Bosnie : vingt ans après (Interview de Bernard-Henri Lévy, La Dépêche, le 6 avril 2012)

la dépeche.frGérald Camier : Vingt ans après le début de la guerre en Bosnie-Herzegovine, le pays semble en paix. qu’en est-il des tensions ethniques d’hier ?
Bernard-Henri Lévy : Les ingrédients de la guerre sont toujours là, hélas. Notamment à cause des accords de Dayton qui furent des mauvais accords et qui ont, non pas liquidé, mais figé les haines nationales. Ce pays a une chance, cependant: sa jeunesse. Ces femmes et hommes nés après la guerre et qui essaient de ne pas céder aux errements de leurs parents. J’ai un point d’observation précis, et précieux, qui me permet de vous dire cela: ce « Festival des enfants » qui se tient chaque année, en juin, et que j’ai créé avec Susan Prahl et Samir Landzo. Une incroyable réussite: on voit les enfants refaire le lien social qu’ont brisé leurs parents.

G.C Vous avez été très critique sur l’impuissance de l’Europe à intervenir dans ce conflit. l’Europe en a-t-elle tiré les leçons dans les Balkans?
BHL : Il me semble que oui. Vous avez deux cas de figure. Ceux qui ont « trempé » dans la non-intervention comme Alain Juppé, ministre des affaires étrangères de Balladur et Mitterrand : si j’en crois une conversation que nous avons eue, il y a six mois, retour de Tripoli, puis un portrait de lui paru récemment dans Le Monde et signé Nathalie Nougayrède, l’homme est clairement hanté par cette période de sa vie, les fautes qu’il sait avoir commises ou dont il sait, en tout cas, qu’il a été le complice. Et puis vous avez des gens comme Sarkozy, Cameron, Hillary Clinton: les hasards et les nécessités d’une enquête font que je les ai interviewés, récemment, tous les trois; et tous les trois m’ont dit la même chose, à savoir que le « plus jamais ça » de la Bosnie, le spectre de Sarajevo recommencé, est une de leurs obsessions majeures. Et une des raisons, par parenthèse, qui ont motivé leur intervention en Libye.bhl itw la dépeche

G.C : Cette guerre a duré 4 ans. peut-on imaginer que tous les criminels de guerre seront jugés, après Milosevic, Mladic
BHL : Les Bosniaques, en tout cas, le souhaitent. Tous. Et, si vous voulez mon sentiment, je pense que c’est ce qui finira par se passer. Pour les criminels contre l’humanité aussi, la planète est un village – et un piège.

G.C : Vous vous êtes aussi beaucoup engagé pour une intervention en Libye. Que faut-il faire pour la Syrie, peut-être aussi le Mali ?
BHL : Se souvenir de Sarajevo. C’est pour ça qu’on a bougé en Libye. Et c’est pour ça qu’on finira par agir en Syrie. Car, finalement, réfléchissez. Qu’est-ce qui est au coeur de l’affaire? Cette histoire de devoir d’ingérence que nous sommes un certain nombre, avec Bernard Kouchner et d’autres, à avoir passé notre vie à défendre. A Sarajevo, cet impératif a été trahi. En Libye, il a été respecté. L’enjeu c’est qu’il en aille de même en Syrie – et même, pourquoi pas, quoique sous d’autres formes, au Mali.


Tags : , , , , , , , , , , , , , , , ,

Classés dans :,

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>