi-Strauss.

claude-levi-straussVoici un document passionnant. Et même unique. Non parce qu’il s’agit, juste, d’une interview de Claude Levi-Strauss – homme au demeurant avare de sa parole publique. Mais parce qu’il s’agit d’une interview spéciale, voire inhabituelle, car évoquant des sujets sur lesquels on n’interrogeait jamais Levi-Strauss. Donc un Levi-Strauss imprévu. Un Levi-Strauss que l’on n’entendait jamais et que l’on entendra, par définition, plus jamais. Cette interview fut réalisée dans l’appartement de Levi-Strauss. Bernard-Henri Lévy s’en est servi comme de l’une des matières premières de ce livre, doublé d’un film pour la télévision française, qui s’intitule Les Aventures de la liberté.
 Liliane Lazar 

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« Avec les surréalistes à New York… »
(Conversation avec Claude Lévi-Strauss)

Bernard-Henri Lévy : Fin 40, vous arrivez donc à New York…
Claude Lévi-Strauss : J’arrive à New York en 1941, puisque c’est à la fin 40 que j’ai été radié, en raison des lois de Vichy, de ma position de professeur. J’arrive donc en 41. Et je rentre, rappelé par le ministère des Affaires étrangères, tout de suite après la Libération de Paris. Et puis quelques mois après, moins de six mois je crois, je suis à nouveau renvoyé à New York, cette fois comme conseiller culturel de l’ambassade de France, et j’y reste jusqu’en 47.

A quoi ressemblait ce New York de 41-44 ? Quel y était le climat intellectuel, politique ? Les rapports entre les uns et les autres ?
claude levi strauss NYNew York était à ce moment-là au sommet de son cosmopolitisme. Il y avait des réfugiés de tous les coins du monde. Il avait des Allemands, il y avait des Italiens, il y avait Français… Et donc c’était un lieu extraordinaire pour vivre la pensée européenne, bien qu’on ne soit pas en Europe.Politiquement, limitons-nous à la colonie française. La colonie française était divisée en plusieurs chapelles ou factions, comme vous voudrez, dont les unes étaient politiquement engagées, et dont les autres se tenaient en dehors de la politique. Bon, la grande division c’était d’un côté les vichystes et les prudents (c’était, en gros, les vieilles institutions françaises de New York comme l’Alliance française), et puis, de l’autre le camp gaulliste qui lui-même comportait plusieurs factions internes. Et puis, autour de ça, il y avait des gens qui étaient peu mêlés à la politique, comme des peintres, des écrivains – les surréalistes notamment. Et, entre tous ces groupes, il y avait soit des recouvrements partiels, soit, au contraire, très peu de contacts. Moi il se trouve que j’étais, si je puis dire, à cheval sur trois groupes qui étaient d’une part les milieux de la France libre, avec l’École libre des Hautes Études de New York que nous avons fondée à ce moment-là ; d’autre part les surréalistes, peintres ou écrivains ; et puis les psychanalystes – mais qui étaient en majorité étrangers.

L’École libre des Hautes Études de New York c’était quoi?
C’était une institution créée à l’initiative de Maritain, Focillon, Francis Perrin (et aussi, d’ailleurs, Jean Perrin, son père, qui était là), quelques autres grands noms français, qui avaient voulu attester la présence de la pensée et de la culture françaises aux États-Unis, en rassemblant non seulement les Français exilés mais les francophones. Nous donnions des cours. Nous faisions passer des examens qui étaient, si je puis dire, tolérés avec bienveillance par les autorités de l’État de New York, et reconnus par le gouvernement de la France Libre.

Parallèlement à ça vous travailliez à la radio.
C’est-à-dire que j’enseignais à la New School for Social Research, avec de très modestes appointements puisque la fondation Rockefeller, qui avait entrepris le sauvetage du plus grand nombre possible d’intellectuels menacés, leur assurait, par l’intermédiaire de la New School, une sorte de minimum vital. Bon. Alors, en plus de ça, à la radio américaine qui s’appelait l’OWI – l’Office of War Information -, j’étais speaker.

Comme André Breton.
C’est ça, oui. Il y avait lui, Robert Lebel, Georges Duthuit. Nous faisions une équipe de quatre ; et notre rôle c’était, sous forme dialoguée, d’envoyer à Londres des émissions qui étaient relayées et retransmises en France.

Des émissions dont vous étiez les auteurs et que…
Absolument pas…

Donc « speakers » seulement?
Nous recevions des textes. Notre rôle était de les lire, avec autant d’éloquence que possible, mais scrupuleusement.

C’est quand même étrange que des gens comme Breton ou vous aient été utilisés pour « transmettre » des textes écrits par d’autres. Est-ce qu’on n’a pas pensé à vous utiliser autrement ?
Ces services des émissions en français étaient dirigés par Lazareff – qui était infiniment plus compétent que l’un quelconque d’entre nous pour ce genre d’exercice ; et je dois dire que non, nous étions beaucoup plus contents comme ça. Après tout nous aurions été très maladroits pour rédiger de la propagande.

Les textes étaient écrits par qui?
Par toute une équipe dirigée par Lazareff.

Donc une équipe de journalistes…
Une équipe de journalistes.

Est-ce que vous avez tenté, dans ces années, de quitter New York pour Londres ? Est-ce qu’il en a été question ?
Il en a été question en ce sens que Soustelle qui, à ce moment-là, s’occupait de regrouper les colonies françaises des Antilles – et que j’avais d’ailleurs rencontré quelques mois plus tôt à Porto Rico où j’étais en situation difficile et d’où il m’avait aidé à sortir en certifiant aux Américains que je n’étais ni un espion ni un agent de Vichy -, donc Soustelle est passé par New York et, avec beaucoup de gentillesse, a insisté pour que je l’accompagne à Londres. Mais j’ai préféré rester à New York.
En position très régulière, d’ailleurs, vis-à-vis de la France Libre, puisque j’avais signé un engagement volontaire et que j’étais membre de ce qui s’appelait le bureau scientifique de la France Libre à New York. Je dois avouer, par ailleurs, que j’étais très ébloui par les bibliothèques américaines ainsi que par mes premiers contacts avec ces collègues américains qui, pour moi, avaient toujours eu, jusqu’alors, une existence fantomatique. Ils siégeaient à l’empyrée. Dans une sorte de panthéon. Enfin, je pouvais les connaître. Je pouvais dialoguer avec eux. Je pouvais m’instruire. Je n’ai pas résisté à cette tentation.

Autant j’imagine bien vos relations avec Merleau-Ponty, ou Lacan, autant je vous vois moins bien avec Breton – que vous deviez pourtant, et par la force des choses, rencontrer quotidiennement.
ANDRE BRETONQuotidiennement c’est beaucoup dire, sauf pendant les trois semaines de traversée où nous étions sur le même bateau qui nous emmenait de Marseille à Fort-de-France, où, là, nos relations étaient vraiment quotidiennes. Breton aimait échanger des idées. Il aimait la discussion qu’il menait de façon extrêmement courtoise, jusqu’au moment, bien sûr, où tout explosait. Mais enfin pendant très longtemps ça pouvait rester sur un plan, je dirais, presque universitaire. Breton aurait fait un merveilleux professeur de faculté. Donc les relations étaient bonnes. Ensuite, aux États-Unis, le rapprochement venait essentiellement de l’intérêt que nous portions, lui et moi, aux arts dits primitifs. C’était un terrain sur lequel nous pouvions parfaitement nous entendre. Breton, bien sûr, n’aimait pas beaucoup l’ethnographie. Il n’aimait pas qu’on fasse de la science sur des objets qui, pour lui, étaient magiques ou sacrés. Ça ne lui plaisait pas.

Et vous, inversement, vous deviez être parfois très agacé par toutes ces histoires, justement, de magie, de sacré, etc.

Oui, sauf que Breton ne se trompait jamais sur la qualité d’un objet. C’est un don étonnant qu’il avait. Chacun connaît l’histoire célèbre du faux Rimbaud. Mais même sur l’objet le plus exotique, même sur un objet dont on ne connaissait pas la provenance, Breton pouvait vous dire immédiatement c’est un bel objet ou ce n’est pas un bel objet ; c’est un bon objet ou ce n’est pas un bon objet; et ça, ça m’inspirait beaucoup de respect parce que, après tout, je suis un homme de musée.

Propos recueillis par Bernard-Henri Lévy.

couv aventures(extrait des Aventures de la liberté, Grasset, 1991)

Photo N°1 : Claude Lévi Strauss (c) D.R.
Photo N° 2 : Lévi-Strauss avec Paulo Duarte et son épouse Juanita, à New York, pendant la Seconde Guerre mondiale. © Claude Lévi-Strauss
Photo N° 3 : André Breton (c) AFP

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Le 4 mars 2002… http://www.bernard-henri-levy.com/le-4-mars-2002-8061.html http://www.bernard-henri-levy.com/le-4-mars-2002-8061.html#comments Fri, 30 Jul 2010 08:35:26 +0000 Liliane Lazar http://www.bernard-henri-levy.com/?p=8061 … un écrivain français s’adressait au peuple de Kaboul.

kaboul 1Voici le type même de document pour lequel cette rubrique est faite. C’est le texte intégral de la Conférence prononcée par Bernard-Henri Lévy, le 4 mars 2002, à Kaboul.
C’était la première fois, depuis presque un quart de siècle, qu’un écrivain français s’adressait à un public afghan.
C’est la toute première Conférence prononcée par un étranger dans un Kaboul dévasté par 23 années de guerres en tout genre.
Ce n’est plus la conférence lambda prononcée sagement dans une université française  ou américaine : c’est une conférence prononcée dans les décombres, devant un public qui sort à peine de la nuit, avec la menace des Talibans qui plane dans l’atmosphère.
De cette conférence, Bernard-Henri Lévy avait, à l’époque, publié un résumé dans son Bloc-notes mais pas la version intégrale. La voici, très émouvante, très belle, très « malrucienne » dans son inspiration et son ton.
J’en ai eu le texte par Atiq Qanani, alors jeune combattant, membre de l’Alliance du Nord, qui avait été parmi les premiers, quelques semaines plus tôt, à entrer dans Kaboul libéré et qui en a gardé une trace.
Il me dit que l’événement se passa, à 16 heures, dans un des rares amphithéatres encore debout de l’Université, avec des sièges à demi détruits, pas d’électricité.
Il me dit aussi que la salle était pleine, environ 300 personnes, parmi lesquelles quelques Français, des humanitaires de toutes nationalités, mais surtout des Afghans et, en particulier, des anciens combattants démobilisés, sans armes, mais toujours en uniforme (on est à quelques semaines des sanglants combats contre les Talibans !).
Il y avait aussi dans la salle, je le découvre en lisant le texte, une délégation de Lyonnais venus étudier la faisabilité de la réouverture de l’Hopital de Kaboul : qu’ils n’hésitent pas, s’ils ont le moindre souvenir de cet événement, la moindre anecdote, une photo,  à prendre contact avec moi.
Bernard-Henri Lévy, contrairement à son habitude avait un texte écrit. Il parla debout, sur une estrade, sans garde du corps ni protection.
La France n’ayant plus, à l’époque, d’Ambassadeur, il en faisait office. Avec Gilles Hertzog, le Docteur Frédéric Tissot (devenu, depuis, vraiment ambassadeur de France) et quatre membres des services spéciaux français que les trois amis voyaient sortir tous les soirs, armés jusqu’aux dents, et revenir au petit matin, fourbus, l’oeil noir, ayant accompli des missions mystérieuses, il habitait l’Ambassade de France et y retourna après la Conférence.
Il se prêta, une heure durant, et de bonne grâce, au jeu des questions et des réponses. On l’interrogea sur le Président français Chirac. On le fit parler de Massoud sur la tombe duquel il venait, l’avant-veille de se recueillir et de déposer une petite stèle. Il dit son admiration pour l’islam quand il est fidèle, comme en Afghanistan, ou en Bosnie, ou au Maroc, à sa vocation de paix. Il parla de Malraux et de Kessel. De ce qu’est un écrivain engagé. Etc.
Je ne connais pas tellement d’exemples, dans l’histoire de la littérature, de documents de ce type.
Liliane Lazar.

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Conférence à Kaboul
Lundi 4 mars 2002

kaboul vue« C’est la première fois depuis vingt-trois ans qu’il est donné à un écrivain français de s’adresser à un public afghan. J’ai parlé, sous les bombes, aux combattants de Sarajevo. J’ai parlé, après leur libération, aux amis de Belgrade, en Serbie. Je suis heureux, et ému, de parler, aujourd’hui, au peuple libre de Kaboul. Et je voudrais, avant toutes choses, saluer les artisans de cette liberté. Je salue mes amis, les ministres Fahim et Qanouni, que j’ai connus, dans les maquis du Panchir, auprès du Commandant Massoud, que nous avons pleuré ensemble. Je salue le peuple de Kaboul, ses résistants de l’ombre, qui ont tenu bon sous la dictature des Soviétiques, puis sous la pluie de bombes des seigneurs de la guerre, puis sous la férule enfin, sanglante et absurde, de l’ordre taliban. Je salue en particulier les femmes, celles qui sont ici et celles qui n’y sont pas encore – je les salue parce qu’elles furent doublement martyres, parce qu’elles furent doublement opprimées, et qu’elles sont en première ligne de votre combat pour la dignité et les droits humains. Je salue ces autres Afghans enfin, rentrés d’exil, qui ont vécu, vingt ans durant, le Panchir et l’Afghanistan au coeur – et qui sont revenus bâtir, avec l’Alliance du Nord et les autres, un Afghanistan ouvert, tolérant, solidaire. A tous ceux-là j’adresse mon salut, celui du Président et du Premier ministre français, et celui du peuple de mon pays.

Car il y a, entre votre pays et le mien, une longue et belle histoire d’amour.

De votre côté, un roi éclairé qui, au début du siècle dernier, dans le respect des traditions afghanes, ouvrit l’Afghanistan sur le monde et sur la modernité. Un autre roi, que vous attendez tous, Zaher Shah : il a fait ses études en France, il oeuvra pour que s’ouvrent, à Kaboul, deux magnifiques lycées français, il fit appel à des Français pour aider à la rédaction d’une constitution démocratique qui donnait, entre autres, le droit de vote aux femmes. Et puis Massoud enfin, ancien élève du lycée Esteqlâl, admirateur d’un autre résistant, Charles de Gaulle, dont je me souviens lui avoir offert un jour, dans le Panchir, les Mémoires de guerre et les Mémoires d’espoir – Ahmed Shah Massoud qui, lorsqu’il jugea venue l’heure d’alerter le monde sur la menace que faisaient peser les Talibans et Al Qaïda, choisit, comme vous savez, la France pour délivrer son message.

De notre côté, les archéologues de la Dafa, amoureux fous de votre pays et de sa culture, lui consacrant parfois leur vie et bâtissant avec vous, ici le musée de Kaboul, à Paris le musée Guimet, double volet d’un même patrimoine, aujourd’hui vandalisé, et que nous allons restaurer ensemble. Des médecins, venus de toutes les régions de France, dans les années 1960 d’abord, puis, de plus en plus nombreux, à mesure que la nuit tombait sur l’Afghanistan – admirables « French Doctors» qui, alors que les chancellerikaboul hertzoges se taisaient, tandis que diplomates et politiques consentaient au fait accompli de l’occupation soviétique, venaient, à travers les montagnes, secourir les populations du Panchir. Et puis les écrivains qui, depuis Joseph Kessel, n’ont cessé de rendre hommage à ce pays de l’insolence dont parle Michael Barry, ce Yaghestan, ce peuple de paysans, de guerriers indomptables, mais aussi de lettrés, de poètes, de théologiens, de mystiques : c’est dans cette tradition que, modestement, je m’inscrivais lorsque, en 1981, je vins, pour la première fois, au Panchir, livrer les émetteurs de Radio Kaboul libre au jeune Commandant Massoud ; c’est à ces écrivains, autant qu’aux résistants français qui peuplent ma mémoire et dont l’exemple m’a formé, que je pensais lorsque je revins, d’abord à Kaboul pendant la guerre civile, puis, avec Gilles Hertzog, en 1998, à Bazarak, apporter à Massoud le soutien répété de l’opinion française ainsi que l’invitation à se rendre en France de la part des autorités de la République ; et c’est à eux encore, à Kessel et aux autres, que je songe aujourd’hui, dans ce dernier voyage.

Mes impressions du nouvel Afghanistan ?

Ce furent mes premiers mots, l’autre semaine, au Président Ahmid Karzaï : un pays détruit mais libre.

J’ai parcouru Kaboul. J’ai visité Bamyan. J’ai traversé la plaine de Chamali. Partout, je n’ai vu que ruines, cendres, désolation. Partout, j’ai vu les cicatrices de ces guerres interminables dont nous ne savons pas encore tout, dont on mesurera un jour l’ampleur et l’horreur – et dont vous sortez à peine.

Mais, en même temps, j’ai vu, je vois tous les jours, le bouleversant spectacle d’un peuple libre qui, avec un courage inouï, presque sans exemple, entreprend de refermer ses plaies.

J’ai vu le beau regard des femmes quand elles retirent leur burqa et retrouvent leur visage. J’ai entendu des responsables, mais aussi de simples habitants, dire que tous – Tadjiks, Pachtouns, Hazaras, Ouzbeks, Nouristanis – vous êtes, d’abord, des Afghans : comme si ces vingt-trois années de catastrophe avaient eu aussi pour effet de resserrer les liens de la nation afghane.

J’ai rencontré des mollahs qui, à Bamyan, pleurent la destruction des Bouddhas et aspirent à leur reconstruction – quelle gifle aux esprits faux qui associent islam et intolérance ! quelle preuve de ce que l’islam, quand il est vraiment lui-même, est une religion tolérante, ouverte aux autres religions, consciente de la fécondité du dialogue avec toutes les spiritualités !

J’ai admiré enfin la sagesse des vainqueurs de l’Alliance du Nord, au lendemain de leur entrée dans Kaboul, et jusqu’à l’heure où je vous parle. Nombreux sont ceux qui, en Occident, craignaient de voir se rééditer les erreurs et les divisions du passé. Nombreux, ceux qui croyaient que, comme en France après 1945, comme en Algérie après 1962, la génération des résistants ne serait pas celle des reconstructeurs et qu’elle devrait passer la main. Eh bien non. Les résistants afghans sont en train de devenir des hommes d’Etat. Les combattants de la liberté ont appris l’art du compromis, du partage du pouvoir, de la politique. Et cela aussi c’est le signe de la liberté retrouvée.

Que l’Afghanistan en soit là, que ce peuple dévasté renoue si vite avec le génie de la liberté, c’est un exploit – et pour cela aussi, vous faites l’admiration du monde.

Je veux vous dire un mot, pour finir, de ma mission ici. Et puisque je me trouve être, aussi, l’envoyé auprès de vous du Président et du gouvernement français, je veux vous confier dans quel esprit peuvent se renouer, selon moi, entre nos deux pays, les liens de fraternité anciens.

AFGHANISTAN-US-ATTACKS-ENDURING FREEDOM-LEVY-MASOOD-GRAVE-2Sachez d’abord, chers amis, que nous vous devons beaucoup et que vous avez représenté un exemple pour le monde, bien avant que le monde ne songe à vous apporter son aide ou ses lumières. L’image de votre lutte contre les grands impérialismes russe et britannique, le spectacle de votre courage face à tous ceux qui, au fil des siècles, tentèrent de vous asservir, et cela à l’heure même où succombaient les autres peuples de l’Asie, ont forcé le respect des mouvements de libération du XXè siècle. Et puis l’Europe elle-même, la partie de l’Europe qui, en tout cas, vécut pendant cinquante ans sous la botte communiste vous doit une part de sa liberté : n’est-ce pas les moudjahidin qui, les premiers, ont montré que l’Armée rouge n’était pas si invincible qu’on le pensait ? n’est-ce pas le peuple afghan qui, le premier, au prix de sacrifices inouïs, a fait la preuve que l’on pouvait vaincre le soviétisme ? n’est-ce pas ici, dans vos montagnes, grâce à la ténacité des Afghans, que l’Empire soviétique a entamé son crépuscule ? Pour cela, oui, le monde occidental est en dette. Et pour cela aussi je crois que c’est justice de vous aider.

Comment ? Je ne peux pas dévoiler ici la teneur du rapport que je remettrai, dans quelques jours, au Président et au Premier ministre français.

Sachez simplement que je leur dirai ce que je viens de vous dire, ce que vous m’avez dit vous-mêmes et comment la France doit, par fidélité à ses valeurs, renouer le fil d’un dialogue qui ne s’est, en vérité, jamais interrompu – témoin, ici même, dans cette salle, la présence d’une délégation de la ville de Lyon venue relancer, à l’initiative du ministre Bernard Kouchner et du docteur Frédéric Tissot, la coopération médicale autour de l’hôpital franco-afghan Ali Abad.

Sachez aussi – car cela, le Président de la République française l’a déjà annoncé, lors de sa visite à Paris, à Ahmid Karzaï – que la France maintiendra vraisemblablement, comme l’a préconisé le représentant spécial des Nations Unies, Lakhdar Brahimi, l’essentiel de son contingent au sein de la force mul-tinationale et qu’elle participera à la formation d’un ou plusieurs bataillons de la future armée afghane.

Sachez encore – je ne résiste pas à la joie de vous l’annoncer – que j’ai appris, à Bamyan, l’existence d’un troisième grand Bouddha, un Bouddha couché, enterré depuis des siècles, dont témoignèrent jadis des pèlerins chinois : les Talibans, grâce au ciel, en ignoraient l’existence et le musée Guimet, que nous avons contacté, envisage une mission archéologique française destinée à le retrouver.

Et puis sachez enfin – car il s’agit d’un engagement que je prends, cette fois, à titre personnel – que je compte aider l’ONG française Aïna, éditrice du nouveau Kabul Weekly, à créer un journal en français, en dari et en pachto, qui verra le jour en mai prochain et qui, dans notre esprit, s’appelle déjà Les Nouvelles de Kaboul.

Un écrivain français disait que la France n’est jamais aussi grande que lorsqu’elle l’est pour tous les hommes. Un de vos sages a dit, comme en écho, que l’Afghanistan n’est jamais aussi grand que lorsqu’il est fidèle à toutes les cultures qui le façonnent.

Puissions-nous, ensemble, illustrer ce double précepte.

Puissions-nous, malgré les larmes, la désolation, les ruines, oeuvrer à ce que nos deux pays se retrou-vent dans une idée commune de la démocratie, de la culture, du droit.

Vive l’Afghanistan libre ! Vive l’amitié franco-afghane »

Bernard-Henri Lévy

couv rapport
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Crédits photos :
1/ Rencontre avec les « maleks » d’un village proche de Kaboul. Février 2002 (c) Marc Roussel
2/ Janvier 2002, dans Kaboul dévasté. (c) D.R.
3/ Kaboul, janvier 2002. De gauche à droite, Docteur Frédéric Tissot, Gilles Hertzog et Younes Qanouni, le compagnon de Massoud devenu ministre. (c) DR
4/ A Bazarak, dans la vallée du Panchir. Bernard-Henri Lévy entouré de compagnons du Commandant Massoud. (c) AFP

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Le 1er juin 1998… http://www.bernard-henri-levy.com/le-1er-juin-1998-7962.html http://www.bernard-henri-levy.com/le-1er-juin-1998-7962.html#comments Thu, 29 Jul 2010 10:20:27 +0000 Liliane Lazar http://www.bernard-henri-levy.com/?p=7962 …. Bernard-Henri Lévy partage avec Salman Rushdie ses premiers moments de liberté.
RushdieEst-ce une idée du Monde ? De Bernard-Henri Lévy ? De Rushdie ? L’idée, en tout cas, était culottée. Il s’agissait d’aller à Londres ; de reprendre contact avec Rushdie, le vieil ami ; et de lui proposer ce pacte simple : une journée, une seule, en liberté, comme s’il n’avait pas la fatwa sur la tête, comme s’il n’était pas l’un des hommes les plus traqués au monde… Rushdie a accepté. Pour la première fois depuis le début de l’affaire il a imposé à ses anges gardiens, à Scotland Yard, à tout le monde, de le laisser passer une journée normale. Et cette journée normale, ces premières heures de vraie liberté depuis dix ans, il les a passées avec Bernard-Henri Lévy.  Beau « coup », à l’époque ! Gros événement dans la presse française et britannique ! Mais aussi belle histoire d’amitié. Et, de ce fait, beau défi aux terroristes. Comment on résiste au terrorisme ? Comment, concrètement, on se bat ? Eh bien voilà. Un exemple. De l’antiterrorisme pratique. Des travaux pratiques d’antiterrorisme. Comment on résiste au terrorisme ? En allant chercher l’homme le plus recherché du monde, le plus menacé – et en se promenant avec lui, une journée durant, au nez et à la barbe des tueurs.
Liliane Lazar

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La liberté en trompe-l’œil de Salman Rushdie.

Deux ans que je ne l’avais pas revu. Je le trouve rajeuni. Aminci. Une allégresse nouvelle dans le visage, et dans la voix.
« Comment ça va ?
- Ça va. J’irais mieux sans ce foutu problème. Mais enfin je vais bien. Comme toujours, quand je suis dans les dernières pages d’un roman. C’est un moment très excitant. »
Les deux gardes du corps sont restés sur le palier, au deuxième étage de cet hôtel du centre de Londres où Scotland Yard, comme chaque fois, a fixé notre rendez-vous. Oreillettes. Têtes de héros de John Le Carré. Je n’ai pas eu droit, avant son arrivée, au manège habituel : flicage du hall, interception discrète de mes coups de téléphone, fouille de la chambre. Signe que la surveillance se relâche ? Et, donc, la pression ?
« Oui et non. Ne vous y fiez pas. Les Iraniens, s’ils savaient comment me tuer, me tueraient. Savez-vous qu’ils ont arrêté, en quelques années, une trentaine de faux diplomates liés à la fatwa et que, récemment encore… »
II s’arrête. Le regard désarmé tout à coup. Quelque chose de méfiant, mais aussi de fragile, dans le sourire. Je pense à ce que j’ai appris, le matin même, de la bouche d’un responsable de la police : qu’on a, récemment encore, arrêté et expulsé trois présumés tueurs ; que son contact avec Interpol, plus espacé depuis un an, est redevenu hebdomadaire ; bref que le temps passe mais qu’il demeure le même terrible condamné – traqué, poursuivi sans répit, à cause de quelques pages d’un livre magnifique paru voici neuf ans.
« Une chose, peut-être, a changé », poursuit-il, tassé dans son fauteuil – les mains fourrées, comme s’il avait froid, dans les poches de sa veste de tweed, puis dans la laine du gilet, boutonné bas, qui lui donne l’air d’un médecin en visite. « J’ai comme un sixième sens, maintenant, qui me permet de savoir, à chaque instant, instinctivement, ce que je peux faire et ne pas faire. J’y pense constamment. Il n’y a pas une seconde de la vie où je n’aie la menace présente à l’esprit. Mais j’ai cette perception automatique de ce qui est OK ou pas OK. Et puis j’écris. Je suis dans ce nouveau roman. Et quand je suis dans un roman, la vie a une autre saveur. Qu’est-ce que vous buvez  ? Du thé ? Pourquoi ne demandez-vous pas un peu de café ? »
Le visage lumineux de nouveau. Une moue complice, à l’évocation du roman en cours. Il n’a jamais cessé de le répéter : on l’a condamné à mort pour l’empêcher d’écrire ; écrire est, par conséquent, la seule façon de résister à la mort annoncée.
« Vous savez ce qui m’a le plus fait souffrir au moment de la fatwa ? C’est que les gens n’avaient pas l’air de comprendre ce que c’était qu’écrire un livre. « Il aurait dû savoir les risques qu’il prenait », disaient-ils. Ou bien: « ces Versets étaient une provocation, pour offenser les musulmans. » Inutile de vous dire que l’idée même d’écrire un livre pour offenser les musulmans ne m’a jamais traversé l’esprit: si je veux insulter quelqu’un je le fais en deux phrases ; pourquoi irais-je dépenser, pour cela, cinq ans de ma vie et un quart de millions de mots ? »
Scan3Est-ce qu’il lui est arrivé de douter, lui aussi ? de désespérer ? Est-ce qu’il n’a jamais regretté, par exemple, la publication des Versets ? Le regard sombre, de nouveau. Un hochement de tête qui veut dire : « ne parlons plus de ça, c’est de l’histoire ancienne. » C’est son air d’il y a huit ans, lors de notre première rencontre, à Helsinki, à l’époque où François Mitterrand et Roland Dumas lui refusaient son visa d’entrée en France – banni, pestiféré, presque coupable d’exister.
« Regretter le livre, non. Mais douter de mon métier, douter que tout cela ait un sens, oui, peut-être. Car mettez-vous à ma place. Pour la première fois de ma vie, je me suis dit : « si c’est ça mon salaire, si c’est ça que je récolte pour avoir fait une oeuvre d’art, alors à quoi bon ? Autant faire autre chose, de la polémique, de la politique, n’importe quoi, mais plus de littérature.»
Cette barbe couleur de plomb, dans la lumière trop tamisée de la lampe… Ce visage de Christ byzantin… Les célèbres yeux en demi-lune, qui lui font un regard embusqué… Homme de l’ombre. Voué à l’ombre et au secret. Il est la personne au monde qui connaît peut-être le mieux l’univers de la clandestinité. Il pourrait, s’il le voulait, écrire des romans policiers, créer un groupe terroriste ou un réseau d’espions, fomenter une conspiration. Que fait-il de cette prodigieuse expérience accumulée ? Sait-il qu’il a là une matière littéraire extraordinaire et qu’en fait-il ?
«Ça finira par sortir, bien sûr. Plus vite, même, que vous ne le pensez. Mais… »
On frappe à la porte. C’est le café. Il fait mine d’aller ouvrir, puis se ravise avec une grimace : « Où ai-je la tête ! J’oublie toujours ces fichus gardes du corps !
«La seule question c’est la forme », poursuit-il après qu’est reparti le garçon d’étage (flegmatique – pas plus surpris que ça de tomber sur Salman Rushdie…). «Une autobiographie ? Un journal ? Une oeuvre d’imagination ? Jusqu’ici je n’ai pas eu la tentation de l’autobiographie. Mais aujourd’hui, je ne sais plus. Car ce qui m’arrive est tellement extraordinaire, tellement unique, que peut-être la meilleure chose à faire est de coucher les choses sur le papier. Juste comme ça, sur le papier. Je ne sais pas. »
Le ton, cette fois, me surprend. Cette nuance, que je ne lui connaissais pas, d’autosatisfaction, presque de fierté.
«Fier n’est pas le mot. Mais c’est vrai que peu d’écrivains se sont trouvés au centre d’un événement historico-mondial de cette importance. Ce genre de choc ne concerne jamais un écrivain, n’est-ce pas ? Ça concerne des groupes, des peuples, des grandes masses. Or la mécanique, là, s’est inversée. Toute la pyramide du monde s’est mise à reposer sur la pointe d’un seul homme. Quelle position extraordinaire ! En un sens, quel privilège.
J’insiste. Est-ce qu’il continue, comme les premières années, de vivre tout cela comme un drame, une catastrophe absolue, ou est-ce qu’une part de lui-même se satisfait, s’honore même, de ce « privilège » – élection noire, palme du martyre et du blasphème ?
«Oh! le privilège… Je renoncerais bien au privilège… »
Il a pris, pour le dire, un ton très «Woody Allen » – plaintif, faussement modeste.
«J’aimais bien ma vie d’avant. Je ne l’aurais échangée pour rien au monde. Mais bon.
Qu’est-ce que je peux faire ? Quand le destin vous rattrape, quand vous devenez une cible de l’Histoire, quand vous éprouvez dans votre chair cette expérience de l’exil intérieur, de la précarité absolue, qui est l’expérience fondamentale du XXè siècle, vous ne pouvez pas faire comme si ça n’avait pas eu lieu. Il faut assumer. Sans pour autant, bien sûr, devenir l’otage de son propre sort. Sans devenir un symbole, une fatwa vivante et montée sur pattes…
Autre question, alors : croit-il qu’il redeviendra  jamais un écrivain comme les autres ? Ou est-il voué, jusqu’à la fin, à ce statut d’écrivain des limbes, adresse inconnue, enfants sans visage, etc. ? Il réfléchit. Il hésite. Un coup de téléphone de la sécurité – routine, sans doute – lui laisse quelques secondes.
« L’aspect policier peut s’arranger. II s’est déjà arrangé, il n’y a donc pas de raison qu’il ne s’arrange pas encore. Peut-être pourrai-je, un jour, voyager normalement. Peut-être n’aurai-je plus ces gardes du corps derrière la porte. Mais revenir à la case départ, non, c’est impossible. C’est ma vie, maintenant. C’est mon destin. »
Autre question encore – autre manière, plutôt, de poser la même question : est-il toujours lu comme un écrivain? s’il ratait un livre, par exemple, s’il écrivait un mauvais livre, les gens oseraient-ils le dire ?
« Oh! Rassurez-vous ! Ils n’attendent que ça ! Je les voyais venir au moment du dernier roman, Le Dernier Soupir du Maure. Ils rêvaient de pouvoir dire : « ça y est ! ce pauvre Rushdie est fini, les ayatollahs ont eu sa peau. » Manque de chance, le livre était bon… »
Rire canaille, style: « quel bon tour je leur ai joué. » L’espace d’un instant, j’imagine le Salman d’avant : rigolard, facétieux, peut-être un peu voyou. Mais il se lève. Il fait un petit geste : « allons ! tout ça n’a pas d’importance. » Et, à brûle-pourpoint, enchaîne.
« Vous avez vu l’exposition Cartier-Bresson ?
- Non, je n’ai pas vu l’exposition Cartier-Bresson.» Qu’à cela ne tienne ! Nous voici partis, bras dessus bras dessous, suivis par les gardes du corps ahuris, sur le chemin de la Portrait Gallery qui expose, en effet, une série de « portraits d’écrivains » d’Henri Cartier-Bresson.
J’ai souvent vu Salman Rushdie. Je l’ai vu à Londres, à Paris, à Helsinki, à Paris encore. Nous nous sommes retrouvés dans des restaurants, chez des amis communs, dans des colloques. Mais c’est la première fois que je me trouve ainsi, avec lui, dans la rue, sans dispositif de sécurité particulier – un écrivain normal se baladant presque normalement avec un vieux camarade qu’il emmène voir une expo. Eh bien, deux informations. La première : il semble coutumier du fait ; ce proscrit, ce damné, cet homme que l’on imagine enfermé dans sa prison sans murs, se promène, en homme apparemment libre, dans les rues de Londres, la nuit. Et la seconde : tout le monde, bien sûr, le reconnaît ; il est aussi populaire, ici, que Paul MacCartney ou le prince Charles ; mais, comme le garçon d’étage de tout à l’heure, les gens, sur son passage, font comme si de rien n’était ; ils voient l’un des hommes les plus menacés du monde, ils croisent et identifient une cible dont la tête vaut deux millions et demi de dollars – et tout se passe comme s’ils n’avaient qu’une idée, un réflexe : lui foutre la paix.
Je pense au déploiement sécuritaire qui accompagne chacune de ses visites à Paris : flics, voitures blindées, tireurs d’élite sur les toits.
Je pense à l’histoire si drôle – et si terrible – du vol Air Inter Strasbourg-Paris : tout le monde a embarqué ; le gros avion, au milieu de la piste, dans la nuit, moteurs déjà vrombissants, n’en finit plus d’attendre son mystérieux dernier passager ; et le voici qui surgit enfin, au bout d’une heure, dans un désordre de sirènes, gyrophares, gendarmes au pied de la passerelle – la tension est si forte qu’il y a une vieille dame qui, lorsqu’elle le voit apparaître à l’avant de l’appareil, pousse un cri, s’évanouit et doit être, d’urgence, évacuée.
Je pense à notre visite à Douste-Blazy, alors ministre de la Culture : il n’avait rien à lui demander, ce jour-là, ni geste politique spécial ni prise de position publique; il voulait juste un visa qui lui permette de passer des vacances en France, de vraies vacances, sans interviews, sans rodéo, sans ce cirque médiatique qui fait de lui une bête de foire autant qu’un écrivain ; il voulait juste le droit de venir marcher dans Paris comme il le fait dans Londres, ce soir, avec moi.
« Vous vous déguisez, parfois ?
- Jamais.
- Une casquette, des lunettes de soleil ?
- Quand il y a du soleil je mets des lunettes de soleil.
- C’est quoi ? De l’orgueil ?
- Non. De l’efficacité. Ce genre de truc ne marche pas. Les gens se disent :
« qu’est-ce que ce type qui a l’air déguisé, qui se cache ? » Et ça attire encore plus l’attention. »
J’essaie de le faire parler de son existence de tous les jours. Sa femme, que j’avais rencontrée à Helsinki. Sa maison, sorte de safe house dont seul Scotland Yard connaît l’adresse – comment est-ce possible ? n’a-t-il pas des voisins ? Son premier fils: il était enfant quand nous nous sommes connus – est-il vrai que c’est, maintenant, un adolescent parti faire ses études dans une université lointaine ? Nous parlons de lui, Salman, des petits riens de sa vie et de ce que ces neuf années de traque ont changé dans son caractère: une patience qu’il n’avait pas ; une indulgence ; le fait, aussi, qu’il rit moins; oui, c’est le principal changement; il a toujours, bien sûr, ses « copains de rire »: Martin Amis ; d’autres ; mais il y a de plus en plus de moments où il se sent triste, mélancolique.
Nous parlons, encore, cinéma. Son projet de film en Inde, auquel il tenait tant et qui vient de tomber à l’eau. Les films récents qu’il a aimés: Titanic, comme tout le monde ; LA  Confidential à cause de Kim Basinger. II va moins au cinéma, d’accord : mais c’est, comme tous les pères de famille, à cause du nouveau bébé.
« Comment s’appelle-t-il ?
- Milan.
- À cause de… ? »
Sourire faussement ingénu. Air de jubilation contenue. Je sais qu’il a un mot – un bon mot ? – au bout de la langue, mais qu’il se retient.
« J’aime beaucoup Milan Kundera. Mais Milan ça veut aussi dire, en hindi: mélangé, métissé. Voilà. Une maman anglaise. Un papa qui vient de l’Inde et qui ne s’occupe que de métissage. C’est un hommage à ce métissage indien, que j’ai tellement aimé… »
Malaise. Silence. Le bruit de nos pas, seulement, sur le macadam de Kensington Street. Un couple d’excentriques – cheveux mauves pour lui, anneaux dans le nez et la lèvre pour elle – lui adressent un regard un peu plus appuyé : mais peut-être le voient-ils juste comme un des leurs, un autre excentrique anglais.
« Cette mélancolie nouvelle… Ce n’est pas seulement la fatwa. C’est aussi l’Inde. La perte de l’Inde. Le fait de savoir, tout à coup, que je n’y retournerai sans doute jamais. C’est le sujet, en un sens, du livre sur lequel je travaille. J’ai, en écrivant ce livre, le sentiment presque physique que mon style, mon art, sont en train de quitter l’Inde. »
Nous sommes arrivés à la hauteur de Piccadilly. Un autre passant s’approche. Imperceptible mouvement des bodyguards. Lui, rien. Toujours cette souveraineté, ce sang-froid du type qui sait, et qui s’en accommode, que la mort peut le cueillir là, n’importe où, à tout instant.
« Vous êtes Salman Rushdie ?
- I hope so… I do my best…» Le passant rit. Salman rit. Les deux flics se détendent et rient aussi.
« Occupez-vous bien de lui, dit l’homme en s’éloignant. Hein, on compte sur vous : il faut bien s’occuper de lui, bien le protéger… »
Et Salman:
« Je suis content que vous voyiez ça… Il  a l’establishment qui me déteste. Il y a tous ces salopards qui pensent que je me suis fait de la pub avec la fatwa.
Mais il y a le peuple qui, lui, a toujours été formidable avec moi. »
À propos de cet establishment qui le tolère, en effet, sans l’aimer, je lui rapporte une conversation avec Jimmy Goldsmith, quelques mois avant sa mort, à Los Angeles: « écrivain illisible; ne doit d’exister qu’à la fatwa. » Lui me raconte Douglas Hurd, incarnation du philistinisme britannique et de sa haine de l’art : « M. Rushdie ne semble pas comprendre les règles de la démocratie anglaise. » Mais qu’importe ! La vie est belle. Salman Rushdie, ce soir, est un homme libre.

Nous sommes à la Portrait Gallery. La dame des tickets fait comme si elle ne le reconnaissait pas. Un type sort un petit appareil photo, mais non, il change d’avis et feint de s’intéresser au prix du catalogue. Et voilà donc Salman, très gai, très enjoué, courant d’un portrait à l’autre, comme à travers un album de famille : Beckett; Truman Capote, derrière un feuillage ; Gracq – je n’ai pas l’impression qu’il connaisse si bien la littérature française, mais il a l’air d’admirer Gracq ; Jean Renoir – toujours le cinéma ; Sontag et Pinter, ses amis ; Le Carré, son ennemi… Au fait, que s’est-il exactement passé avec Le Carré ?
« Oh ! pas grand-chose ! Au moment de la fatwa il avait fait un article qui m’était resté en travers de la gorge. Or voilà que, neuf ans après, il se fait taxer d’antisémitisme à la suite de je ne sais plus quel livre. Alors, trouvant l’attaque en effet très injuste, j’écris un petit texte pour dire : « peut-être M. Le Carré comprend-il mieux, maintenant, ce que c’est que d’être attaqué par des intolérants. » Il le prend mal. Il me répond. Je lui réponds. Et voilà.
- C’est votre première polémique littéraire depuis la fatwa?
- Oui. Et ça m’a fait du bien. Car il y en avait marre. Ça faisait neuf ans que je me faisais injurier au nom de la liberté d’expression et j’ai donc dit : il y en a marre… » Il file vers un portrait de Carson McCullers – oeil écarquillé, air d’un oiseau pris au piège.
« Remarquez : je suis le contraire d’un rancunier. Imaginez qu’il entre là, dans cette galerie… Tiens, Nancy Cunard en 1956 : quelle beauté encore, hein? Je lui dirais « hello, John, how are you ? allons prendre un verre et parler du bon vieux temps, quand nous militions, ensemble, pour les sandinistes du Nicaragua ». »
Quelqu’un s’approche. Ce n’est pas Le Carré, mais un jeune homme, cheveux longs, cape noire, airs de mystères. Il est écrivain. Il a une amie, spécialiste justement du Nicaragua, qui vient de publier un texte dans la revue littéraire britannique Granta et aimerait le rencontrer. Salman écoute. Il a le sourire courtois, mais distant, du grand écrivain alpagué par un admirateur. «Mon agent… Si, si, mon agent, c’est le plus simple, le courrier arrive toujours… » Mais il court déjà vers l’autre salle. Un portrait d’Aragon, qu’il tient à me montrer: superbe en effet, visage aigu, une lueur froide dans le regard.
«L’establishment, encore : vous souvenez-vous, lui dis-je, de ce déjeuner à l’ambassade d’Angleterre à Paris, où le prince Charles m’avait dit que vous coûtiez trop cher à l’Angleterre ?
- Évidemment, je m’en souviens ! Vous l’aviez raconté dans un journal. Un de mes amis avait renchéri : « ça coûte peut-être cher de protéger Salman Rushdie, mais ça coûte encore plus cher de protéger le prince Charles qui n’a, que je sache, pas publié grand-chose d’intéressant. » Les journalistes m’appellent. Ils me pressent de réagir. Et comme je vous donne, évidemment, raison, voilà tous ces sales tabloïds – habitués à consacrer des pages et des pages aux relations de Charles avec Diana ou Camilla Parker Bowles – qui me tombent dessus sur le thème : « le salaud ! le traître ! voilà comme il traite son futur roi ! » Toujours la même histoire. Toute l’Angleterre a le droit de faire de Charles une plaisanterie nationale à cause de l’affaire Camilla et je n’ai pas le droit, moi, de dire qu’il n’est pas un écrivain…
Est-ce qu’il l’a déjà rencontré ? Non, pas Aragon. Charles. Est-ce qu’ils se connaissent un peu ou est-ce que cette antipathie sort de nulle part ?
Oui, me répond-il, la mine désolée. Ils étaient à Cambridge au même moment. Ils se croisaient dans des cours de théâtre. Et ils n’avaient, c’est le moins qu’on puisse dire, déjà pas beaucoup d’atomes crochus.
Et Diana ? est-ce qu’il a connu Diana ?
Là, en revanche, son oeil s’allume. C’était juste avant la fatwa. On lui a offert, pour son anniversaire, de belles places, à Covent Garden. Il est assis. Et voici que survient, à la place voisine, une belle personne – enfin belle n’est pas le mot… disons l’une des femmes les plus élégantes, les plus glamourous, qu’il ait jamais rencontrées: ils se reconnaissent, elle n’a probablement pas lu ses livres mais a la courtoisie de faire comme si. Bonsoir ? Bonsoir. Échange de propos. Rideau.
Sa mort, alors ? Est-ce que sa mort l’a ému ?
Oui. Terriblement. Il est aux États-Unis quand ça arrive. Mais l’une des premières choses qu’il fait, à son retour, deux jours après, est de se précipiter à Kensington Palace.
« Kensington Palace?
- Oui. Avec les gens. Je voulais être là, au milieu des gens. C’est comme les obsèques… Vous avez vu les obsèques à la télévision ? Le cortège. La foule énorme et recueillie. Le silence absolu dans les rues – sauf le bruit, très beau, du sabot des chevaux qui tirent le cercueil. Et ensuite, à l’arrivée à Westminster, cet applaudissement qui monte de la foule et entre dans l’abbaye… »
Scan2II se rapproche d’un portrait, très « posé », de Faulkner. Prend du recul. Se rapproche.
« Quel dommage qu’il n’ait jamais photographié Hemingway… Est-ce qu’on peut aimer à la fois Faulkner et Hemingway ? Mourir, sous un tunnel, parce qu’on ne veut plus être pris en photo, quelle histoire, hein ! quelle histoire ! »
Puis, revenant vers Faulkner et, ensuite, vers un portrait en situation, trop solennel, de Balthus.
« La question c’est quand même : pourquoi sa mort nous a-t-elle à ce point impressionnés ? Parce qu’elle n’avait aucun sens et que chacun a pu y mettre le sens qu’il souhaitait. Imaginez qu’elle soit morte à cause d’une mine antipersonnel. C’était une mort précise. Avec une signification précise. Eh bien, l’émotion aurait été moindre. Alors que là, c’est une mort vide, donc pleine de sens contradictoires. »
Là, c’est le Salman « intello » qui reprend le dessus. C’est le lecteur, post-moderne, de Lyotard et Baudrillard. Mais je retiens qu’il y a un autre Salman qui, le 3 septembre, est allé passer deux heures avec la foule des midinettes britanniques pleurant la mort de leur princesse.

La rue, à nouveau. Il fait nuit. Un vent léger s’est levé et nous marchons d’un pas plus vif. La Queen’s Gallery. Albemarle Street, où il me montre l’agence de publicité où il a travaillé il y a trente ans. Le Club Atheneum où Angus Wilson l’a invité un soir et dont il n’a qu’un souvenir : « il n’y avait pas de femmes. » Il aime Londres, décidément. Il aime marcher dans Londres. À nouveau, je devine celui qu’il a dû être et qu’il a, ces derniers mois, sans doute décidé de redevenir : paysan de Londres, poète de la ville et du béton – un autre Salman Rushdie que j’imagine, certains soirs, seul, faussant compagnie à ses anges gardiens et allant, dans les bas quartiers de Londres, refaire les itinéraires des Versets. Baudelaire à Bruxelles… Aragon, et ses rêves éveillés dans le Paris surréaliste… Ou bien une autre manière – qui sait ? – de défier les possibles bourreaux…
Nous parlons de la mort. Il y pense bien sûr. Il s’y attend. Mais comme tout le monde. Pas plus que tout le monde. II a tant d’amis, me dit-il, qui sont morts jeunes, ou assez jeunes. II a tant de vieux copains qui sont morts là, à notre âge, aux abords de la cinquantaine : sida, cancer, crise cardiaque.
Nous parlons de la Bosnie. Notre projet de voyage en Bosnie, en 1994, au plus fort de la guerre. Lui avais-je dit, à l’époque, l’enthousiasme, puis la déception, des intellectuels de Sarajevo? Lui avais-je raconté l’évolution d’Izetbegovic – réticent, presque hostile et puis, finalement, convaincu ? Et Boutros-Ghali – sait-il que l’affaire avait dû remonter jusqu’à l’ONU et que c’est lui, Boutros, qui avait personnellement mis son veto ? Nous parlons également de l’Algérie. Les massacres. La terreur. Tous ces journalistes, ces artistes, assassinés. Qui sait, lui dis-je, si les Algériens ne paient pas le prix de notre lâcheté – qui sait si ce n’est pas la même « bombe anti-Rushdie » qui s’est miniaturisée et s’il n’aurait pas fallu la désamorcer à Londres pour l’empêcher de proliférer à Alger ! Il est moins certain que moi de savoir « qui tue qui ». Il pense que les militaires ou, du moins, certains d’entre eux, sont moins clairs que je ne le dis. Mais, sur le fond, nous sommes à nouveau d’accord.
« Le vrai problème, dit-il, c’est l’islam. Est-ce qu’on peut continuer de dire que l’islam est innocent de ce qui se passe en Algérie ? Est-ce qu’il n’y a pas, dans la structure même de l’islam, quelque chose qui permet l’Algérie – mais aussi les talibans, le Soudan, l’Iran, etc. ? Je sais que la question est politiquement très incorrecte. Mais il faut la poser. Il faut avoir le courage de rompre avec cette opposition bidon entre un islam réel et un pur islam idéal. Qu’est-ce qui, dans l’islam, rend possibles l’Algérie et les talibans ? Qu’est-ce qui, dans l’islam idéal, est responsable de ce qui se fait en son nom ? Voilà la question. »
Je lui fais observer que c’est, mutatis mutandis, la question que nous posions à propos du communisme : mais au bout de combien de temps ? au prix de quels débats, querelles byzantines, aveuglement ?
« Raison de plus pour, cette fois-ci, aller plus vite. Prenez la culture : il est clair que la haine, chez les islamistes, de la culture ne peut pas être déconnectée de ce que le Coran dit des poètes – « tous des menteurs ! des inutiles ! pourquoi s’embêter avec des poètes quand on a le livre des livres, c’est-à-dire le Coran ? » Prenez les femmes ; prenez la façon qu’ont les talibans de les encager comme des oiseaux de nuit : est-il concevable que ça n’ait pas de lien avec la lettre d’un livre qui dit (c’est toute l’affaire des versets dits « sataniques ») que Dieu ne peut avoir de filles et que l’idée même d’une créature féminine habitée par l’essence divine est une idée sacrilège ?
L’oreillette d’un des gardes du corps grésille. Il presse légèrement le pas, nous devance. J’ai l’impression que nous évitons une rue, à droite. Salman poursuit.
«Alors l’autre question, bien sûr, c’est : est-ce que l’islam donne forcément ça ? Est-ce qu’on peut imaginer un islam corrigé, amendé – un islam compatible, en un mot, avec les droits de l’homme ? A quoi je réponds deux choses. Primo, mon expérience personnelle : celle d’un islam indien qui, parce qu’il était minoritaire, n’avait rien à faire avec l’État et restait une affaire de conscience. Secundo, l’existence, dans des âges reculés, au XIIè siècle, de gens qui, sans être libéraux, tenaient le raisonnement suivant : Dieu, parce qu’il est Dieu, n’a rien de commun avec les humains ; parce qu’il n’a rien de commun avec les humains, il n’est par définition pas doué de langage ; n’étant pas doué de langage, il ne peut pas être, stricto sensu, l’auteur du Coran et le Coran n’est plus, donc, que l’interprétation, en mots humains, d’une ineffable Parole; raisonnement qui, observez-le, ruine les bases du fondamentalisme et légitime les querelles d’interprétation, la glose, d’une certaine façon la démocratie… Ces courants, bien sûr, ont toujours été minoritaires. Mais enfin, ils ont existé! Précieuse leçon, n’est-ce pas – politique autant que théologique… »
Je m’avise, en l’écoutant, qu’il parle finalement moins de politique qu’on ne le dit. Il a été un intellectuel engagé. Il a même été, en Grande-Bretagne, l’intellectuel engagé par excellence. Là, depuis quelques années, est-ce qu’il n’est pas en train de se dégager – de se replier sur lui-même, sur la pure littérature ?
Rushdie 4«Ce qui est vrai c’est que j’ai fait, avec la fatwa, une overdose de politique. « Ah, tu aimes la politique ? Eh bien, en voici ! On va te donner ton compte de politique ! » Le résultat c’est un certain écoeurement. J’ai, depuis la fatwa, une nausée de la politique.»
Nouveau grésillement dans l’oreillette du garde du corps. Nouvelle imperceptible fébrilité. Un visage, qui semble plus inquiétant. Un murmure, plus distinct, derrière nous.
« Il y a autre chose, continue Salman qui semble n’avoir, lui, rien vu, rien entendu.
Mon cas est devenu compliqué. Avant, tout allait bien. Je signais la pétition. J’étais un intellectuel parmi d’autres qui mettait son nom au service d’une cause qui le dépassait. Maintenant, j’ai mon bagage. J’arrive dans la pétition avec la fatwa qui me colle à la peau. Et je dois me poser la question de savoir si je ne suis pas devenu encombrant pour la cause que je défends.»
Un rire léger sous un porche. Une femme qui, malgré le froid, est accoudée à la croisée ouverte et le regarde. Est-ce moi qui deviens parano ? Nous approchons du restaurant. Et j’ai le sentiment que les anges gardiens ne sont pas fâchés que la promenade touche à sa fin.
« Un exemple. La mort de Tahar Djaout. On fait un film à la BBC. On me demande de l’introduire. J’écris un texte assez clean qui ne fait pas de cadeau aux islamistes. Eh bien, malgré ça, et à cause de mon nom, l’ambassade d’Algérie proteste auprès du gouvernement britannique. Est-ce que, dans un cas comme celui-là, je rends service à la cause que je prétends défendre, et à la mémoire de Tahar Djaout ? »

Le « B » est un restaurant branché de Londres. Hommes politiques. Comédiens. Jolies femmes. Écrivains. Une sorte de Lipp, mâtiné de club anglais. Hello… Hello… Un signe de tête ici… Une poignée de mains là… Salman a ses habitudes. Il a sa table attitrée, dans un angle. Renfort de police dehors ? Surveillance discrète de la salle ? Et a-t-on, comme dans les polars, envoyé des gens fouiller les cuisines, les lavabos ? Je ne sais pas. Peut-être pas. Il esquive la question.
« Vous pouvez prendre un melon pour commencer. Mais prenez, ensuite, un poisson.
Leurs poissons sont excellents… »
Il n’a pas regardé la carte. Ou à peine. Cette façon d’être chez soi au « B »… Cette façon de s’y tenir donc – et d’y être traité – en habitué… N’est-ce pas un autre indice ? Une autre preuve que l’étau se desserre ?
« C’est là qu’on a fêté, il y a quelques mois, mon anniversaire. Soixante personnes.
Soixante ! Et pas une fuite, dans la presse, avant ! Pas un photographe, à l’entrée, pendant ! »
Bonjour discret, de loin, à une extravagante – cape de dentelle, chapeau orné de tubéreuses bleu pâle.
« C’est un endroit où, dès qu’il y a la moindre vedette, tous les paparazzi de la ville se pointent: or, là, il y avait un monde fou – et on a pu dîner, rigoler, danser la moitié de la nuit sans être embêtés. »
Je pense, et je le lui dis, au temps, pas si lointain, où j’avais le sentiment, dès qu’il apparaissait quelque part, d’une sorte de monstrueux compte à rebours : il entrait dans le radar ; il y avait, quelque part, un invisible radar qui, enfin, le localisait ; et il ne manquait, pour le tuer, que le temps matériel d’arriver jusqu’à lui ; j’imaginais ce temps ; je calculais son autonomie de visibilité ; j’avais, nous avions tous, la vision terrifiée des assassins déjà en route pour l’exécuter…
« Tout ça a changé, grâce à mes amis. Ce sont eux qui, dans un cas comme celui-là, font en sorte que le secret soit gardé… »
Un autre signe, vers une autre table. Non seulement il connaît tout le monde, mais il voit tout, entend tout : curiosité insatiable, intelligence et sensibilité à l’affût – mystère de cet homme traqué, sommé de mobiliser tant d’énergie au service de sa propre survie, et gardant néanmoins ce goût, cet appétit d’autrui…
« Mes amis, depuis neuf ans, ont été si attentifs ! Si gentils ! Qu’aurais-je fait sans eux? Il y a le complot des tueurs. Eh bien, il y a, face à lui, le contre-complot des amis qui gardent mes secrets et m’aident à avoir une vie normale. »
Les hors-d’oeuvres arrivent. Le service, particulièrement rapide ici ? Ou bien traitement  spécial, consigne de la sécurité – ma théorie, toujours, de l’autonomie de visibilité limitée ?
« Imaginons que vous vous trouviez nez à nez avec Khatami… »
Il sursaute.
« Oui, supposons qu’il soit ici, à ma place. Que lui diriez-vous ? »
Rire. Le même rire, canaille, que tout à l’heure, quand il parlait du succès du Dernier Soupir.
«Rien. À un type qui cherche à me tuer, je n’ai rien d’autre à dire que: « stop ! » Un jour, peut-être, le temps du dialogue viendra. Mais, pour l’instant, je n’ai que ce mot à lui dire: « stop ! »»
Et il se remet à manger – taciturne tout à coup, concentré : à Helsinki déjà, j’avais noté cette façon un peu appliquée de manger ; le côté jouisseur de Rushdie ; bon appétit, et bon vivant.
«Vous ne croyez pas, autrement dit, que les choses aient bougé, en Iran, avec les dernières élections ?
- Je crois que le peuple bouge, oui. L’élection de Khatami signifie, dans le peuple, un immense désir de réformes, de changement. »
Il se sert un verre de vin.
«Mais Khatami lui-même… Soyons sérieux! Khatami reste un mollah! Est-ce que vous l’avez vu proposer de lever la fatwa ? Est-ce que vous l’avez vu esquisser le moindre geste dans ma direction ? Le moindre geste ?
Une brusquerie nouvelle dans la voix. Une stridence. C’est le Salman combatif et blessé.
C’est le retour du Salman politique : celui qui pense – et il a raison ! – que son « cas » est, à lui seul, le test de la volonté d’ouverture iranienne.
«Le pire est qu’on aurait les moyens, si on voulait, de faire plier les mollahs ! Savez-vous qu’il y a, en Iran, une institution qui s’appelle le Council of Expediency, dont le rôle est de surveiller ce que fait le gouvernement et dont un des principes est : « n’importe quelle action qui est dans l’intérêt national de l’Iran est légitime même si elle est contraire au Coran. » »
Arrive le second plat. Parler de l’Iran le met, semble-t-il, en colère. Il touche à peine à son assiette.
«C’est Khomeyni  lui-même qui a fait inscrire ça dans la Constitution iranienne. Khomeyni ! Ce qui veut dire qu’il suffirait, pour que l’Iran lève la fatwa, de le convaincre qu’il est de son intérêt national de le faire. Mais les Européens, à commencer par la France, se foutent de tout ça. Que pèse le sort d’un écrivain face aux énormes intérêts, pétroliers et autres, qui sont en jeu ? »
rushdie 2Je lui demande si la position de la France – donc de Jospin – l’a surpris.
«Ça fait longtemps que rien ne me surprend plus. J’ai rencontré Jospin, c’est vrai. Il avait l’air d’un type honnête. Mais bon, Jospin n’est pas Blair. Lui, Blair, a été extraordinaire : me recevoir à Downing Street et accepter, ensuite, le principe d’une conférence de presse commune avec son ministre des Affaires étrangères – voilà de la vraie politique ! Jospin est juste quelqu’un pour qui le sort d’un écrivain menacé de mort ne doit pas interférer avec les filtres de la censure dans l’année qui a précédé vrais grands problèmes du business mondial. Pourquoi ne le dit-il pas, dans ce cas ? Je n’ai qu’un vrai reproche à lui faire : ne pas le dire puisqu’il le pense… »
Chirac, alors? Que sait-il – que pense-t-il – de la position de Jacques Chirac ? Il l’a vu aussi, me dit-il. C’était ce temps bizarre où, dans le parcours du parfait candidat à l’élection présidentielle française, le passage par la case Rushdie était devenu un must et où il les voyait tous, à la queue leu leu. Chirac a été aimable, d’ailleurs. II a pris une initiative, à l’époque, que Mitterrand n’avait jamais prise. Quelle déception, soit dit en passant, Mitterrand ! Quelle tristesse ! Dieu sait s’il l’admirait. II le voyait comme un Grand, un digne successeur de De Gaulle. Or il y a eu mille médiations, mille interventions amicales, et jamais, non, jamais, il n’a consenti à le recevoir. Revoir Chirac, alors ? Bof…
Il est un peu las de tout ça… Les Européens sont absurdes : à l’exception, encore une fois, de Blair, ils ont envie que l’Iran change, alors ils disent « l’Iran a changé ». Ça s’appelle prendre ses désirs pour des réalités.
Le ton, au fil de la conversation, s’est fait morne. Presque amer. J’essaie de lui dire qu’il y a tout de même, en Iran, des signes de dégel culturel. Il me lance un regard consterné – genre « tu crois vraiment à cette sottise ? »
Je lui parle des films qui se tournent en ce moment, à Téhéran.
« Les films, d’accord. Mais les romans ? Savez-vous combien de romans ont passé le filtre de la censure dans l’année qui a précédé les élections ? Zéro. »
Je lui demande s’il a vu, au moins, Le Goût de la cerise.
« Mais non, mon vieux, non. Ces jolis petits films tranquilles, droit sortis de l’enfer, mais esthètes, passent complètement à côté du problème.»
Et comme j’insiste, il a un geste d’impatience – le premier depuis le début.
« C’est tout le problème de la censure. Je veux bien qu’il y ait des cinéastes qui veulent travailler à tout prix et sont prêts, pour cela, à ne pas aborder les sujets interdits. Je dis juste que ce n’est pas les films sur l’Iran que j’ai envie de voir aujourd’hui. »
Il se tait, maintenant. Il a le sentiment, peut-être, d’en avoir trop dit et il se tait. Fin de dîner morose. Le pas bizarrement lourd, presque gauche, pour retraverser la salle vers le vestiaire. L’oeil mi-clos, un peu absent, au moment des adieux sur le trottoir. Je le vois, encadré de ses deux anges gardiens, qui se dirige vers la voiture. II se retourne une dernière fois. Un sourire doux, mais triste. Un petit geste amical, mais bizarrement découragé. Ai-je rêvé? Ou est-ce lui qui, sans le savoir, m’aurait joué, depuis vingt-quatre heures, la comédie de la liberté ?
La voiture démarre. Il s’éclipse. Et nous voilà rentrés, moi dans le rang des vivants intégraux, impudents, réellement libres d’aller, venir, écrire – lui dans cette nuit pâle où je ne sais plus trop, tout compte fait, s’il est invisible ou visible, spectre ou être de chair, toujours reclus ou réellement victorieux. J’essaie d’imaginer, encore, l’état présent de son esprit. Je me demande si sa gaîté n’était pas un piège, une élégance, un défi de plus – et si je n’ai pas un peu vite cru à cette désinvolture retrouvée. Martyr ou homme libre, comment savoir ? Comment prendre la mesure de la solitude de Salman Rushdie ?

Bernard-Henri Lévy. Le Monde, juin 1998.

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Le 23 novembre 1992… http://www.bernard-henri-levy.com/le-23-novembre-1992-7936.html http://www.bernard-henri-levy.com/le-23-novembre-1992-7936.html#comments Tue, 27 Jul 2010 15:56:39 +0000 Liliane Lazar http://www.bernard-henri-levy.com/?p=7936 … le Théatre de l’Atelier créait la pièce de Bernard-Henri Lévy, le Jugement Dernier.

Page jugement dernier 2_0Ce n’est pas l’un des sommets de la carrière de Bernard-Henri Lévy. Mais c’est un de ses moments, et de ses textes, que j’apprécie le plus.
Bernard-Henri Lévy avait écrit cette pièce, le Jugement Dernier, comme une sorte de réponse, sur le mode de la fiction, aux thèses de Francis Fukuyama, qui faisaient alors fureur, sur la Fin de l’Histoire. De là cette fable sur un metteur en scène réalisant le « casting du siècle » et comprenant, in fine, que l’Histoire, loin d’être muséifiée comme il en avait formé l’hypothèse, était en train de repartir de plus belle.
La pièce fut mise en scène par Jean-Louis Martinelli.
Il semble que celui-ci ait complètement exclu Bernard-Henri Lévy des répétitions et de la mise en scène et que celui-ci en ait conçu une certaine tristesse.
La pièce, dont la première représentation fut donnée le 23 novembre 1992, totalise 84 représentations, donc plutôt un succès.
Le rôle principal fut tenu par Pierre Vaneck après que François Périer ait  été sollicité, ait accepté, puis ait décliné parce qu’il avait déjà des problèmes de mémoire.
Il existe d’ailleurs une version audio de la pièce, diffusée sur France Culture, où François Périer reprit le rôle et que je suis en train
d’essayer de retrouver.
La pièce donna lieu à une véritable bataille, féroce ; mais Lévy trouva des défenseurs en la personne d’Arrabal, Eugène Ionesco, Elie Wiesel et Alain Robbe Grillet.
Liliane Lazar.

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Présentation du Jugement dernier par Bernard-Henri Lévy

INTRO DUCTION

INTRO 32-2_0

 

 

 

 

 

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Bernard-Henri Lévy, Octobre 1992,

Lettres aux acteurs (extraits)

 

LETTRES AUX ACTEURS 32_0

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TEXTE MARTINELLI_0

Quel Dieu pour ce Jugement dernier ?

par Jean-Louis Martinelli

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Distribution du Jugement dernier

distriubtion 32_0

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Photothèque suite : Arménie http://www.bernard-henri-levy.com/phototheque-suite-armenie-etc-7883.html http://www.bernard-henri-levy.com/phototheque-suite-armenie-etc-7883.html#comments Mon, 26 Jul 2010 08:49:53 +0000 Liliane Lazar http://www.bernard-henri-levy.com/?p=7883 FRANCE-ARMENIA-DEMOJe continue mes publications de photos, qui vont se classer dans la photothèque. Aujourd’hui, une photo avec le rédacteur en chef du magazine américain Vanity Fair, et son ami Charlie Rose au Grand Journal de Michel Denisot. Plus deux images témoignant de son soutien au peuple arménien.

Liliane Lazar

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Le 18 juin 1992… http://www.bernard-henri-levy.com/le-18-juin-1992-7864.html http://www.bernard-henri-levy.com/le-18-juin-1992-7864.html#comments Fri, 23 Jul 2010 09:28:34 +0000 Liliane Lazar http://www.bernard-henri-levy.com/?p=7864 … Bernard-Henri Lévy est parmi les tout premiers à entrer dans Sarajevo.

bhl bosnieOn peut dire ce qu’on veut de Bernard-Henri Lévy. Mais il y a un mérite qu’on peut difficilement lui enlever : le courage physique et moral. On est en juin 1992. Les Bosniaques, en majorité musulmans, sont bombardés dans Sarajevo et dans le reste de la Bosnie. Sarajevo est soumise à un siège moyenâgeux. On tue les enfants. Presque aucun occidental, à part John Burns du New York Times et quelques journalistes français  (dont je suis moins familière : qu’ils me pardonnent…) n’a pu entrer dans la ville. Il n’y a pas de route. Pas de pont aérien. Pas de communication, absolument aucune, avec l’extérieur. Rien. Et voilà Bernard-Henri Lévy qui, accompagné de Gilles Hertzog, décide de franchir les barrages serbes, de forcer le blocus et d’entrer dans la ville sous les bombes. Le pire est qu’il y parvient ! Traversant la Serbie, la Croatie en feu, puis la Bosnie centrale, il réussit, avec une audace (ou une inconscience…) inouïe, à braver les interdictions et entre, le 18 juin donc, dans cette ville que le monde a abandonnée. Cette épopée est racontée par le menu aux pages 29 à 58 de son « journal de Bosnie » intitulé « Le Lys et la Cendre ». Elle aura un rôle décisif dans le voyage, quelques jours plus tard, au retour de Lévy, du Président François Mitterrand. Et c’est là que naîtra l’amitié de Bernard-Henri Lévy avec le Président bosniaque Izetbegovic. Que ceux qui accusent Bernard-Henri Lévy d’être « contre l’islam », que ceux qui osent prononcer à son propos le mot d’« islamophobie » repensent à cette séquence. Ils étaient abandonnés de tous, les Musulmans d’Europe. Ils étaient condamnés par tous les puissants et même par les élites des pays arabes. Tout le monde ou presque s’était résigné à les voir rayés de la carte de l’Europe. Et il y a eu une poignée de journalistes, quelques humanitaires, pour venir à leur secours. Au premier rang de ceux-ci : le futur auteur de « Bosna ! », Bernard-Henri Lévy. Sait-on qu’aujourd’hui encore, presque vingt ans après, quand les bosniaques entendent « BHL », ils traduisent « Bosnie Herzégovine Libre » ? Sait-on que, quand il fallut ressortir de Sarajevo, la voiture de Lévy fut canardée par des miliciens serbes et que Lévy dut la vie sauve à un adjudant français, l’adjudant Philippe Barbieux, qui, au mépris des ordres qui interdisaient aux casques bleus de faire usage de leurs armes, mit en joue les miliciens et réussit, par miracle, à les intimider et à faire cesser les tirs ? L’engagement de Bernard-Henri Lévy en Bosnie n’a pas encore reçu tous les commentaires qu’il mérite. Je prépare une série de posts et de notices sur le sujet. Mais j’attends aussi les témoignages de tous ceux qui, sur le terrain, pendant ces années d’enfer, ont vu Lévy à l’œuvre. Un Lévy qui, quand l’Europe démissionnait, fut au nombre, au tout petit nombre, de ceux qui sauvèrent l’honneur.
Liliane Lazar.

photo : (c) Alexis Duclos

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Photothèque, suite. http://www.bernard-henri-levy.com/une-nouvelle-serie-de-photos-7825.html http://www.bernard-henri-levy.com/une-nouvelle-serie-de-photos-7825.html#comments Thu, 22 Jul 2010 15:14:05 +0000 Liliane Lazar http://www.bernard-henri-levy.com/?p=7825 POLITICS-SYNAGOGUE-VEILNouvelle série de photos. Une photo avec Ségolène Royal, le 5 octobre 2009, à l’Université populaire de Désirs d’Avenir : Bernard-Henri Lévy vient de « plancher » sur ses rencontres avec Obama et le premier bilan qu’il tire de sa présidence. Une autre, le 17 janvier 2004, en marge du colloque de l’Unesco sur le dialogue des civilisations, face à Dominique de Villepin. Une photo récente sur l’Iran. Un cliché du 24 novembre 2007 jour où, avec Hugues Dewavrin, Christophe Ono-Dit-Biot, Pascal Bruckner et André Glucksmann, il était venu plaider la cause de la Birmanie auprès du nouveau ministre des Affaires Etrangères Bernard Kouchner et de sa Secrétaire d’Etat, Rama Yade. Une image de novembre 2007 avec le même André Glucksmann. La mobilisation du 14 octobre 2007, aux côtés de Philippe Val, Laurent Joffrin, Serge Moatti et Dominique Sopo, contre l’affaire des « tests ADN ». Une manif du 9 octobre 2006, avec André Glucksmann, Catherine Deneuve et Frédéric Beigbeder, pour la Tchétchénie. Et puis une perle : cette image du 7 octobre 1980, quatre jours après l’attentat de la rue Copernic, lors de la manifestation qui réunira plusieurs centaines de milliers de personnes. Et puis encore, le 11 octobre 2006, la manifestation, à Notre-Dame de Paris, pour Anna Politkovskaïa.

Liliane Lazar

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Le 1er septembre 1982… http://www.bernard-henri-levy.com/le-1er-septembre-1982-7772.html http://www.bernard-henri-levy.com/le-1er-septembre-1982-7772.html#comments Wed, 21 Jul 2010 10:43:19 +0000 Liliane Lazar http://www.bernard-henri-levy.com/?p=7772 … Joëlle Habert devenait l’assistante personnelle de Bernard-Henri Lévy.

Joelle habert et BHL (c) Jacques GrafC’est loin 1982 ! Françoise Verny vient d’entrer chez Gallimard et de quitter donc la vénérable maison de la rue des Saints-Pères où elle a fait entrer le jeune Bernard-Henri Lévy. Avec elle, part aussi Roselyne Dussart, l’assistante qu’elle partageait avec Bhl. Celui-ci, après quelques tergiversations et offres gallimardiennes décide de rester fidèle à la Vieille Maison. Vu qu’il y occupe alors des fonctions importantes, et extrêmement mangeuses de temps, il faut donc de toute urgence lui trouver une nouvelle assistante. Et c’est ainsi qu’arrive dans sa vie une toute jeune femme qui travaillait alors au Service de Presse de Grasset, dans l’ombre de celle qui, en ce temps-là, le dirigeait, qui s’appelait Claude Dalla Torre, laquelle venait de succéder à Monique Mayaud (je ferai, un jour, une notice sur chacune d’entre elles car elles ont eu leur rôle, éminent, dans la vie de Bernard-Henri Lévy) – et c’est ainsi qu’elle devient, très vite, et jusqu’aujourd’hui, l’un des personnages absolument-clé de l’existence de Bhl : Joelle Habert.
Car Joëlle Habert est, tout de suite, beaucoup plus qu’une assistante. D’abord, elle tape les manuscrits de Bernard-Henri Lévy à une époque qui n’a pas encore inventé le traitement de texte. Bernard-Henri Lévy lui dicte à distance, par téléphone, nuit comme jour, le moindre de ses articles (je le revois, à New-York, à l’époque de ses cours à New-York University, profiter d’une interclasse pour, à 5 heures du matin heure de Paris, chercher fébrilement un téléphone pour lui dicter, à Paris, ou lui déposer sur une boîte vocale, une correction qu’elle recevra cinq sur cinq). Elle tient ses archives. Elle est sa mémoire. Peut-être sa confidente. Ou, si elle ne l’est pas (car Bernard-Henri Lévy, j’en sais quelque chose, est un homme qui ne se livre guère) c’est à elle que, depuis un temps quasi immémorial, il dicte chaque matin ce fameux Journal « warholien » qui fait fantasmer tant de journalistes. Et c’est elle qui est, surtout, le pivot du dispositif « testamentaire » que Bernard-Henri Lévy raconte à Michel Houellebecq dans « Ennemis Publics » et qui prévoit, en cas d’accident, la destruction immédiate du document. Bernard-Henri Lévy tient à ce journal. Il l’a souvent dit : c’est lui qui servira de base à ses futurs romans. C’est lui qui, s’il les écrit un jour, formera la matière première de ses Mémoires. Et c’est donc elle Joëlle Habert qui en est la romanesque gardienne.
J’ajoute une dernière chose que je suis, là encore, payée pour savoir : elle est, depuis ce temps-là, et aujourd’hui plus que jamais, la gardienne absolue de l’emploi du temps de Bernard-Henri Lévy : combien de rendez-vous ne m’a-t-elle pas arrangés ! combien de passages éclairs à Paris où il fallait absolument que je le voie et où elle accomplissait le miracle de me faire une petite place dans son emploi du temps ! et malheur à qui prétend aller directement à Bernard sans passer par elle – la confiance que Bernard a en elle est telle que le pauvre, ou la pauvre n’aura, du coup, plus aucune chance et n’aura plus de rendez-vous du tout ! Joëlle Habert a parfois, de ce fait, une réputation de cerbère qu’elle ne mérite pas. Car je sais, moi, que c’est la meilleure des personnes. Et je sais ce que ce site lui doit : ne serait-ce qu’à cause de la masse de documents, photos, vidéos anciennes, textes de jeunesse qu’elle a archivés au fil des décennies et dont, Bernard-Henri Lévy ne conservant rien et étant, comme Sartre, si totalement projeté vers le futur qu’il « brûle » inlassablement son passé, elle est l’unique détentrice.
Liliane Lazar.

(c) Jacques Graf

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Le 3 mars 1969… http://www.bernard-henri-levy.com/le-3-mars-1969-7703.html http://www.bernard-henri-levy.com/le-3-mars-1969-7703.html#comments Tue, 20 Jul 2010 13:15:20 +0000 Liliane Lazar http://www.bernard-henri-levy.com/?p=7703 temps modernes…. un jeune Normalien part, sur les traces d’Antonin Artaud, à la rencontre des Tarahumaras puis des révolutionnaires mexicains.

 J’ai retrouvé le fameux numéro des Temps Modernes où Bernard-Henri Lévy a publié son premier texte. C’est un texte sur le Mexique. Il s’appelle « Mexique : nationalisation de l’impérialisme. » Et c’est un des Bernard-Henri Lévy que j’aime qui y apparaît : le Bernard-Henri Lévy voyageur, le Bernard-Henri Lévy reporter, le Bernard-Henri Lévy aventurier. C’est le 3 mars 1969 qu’il a atterri à Mexico. Il est entré à l’Ecole Normale supérieure de la rue d’Ulm depuis plusieurs mois déjà. Mais il s’y ennuie à  périr. Et, bien dans la ligne d’autres Normaliens de sa trempe (Paul Nizan, Régis Debray) il n’a autre idée que de partir, vraiment partir, à une époque (la fin des années soixante donc) où le tourisme de masse n’avait pas encore tué le principe et l’idée du voyage, du vrai voyage, celui qui ne vous laisse quasiment pas d’attaches avec votre point de départ.

Sa première idée est d’aller sur les traces d’Antonin Artaud et de son voyage de 1937 au pays des Tarahumaras. C’est pourquoi, aussitôt arrivé, il se rend, avec Isabelle Doutreluigne, sa première femme,  dans le nord du pays, Etat du Chihuahua, où séjournent les derniers représentants de ces tribus qui fascinèrent tant l’auteur du Théâtre et son double. Il y passe un long mois, dans des villages perdus sur les crêtes hautes de près de 3000 mètres de la Sierra Madre. Il séjourne en particulier, dans la vallée, au cœur du « Barranco del Cobre », ce « Grand Canyon » à la mexicaine, dans une famille du village de Batopilas. Il étudie cette drôle de religion, en principe convertie au catholicisme, mais qui ignore la notion de  mal et de péché. Je ne pense pas qu’il ait subi d’initiation. Encore qu’un témoin m’ait assuré qu’Isabelle Doutreluigne fut, elle, bel et bien initiée. Alors peut-être lui, je ne sais pas, il reste étrangement évasif, ou silencieux, chaque fois que je lui pose la question. Ce qui est sûr, en revanche, c’est qu’il partage la croyance Tarahumara qu’il n’y a peut-être pas de péché mais qu’il y a une faute capitale chez les humains et que cette faute est le défaut de conscience, le peu d’effort pour accroitre son niveau d’intelligence  des choses et de lucidité. Et c’est pourquoi , pendant cette période, il consomme du Peyotl, beaucoup de Peyotl, cette substance « magique » pour transformer en conscience le maximum d’expérience… ! De cette habitude, d’ailleurs, il mettra longtemps à se débarrasser. Et, sous d’autres formes, celle de la marijuana en particulier, elle le tiendra jusqu’au milieu des années 1970.

Après ce premier mois, il remet le cap sur Mexico où il rencontre,  chez Dominique Eluard, la dernière femme d’Eluard, tenant encore salon dans une belle maison des Lomas, tout ce qui demeure de la petite armée surréaliste installée au Mexique trente ans plus tôt. Et c’est là, dans le salon de Dominique Eluard, qu’il se lie d’amitié avec le grand intellectuel de gauche mexicain, spécialiste des cultures indiennes et apôtre de la « démocratie cubaine » et de son « lider maximo », Pablo Gonzalez Casanova. Je ne sais pas ce que le Bernard-Henri Lévy d’aujourd’hui pense de Pablo Gonzalez Casanova, toujours vivant. Ni, d’ailleurs, Pablo Gonzalez Casanova du Bernard-Henri Lévy d’aujourd’hui. Sûrement pas beaucoup de bien car leurs routes ont fortement divergé. Encore que… Quand je revois le film, Le Jour et la Nuit, qu’il a tourné avec Alain Delon, Lauren Bacall et Arielle Dombasle, je ne peux m’empêcher d’y voir la marque de cette première aventure. Mais le fait est que le tout jeune homme et le déjà maître sont, alors, très proches et que le premier se met sous l’aile du second. Et que c’est avec lui qu’il accomplit le second grand et beau geste de ce voyage : piquer vers le sud et se rendre à San Cristobal Las Casas où il va partager, pendant un nouveau mois, d’abord avec Pablo Gonzalez Casanova lui-même, puis seul avec Isabelle Doutreluigne, la vie d’une famille d’indiens Totzils du village de Chamula.

C’est de cela que parle ce premier texte des Temps modernes. C’est de ce voyage dans un Chiapas où le sous commandant Marcos n’a pas encore vu le jour que procède ce tout premier essai. Bernard-Henri Lévy a vingt ans. Mais il est, là aussi, pionnier. Jean-Paul Sartre, du reste, acceptera tout de suite ce texte. Ecrit à son retour en France, pendant l’été 1969, il sera soumis à Sartre en octobre. Lequel Sartre le passera à Jean Pouillon, et Jean Pouillon à André Gorz, tous deux membres du comité de rédaction des Temps modernes. L’article mettra un peu de temps à passer. Mais n’est-ce pas le lot de tous les premiers textes de très jeunes auteurs ? En tout cas, le voici. Premier et initiatique voyage évoqué dans « Réflexions sur la guerre, le Mal et la fin de l’Histoire » (Grasset, 2001), pages 321 à 325, vingt ans plus tard. J’aime, je le répète, ce Lévy aventurier. J’aime ce jeune homme romantique, plein d’illusions et qui a tout de suite, comme aujourd’hui, le souci de mettre ses actes, sa vie, en conformité avec ses idées. Prendre des risques, aller au contact des choses même, partager, si on veut essayer de la penser,  la vie des plus démunis – voilà son credo. A l’époque comme aujourd’hui.
Liliane Lazar.

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MEXIQUE : NATIONALISATION DE L’IMPERIALISME 

Les Temps Modernes  N° 291 – Octobre 1970

TM page 1Stabilité politique, progressisme social et dynamisme  économique, le tout fondé sur une phraséologie révolutionnaire, un  héritage « populiste » soigneusement cultivé et un effort réel pour échapper à l’emprise du capital étranger : le Mexique s’est long­temps présenté à ses voisins comme un modèle de pays  « en voie de développement ». Mais avant même le massacre de Tlatelolco et la répression qui a suivi, il était difficile de ne pas suspecter la « Révolution » d’un pays qui, par vocation géographique, a toujours été au premier rang des préoccupations et de la stratégie conti­nentales des U.S.A.; de ne pas mettre en question ce «nationa­lisme» dont la première puissance impérialiste mondiale semblait s’accommoder; de ne pas s’étonner enfin qu’une « voie du déve­loppement puisse passer aux portes de l’Empire américain et si près de ses intérêts. Pour ceux qui refusaient d’y regarder de plus  près, la fusillade d’octobre 1968 a été la ruine soudaine de la mythologie mexicaine : de ses fondements et de son authenticité.

De cette mythologie, la notion cardinale, clé théorique de toutes les autres, est celle, empruntée sans critique au discours idéolo­gique, de « pays en voie de développement ». Notion dangereuse et parfaitement obscure : dangereuse parce que des « économistes » la manient autant que les hommes du régime et que, se disant hommes de science, ils prétendent lui donner des titres de scienti­ficité ; obscure parce quelle recèle une ambiguïté fondamentale, que son contenu officiel masque un contenu réel et parce que, comme nous le verrons, ses implications objectives contredisent sa signification de surface. C’est cette notion que nous voudrions questionner à partir de « l’exemple mexicain »; c’est à sa démystifi­cation qu’il faut travailler, à partir des données d’une histoire qui se présente elle-même comme exemplaire : l’histoire du Mexique depuis 1910.

tm page 2 bisI – Pénétrer pour commencer le lieu même de l’idéologie : afin de déterminer d’entrée de jeu l’espace de la problématique, de repérer les points d’accrochage sur lesquels se fondera ensuite la déconstruction du concept. La question est simple : que vise-t-on  au juste lorsque, dans le discours officiel, on évoque cette « voie du développement » où le Mexique, de manière exemplaire, semble s’être engagé?

      Ce que l’on vise, c’est d’abord la croissance spectaculaire de l’économie mexicaine croissance des principaux indices caracté­ristiques  du « Développement » » (consommation d’énergie ou d’acier, densité du réseau routier ou ferré, degré d’alphabétisation, espérance de vie à la naissance, etc.); croissance du P.N.B. qui, depuis la guerre, suit un rythme de type « japonais », avec des taux qui ont parfois dépassé 10 % (en 1964) et que l’on tente aujourd’hui, avec peine, de stabiliser autour de 6 %. Croissance qui, d’ailleurs, n’exclut pas la stabilité monétaire puisqu’on n’a pas enregistré depuis un demi-siècle d’inflation catastrophique et que, le cas échéant, les dirigeants mexicains savent mettre en  oeuvre des politiques dites de « stabilisation » qui parviennent assez rapidement à maîtriser la conjoncture (exemple de 1965); «crois­sance dans l’équilibre » donc, au sens défini par les technocrates occidentaux. Cette croissance régulière et incontestable des forces productives semble attester qu’ayant brisé de trop fameux « cerc!es vicieux », le Mexique est, par excellence, un pays « en voie de développement ».

Cette voie du développement, il semble aussi qu’elle passe, dans une certaine mesure, par l’émancipation nationale et la décolo­nisation:

a) La Révolution de 1910, animée d’un nationalisme virulent, a inauguré un mouvement d’expropriation du capital étranger dont on retrouve l’écho jusqu’à nos jours (cf. en 1,967 la nationa­lisation de la Compania Azufrera Panamericana, filiale de la Pan American Sulphur Co) et dont le résultat est le contrôle par l’État d’une bonne partie des « secteurs-clés » de l’économie nationale.

b) Le Mexique a réussi à se doter, en un demi-siècle, d’un  appareil industriel propre; suffisamment puissant et diversifié pour concurrencer sur le marché national les produits importés : une sidérurgie qui couvre la quasi-totalité de la consommation intérieure, une industrie automobile qui parvient à exporter, une industrie chimique qui arrive à des tm page2résultats honorables pour plusieurs produits de base (acide sulfurique, ammoniaque, engrais,  cellulose…); une industrie de biens de consommation, hypertrophiée certes par rapport à l’ensemble, mais diversifiée et compétitive.

c) Surtout, la structure des exportations mexicaines témoigne d’un affranchissement non négligeable vis-à-vis de 1′impérialisme américain :  d’abord parce qu’aucun des produits exportés n’entre pour plus de 10% dans le total des exportations et que, par conséquent, à l’inverse des pays « mono-exportateurs »  (comme par exemple la \Bolivie avec l’étain), la conjoncture est moins sensible aux variations de la demande dans le pays importateur ; ensuite parce que le Mexique parvient à défocaliser la destination de ces exportation, que si les États-Unis restent le foyer dominant, des foyers secondaires (C.E.E., Japon) tendent à restreindre leur monopole, et que par conséquent les responsables mexicains disposent d’une certaine liberté de manoeuvre et d’une marge de décision. De sorte qu’il n’est pas inconcevable qu’ayant déconcentré ses exportations et dépolarisé leur destination, le Mexique soit « sur la voie » d’un développement autonome et autocentré.

Enfin le Mexique a institutionnalisé l’élan révolutionnaire de 1910 (le parti gouvernemental s’appelle Parti révolutionnaire institutionnel); même si cette institutionnalisation est devenu l’alibi du pire immobilisme, elle a longtemps été, et elle reste encore, dans certains cas, facteur de « progrès » et de « développe­ment» ; on peut citer deux cas de ce type : le problème agraire et le problème indigène. Dans le premier cas, les gouvernements P.R.I., se voulant garants de la continuité révolutionnaire, reconduisent périodiquement la vieille réforme agraire : poussés par les circons­tances et la menace démographique, prisonniers de leur propre idéologie, ils réveillent les thèmes agrariens, exproprient quelques propriétaires individuels, agitent le vieux drapeau ejidal et distri­buent des terres à une poignée de jornaleros; et de fait, malgré ses insuffisances et ses défauts, la réforme agraire est une réforme permanente qui n’a pas encore épuisé ses effets; une réforme surtout qui, parce qu’elle démembre la grande propriété de type traditionnel et tente d’éliminer les rapports de production de type pré-capitaliste, va bien  dans le sens du « développement ». De même, face au problème indigène, le gouvernement a élaboré une politique moderniste et prétendument progressiste, visant à intégrer les minorités indiennes à  la nation mexicaine ; une politique d’unification nationale qui s’articule sur des « Centres indi­génistes »  implantés dans les régions à  forte population indigène; on encourage les Indiens, à grand renfort d’anthropologues et de techniciens « civilisés », à construire des routes et à bâtir des écoles; on diffuse la langue espagnole et les pratiques occiden­tales ; et, moyennant un suicide culturel, on mexicanise des gens qui, du Mexique, ne connaissaient ni  le nom, ni l’existence. Cette politique est, elle aussi, au sens traditionnel, une politique de « développement » puisque, désenclavant les périphéries « archaïques », elle tente d’effacer le  fameux TM page 3dualisme caractéris­tique du sous-développement.

On touche là précisément au sens fondamental de la politique mexicaine, à l’unité et à la commune raison de l’ ensemble des processus que nous signalons ; si ces processus méritent d’être inscrits dans le cadre d’une politique de développement c’est qu’ils témoignent tous d’un même effort pour échapper à la désarticulation structurelle des pays sous-développés, pour briser le cloisonnement dualiste entre le  secteur « encore féodal » et le secteur « déjà capitaliste », bref pour développer de part en part l’économie nationale. Ainsi :

a)           prendre ses distances vis-à-vis du capital étranger, c’est prétendre émanciper le pays d’un centre de décision exogène qui, ne « développant » que les secteurs intéressant la Métropole, est l’auteur de la déformation dualiste c’est donc tenter de recentrer le heu de la décision et de remembrer les structures nationales

b)          promouvoir et reconduire sans cesse la réforme agraire, c’est tenter d’atténuer la disparité fondamentale entre le secteur industriel de type capitaliste et le secteur agricole de type pré capitaliste; liquider les restes de la grande propriété latifundiaire et tenter d’éliminer les rapports féodaux de production, c’est donc, ici aussi, harmoniser le développement des secteurs par diffusion du capitalisme;

c)           mener une politique indigène c’est chercher à intégrer les périphéries « archaïques » au processus de développement; c’est mettre en circuit » les marges laissées pour compte (les marges « hors du développement » plutôt que sous-développées ») et chercher  par conséquent à rééquilibrer les inégalités de développement.

 Au total c’est  bien d’une politique de « développement » qu’il s’agit ici ; si l’on entend par  « sous-développement » un état de dépendance externe et de déformation interne de l’économie nationale, le Mexique est  effectivement  un pays en « voie de déve­loppement ». Le capitalisme parti de la métropole a bel et bien gagné la « colonie » ; et de la colonie il TM page 4tend à gagner les périphé­ries ; même  si ces processus sont à peine engagés la tendance est parfaitement nette et on a le droit de dire, avec les idéologues officiels que le capitalisme « fait tache d’huile » et que du même coup, le Mexique tend à « sortir du sous-développement ».

      II – Malheureusement pour les idéologues, cela ne signifie nullement que s’engager sur la voie c’est être assuré de la parcourir intégralement que la « voie du développement» mène immanqua­blement à l’élimination du sous-développement ;  et que l’intégra­t1on nationale (au double sens d’émancipation et d’unification) annonce déjà la convergence à terme de la métropole et de sa dépendance. De fait s’il est légitime de prendre acte du desserre­ment du lien colonial et du recentrement des structures nationales, il faut le faire avec beaucoup de prudence, en tentant d’approfondir les modalités du processus, en en cherchant l’implication ou la contrepartie,  en s’interrogeant peut-être sur les limites et les contradictions de cette voie capitaliste de développement. Pour éviter les simplifications théoriques et les erreurs politiques,  il est indispensable de poursuivre l’analyse au-delà du point où voudrait la bloquer la propagande officielle, afin de poser la question essentielle: celle de la nature de la logique de la «tache d’huile », celle du prix à payer pour l’émancipation et l’intégration nationale; il s’agit de savoir ce que signifie et ce qu’implique, pour la structure du pays la fin du dualisme et la voie du déve­loppement ; et plus précisément ce qui, du capitalisme, s’étend en tache d’huile quand un pays comme le Mexique tente de venir a bout par le développement de l’exploitation étrangère et de la formation dualiste.

 Nous essaierons de le suggérer : la tache d’huile du capitalisme n’est autre que le report, à l’intérieur du pays semi-émancipé, d’une des relations du système, la plus fondamentale sans doute :  la relation d’exploitation ; si cette relation tend à se relâcher en sa forme coloniale, c’est pour mieux se reporter, par translation, à l’intérieur même de l’économie nationale si elle semble perdre au niveau international, un peu de son acuité et de sa rigueur, elle se  reproduit à l’échelle locale en une exploitation de type particulier que nous baptiserons avec le sociologue mexicain Pablo Gonzalez Casanova, « colonialisme interne ». Ainsi l’impérialisme est une TM page 5relation qui se transfère; le système capitaliste pratique une  décentralisation de la relation d’exploitation, il renvoie au niveau régional le rapport colonial. De ce fait, en dépit  des mythologies sur la fin de la lutte des classes et la décolonisation, le système engendre nécessairement, par un biais ou par un autre, l’exploitation et la misère; et si, sur la voie du développe­ment, s’estompent les structures classiques du sous-développement (à savoir la juxtaposition, introduite par l’impérialisme étranger, d’un secteur capitaliste et d’un secteur féodal…), c’est au prix d’une autre forme de sous-développement, d’un autre type de  dualisme et de désarticulation.

 Cette relation coloniale interne, on la rencontre dans les zones à forte population indigène; dans ces zones précisément que l’on désignait plus haut comme points d’application de la politique – indigéniste (et il faudra d’ailleurs rendre compte de cette coïncidence). En ces lieux, « métis » et «indiens »,  mis en rapport autrefois  par la violence de la conquête coloniale, ont eu tendance d’abord, en un premier temps, à s’isoler les uns des autres, à se constituer en communautés étrangères (les uns vivant dans leur rapport à la métropole outre-mer, les autres dans le cadre fermé d’une économie de subsistance), puis, en un second temps, à une date plus récente; à renouer et à entrer en relations, dans le cadre nouveau de l’effort de développement, du mouvement d’émancipation nationale et du désenclavement des périphéries; une relation inédite s’est établie  entre eux ; une relation dont la spécificité tient à son caractère capitaliste et colonial : capitaliste parce qu’elle est née avec la diffusion de l’aire capitaliste, et coloniale en ce qu’elle mime très exactement, à l’intérieur des frontières mexicaines, le type de relations que le Mexique tout entier a pu nouer, ou noue encore, avec l’Espagne ou les États-Unis. Nous avons choisi comme champ d’observation et exemple privilégié la région de San Cristobal las Casas, métropole et pointe de « civilisation », avant-poste mexicain en terre indienne, au coeur du Chiapas; on peut y  repérer un ensemble de relations qui lient San Cristobal et  sa population aux villages indiens de l’arrière-pays et qui font des seconds, à tous les sens du terme, des dépendances coloniales de la première.     

 TM page 6      Au sens économique d’abord, la fonction de San Cristobal est  de centraliser, pour la commercialiser, la production agricole des villages indiens; son marché est le point de rencontre des paysans « Tzotzils »  qui, régulièrement viennent échanger leurs produits contre un peu de numéraire : il est le débouché du terroir environ­nant. Inversement, San Cristobal est le point de départ, vers les noyaux indiens, des produits manufacturés, des engrais ou semences, des crédits d’exploitation. De sorte que le métis de San Cristobal, vivant de cette position d’intermédiaire comme l’indien de sa situation de cultivateur, répugnant à travailler la terre ou à pratiquer un métier artisanal, se considère lui-même comme agent d’un Comptoir colonial. Si cette relation mérite d’être appelée « coloniale », c’est qu’elle reproduit de manière frappante deux aspects essentiels du rapport impérialiste :

- d’abord parce que les villages indigènes qui gravitent autour du comptoir métis sont, dans leur majorité, mono-producteurs; que les paysans « exportateurs » sont à la merci des variations d’une demande, du bon vouloir des « ladinos » et de l’état de la conjoncture;

- ensuite parce que la position de San Cristobal est une position : de monopole; parce que ce comptoir qui fonctionne comme métro­pole fonctionne sous un régime d’exclusivité; parce que l’aménagement routier, quand il existe, converge tout entier vers son marché et que, par conséquent, les noyaux indiens sont coupés de tout centre de substitution. En d’autres termes, San Cristobal est le foyer unique d’une mono-production ; polarisant le « développement » de la région, il détermine les termes de l’échange, le volume des transactions, la distribution de ses revenus, et ses structures économiques. C’est en ce sens déjà que l’on peut parler de « colonialisme interne » .

Ce colonialisme, encore faut-il en définir la spécificité. On est tenté de le confondre avec une exploitation de la campagne par la  ville, ou avec une lutte de classes de type traditionnel; il ren­verrait  à un simple « déséquilibre de développement » tel qu’il en existe dans les pays occidentaux, ou à un conflit de classes tel qu’il en apparaît dans tout processus capitaliste de développement; dans les deux cas, on pourrait prévoir une évolution parallèle à l’évolution du même problème dans les pays occidentaux. En réalité, si cette exploitation est de type colonial,  c’est qu’elle possède des traits caractéristiques qui déterminent la singularité de son fonctionnement ; que, même si elle recouvre un déséquilibre ville/campagne ou une lute de classes pure et simple (et c’est  parfois le cas), on ne saurait l’y réduire absolument. Pour mieux comprendre cette singularité de l’exploitation coloniale interne il faut en venir à ses aspects plus proprement humains : disons, sociaux ou culturels.

tm page 8L’observation la plus immédiate suggère, dès que l’on entre dans San Cristobal, que l’on n’a pas affaire à un schéma classique d’exploitation, mais à une relation plus complexe et plus inat­tendue. Ce qui frappe au premier abord c’est la différence d’aspect et de physionomie entre le métis et l’Indien, et la nature des rapports personnels qu’ils entretiennent. L’Indien, c’est ce pauvre bougre, vêtu d’une robe de grosse laine beige et d’un chapeau à larges bords, que l’on voit raser les murs d’un air craintif et hébété, qui paraît accablé par le poids du fardeau qu’il porte sur les épaules, que le métis insulte et brutalise quand il le trouve en travers de sa route et qui, dans ce monde de lad.inos qui l’humi­lient, fait figure d’exilé. Le métis, vêtu à l’européenne et parlant espagnol, parait beaucoup plus prospère, content de son sort et de sa mine, méprisant à l’égard de la « race » inférieure. Il vous explique en toute bonne foi que l’Indito (car l’Indien n’est jamais, à l’entendre, qu’un « petit Indien) est un « animal » humain, qu’il ne « raisonne » ni ne « démontre », tandis que lui, métis, est « gente de razon »; s’il brutalise l’indien c’est pour se faire entendre de lui, et s’il l’enivre c’est pour lui dégourdir l’esprit. Lorsqu’un Indien s’adresse à un métis c’est avec la plus grande déférence, d’une voix grêle et plus aiguë que de coutume, sans oser le regarder en face, reconnaissant semble-t-il la supériorité innée du noble ladino. Au total, la société de San Cristobal vit sous la loi de la Ségrégation et du mépris du colonisé.

L’existence de ces «comportements coloniaux » atteste que l’on est en présence d’un rapport d’exploitation spécifique, englobant l’exploitation économique proprement dite, et irréductible à une exploitation régionale ou à une exploitation de classe:

a) Irréductible à une exploitation régionale parce que la singu­larité du noyau indien n’est pas seulement celle du costume ou du « métier» exercé, mais surtout celle de la langue, de la religion, de la culture et des traditions; parce que le rapport de San Cris­tobal aux villages environnants est la confrontation de deux types de populations, de deux types de civilisations radicalement distincts ; et que cette confrontation aboutit à l’exploitation d’une société par une autre société, d’un groupe parfaitement structuré par un autre groupe tout aussi structuré: bref à une colonisation;

TM page 9b) Irréductible à une exploitation de classe parce qu’à l’intérieur de chacun des deux groupes fonctionne une véritable lutte de classes; que dans San 0Cristobal comme dans Chamula ou San Andres (villages « colonisés») on peut repérer une certaine division du travail, une hiérarchie sociale et une échelle des revenus, une appropriation par quelques-uns des moyens de production; et que, par conséquent, l’exploitation du groupe indien par le groupe métis, loin d’être l’effet d’un conflit de classes, est l’exploitation intégrale d’un peuple déjà organisé et constitué en classes par un autre peuple également organisé et constitué en classes : ici aussi, à l’image du modèle externe, une colonisation.

A ce point de l’analyse, on peut revenir sur la « politique indigé­niste », en réfléchir les buts et les méthodes à la lumière de nos conclusions, et en saisir cette fois la véritable portée.

a)            La mexicanisation des noyaux périphériques, objectif officiel des responsables indigénistes, ressemble à s’y méprendre à la vieille politique de pénétration coloniale : l’intérêt de la nouvelle route c’est qu’elle permet un acheminement plus rapide des produits coloniaux vers le marché métropolitain, un drainage plus efficace de la richesse produite; l’intérêt des nouvelles tech­niques, c’est qu’elles permettent une amélioration des rendements et une détérioration des termes de l’échange au détriment des noyaux indigènes. La mexicanisation est la forme déguisée d’une exploitation.

b)        On prétend parfois que cette mexicanisation a pour effet d’atténuer les disparités régionales et d’effacer les déséquilibres sociaux. C’est peu sérieux : d’abord parce qu’on n’a jamais observé, après la pénétration et le démembrement des structures tradi­tionnelles d’intégration effective des minorités indiennes qui restent méprisées, séparées et exploitées; qu’ensuite, dans le meilleur des cas, quand un ejido mixte se constitue, c’est aux indigènes que l’on attribue le lopin le moins fertile et les conditions de travail les plus ingrates; et qu’enfin, s’il arrive qu’à la limite un Indien parvienne à s’émanciper, c’est qu’il se « métisse » du même coup et se désolidarise de son groupe d’origine. Le groupe en tant que communauté n’est jamais qu’une communauté de colonisés.

tm page 10c)            On comprend maintenant pourquoi la politique indigéniste se fonde obstinément sur l’idéologie anthropologique, s’acharne à ignorer le problème économique et politique que pose l’existence des minorités marginales, et feint de croire qu’avec des routes et des écoles les Indiens sortiront du ghetto de la misère. C’est qu’au fond les responsables indigénistes, consciemment ou non, sont chargés d’ouvrir le ghetto (de briser le dualisme…), mais tout juste assez pour qu’y pénètre le bout de la chaîne de l’exploi­tation ; de briser un dualisme interne en désenclavant des noyaux isolés, mais dans le but de les coloniser et de désarticuler davan­tage l’économie nationale.

Au total, l’histoire de la Révolution mexicaine, c’est-à-dire de ce mouvement d’intégration et de développement inauguré en 1910 et poursuivi jusqu’à nos jours, apparaît comme l’histoire d’une contradiction entre le développement des forces productives et l’intégration nationale d’une part, l’apparition d’une nouvelle « déformation » et d’un nouveau colonialisme d’autre part; ou encore, comme l’histoire de la substitution, à un vieux dualisme féodo-capitaliste qui tend effectivement à disparaître, d’un dualisme nouveau, capitaliste de part en part, qui naît de la mort du premier.

Aussi faut-il essayer, pour conclure l’analyse :

1°/ de  montrer que cette contradiction bloquera sans doute l’évolution du système.

2°/ de saisir le sens de cette substitution en formulant quelques remarques théoriques de portée plus générale qui, tirant la leçon de l’expérience mexicaine, pourraient contribuer à redéfinir la nature exacte de cette fameuse voie du développement.

En maintenant une structure sociale hétérogène, en paupé­risant les masses indiennes, le colonialisme interne:

 a)         limite l’étendue du marché, entrave l’expansion des industries nationales, et par conséquent l’essor des forces productives;

b)         freine l’unification réelle du pays et la cohésion nationale, entretient des antagonismes au sein de la population, diminue donc le poids du Mexique face aux puissances étrangères, limite son pouvoir de négociation ou de décision et tend finalement à paralyser le mouvement d’émancipation nationale et de décolonisation. Le colonialisme interne, contrepartie du développement, bloque le développement lui-même.

 tm page 11On pourrait objecter toutefois que ce colonialisme interne est appelé à disparaître, comme son homologue à l’intérieur des métropoles occidentales ; et que, ces nouveaux déséquilibres étant le fruit de la croissance brutale de l’économie mexicaine, le capi­talisme ne saurait tarder, en sa seconde phase, à les harmoniser.

           C’ est improbable pour deux raisons:

a)      parce que le colonialisme interne semble bien être l’ultime et inévitable relation d’exploitation de la chaîne capitaliste; et le noyau indien, le dernier de ces pôles de misère dont se nour­rissent, au haut de la chaîne, les pôles de prospérité : bref, l’irréductible du, système;

b)      parce que, surtout, maintenir cette relation coloniale interne st vraisemblablement une nécessité pour les dirigeants mexicains. Dans un pays qui connaît le taux d’accroissement de population le plus explosif du continent et qui voit grossir sans cesse la masse des paysans sans terre et des chômeurs, le colonialisme interne est le moyen d’opposer entre elles deux fractions du prolétariat national, de substituer aux luttes de classe des luttes raciales, de désamorcer ainsi une révolution menaçante.

C’est pourquoi le cycle de la « Révolution mexicaine » est sans doute en train de se paralyser.

Cette « voie du développement » paraît décidément bien ambiguë puisque, intégrant l’économie nationale, elle tend à bloquer le mécanisme de cette intégration; d’où les caractères contradictoires et surprenants de son tracé. Mettre un pays sur la « voie du développement », c’est:

a)         prolonger une chaîne qui, partie des métropoles occidentales, avait épargné jusque-là les périphéries du « tiers monde » ; natio­naliser la relation coloniale; diffuser donc au niveau local le mal  que l’on prétend guérir au niveau national.

b)         créer à l’intérieur du pays de graves déséquilibres puisque d’une extrémité à l’autre cette chaîne d’exploitation inverse ses effets; et donc, engendrer la misère au lieu d’effacer les disparités.

c)         engendrer, à la limite, le sous-développement puisqu’on intègre, en les paupérisant, des périphéries qui, jusque-là, restaient, par définition, hors du développement, en marge du chemin. Entrer dans la « voie du développement » c’est donc, en un sens, entrer dans le sous-développement.

d)         ouvrir, enfin, une piste qui, parce qu’elle est « bloquée », parce que ce blocage fait partie de sa structure, risque bien au total de n’être qu’une fausse piste : une piste dont l’issue ne peut être que la violence.

 Bernard-Henri Lévy

 Les Temps Modernes  N° 291 – Octobre 1970

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Pendant l’été, la photothèque s’enrichit http://www.bernard-henri-levy.com/pendant-lete-la-phototheque-senrichit-7675.html http://www.bernard-henri-levy.com/pendant-lete-la-phototheque-senrichit-7675.html#comments Mon, 19 Jul 2010 16:35:44 +0000 Liliane Lazar http://www.bernard-henri-levy.com/?p=7675 MARCHE SURVIE AU CAMBODGEJ’ai décidé, pendant l’été, de reprendre en main, restructurer et enrichir notre photothèque. J’ai profité d’un voyage à Paris pour aller, avec l’un de mes anciens étudiants, à l’AFP où nous avons trouvé des trésors. L’AFP, pour ceux qui, aux USA, l’ignoreraient, est LA grande agence de presse française et même mondiale d’origine française. A travers son double « fil », en langues française et anglaise, c’est l’une des « voix de la France » au même titre que TV5, RFI, France 24 ou les grands Instituts culturels français. C’est même plus que tout cela réuni étant donné l’écho mondial qu’ont ses informations, ses analyses, ses « features » et ses photos. Combien de fois ne voyons-nous pas, dans les grands quotidiens US, une information sourcée AFP ! Combien de fois, jusques et y compris sur les news specifiquement américaines, ne voyons-nous pas l’AFP donner le ton ! Pour l’heure, ce qui m’a intéressé c’est l’incroyable richesse de la base de données AFP sur Bernard-Henri Lévy. L’AFP a suivi Bernard-Henri Lévy, pas à pas, depuis 30 ans. L’AFP et son service photos n’ont manqué aucun des épisodes , même mineurs, de la saga BHL. Et il est d’ailleurs assez beau de voir avec quelle constance une grande agence de presse internationale a suivi les faits et gestes d’un écrivain français. Quel serait l’équivalent US ? Que nous disent les archives de l’Associated Press, par exemple, sur Norman Mailer, Truman Capote ou Philip Roth ? Infiniment moins que l’AFP sur BHL. Et il y a là une vraie exception française. Bref, je commence aujourd’hui ces nouvelles mises en ligne. On y trouvera une photo de Bernard-Henri Lévy, 14 janvier 1980, pour le lancement de la Marche pour la survie au Cambodge. Une autre de 1983 avec le Premier Ministre israélien Itzhak Shamir. Trois clichés du 24 février 2002 où on le voit, à Bazarak, dans la vallée du Panchir, se recueillir sur la tombe du Commandant Massoud.
Une autre avec Chirac. Et un portrait de l’été 1976. Il rentre de son périple mexicain, qui sera le sujet de son premier article, publié par Jean-Paul Sartre dans les Temps Modernes. Article que j’ai retrouvé, à l’aide de Joëlle Habert et que je publierai cette semaine.

Beaucoup d’autres photos viendront cet été encore enrichir cette photothèque. A suivre.
Liliane Lazar

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Le 18 mai 2003… http://www.bernard-henri-levy.com/le-18-mai-2003-7585.html http://www.bernard-henri-levy.com/le-18-mai-2003-7585.html#comments Fri, 16 Jul 2010 17:28:04 +0000 Liliane Lazar http://www.bernard-henri-levy.com/?p=7585 BENNY LEVY…Benny Lévy rendait hommage à Bernard-Henri Lévy.
Ai-je besoin de dire la place qu’a occupée, dans la vie de Bernard-Henri Lévy, son ami Benny Lévy? Ne serait-ce que dans son dernier livre, Pièces d’identité , il y a au moins cinq textes qui lui rendent un hommage passionné et vibrant. Et l’on sait comment Le Siècle de Sartre se terminait sur une analyse de la relation de Sartre et de Benny Lévy qui, allant contre l’opinion dominante, rendait à ce dernier un hommage magnifique. Eh bien cela ne donne que plus de prix, à mes yeux, à la petite video que voici. La scène se passe à Jérusalem. Bernard-Henri Lévy a été invité à parler de Daniel Pearl. Le grand historien Robert Wistrich, patron du Vidal Sassoon Center, préside la séance. Et voici que Benny Lévy, peu de temps donc avant sa mort, se lève, monte à la tribune et nous dit ce qu’il pense de son glorieux cadet et comment il le voit. Regardez.
Liliane Lazar.

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Bernard-Henri Lévy en colère contre les dix mois perdus dans la vie de Roman Polanski http://www.bernard-henri-levy.com/bernard-henri-levy-en-colere-contre-les-dix-mois-perdus-dans-la-vie-de-roman-polanski-7435.html http://www.bernard-henri-levy.com/bernard-henri-levy-en-colere-contre-les-dix-mois-perdus-dans-la-vie-de-roman-polanski-7435.html#comments Tue, 13 Jul 2010 16:47:33 +0000 Liliane Lazar http://www.bernard-henri-levy.com/?p=7435 BHL EUROPE 1 Ceci est, sans doute, la dernière intervention de Bernard-Henri Lévy sur l’affaire Polanski. Au micro d’Europe 1, ce mardi 13 juillet, il dit sa joie de savoir Polanski libre. Mais aussi sa colère face à ces dix mois de folie qui viennent de trouver leur épilogue. Et puis il s’interroge aussi sur le mystère d’une affaire dont chacun a toujours connu les tenants et aboutissants mais où peu, très peu, ont osé s’engager. Pourquoi cette frilosité ? Cette peur ? Pourquoi tant de cinéastes, collègues de Roman Polanski, qui se sont prudemment mis aux abris. Bhl ne répond pas. Mais il pose la question. Une émission de joie et de fureur. Le Bhl que j’aime : libre. Un Bhl qui, avec d’autres écrivains (Milan Kundera, Yann Moix, Alain Finkielkraut) a contribué à sauver l’honneur.
Liliane Lazar

Vidéo de CE MATIN. Interview par Aymeric Caron.

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Libération de Roman Polanski suite http://www.bernard-henri-levy.com/liberation-de-roman-polanski-suite-7385.html http://www.bernard-henri-levy.com/liberation-de-roman-polanski-suite-7385.html#comments Mon, 12 Jul 2010 16:43:43 +0000 Liliane Lazar http://www.bernard-henri-levy.com/?p=7385 bhl4POLANSKI 2Je viens de publier, ici, la première réaction de Bernard-Henri Lévy qu’il a adressée, et réservée, à tous «les internautes fidèles » de la Règle du Jeu, mais aussi de ce site – qui fut, comme la RDJ, le relais du combat qu’il a mené depuis le premier jour afin que Roman Polanski retrouve sa liberté et son droit.
Française vivant aux Etats-Unis, fidèle de BHL mais aussi beauvoirienne militante, je me réjouis de cette libération. Et je salue aussi le courage, l’opiniâtreté (parfois, ou souvent, incompris) avec lesquels Bernard-Henri Lévy s’est battu pour que Roman Polanski soit aujourd’hui un homme libre.
Fidèle à son tempérament, BHL n’a pas baissé les bras. « Victoire de la raison, dit-il. Victoire de l’esprit de résistance, de la ténacité. » Est-ce de Polanski seulement qu’il parle? Ou aussi de lui.
Voici, en tout cas, des liens vers quelques unes des reactions de notre ami Bernard-Henri Lévy, dans les grands media :
France Info cliquez ici
RTL cliquez ici
Europe 1 cliquez ici
France 3 cliquez ici
Liliane Lazar

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La réaction de Bernard-Henri Lévy à la libération de Roman Polanski http://www.bernard-henri-levy.com/la-reaction-de-bernard-henri-levy-a-la-liberation-de-roman-polanski-7377.html http://www.bernard-henri-levy.com/la-reaction-de-bernard-henri-levy-a-la-liberation-de-roman-polanski-7377.html#comments Mon, 12 Jul 2010 15:16:35 +0000 Liliane Lazar http://www.bernard-henri-levy.com/?p=7377 POLANSKI 2bhl4Soulagement. Bonheur. La justice suisse a retrouvé le chemin du bon sens. Le droit l’a emporté. Pas le passe-droit, le droit. Pas la justice abstraite, supérieure, transcendante, etc., mais le droit tout simple auquel Roman Polanski, comme tous les justiciables, avait tout simplement droit. Pour nous, à la Règle du Jeu, c’est essentiel. De même qu’il est essentiel que le grand argument mis en avant par la ministre suisse pour refuser de céder aux injonctions de l’Opinion, c’est-à-dire de la Justice américaine, soit celui de cette fameuse déposition du procureur de l’époque, Roger Gunson, faite en février dernier, et dont Roman Polanski a révélé lui-même, ici, dans nos colonnes, et l’importance, et le fait inexplicable qu’on prétendait la tenir sous scellés. Gunson, dans cette déposition, attestait qu’un accord avait bien été conclu, il y a trente ans, entre les parties. Il attestait que Polanski, au terme de cet accord, avait été condamné à une peine de prison qu’il avait effectivement accomplie. Et il concluait donc que Polanski avait payé sa dette et se trouvait donc quitte vis a vis de la Société. C’est cet argument qui l’a emporté. C’est aussi la capacité de résistance d’un homme – Polanski – qui n’a jamais ni flanché ni douté ni cédé. Et cette victoire est aussi celle des dizaines, des centaines de milliers de citoyens qui ont fini par comprendre que la Justice, dans cette affaire, marchait sur la tête et que cela n’était pas tolérable.
Nous les connaissons, à la RDJ, ces citoyennes et ces citoyens. Ce sont eux, ce sont tous les internautes fidèles à la Revue, qui ont écouté les arguments de Roman Polanski et les ont répercutés sur la Toile. A tous, merci. Et, à Roman, bienvenue dans le monde des vrais vivants qu’il n’aurait jamais dû, ne serait-ce qu’une seconde, quitter.
Bernard-Henri Lévy

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(English) An international appeal to save Sakineh Mohammadi Ashtiani, by Bernard-Henri Lévy – Huffington Post 11/07/2010 http://www.bernard-henri-levy.com/english-an-international-appeal-to-save-sakineh-mohammadi-ashtiani-by-bernard-henri-levy-huffington-post-11072010-7347.html http://www.bernard-henri-levy.com/english-an-international-appeal-to-save-sakineh-mohammadi-ashtiani-by-bernard-henri-levy-huffington-post-11072010-7347.html#comments Mon, 12 Jul 2010 08:46:53 +0000 Liliane Lazar http://www.bernard-henri-levy.com/?p=7347 logo huffingtonSakineh Mohammadi Ashtiani will not be stoned. Faced with international pressure, the Iranian authorities have announced that they will not carry out the sentence handed down by the judges.

But wait : Sakineh Mohammadi Ashtiani is not out of the woods. She still faces the possibility of what is referred to primly in Iran as a substitute punishment. For example, she may be hanged.

What crime did Sakineh Mohammadi Ashtiani commit ? What unthinkable crime caused this 43-year-old mother, four years ago, to receive ninety-nine lashes and later to be sentenced to be buried alive up to the neck while a gang of men pelted her head with rocks until she died ? I repeat, what is the crime that, today, after Iran’s embassy in London has announced the exceptional commutation of the sentence of stoning, obliges Sakineh Mohammadi Ashtiani to wait on death row in Tabriz prison while the authorities settle on another sentence, one equally horrifying if seemingly less brutal?

Her crime, her only crime — a crime that she denies having committed and that three of the five judges who have ruled on her case strongly doubt she committed — that crime, for which, as I write, she may be savagely executed, was to have had extramarital relations with a man … several years after the death of her husband!

The accusation would be merely grotesque if its consequences were not so abominable.

It might be allowed to pass quietly into the lengthy record of the feckless and foolish acts of totalitarian states were it not for the fact that at least six persons (five men and one woman) have been stoned since 2002, despite a supposed moratorium on that form of punishment.

I would add that this moratorium, one that does not actually prevent stonings from taking place, is deemed null and void by various religious, political, and judicial authorities in Iran. Keep in mind that Ali Reza Jamshidi, spokesman for the Ministry of Justice, declared in January 2009 that the concept of moratorium had no meaning under Iranian law. Remember, too, that the Revolutionary Guards are fighting tooth and nail to keep image-conscious pragmatists from purging stoning from the new penal code. (Yes, stoning is still in the code.)

For all of these reasons the case of Sakineh Mohammadi Ashtiani is vitally important.

For all of these reasons we must join the wave of opinion that has gathered force in Canada (through the site www.freesakineh.org launched by Heather Reisman, Marie-Josée Kravis, and others), in the United Kingdom (with the appeal that appeared on the front page of the Times of London on July 9, and that I signed), in the United States (thanks to my friend Arianna Huffington and others), and now in Brazil (thanks to the efforts of Luis Schwarcz, head of the Companhia das Letras publishing house).

And it is for all of these reasons that, in Europe, I am urging the friends who have fought alongside me for so many years to join the movement. I am appealing to the readers of my review, La Règle du Jeu and to the men and women of good will who read my weekly columns in the Corriere della Sera, El Pais, the Frankfurter Algemeine Zeitung or, of course, The Huffington Post. I ask these readers–I ask you–to contact the Iranian authorities responsible for Sakineh Mohammadi Ashtiani’s case and to request that they rule out execution of the accused by any means, clarify the legal status of the accused and inform her lawyer of that status, and rethink their opposition to removing from the penal code a punishment–stoning–that is a shame for Persian culture, a punishment that enlightened Muslims everywhere know to belong to an age long, long past.

Your appeal should be addressed to Ayatollah Sayed Ali Khamenei, supreme leader of the Islamic Republic of Iran, whose e-mail address has been made public by Amnesty International: info_leader@leader.ir. Or you may send a letter through the supreme leader’s website.

Letters should also be sent to Iran’s minister of justice, Ayatollah Sadegh Ardeshir-Larijani, at the following address, as provided by Amnesty International: Office of the Head of the Judiciary, Pasteur St., Vali Asr Ave., south of Serah-e Jomhouri, Tehran 1316814737, Islamic Republic of Iran.

Copies may be sent to the head of Iran’s High Council for Human Rights, Mohammad Javad Larijani, at the same address.

These officials must be inundated with communications.

They must be made aware that the world’s eyes are fixed on Iran and on the fate of Sakineh Mohammadi Ashtiani and the eleven other individuals (eight women and three men) who wait on death row to know whether they will be stoned.

Iran’s officials must be reminded that a great country, one heir to a great culture, cannot cling to punitive practices of such flagrant barbarism, practices that so clearly contravene the international human rights conventions to which Iran is a signatory.

Act quickly, friends, I implore you. We do not have a minute to lose if we wish to save Sakineh Mohammadi Ashtiani and her eleven companions in adversity.

Bernard-Henri Lévy

translation Janet Lizop

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Appel international: il faut sauver Sakineh Mohammadi Ashtiani http://www.bernard-henri-levy.com/appel-international-il-faut-sauver-sakineh-mohammadi-ashtiani-7335.html http://www.bernard-henri-levy.com/appel-international-il-faut-sauver-sakineh-mohammadi-ashtiani-7335.html#comments Sat, 10 Jul 2010 20:41:31 +0000 Liliane Lazar http://www.bernard-henri-levy.com/?p=7335 lapidation

Sakineh Mohammadi Ashtiani ne sera pas lapidée. Les autorités iraniennes, face à la mobilisation internationale, ont annoncé qu’elles n’exécuteraient pas la sentence prononcée par les juges…
Mais attention ! Sakineh Mohammadi Ashtiani n’est pas tirée d’affaire pour autant et risque ce que l’on appelle pudiquement, en Iran, une peine de substitution – à savoir, par exemple, la mort par pendaison.
Or quel est le crime de Sakineh Mohammadi Ashtiani ? Quelle est l’imprescriptible faute qui a valu à cette mère de famille de 43 ans de recevoir, il y a quatre ans, 99 coups de fouet et d’être condamnée, après cela, à être enterrée vive, jusqu’au cou, et à voir une horde de mâles lui fracasser la tête à coups de pierres jusqu’à ce que mort s’ensuive ? Oui, quel est le crime qui, aujourd’hui encore, et alors que, je le répète, l’ambassade d’Iran à Londres vient d’annoncer que l’ordre de lapidation a été in extremis annulé, l’oblige à attendre, dans le couloir de la mort de la prison de Tabriz, l’annonce d’un châtiment qui, même s’il est apparemment moins barbare, sera aussi atroce ? Son crime, son seul crime, un crime que, par parenthèse, elle nie avoir commis et dont, autre parenthèse, trois des cinq juges ayant eu à se prononcer sur son cas doutent fortement qu’elle l’ait commis, ce crime, donc, qui fait qu’elle risque, à l’heure où j’écris, d’être sauvagement exécutée serait d’avoir eu des relations hors mariage avec un homme plusieurs années après… la mort de son mari !
L’accusation serait grotesque si ses conséquences n’étaient aussi abominables.
Elle serait à inscrire au grand registre des inconséquences et des folies des Etats totalitaires si six personnes au moins (cinq hommes et une femme) n’avaient été effectivement lapidées malgré le moratoire décrété, en 2002, sur ce type de châtiment.
Et j’ajoute que ce moratoire lui-même, ce moratoire qui n’empêche donc pas que des lapidations aient quand même lieu, est considéré comme nul et non avenu par nombre d’autorités religieuses, politiques et judiciaires en Iran : Ali Reza Jamshidi, porte parole du ministère de la justice, n’a-t-il pas déclaré, en janvier 2009, que le concept de moratoire n’avait aucun sens en droit iranien ? et le Conseil des Gardiens de la révolution ne se bat-il pas, bec et ongles, pour empêcher que la lapidation ne sorte du nouveau code pénal que certains réformateurs semblent désireux de toiletter ?
C’est pour toutes ces raisons que le cas Sakineh Mohammadi Ashtiani est si important.
C’est pour toutes ces raisons qu’il faut que nous soyons nombreux, très nombreux, à rejoindre le mouvement d’opinion parti du Canada (avec le site internet www.freesakineh.org lancé par Heather Reisman, Marie-Josée Kravis, d’autres) de Grande Bretagne (avec le spectaculaire appel lancé, ce vendredi 9 juillet, à la Une du « Times » de Londres, et que j’ai, personnellement, signé) des Etats-Unis (autour de personnalités comme mon amie Arianna Huffington) et, aujourd’hui, du Brésil (grâce aux efforts de l’éditeur de Companhia das Letras, Luis Schwarcz)..
Et c’est pour ces raisons que j’engage, à mon tour, en Europe, les amis qui, depuis tant d’années, me suivent dans mes combats, à rejoindre, de toute urgence, le mouvement : je m’adresse aux lecteurs de ma revue, La Règle du Jeu  (laregledujeu.org) ; je m’adresse aux hommes et femmes de bonne volonté qui me lisent, chaque semaine ou presque, dans le Corriere della Sera, El Pais ou la Frankfurter Algemeine Zeitung ; et, à tous, je demande de s’adresser directement aux autorités iraniennes en charge du dossier Sakineh Mohammadi Ashtiani et de leur demander a) de surseoir à toute forme d’exécution ; b) de clarifier le statut légal de la prévenue et d’en informer, dans les plus brefs délais, son avocat ; c) d’accélérer la réflexion et, espérons-le, la décision visant à retirer du Code Pénal une peine – la lapidation – qui fait honte à la culture persane et dont les musulmans éclairés du monde entier savent qu’elle appartient à un âge archaïque.
Cet appel doit être adressé à l’Ayatollah Sayed ‘Ali Khamenei, Guide suprême de la République islamique d’Iran dont Amnesty International vient de rendre publique l’adresse internet (info_leader@leader.ir) ainsi que le website (http://www.leader.ir/langs/en/index.php?p=letter).
Il doit être adressé au ministre de la justice, l’Ayatollah Sadegh Ardeshir-Larijani, à l’adresse suivante, également publiée par Amnesty et où il semble qu’il soit atteignable : Office of the Head of the Judiciary; Pasteur St.; Vali Asr Ave.; south of Serah-e Jomhouri ; Tehran 1316814737 ; Islamic Republic of Iran.
Copie peut en être également envoyée au secrétaire général du Haut conseil pour les droits humains, Mohammad Javad Larijani : Pasteur St; Vali Asr Ave. ; south of Serah-e Jomhuri ; Tehran 1316814737 ; Islamic Republic of Iran.
Tous doivent être submergés de messages.
Tous doivent être conscients du fait que le monde a les yeux fixés sur eux et sur le sort qu’ils réserveront à Sakineh Mohammadi Ashtiani ainsi qu’aux onze autres personnes (huit femmes et trois hommes) qui, dans d’autres couloirs de la mort, attendent de savoir s’ils seront ou non lapidés.
A tous il faut rappeler qu’un grand pays, héritier d’une si haute culture, ne peut conserver des pratiques punitives aussi atrocement barbares et qui contreviennent si ouvertement au Pacte international relatif aux droits civils et politiques dont l’Iran est signataire.
Vite, amis, je vous en supplie : il n’y a pas une minute à perdre si nous voulons que Sakineh Mohammadi Ashtiani, et ses onze compagnons d’infortune et d’horreur, aient la vie sauve.
Bernard-Henri Lévy

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