BHL au pays des arts visuels (Le Devoir – Libre de penser, article de Paul Bennett, le 5 octobre 2013)

Photo Agence France-Presse Jean-Christophe MagnenetLa Fondation Maeght a donné carte blanche à Bernard-Henri Lévy pour concevoir, à Saint-Paul-de-Vence, en France, une exposition centrée sur les rapports entre l’art et la philosophie au fil des siècles. L’ouvrage Les Aventures de la vérité témoigne de cette exposition.

Bernard-Henri Lévy, dit BHL, commissaire d’exposition ? Pourquoi pas ? Après tout, le philosophe et activiste tous azimuts n’a-t-il pas déjà tâté de l’esthétique avec des essais sur Piero della Francesca, Piet Mondrian et Frank Stella ? Aussi, quand le président de la richissime Fondation Maeght lui a offert, au mois d’août 2011, carte blanche pour concevoir une exposition centrée sur les rapports entre l’art et la philosophie au fil des siècles, BHL n’a pas hésité une seconde. Au risque d’être encore une fois accusé d’être un incorrigible touche-à-tout.

En juin dernier, après deux ans à courir les musées, les galeries et les collections privées, BHL accueillait dans l’écrin qu’est le musée de la Fondation Maeght, à Saint-Paul-de-Vence, le gotha du milieu mondain, artistique et politique pour cette exposition réunissant quelque 140 peintures, sculptures et installations, de Cranach l’Ancien à Basquiat et Kiefer, du Tintoret et de Rubens à Duchamp, Pollock, Guy Debord et Yan Pei-Ming, ainsi que quelques-unes créées pour l’occasion. Les sceptiques furent presque tous confondus – Le Monde, Libé, Le Temps – sauf un carré d’irréductibles.

L’exposition Les Aventures de la vérité, qui se poursuit jusqu’au 11 novembre, est accompagnée d’un catalogue, vendu en librairie, où BHL non seulement présente et commente chacune des oeuvres, toutes reproduites, mais relate dans une longue lettre à Olivier Kaeppelin, directeur de la Fondation, ainsi qu’à l’aide d’extraits de son journal, son projet et sa mise en chantier.

Relation

Ce que propose BHL, c’est « sa » lecture de l’histoire croisée de l’art et de la philosophie, de l’Antiquité à aujourd’hui, et le récit de leurs interactions et de leurs conflits autour de l’idée de vérité. Cette histoire est découpée en sept séquences, depuis l’exclusion des artistes de la cité platonicienne jusqu’au dialogue souvent fécond qu’entretiennent philosophes et artistes contemporains. Ces séquences, explique BHL, représentent « sept [postures] possibles de l’art d’aujourd’hui, y compris lorsque je montre des oeuvres des autres époques ».

Ainsi, une de ces séquences, intitulée « Tombeau de la philosophie », raconte comment la peinture dans les dernières décennies du XXe siècle a « absorbé » la philosophie, s’est « substituée » à elle, par exemple dans l’art conceptuel, comme chez Joseph Kosuth. Ou au contraire, dans « La revanche de Platon », comment Dada et les surréalistes ont voulu faire le deuil de leur art, en finir avec le « fétichisme de l’objet » et laissé toute la place à la philosophie dans une sorte de retour inconscient au platonisme.

BHL explique ne pas avoir voulu rassembler son « musée imaginaire », mais concevoir une exposition qui ait un sens, à travers une mise à l’épreuve concrète de ses hypothèses, notamment en confrontant classiques et modernes, Platon et Klossowski, Hegel et Magritte, Nietzsche et Soulages.

Pari relevé avec aplomb. BHL se permet des confrontations et des parallèles stimulants, propose une vision cohérente, sinon toujours convaincante, de ce que l’art doit à la philosophie et la philosophie à l’art. Le livre témoigne éloquemment de cette expérience originale et inédite.

Photo : Agence France-Presse Jean-Christophe Magnenet


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