Bernard-Henri Lévy ne veut pas croire à l'exécution imminente de Sakineh et lance un nouvel appel.

SAKINEH26Sakineh attend dans le couloir de la mort depuis cinq ans déjà. Et le moment tant redouté de son exécution serait imminent. Selon les informations du Comité international contre la lapidation,  cette veuve iranienne de 43 ans, condamnée à la lapidation pour adultère,  pourrait être exécutée dès demain. Depuis le mois d’août, le magazine ELLE, en collaboration avec « La Règle du jeu » et le quotidien « Libération », se mobilise pour cette mère de deux enfants. Un rassemblement devant l’ambassade d’Iran à Paris est par ailleurs prévu à  14 heures ce mardi. Alors que chaque heure la rapproche un peu plus de la  mort, le philosophe Bernard Henry-Lévy lance un appel de la dernière chance pour  sauver Sakineh. Interview.

Le comité international contre la lapidation vient d’alerter la communauté  internationale sur une possible exécution de Sakineh demain en Iran. Comment  réagissez-vous à cette annonce ?

Je n’ose y croire. Je ne peux y croire. Cette femme n’a rien fait. Elle n’est coupable de rien. Son dossier judiciaire, tout le monde  le sait, est vide ou trafiqué. Son exécution serait donc juste une façon,  pour les autorités iraniennes, de faire un bras d’honneur aux occidentaux, de  prouver leur propre puissance. Et cela n’est pas concevable. Je n’arrive pas à  le concevoir.

Par ailleurs, il apparaît que le second avocat de Sakineh, Houtan Kian, tout comme son  fils Sajjad (qui tous deux se mobilisaient pour sauver Sakineh) auraient été torturés en prison. Vous étiez vous-même en relation avec eux, avez-vous eu d’autres informations sur leur sort ? Etes-vous inquiets pour eux aussi ?

J’ai lu, surtout, cet immonde article du site ultraconservateur iranien Raja News qui rapporte les prétendus « aveux » de Sajjad. C’est abject. Traiter ainsi un gamin, humilier de la sorte un fils qui n’a, lui non plus, commis aucun crime sinon défendre l’innocence de sa mère, le contraindre à déclarer, par exemple, qu’il a  été manipulé par l’avocat de sa maman, que celui-ci ne songeait qu’à se  faire de la publicité et à fuir en Occident en se servant de la cause de Sakineh,  tout cela est proprement répugnant. Le texte est là. Nous l’avons fait traduire et  mis en ligne sur le site de la Règle du Jeu. Vos lectrices et vos lecteurs  peuvent le lire. On n’avait pas vu pareille ignominie rhétorique depuis les procès staliniens ou post staliniens.

Vous vous êtes mobilisé depuis plusieurs semaines pour sauver Sakineh. Quel est votre sentiment aujourd’hui ?

Un sentiment d’écœurement. De rage. Mais aussi d’incrédulité. Je ne peux pas imaginer, je vous le répète, que l’Iran  aille au bout du bout de la barbarie sur un cas aussi sensible que celui de Sakineh. La mobilisation a été trop forte. La réaction de dégoût, de  colère, serait immédiate et, je crois, générale. Mais, en même temps, on ne sait  pas. J’ai peur. Je sais que la nuit prochaine, je ne dormirai pas,  j’attendrai. Je sais que nous serons nombreux, dans le monde, à passer la nuit qui vient  dans l’attente, le recueillement silencieux, la prière si nous savons prier,  la colère encore, l’appréhension, l’espoir. Car j’espère, de tout mon cœur, oui,  j’espère, que les informations terribles que nous recevons seront une fausse alerte, ou une façon de nous tester et que les autorités  iraniennes entendront, finiront par entendre, l’appel que leur adresse le monde.

Malgré la forte mobilisation nationale et internationale que vous avez initiée, le  régime iranien n’a pas reculé et l’exécution de Sakineh semble inévitable.  Est-ce qu’aujourd’hui vous lancez à nouveau un appel ?

Inévitable, je vous répète que je me refuse à y croire. Alors, oui, il faut tout faire, dans les quelques heures qui nous restent, pour obtenir, au moins, un nouveau sursis. J’ai pris contact avec le  Président Sarkozy. Les amis du Comité Free Sakineh, au Canada et aux USA, sont en  contact avec le département d’Etat américain. La presse italienne, qui a été la première à donner, hier soir, à travers l’agence Ansa, la nouvelle de  cette possible exécution, est, depuis ce matin, vent debout et il semble que  le gouvernement italien réfléchisse à de nouvelles pressions. Je sais que  le pape a été alerté hier soir. Barroso, aussi. D’autres. Il y a deux solutions,  vous savez, à ce stade. Ou bien nous finissons par être entendus. Les centaines de  milliers de femmes et d’hommes que nous avons, tous ensemble, avec ELLE, avec Libération, avec d’autres, contribué à mobiliser finissent par ébranler  les Iraniens. Ou bien…

Ou bien ?

Ou bien Sakineh est exécutée. Demain, à l’aube, les bourreaux viennent la chercher dans le quartier des condamnés de la prison de Tabriz et l’emmènent dans la petite cour où d’autres femmes, avant elle,  ont été lapidées ou pendues. Et alors il faudra songer à autre chose. Il  faudra trouver la riposte appropriée à ce qui apparaîtra comme un défi lancé,  non seulement aux Occidentaux, mais au monde. Pour ma part, je ne vois  qu’une chose. C’est l’arme quasi ultime, mais je n’en vois pas d’autre. Il faudra, hélas, lancer une nouvelle campagne. La première aura échoué – et il faudra donc en lancer une deuxième. Mais  ce sera une campagne invitant, cette fois, à la rupture des relations diplomatiques avec un État qui se sera, par cet acte, mis au ban des  nations. Je ne vois pas d’autre solution, franchement. Je ne vois pas quel chef  d’Etat, quel diplomate, pourrait, si, ce qu’à Dieu ne plaise, on en arrivait là, regarder encore en face Mahmoud Ahmadinejad, le bourreau de Sakineh.

Bernard-Henri Lévy

Propos recueillis par Claire Hache Le 02/11/2010


Tags : , , , , , , , , , , , , , , ,

Classés dans :

2 commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>