Bernard-Henri Lévy

L’art de la philosophie ne vaut que s’il est un art de la guerre...

Philosopher contre Hegel et les néo­hégéliens. Philosopher contre l'inter­prétation pré-Bataille, et pré-Collège de sociologie, de la politique de Nietzsche. Philosopher contre le néo-platonisme et son démon de l'absolu. Philosopher contre Bergson et son avatar, justement, deleuzien. Philosopher contre la volonté de pureté, ou de guérir, dont j'ai démontré ailleurs qu'elle est la vraie matrice de ce qu'on a appelé, trop vite, les totalitarismes et qu'une guerre conceptuelle bien menée permet de mieux nommer. Philosopher pour nuire à ceux qui m'empêchent d'écrire et de philosopher. Philosopher pour empêcher, un peu, les imbéciles et les salauds de pavoiser. Philosopher contre Badiou. Philosopher contre la gidouille Zizek. Philosopher contre le parti du sommeil, des clowns ou des radicalités meurtrières. Pardon, mais c'est la vérité. Chaque fois que j'ai, depuis trente ans, fait un peu de philosophie c'est ainsi que j'ai opéré : dans une conjoncture donnée, compte tenu d'un problème ou d'une situation déterminés, identifier un ennemi et, l'ayant identifié, soit le tenir en respect, soit, parfois, le réduire ou le faire reculer. Guerre de guérilla, encore. Harcèlement. Et à la guerre comme à la guerre.

Son actualité

BHL, voyage au bout de la paix (Gala, 30 novembre 2011, par Jérôme Béglé)

La Guerre sans l’aimer

gala ooDurant huit mois, Bernard-Henri Lévy a été le témoin privilégié de la guerre en Libye. Intellectuel engagé aux côtés d’un peuple en souffrance, il nous livre, à travers ces clichés, une formidable leçon de courage…

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La Guerre sans l’aimer, mais pas sans la voir… Sous son éternel costume de dandy, il a enfilé un gilet pare-éclats. Petite concession au danger qui rôde. « Pourquoi devrais-je abandonner mon costume d’intellectuel occidental devant ces damnés de la terre, me grimer, passer pour ce que je ne suis pas? » Cette tenue devenue identitaire est le respect minimum qu’il doit à ses interlocuteurs. Le battle-dress est réservé à d’autres.

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UN JUIF PARLE AUX ARABES

Ils sont 30 000 sur la place Tahrir de Benghazi. En face d’eux, un homme en chemise blanche leur explique qu’il est juif et français, qu’il est un homme seul, qu’il ne dispose d’aucun mandat politique, diplomatique ou militaire, mais que le monde entier regarde ces rebelles qui tentent de mettre fin à leur malheur. La harangue dure près d’une heure. A l’issue de celle-ci, un seul cri fuse :  » merci la France, merci Sarkozy. »

Un pacifiste peut-il souhaiter la guerre ?
Un humaniste a-t-il le droit de guider les avions de l’Otan ? La question est épineuse. La guerre sans l’aimer (Grasset) est le récit de huit mois d’implication de son auteur dans la révolution libyenne. Il fut le premier intellectuel occidental à se rendre sur place, le premier à réclamer une intervention militaire, le premier à rompre avec une doctrine jusqu’ici bien établie : n’ajoutons pas la guerre à la guerre. Après avoir livré tant de combats perdus le Bangladesh, le Pakistan, le Darfour, l’ex-Yougoslavie , Bernard-Henri Lévy prend une éclatante revanche sur les peurs et les conservatismes. Le Quai d’Orsay, son ennemi traditionnel, et Israël, toujours inquiet des foucades et des excès de la rue arabe, déposeront bientôt les armes : ce printemps n’est pas une saison en enfer, mais les prémices de la fin du cauchemar. Ce livre est plus qu’un journal intime, il est le carnet de route d’un témoin privilégié qui a consigné les détails, les enjeux secrets et les luttes héroïques d’un peuple qui sous nos yeux a écrit une page d’ Histoire.

EN MER POUR MISRATAgala 4

Le 27 mai, il embarque de Malte sur un drôle de navire. Les cartes maritimes sont imprécises, et on lui déconseille ce voyage au bout de la nuit. Le capitaine semble découvrir les instruments de navigation, et les moteurs tomberont en panne ! Cela donnera un peu plus de sel à cette aventure, tout en apportant la preuve que, dissimulés dans des cours d’école et des hôpitaux, les chars de Kadhafi organisent la mise à mort de Misrata la rebelle.

OISEAU DE MAUVAIS AUGUREGALA 5

Les plus grands artistes sont venus jouir du cadre de La Colombe d’Or, à Saint-Paul-de-Vence. Le 22 avril, Bernard-Henri Lévy reçoit la visite d’un émissaire de Saïf al-Islam (un des fils de Muammar Kadhafi, ndlr). Le missi dominici connu pour être un trafiquant international propose le départ du guide si son fils lui succède et réclamera ensuite un sauf-conduit pour son maître.

gala 6UN AVION NOMME LIBERTE

Alexandre le Grand chevauchait, Bucéphale, et Buffalo Bill comptait sur Isham. Pour briser les embargos, mener les membres du CNT (conseil national de transition, ndlr) à l ‘Elysée ou témoigner de ce qu’il voyait, BHL devait être partout et ne dépendre de personne. Ce jet fut sa seconde maison. Lorsque Nicolas Sarkozy et David Cameron se rendent à Tripoli, l’écrivain se paye le luxe de refuser d’embarquer avec eux, pour les accueillir lui-même sur le tarmac de l’aéroport de la capitale.

LA CONSÉCRATIONgala7

Cinq mois plus tôt, c’est lui qui eut droit aux premières clameurs. Le 15 septembre, la boucle est bouclée : Nicolas Sarkozy et David Cameron entrent en libérateurs à Tripoli. Chaque homme a son histoire secrète, Bernard-Henri Lévy aura attendu soixante-trois ans pour embrasser la sienne : C’est sur les côtes libyennes qu’ André Lévy son père, militant communiste et résistant de la première heure, a combattu les nazis.

Photos Marc Roussel / Lightmediation

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