Bernard-Henri Lévy

L’art de la philosophie ne vaut que s’il est un art de la guerre...

Philosopher contre Hegel et les néo­hégéliens. Philosopher contre l'inter­prétation pré-Bataille, et pré-Collège de sociologie, de la politique de Nietzsche. Philosopher contre le néo-platonisme et son démon de l'absolu. Philosopher contre Bergson et son avatar, justement, deleuzien. Philosopher contre la volonté de pureté, ou de guérir, dont j'ai démontré ailleurs qu'elle est la vraie matrice de ce qu'on a appelé, trop vite, les totalitarismes et qu'une guerre conceptuelle bien menée permet de mieux nommer. Philosopher pour nuire à ceux qui m'empêchent d'écrire et de philosopher. Philosopher pour empêcher, un peu, les imbéciles et les salauds de pavoiser. Philosopher contre Badiou. Philosopher contre la gidouille Zizek. Philosopher contre le parti du sommeil, des clowns ou des radicalités meurtrières. Pardon, mais c'est la vérité. Chaque fois que j'ai, depuis trente ans, fait un peu de philosophie c'est ainsi que j'ai opéré : dans une conjoncture donnée, compte tenu d'un problème ou d'une situation déterminés, identifier un ennemi et, l'ayant identifié, soit le tenir en respect, soit, parfois, le réduire ou le faire reculer. Guerre de guérilla, encore. Harcèlement. Et à la guerre comme à la guerre.

Son actualité

Bhl et l’interview sur la disparition du PS : cette fois, dans Marianne, c’est Pierre Moscovici qui prend la plume.

Marianne, par Pierre Moscovici, pour Marianne

898402-1061946PS : Changer ou disparaître.

Réplique de Pierre Moscovici à Bernard-Henry Lévy. Tout affaibli que soit le Parti socialiste, il est encore temps de le rénover de fond en comble d’ici à l’échéance présidentielle de 2012. C’est sa dernière chance. Vendredi 24 Juillet 2009.

Quand Bernard-Henri Lévy a publié son Grand Cadavre à la renverse, après la défaite de Ségolène Royal à l’élection présidentielle de 2007, j’en avais fait la chronique, pour dire à quel point sa « gauche mélancolique », une gauche internationaliste, européenne, réformiste, était aussi la mienne. Je n’en suis que plus à l’aise pour lui dire, avec amitié, mon désaccord lorsqu’il franchit aujourd’hui un pas supplémentaire pour affirmer que le PS doit disparaître.

Entendons-nous : je partage, bien sûr, une partie de son diagnostic. Les formations politiques sont mortelles, la SFIO a disparu, blessée par la guerre d’Algérie et achevée par son incapacité à s’adapter à la nouvelle donne de la Ve République ; le Parti communiste s’est défait dans les années 70 ; le Parti radical-socialiste, dominant sous la IIIe République, n’est qu’un lointain souvenir. Et je serais le dernier à nier que le Parti socialiste d’aujourd’hui, divisé sur l’Europe, miné par bien des ambiguïtés idéologiques, ambivalent sur ses alliances, est en grand danger.

Depuis 2002, nous n’avons pas su résoudre le triple déficit de leadership, d’identité et de stratégie que la terrible défaite de Lionel Jospin, éliminé du second tour de la présidentielle au profit de Jean-Marie Le Pen, a révélé au grand jour. Depuis 2007, le PS est KO debout, comme l’ont montré aussi bien le pathétique congrès de Reims que notre débâcle lors des dernières élections européennes. Alors, oui, à défaut d’un ressaisissement, le jugement de Bernard-Henri Lévy sur la « maison morte » pourrait se révéler exact.

Pour autant, il y a une certaine facilité à dresser d’ores et déjà l’acte de décès du Parti socialiste, pour se jeter avec délices sur les derniers slogans à la mode – le changement de nom, le big-bang, la reconstruction sur les ruines… Je ne crois pas, pour ma part, que le socialisme soit une idée à enterrer, un mot à effacer. Bernard-Henri Lévy le sait d’ailleurs tellement qu’il appelle, en creux, à refaire le parti de Jaurès et de Blum, qui n’auraient pas accepté, qui n’ont pas accepté, face aux scissions totalitaires ou aux tentations récessionnistes, de s’appeler autrement que socialistes ! Je note que la disparition de ce courant de pensée n’a, nulle part en Europe, engendré un nouvel espoir – que l’on pense, par exemple, à la crise de la gauche italienne, qui n’est plus socialiste mais démocrate, et s’avère pourtant incapable d’offrir une alternative à Berlusconi.

C’est pourquoi je me tiens à l’écart de deux écueils symétriques, que je pense également dangereux pour la gauche française. Le premier ? Le refuge paresseux dans la posture tribunicienne, le repli sur le pré carré, la culture stérile et autoritaire d’appareil, qui dominent souvent au Parti socialiste, et que le congrès de Reims a davantage confortés qu’entravés. Le second ? Le recours à la pensée magique de la table rase, à l’illusion d’une novation radicale apparaissant sur les débris d’une idée du passé, incarnée par une formation politique en voie de disparition. Il est bien tard, c’est vrai, pour rénover le Parti socialiste, et je sais à quel point son rayonnement intellectuel, son ouverture d’esprit et son vivre ensemble sont aujourd’hui dégradés.

Pourtant, c’est bien ce parti-là, avec ses milliers d’élus, avec ses militants, avec tous ceux qui attendent encore de lui, et de lui seul, la renaissance d’une espérance, qu’il faut remettre en mouvement et transformer, malgré ses lourdeurs, ses divisions, malgré les amertumes qu’il charrie. La préparation de l’élection présidentielle de 2012 constitue dans cette perspective une dernière chance. La refondation, à mener très vite, passe à mes yeux par un triptyque : le travail intellectuel sur un nouveau modèle de développement pour l’après-crise, repensant l’égalité au XXIe siècle, les primaires ouvertes, la définition d’un leadership crédible. Aurons-nous, pour démentir Bernard-Henri Lévy, l’audace et le sens de l’intérêt général nécessaires pour réussir un tel sursaut ? Je ne sais, mais soyons conscients que, si les faits lui donnent finalement raison, si le PS meurt effectivement ou, pis, se rétracte sur lui-même, la France prolongera le bail de Nicolas Sarkozy à l’Elysée, et surtout sa politique d’esbroufe et d’injustice.
Alors, profitons de cet été pour apaiser les esprits et faire sur nous-mêmes un indispensable travail. Non, le PS ne doit pas disparaître, mais il le peut. Pour l’éviter, il faut le changer, de fond en comble. C’est le défi qu’il nous faut relever.

Par Pierre Moscovici, député PS du Doubs, ancien ministre
http://www.marianne2.fr/PS-Changer-ou-disparaitre_a181609.html

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