Archéologie d'un film : L'année dernière à Marienbad d'Alain Robbe-Grillet et Alain Resnais

robbe grilletDemain, jeudi soir, à 18h30 aura lieu, à New-York, dans les locaux de New York University (NYU Cantor Film Center, 36 East 8th Street)  un événement exceptionnel :  la projection, en présence de Bernard-Henri Lévy et Olivier Corpet, et sous l’égide de Diane von Furstenberg, d’un film exceptionnel dont on a déjà pu découvrir des morceaux sur la Règle du jeu: le making of de L’année dernière à Marienbad d‘Alain Robbe-Grillet et Alain Resnais. Ci-dessous, en version française et anglaise (parue dans le Daily Beast) le texte de Bernard-Henri Lévy présentant l’évènement.
Liliane Lazar

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Archéologie d’un film, par Bernard-Henri Lévy

« Tout le monde connaît, n’est-ce pas, le film culte d’Alain Resnais, écrit par Alain Robbe-Grillet, « L’Année dernière à Marienbad », tourné il y a juste cinquante ans ?

Eh bien il se trouve qu’il y avait, sur le tournage, une jeune actrice qui s’appelait Françoise Spira.

Ce n’était pas le premier rôle dévolu, comme nul ne l’ignore, à l’immense Delphine Seyrig.

Ce n’était même pas un de ces vrais « seconds rôles » qui vous laissent le souvenir de quelques scènes inoubliables.

Mais enfin elle était là, d’un bout à l’autre du tournage, munie d’une caméra super 8 sans son avec laquelle elle a filmé le film, capté ses instants les plus magiques, saisi les rires juvéniles de Resnais, les caprices exquis de Seyrig, le charme sombre et enfantin d’Albertazzi,  bref, réalisé dans son coin, sans trop le crier sur les toits, le « making of » du film le plus compassé, glacial et, au fond,  sans histoire de l’histoire du cinéma contemporain.

Or Françoise Spira se suicide.

Son making of se perd avec elle.

Pendant près de cinquante ans, les initiés qui se souviennent de son existence le cherchent en secret, comme Harrison Ford l’arche perdue.

Et voilà que, en 2008, il ressurgit comme par miracle, grâce au dernier compagnon de la petite suicidée, Jean-Baptiste Thierrée,  qui le retrouve au fond d’une cave, le confie à Alain Robbe-Grillet qui le remet lui-même, quelques semaines avant sa mort, avec le reste de ses archives, à l’Institut Mémoires de l’édition contemporaine d’Olivier Corpet, lequel me le confie à son tour pour diffusion sur le site de ma revue en ligne, La Règle du Jeu.

Restauration des images, abîmées par ce trop long séjour dans l’enfer du cinéma.

Choix d’un monteur pour redonner un semblant de sens à ces six bobines muettes, en désordre, inintelligibles.

Et, surtout, surtout, nous revient à la mémoire qu’un certain Volker Schlöndorff, qui débutait à peine, était second assistant de Resnais sur le film – et nous allons donc le voir pour lui demander de déchiffrer pour nous ces images, de les faire revivre, de les raconter et, à la fin, d’écrire un commentaire qui sera calé, en voix off, sur les séquences.

En sort un film de près d’une heure, d’une singularité absolue, qui est comme le double maladroit, mais d’autant plus touchant, de « L’Année dernière à Marienbad ».

En résulte un vrai nouveau film racontant les coulisses de ce chef d’œuvre tout en couloirs, miroirs, hauts et anciens parapets, dialogues hiératiques et sans tremblé.

Et le voilà ce film qui, après une projection unique au Palais de Tokyo, à Paris, arrive à New-York pour une projection elle aussi unique et parrainée par Diane von Furstenberg au bénéfice de la Maison Française de New-York University.

Rendez-vous, jeudi prochain, 20 mai, 18h30, au NYU Cantor Film Center : nous serons tous là pour partager, avec les « films buffs » de New-York, ce moment de mémoire et d’émotion.

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English version

robbe grillet 1The behind-the-scenes film about the making of Resnais’ Last Year at Marienbad was lost for 50 years. Bernard-Henri Lévy on its rediscovery and restoration—and its upcoming first screening in New York.

Fifty years ago, it happened that a young actress named Françoise Spira was on the set during the shooting of Alain Resnais’ cult film Last Year at Marienbad.

She didn’t play the lead role, which was assigned the formidable Delphine Seyrig. She didn’t even have one of these real “supporting roles” that leave you with the memory of a few unforgettable scenes. But she was there, from the beginning of the shoot to its end, with her soundless Super 8, filming the film and capturing its most magical moments—Resnais’ youthful laughter, Seyrig’s delightful caprice, the somber and childlike charm of actor Giorgio Albertazzi.

From this little corner, unnoticed, she recorded the making of contemporary cinema’s most formal, glacial, and, actually, definite film. However, when a few years later, Françoise Spira committed suicide, the “making of” was lost with her.

For almost half a century, the few who knew of the film’s existence secretly searched for it, like Harrison Ford searching for the lost ark.

For almost half a century, the few who knew of the film’s existence secretly searched for it, like Harrison Ford searching for the lost ark. And then suddenly in 2008, it surfaced again, as though by a miracle. Jean-Baptiste Thierrée, Spira’s last companion, found the lost work hidden in the back of a basement and gave it to Alain Robbe-Grillet, who had written Marienbad’s original screenplay. A few weeks before he died, Robbe-Grillet passed it on to Olivier Corpet’s Institut Mémoires de l’édition Contemporaine, with the rest of his archives, and Corpet, in turn, gave it to me to broadcast on the website of my review, La Règle du Jeu.

Damaged by too long a stay in cinematic purgatory, the images had to be restored and, most important, an editor had to be chosen to make sense of the jumble of images on these six, silent, unintelligible reels. Volker Schlöndorff, then at the very beginning of his career, had been Resnais’ second assistant on the film, and so we went to see him to ask him to decrypt these images and bring them back to life. We wanted him tell their story and, finally, write a commentary that would serve as the voice-over for the various sequences.

The result is a film of utter singularity, a longer and touching reflection of Last Year at Marienbad, a truly new film, a behind-the-scenes tale of a masterpiece refracted in hallways and mirrors, hieratic and unwavering dialogues.

The film has been shown just once, at the Palais de Tokyo in Paris, but arrives in New York for a unique screening, sponsored by Diane von Furstenberg and benefiting the Maison Française of New York University. We shall all be there to share this moment of memory and emotion with the film buffs of New York. Join us Thursday, May 20, at 6:30 p.m., at NYU’s Cantor Film Center.

Bernard-Henri Lévy

—Translated by Janet Lizop



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