Bernard-Henri Lévy et André Malraux (récit d'une soirée)

BOSNIE-HERTZOGsarajevo hiver 1993Affluence démente, ce mardi, 14 décembre, pour la présentation, par Bernard-Henri Lévy, de « L’Espoir » d’André Malraux, au Cinéma Saint-Germain, à Paris. Pas de « people », cette fois, comme au Café de Flore, une semaine plus tôt, pour  les 20 ans de La Regle du jeu.  Pas de personnalités glamour ni de grands noms systématiques. Juste un cinéma archi-plein. 300 personnes assises dans les beaux fauteuils rouges marqués à l’empreinte de Jean-Luc Godard. Une centaine d’autres assises par terre, debout dans le fond, debout devant l’écran. Et 200 autres, encore, peut-être 300, qu’il a fallu refuser parce que la salle allait craquer et se mettre en contravention avec ses normes de sécurité et ses assurances. Bref, du jamais vu en ce lieu. Une bousculade sans nom. Une queue dans la rue jusqu’aux Deux Magots. Des jeunes gens venus une heure à l’avance pour être bien certains d’avoir un siège. Et, sur l’estrade, après la projection du film, un Bernard-Henri Lévy qui semblait la réincarnation de Malraux tant il était habité par son sujet et le connaissait par coeur. Incollable sur l’histoire de l’Escadrille Espana et les six missions qu’elle a menées entre août 1936 et sa dissolution en février 1937. Convaincant quand il explique par le souci de la sacrosainte « efficacité » le peu d’écho donné par Malraux au massacre des anarchistes et autres poumistes par les staliniens d’Albacete. Bouleversant quand, face aux questions de la salle, il évoque son propre film « Bosna! » et sa dette à l’endroit de « L’Espoir ». Des révélations, des vraies révélations, quand, après une question de Jenna Bakary,  il raconte comment, aves Gilles Hertzog, il a eu le projet de créer une Brigade internationale pour la Bosnie et comment c’est le Président Izetbegovic qui l’en a dissuadé en lui disant qu’il courrait le risque, s’il le faisait, d’y accueillir, sans le vouloir, des islamistes radicaux. Florence Malraux était émue. Elle lui a dit, en sortant, que ce qu’il avait développé était, non seulement beau, mais juste. Les amis de Transfuge, organisateurs de la soirée, étaient enchantés. Et, quant aux animateurs du cinéma, ils n’avaient tout simplement jamais connu de soirée aussi réussie ni aussi courue. Alors, la people-cratie béachélienne, dans tout ça ? La preuve fut faite, hier, si tant est que ce fût nécessaire, que Bernard-Henri Lévy n’a pas moins de succès avec ses lecteurs lambda qu’avec les éminences de l’époque. Ce fut un beau succès populaire, et de fond. Et une belle soirée.

Laurence Roblin


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Un commentaire

  • gilda nataf dit :

    bravo ! je me souviens, vers 1950-51 de la projection de l’Espoir était-ce au Champo ? forte forte impression, lu le livre bien après mais ce film … grand souvenir.

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