"Après Sarko et Valls, Hollande : 'Hôtel Europe' affiche complet", Gilles Hertzog (Le Point, le 5 octobre 2014)

Hôtel Europe HollandeCela commence par la surprise qu’il soit là, spectateur anonyme parmi d’autres. Cela continue, une fois reconnu, par une bordée de selfies à ses côtés et depuis toute la salle. Ce seront des rires, chaque fois rapportés à lui, qui ponctueront les saillies politiques de la pièce. Et il sera le premier à en rire. À l’unisson du public. François Hollande est arrivé discrètement au théâtre de l’Atelier, pour Hôtel Europe.

Pas de service d’ordre visible, pas de gros bras, pas un photographe, la place Charles-Dullin, dans le 18e arrondissement de la capitale, est peuplée de ses occupants habituels, les pigeons du soir, un groupe d’amis africains qui chantent en entrechoquant leurs canettes de bière, les scooters du quartier, les marronniers qui se préparent à l’automne, les deux bistrots du coin qui attendent les clients en terrasse, les derniers retardataires qui se pressent sur les pavés inégaux, un peu glissants, vers l’Atelier envoyant sa première sonnerie de rappel.

Le lever de rideau est dans cinq minutes, il n’est toujours pas arrivé, il arrive, accompagné de sa conseillère à la culture. La bande d’amis africains le reconnaît, hurle des mots de bienvenue, se précipite, on lui prend les mains, il est vraiment content, c’est mieux qu’à Tulle et, en tout cas, plus drôle. Venus avec lui, les malabars de la sécurité se marrent gentiment. L’auteur s’avance. « Bienvenue, Monsieur le Président. » « Merci d’être là, cher Bernard-Henri. » La soirée commence bien.

Ses voisins le regardent du coin de l’oeil

Ça continue dans la salle. Bon, il y a les sondages. Pas terribles, paraît-il. Mais la salle, elle, ce soir, visiblement, s’en moque. Cela fait plaisir que le président de la République, comme tous les amoureux des planches, soit de la partie, qu’on communie ensemble au mystère du théâtre, qu’on tremble ensemble de savoir si la pièce qu’on est venu voir sera aussi belle et bonne qu’on l’espère. L’acteur, Jacques Weber, est à la hauteur de l’enjeu : un marathon de deux heures, seul en scène, qui va commencer dans quelques instants.

Lever de rideau. En vieux grand loup du théâtre, Weber qui n’est au courant de rien, mais « sent » ses salles à chaque représentation, découvre – il le dira à Hollande venu le saluer au terme du spectacle, dans sa loge -, à peine entré en scène, un drôle de public qui rit d’un rire nouveau ou tique différemment aux premières allusions politiques. Et il finit, radar de pro en mode balayage faisceau, par en repérer bientôt la cause dans le public. Du coup, son texte est porté par cette présence directement concernée, personnellement interpellée par les mots, les foucades, les imprécations, les appels au secours du monologue. Ce texte engagé dans le combat pour le réveil d’une Europe en faveur de laquelle il va ferrailler sans compter deux heures durant, Weber va le porter comme jamais, prenant le mors aux dents et s’en donnant à coeur joie.

Qui aime bien châtie bien. Et que je te cartonne sur les Mistral destinés à Poutine. Et que je nomme mère Teresa au ministère des Finances. Et que j’envoie foutre un journaliste anglais qui m’interroge sur le bouquin de merde de la dernière compagne du président. Et que je me marre en découvrant sur les alertes vidéo de mon ordinateur la campagne de Montebourg tricolore pour boycotter le fromage de Hollande. Et que je jette à la gueule des Français le fameux peuple de porcs et de chiens des Surréalistes lancés contre Claudel au sortir de la Première Guerre mondiale.

Weber a été grand. Le président a été cool

Le public fait de même de son côté, marche à fond, s’en donne d’autant à coeur joie qu’une « cible », et pas n’importe laquelle, est parmi eux. Ses voisins regardent du coin de l’oeil le spectateur en question. Qui rit, beau joueur, tout autant que les autres, aux bons mots et aux allusions se rapportant à lui. Weber a été grand. Le président a été cool. Le public a été bon, amical, simple. Lévy est content. À la fin, ovation debout de la salle. François Hollande se lève à son tour, sourire aux lèvres. L’audience, comme on dit outre-Atlantique, est aux anges. Les selfies redoublent.

Lévy et l’intéressé vont féliciter Weber, une fois douché, dans sa loge, puis rejoignent la place Charles-Dullin. La moitié du quartier est de sortie, sympathique, douce, amie. « Il » serait donc populaire ? Encore… ? Il semble bien, sur les pentes de Montmartre et ses rues en vieux pavés. Comme deux complices, Lévy et Hollande s’isolent dans l’arrière-salle du couscous de la place, les costauds de la sécurité prennent un café ou autre chose au bar. Après Nicolas Sarkozy, Manuel Valls et François Hollande venus tous trois voir la pièce, Hôtel Europe affiche, cette fois, complet.

Gilles Hertzog


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