Bernard-Henri Lévy

L’art de la philosophie ne vaut que s’il est un art de la guerre...

Philosopher contre Hegel et les néo­hégéliens. Philosopher contre l'inter­prétation pré-Bataille, et pré-Collège de sociologie, de la politique de Nietzsche. Philosopher contre le néo-platonisme et son démon de l'absolu. Philosopher contre Bergson et son avatar, justement, deleuzien. Philosopher contre la volonté de pureté, ou de guérir, dont j'ai démontré ailleurs qu'elle est la vraie matrice de ce qu'on a appelé, trop vite, les totalitarismes et qu'une guerre conceptuelle bien menée permet de mieux nommer. Philosopher pour nuire à ceux qui m'empêchent d'écrire et de philosopher. Philosopher pour empêcher, un peu, les imbéciles et les salauds de pavoiser. Philosopher contre Badiou. Philosopher contre la gidouille Zizek. Philosopher contre le parti du sommeil, des clowns ou des radicalités meurtrières. Pardon, mais c'est la vérité. Chaque fois que j'ai, depuis trente ans, fait un peu de philosophie c'est ainsi que j'ai opéré : dans une conjoncture donnée, compte tenu d'un problème ou d'une situation déterminés, identifier un ennemi et, l'ayant identifié, soit le tenir en respect, soit, parfois, le réduire ou le faire reculer. Guerre de guérilla, encore. Harcèlement. Et à la guerre comme à la guerre.

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Aujourd’hui dans Benghazi, on entend Viva Sarkozy !(Le Point 23 mars 2011)

Le Point

libye-278499-jpg_166139On découvre enfin les visages de la Libye de demain, ceux qui espèrent succéder au colonel Kadhafi, présider aux destinées du pays pour en faire, selon ces mots maintes fois prononcés par eux, « une démocratie laïque ». Pleinement engagé dans l’affaire libyenne, le philosophe Bernard-Henri Lévy organisait mardi soir une rencontre avec deux opposants au régime kadhafiste, membres du Comité de transition national (CNT), dans un salon de l’hôtel parisien Raphaël. Tout ce que la capitale compte d’intellectuels et d’écrivains militants des droits de l’homme était présent : Pascal Bruckner, André Glucksmann, Romain Goupil, Yann Moix, Christine Angot… Des politiques étaient également au rendez-vous – Jack Lang, Bernard Kouchner et l’ancien ministre de la Défense Paul Quilés – ainsi que des amis de Bernard-Henri Lévy, dont Pierre Bergé et Claire Chazal. À quoi ressemblent donc ces opposants libyens reconnus par la France comme seule autorité représentative du pays ?

Mansour Saif an-Nasr, la cinquantaine, joufflu dans un costume sombre, parlant un français impeccable, est membre de la Ligue libyenne des droits de l’homme et « porte-parole » en Europe du CNT. Son acolyte, Ali Zeidan, cheveux courts et grisonnants, anglophone, est lui un des responsables du comité, exilé aux États-Unis. En introduction de leur présentation, les deux hommes ont tenu à remercier le rôle « décisif » de la France et de Bernard-Henri Lévy – qui a favorisé la médiation entre Nicolas Sarkozy et le CNT – dans le vote de la résolution 1973 de l’ONU, qui a ouvert la voie à une intervention militaire de la coalition internationale. « Aujourd’hui, dans Benghazi, on entend des One, two, three, viva Sarkozy ! Les Libyens remercient la France et des drapeaux français flottent au côté des drapeaux libyens », rapporte Mansour Saif an-Nasr. Conscient des interrogations qui entourent la composition du CNT, il assure que le comité « représente toutes les couches de la population » : des avocats, des médecins, des professeurs d’université, des petites gens et aussi des membres de la tribu de Kadhafi. Pour exemple, ils citent ce cousin du « Guide » libyen engagé dans l’armée et qui a refusé de tirer sur « ses frères » avant de rejoindre la résistance et de mourir au combat, tué par les forces loyalistes.

Ils jurent que le peuple libyen est « assoiffé de démocratie et de liberté », qu’il aspire à vivre « dans la sécurité ». S’agissant du conflit armé, les deux représentants du CNT assurent avoir suffisamment de combattants « volontaires » pour tenir tête à Kadhafi, mais ajoutent manquer d’armes. Si les tribus existent en Libye, ils réfutent toute idée de « tribalisme » et promettent que le pays, une fois Kadhafi détrôné, ne sombrera pas dans une guerre tribale. Respectueux du droit international, ils souhaitent que le dictateur « reste vivant », qu’il soit déféré devant des tribunaux « pour qu’il paie ses crimes contre l’humanité ». Leur rapport à l’islam est apaisé. Ils considèrent la religion comme « une affaire privée entre l’homme et son dieu » et garantissent que le futur État libyen ne sera « pas conduit par des fanatiques » : « Celui qui veut pratiquer pratique ; celui qui ne veut pas pratiquer sera libre de ne pas pratiquer. » L’ouverture de la Libye, tel est enfin leur credo : « Nous avons un pays merveilleux, avec des sites magnifiques. Vous serez les bienvenus ! » Mais pour cela, « Kadhafi doit partir ! ».

Photo :  Mansour Saif al-Nasr (à gauche) et Ali Zeidan (à droite). © Eric Feferberg / AFP

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