BHL raconte les coulisses du conflit libyen (Métro, le 8 novembre 2011, article de Nicolas Vanel)

logo metroL’écrivain Bernard Henri-Lévy publie son récit du conflit civil libyen dont il a été l’un des acteurs, intermédiaire de poids entre Paris et Benghazi. Parmi ses révélations, l’appui militaire secret de la France aux rebelles.

C’est sous la forme d’un journal – « La guerre sans l’aimer » à paraître ce mercredi aux éditions Grasset -, tenu tout au long de l’insurrection libyenne, que Bernard-Henri Lévy raconte la chute du régime de Kadhafi à laquelle il a participé. Présent aux côtés des insurgés de Benghazi peu de temps après le soulèvement, il a servi d’intermédiaire entre les opposants libyens et l’Elysée, convaincant Nicolas Sarkozy de s’engager contre les forces du colonel.

Depuis Benghazi, fief historique de la contestation libyenne et, une fois de plus, instigatrice de la révolte qui aboutira à la chute de Mouammar Kadhafi, BHL va obtenir l’aval du président français pour se rendre à Paris, le 10 mars 2011, accompagné d’une délégation du Conseil national de transition (CNT) naissant, raconte-t-il. Premier pas vers la reconnaissance, cinq jours plus tard, du CNT comme l’unique autorité légitime en Libye.

Mais l’appui direct de la France ne sera pas que diplomatique. Paris va renforcer le maigre arsenal des rebelles, leur fournissant rapidement armes et formateurs, un point sur lequel Nicolas Sarkozy se montre particulièrement attentif. Dès le 29 mars, soit dix jours avant le lancement de l’opération de l’Otan, BHL rapporte à Nicolas Sarkozy, qui lui demande « des nouvelles du terrain », les propos du Premier ministre du CNT : « Les armes françaises arrivent, les instructeurs aussi. J’ai l’impression que les choses avancent », analyse fin mars Mahmoud Jibril.

Des livraisons d’armes qui donneront lieu quelques jours plus tard à des tractations discrètes dans un salon élyséen, au cours de la nuit du 13 avril, relate Bernard-Henri Lévy. Là, des chefs militaires insurgés dont Abdelfattah Younès, le chef militaire des rebelles et ancien ministre de l’Intérieur de Kadhafi, exposeront à Nicolas Sarkozy leurs besoins en armes, après que le chef de l’Etat les ait avertis que David Cameron, vu quelques minutes plus tôt, et lui avaient décidé « d’intensifier les frappes ».

Au cours de cette rencontre, le président français expliquera à ses interlocuteurs la relative complexité de l’action qu’il mène en faveur des insurgés, avouant : « il a fallu prendre des libertés – que cela reste entre nous – avec la loi internationale » et accèdera aux demandes des rebelles : l’envoi d’armes aux combattants du Djebel Nafoussa, au sud de Tripoli.

Ce matériel, il sera parachuté quelques jours plus tard à ces opposants mais l’opinion publique, elle, l’apprendra deux mois après la rencontre à l’Elysée, quand Le Figaro révèlera « le parachutage d’armes ‘en quantité importante’ aux tribus berbères », parmi lesquelles des lance-missiles antichar individuels Milan.

Accusée alors d’avoir violé la résolution 1973 de l’ONU, adoptée le 17 mars, qui imposait un embargo sur la vente d’armes à la Libye, la France se défendra alors en invoquant la protection des civils, l’une des autres dispositions de la résolution. « Des populations ont fait l’objet d’attaques des forces de Kadhafi et étaient dans une situation extrêmement précaire, et c’est la raison pour laquelle ont été parachutés des médicaments, de la nourriture et également des armes d’autodéfense », avait notamment justifié le ministre des Affaires étrangères Alain Juppé sur France Inter.


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