Bernard Henri-Lévy : «Les élections européennes seront un référendum pour ou contre l’Europe» (Le Parisien)

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Parce que l’Europe est, selon lui, «en danger», parce que «les nationalismes triomphent», le philosophe et écrivain Bernard-Henri Lévy se lance dans une tournée théâtrale «Looking for Europe» à travers l’Union Européenne.

« Avec les peuples et contre les populismes. » La tournée européenne de Bernard-Henri Lévy, « Looking for Europe », débute ce mardi à Milan et s’achèvera à Paris le 20 mai. Cette pièce se révèle être un plaidoyer pour l’Europe, à quelques semaines des élections européennes du 26 mai. Au Parisien, le philosophe donne sa vision des choses sur l’Europe et fait part de ses craintes.

Il y a urgence pour l’Europe dites-vous…

BERNARD HENRI-LÉVY. Oui. Parce qu’il est minuit moins cinq en Europe. Et que cette élection européenne sera comme un nouveau Maastricht, un référendum pour ou contre l’Europe. Les populistes antieuropéens sont si radicalisés que le résultat du 26 mai sera à traduire ainsi.

Vous pensez à qui ?

Aux dirigeants, qui font ouvertement campagne contre le supposé « despotisme », voire le « totalitarisme » (sic !) de l’Union européenne. Aux opinions, qui semblent de plus en plus tentées par le retour à la case petite nation. Et puis, bien sûr, leurs alliés extérieurs.

Qui sont-ils ?

Trump qui est passé de l’indifférence d’Obama vis-à-vis du Vieux Continent à une hostilité affichée. Et puis, bien sûr, Poutine qui a son propre projet européen, l’Eurasie, qu’il oppose terme à terme, sur le plan idéologique comme politique, à celui de l’Union européenne.

En vous lançant dans une tournée avec votre pièce de théâtre, vous pensez pouvoir sauver l’Europe ?

Bien sûr que non. Mais je pense que nous sommes à un tournant. Et que, dans les situations de ce genre, chacun a le devoir de faire ce qu’il peut. Les proeuropéens sont aux abris. Dans le meilleur des cas, ils sont enlisés dans des tractations politiciennes byzantines. Alors qu’en face, vous avez le rouleau compresseur de cette nouvelle Internationale brunâtre qui va de Salvini à Orban en passant par Le Pen et qui est, elle, en ordre de bataille.

Que manque-t-il ? Des grandes personnalités pour porter une ambition européenne ?

Non. Ce qui manque, c’est un projet clair. L’Union européenne, depuis le début, vit sur une ambiguïté. Est-elle une addition d’États-Nations dont l’union ferait la force ? Ou une entité politique de type nouveau, dotée de pouvoirs nouveaux et mordant sur les souverainetés traditionnelles ? Je pense, par exemple, à la politique étrangère ou à la Défense. Personne n’a vraiment répondu à cette question.

Justement, Emmanuel Macron souhaite une armée européenne, c’est une bonne idée ?

Bien sûr. C’est même la meilleure idée qui soit… maintenant que nous avons, à nos frontières, un adversaire, la Russie, acharné à nous déstabiliser. Et une protection américaine (ou, en tout cas, de l’OTAN) qui ne semble plus automatique.

Comment cette armée européenne naîtrait-elle ?

Comme toujours : au croisement d’une idée et d’une circonstance. L’idée, c’est que nous ne pouvons pas rester inertes quand Poutine interfère dans nos élections, stipendie des partis d’extrême droite et menace ouvertement les pays frontaliers de l’Europe. La circonstance, c’est le départ des 2000 soldats américains stationnés en Syrie et auxquels les 27, ou certains des 27, ont les moyens de se substituer. L’Europe deviendrait la protectrice des Kurdes et des démocrates syriens que Bachar al-Assad et Daech n’ont pas encore exterminés. L’acte de baptême aurait du sens et de l’allure !

Vous allez débuter symboliquement votre tournée en Italie…

Oui. Car elle fait, pour la deuxième fois, figure de laboratoire du pire. Hier avec Mussolini. Aujourd’hui avec Salvini.

Mais les populistes n’ont-ils pas, eux, réussi à parler au peuple ?

Mussolini aussi avait réussi à parler au peuple.

Est-ce parce que les partis traditionnels ont échoué ?

Forcément. Mais ce n’est pas une raison pour tout brader et renoncer au peu qui demeure de bons réflexes républicains. Même battus en brèche, les démocrates doivent tenir bon. Non au simplisme des solutions. Non à la recherche de boucs émissaires. Non à la logique plébiscitaire. La République, ce n’est pas le plébiscite. Et ce n’est pas, par parenthèse, le référendum à toutes les sauces.

Vous êtes contre ?

Je suis contre les référendums qui visent à destituer les représentants du peuple. Et je suis contre le référendum quand il s’agit de répondre par oui ou par non à une question complexe. Regardez le Brexit. Deux ans de discussions, de délibérations, d’expertises contradictoires. Deux ans et des milliers de pages pour, finalement, ne même pas réussir à trancher. Et on a osé demander au peuple britannique de trancher sur un mouvement d’humeur. Un référendum comme ça, c’est un piège à cons. C’est un déni de démocratie.

N’y a-t-il pas aujourd’hui soit une forme de démission, soit de virage vers l’autre rive des intellectuels français ?

C’est vrai qu’entendre un Emmanuel Todd dire, la semaine du saccage de l’Arc de Triomphe, qu’il n’a jamais été si fier d’être français, laissait rêveur : j’ai eu, moi, dans ma vie, et même dans les années récentes, tant d’autres occasions d’être fier de mon pays ! Ou un François Bégaudeau confessant qu’il regrette, avec le recul, d’avoir choisi Macron contre Le Pen : est-ce que ce n’est pas cette politique du pire contre laquelle le terrible XXe siècle aurait dû nous vacciner ?

Vous avez également un discours très violent contre François Ruffin.

C’est lui qui dit et écrit des choses d’une violence folle. Le combat politique, d’accord. La lutte des classes, bien sûr. Mais quand on passe à la haine « viscérale », aux attaques au « faciès », aux allusions lourdes et insistantes au passé « Rothschild » d’un président, on trempe sa plume dans une rhétorique qui est celle de l’extrême droite des années 1910 ou 1930.

Emmanuel Macron va s’adresser cette semaine aux Européens dans une tribune publiée dans les grands titres de la presse. Ce sera un moment fort ?

Oui. Car là va se jouer sa capacité, ou non, à assumer un leadership européen.

Mais il a été affaibli par la crise des Gilets jaunes. Est-il encore audible en Europe ?

Est-il si affaibli que ça ? La séquence Gilets jaunes est en train de se clore. La réponse par le Grand débat a été démocratiquement juste. Il lui reste à prouver que la réponse au grand débat, c’est l’Europe.

C’est-à-dire ?

Moins d’injustice… Des droits nouveaux… Les solutions existent, mais si on passe à l’échelle supranationale.

Mais pour l’opinion, l’Europe n’incarne pas plus de justice sociale, au contraire.

Justement. C’est pourquoi je propose, moi, dans ma pièce, un changement de paradigme. Avec, par exemple, la mise en place, à l’échelle européenne, du revenu universel d’existence proposé, en France, par Benoît Hamon.

Pensez-vous que le discours d’Emmanuele Macron opposant progressistes et populistes soit intelligible par les citoyens ?

Ce dont je suis sûr c’est qu’il a raison de dramatiser les choses. Car le moment est historique. L’Europe peut voler en éclats.

http://m.leparisien.fr/politique/bernard-henri-levy-les-elections-europeennes-seront-un-referendum-pour-ou-contre-l-europe-02-03-2019-8023491.php?fbclid=IwAR3-SouZJ0R52jn8Kpo0KhbHE5sYsbBsKDe4KM8ftGRITJURMu8q4cgA0tQ

 

 


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