« L’Appel de Paris pour le Kurdistan », par Caroline Fourest, Anne Hidalgo, Hajar Aumar Ismaïl, Bernard Kouchner, Bernard-Henri Lévy, Kendal Nezan et Manuel Valls

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Un sentiment d’accablement, et d’injustice extrême, nous étreint et nous réunit pour lancer, ici, aujourd’hui, cet Appel de Paris en faveur du Kurdistan.
Voilà une nation amie qui sort de cent ans de lutte contre toutes les tyrannies.
Voilà un peuple qui s’est porté, trois ans durant, seul au sol, sur mille kilomètres de front, contre Daech.
Voilà des femmes, des hommes, qui ont accueilli un million et demi de réfugiés chrétiens, yezidis, arabes qui fuyaient l’enfer islamiste.
Ce peuple, le 25 septembre dernier, se prononce, par un référendum démocratique, et à une majorité écrasante, en faveur d’une indépendance qui est son rêve séculaire.
Il se prononce, plus exactement, pour l’ouverture de pourparlers avec Bagdad dont il est bien spécifié qu’ils prendront le temps qu’il faudra pour qu’un avenir solide, bien concerté, puisse se construire entre peuple constitutifs de la «fédération» irakienne.
Mais voilà que les grandes puissances démocratiques condamnent, par avance, ce référendum au nom de l’intégrité territoriale de l’Irak, ce pays déchiré, désuni, chaotique qu’elles feignent, de manière incompréhensible, de tenir pour une donnée intangible de l’équilibre régional.
Et voilà que, forts de cette condamnation du Kurdistan par ses alliés et amis d’hier, les pays voisins (Irak, bien sûr – mais aussi Iran et Turquie) qui tiennent les Kurdes pour un peuple décidément en trop, décrètent un embargo aérien et terrestre sur le Kurdistan, l’enferment ainsi que le million et demi de réfugiés dans ses frontières et que l’Irak, à l’aide de chars américains et avec l’appui de milices chiites et de pasdarans venus d’Iran, passe à l’attaque, s’empare de la zone de Kirkouk et affronte les Peshmergas jusqu’à 50 kilomètres d’Erbil.
Nul, alors, ne vient au secours du Kurdistan.
Nul ne condamne l’agression de ces puissants voisins pour qui le silence de la communauté internationale est une aubaine pour en finir avec ce trublion démocratique, ce mauvais exemple que serait un Kurdistan libre et indépendant dans une région qui cultive les régimes autoritaires et opprime ses minorités.
Nul ne semble réaliser que l’Iran met, un peu plus encore, la main sur l’Irak et achève d’ouvrir, avec la complicité du sinistre Bachar Al Assad, le fameux corridor chiite dont elle rêve depuis longtemps et qui a vocation à aller du Liban à Barhein.
Trahis par certains en leur sein, abandonnés de leurs amis d’hier, que vont alors faire les Kurdes ?
Se plier à un destin si funeste ?
Redevenir, sous la contrainte des «Irakiens», ce fantôme de nation, cette chimère sanglante ?
Rentrer dans l’ombre, retourner dans les montagnes dont nul, jamais, n’a pu les chasser ?
Va-t-il, ce peuple fier, à la nuque raide, qui rêvait de prospérité et de modernité, qui vivait à l’heure de la démocratie, qui en avait assez de devoir vivre les armes à la main contre d’éternels ennemis, retrouver sa flamme et reprendre sa marche séculaire vers la liberté ?
Ce peuple est un ami de la France.
Il a reçu, depuis tant d’années, le témoignage répété de notre admiration et de notre gratitude.
Quand tous se détournent de lui, nous nous devons d’être fidèles à cette histoire de liberté et de grandeur.
Nous avons, nous, Français, héritiers de Voltaire, de Gambetta, Zola, Dreyfus, Jean Moulin, un peuple proche de nous et qui s’est inspiré de nous ; sa flamme – la Fondation Danielle Mitterrand, qui contribue à nous rassembler ce soir, est là pour en témoigner – a été aussi, un peu, la nôtre et fait partie de l’histoire de la France et de Paris.
Ne laissons pas s’éteindre en nous la flamme du Kurdistan.
Demandons le retrait des troupes irakiennes et des milices iraniennes qui les appuient sur la ligne où elles se trouvaient avant le référendum du 25 septembre.
Exigeons l’arrêt des exactions, des pillages, des assassinats ciblés ou collectifs qui ravagent, depuis que les milices l’ont envahie, la ville de Kirkouk ainsi que ses environs.
Plaidons pour que la coalition internationale qui a combattu, face à Daech, au coude à coude avec les combattants irakiens mais aussi kurdes impose sa médiation aux frères d’armes lancés, aujourd’hui, dans une guerre fratricide et ruineuse pour tous.

Caroline Fourest, journaliste, essayiste ; Anne Hidalgo, Maire de Paris ; Le Général Hajar Aumar Ismaïl ; Bernard Kouchner, ancien ministre des Affaires étrangères ; Bernard-Henri Lévy, écrivain et philosophe ; Kendal Nezan, Président de l’Institut kurde de Paris ; Manuel Valls, ancien Premier ministre.
 
 
Photo : image d’une combattante kurde, en 2015, extraite du film-documentaire Peshmerga de Bernard-Henri Lévy

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