Bernard-Henri Lévy

L’art de la philosophie ne vaut que s’il est un art de la guerre...

Philosopher contre Hegel et les néo­hégéliens. Philosopher contre l'inter­prétation pré-Bataille, et pré-Collège de sociologie, de la politique de Nietzsche. Philosopher contre le néo-platonisme et son démon de l'absolu. Philosopher contre Bergson et son avatar, justement, deleuzien. Philosopher contre la volonté de pureté, ou de guérir, dont j'ai démontré ailleurs qu'elle est la vraie matrice de ce qu'on a appelé, trop vite, les totalitarismes et qu'une guerre conceptuelle bien menée permet de mieux nommer. Philosopher pour nuire à ceux qui m'empêchent d'écrire et de philosopher. Philosopher pour empêcher, un peu, les imbéciles et les salauds de pavoiser. Philosopher contre Badiou. Philosopher contre la gidouille Zizek. Philosopher contre le parti du sommeil, des clowns ou des radicalités meurtrières. Pardon, mais c'est la vérité. Chaque fois que j'ai, depuis trente ans, fait un peu de philosophie c'est ainsi que j'ai opéré : dans une conjoncture donnée, compte tenu d'un problème ou d'une situation déterminés, identifier un ennemi et, l'ayant identifié, soit le tenir en respect, soit, parfois, le réduire ou le faire reculer. Guerre de guérilla, encore. Harcèlement. Et à la guerre comme à la guerre.

Son actualité

Discours de la mode

Autres Archives, par Donation Grau, pour AnOther Mag

BHL BERGECette brève interview vient de paraître dans le magazine anglais « Another Magazine ». C’est le premier d’une série qui sera organisée, toujours, autour de cette séquence : chacun des participants à l’interview répond à six questions, qui sont les mêmes pour tous. Ils répondront ensuite à deux questions supplémentaires, spécialement élaborées pour chacun d’entre eux. De plus, il sera demandé aux participants de choisir la photo qui illustrera son interview
Cette semaine, explique le magazine, « nous avons interviewé Bernard-Henri Lévy, l’intellectuel et philosophe français. Parmi ses travaux les plus récents, on trouve « Ce Grand Cadavre à la Renverse» (Grasset, 2008) et, avec la collaboration de Michel Houellebecq, « Ennemis Publics » (Flammarion, 2011). En Octobre 2010, Bernard-Henri Lévy a publié le numéro du vingtième anniversaire de la revue qu’il dirige, La Règle du Jeu. »
A noter que l’interview est réalisée par Donatien Grau, coordinateur du numéro anniversaire de La Règle du Jeu et membre du Comité de Rédaction de la revue.

Liliane Lazar

Photo Bernard-Henri Lévy et Pierre Bergé (1987)

________________________________________________________________________

1.   Quel lien verriez-vous entre la mode et l’élégance?

On a envie de répondre, évidemment : « mais non, cela n’a rien à voir ; la mode est de l’instant ; l’élégance, de tous les temps ». Mais, en même temps, ce n’est pas vrai. Rien – nous le savons depuis, au moins, Nietzsche et Foucault – n’est, précisément, de tous les temps. Et c’est pourquoi la mode a quelque chose à  dire, en effet, de l’élégance.

2.   Quel est le rôle de l’Histoire et de l’Histoire de l’art dans votre conception de la mode?

Considérable, bien sûr. La mode est histoire. La mode n’est qu’histoire. L’hypothèse de la mode est que nul, précisément, n’échappe ni ne peut échapper à l’Histoire. Alors, après : est-ce à l’histoire de la marchandise qu’il est interdit d’échapper ? à celle de l’art ? aux deux ? C’est la vraie question.

3.   Décririez-vous la mode comme un langage et un discours, ainsi que l’a fait Roland Barthes ?

Barthes et Mallarmé, oui. Surtout Mallarmé, l’un des plus grands poètes français qui dirigea, entre septembre et décembre 1874, sous les pseudonymes de Marguerite de Ponty, Miss Satin et Olympe la négresse, un « Journal de la Dernière mode » dont l’hypothèse était que la mode, donc, est un langage. Un vrai langage. Non pas à l’égal, bien sûr, du langage poétique. Mais tout de même… Un langage qui en donne la « nostalgie »… Un langage  qui plonge dans la « rêverie » celui qui « désespère » du « Livre »… Ce sont les mots de Mallarmé dans la lettre autobiographique à Verlaine de 1885

4.   Le mot “intellectuel” a été forgé dans un temps de grande tension politique. La mode a-t-elle un rôle politique? Et en quel sens?

En un sens très précis. Elle est le règne de l’arbitraire. Trait qu’elle partage, à l’évidence, avec le politique.

5.   Quelle relation la mode a-t-elle avec l’intellectualité?

Tout. C’est le double axiome, encore une fois, de Mallarmé. Le monde est structuré comme un langage (car fait pour « aboutir à un beau livre »). La langue est structurée comme un tissu (même mixte d’être et de néant, de signifié et de signifiant, de forme et de vanité).

6.   Relieriez-vous l’idée de “mode” à celle de “style”?

Oui et non. Oui si elle est l’un des modes de l’expression, production, mise en scène de soi – Mallarmé encore. Non, si elle est ce diktat auquel on obéit et qui fait que tout le monde ressemble à tout le monde – on est plus proche, là, du « Bonheur des dames » de Zola que des « Mardis de la rue de Rome » de Mallarmé.

7.   Comme philosophe, mais aussi comme personne présente dans le monde, comment verriez-vous la relation entre la société et le monde social?

Je vous l’ai dit. L’un des lieux où se joue, en chacun, la bataille entre servitude et liberté.

8.   Vous avez écrit un article en hommage à Yves Saint-Laurent. Comment un philosophe comme vous en vient-il à se sentir proche d’un créateur de mode ?

J’ai écrit ce texte par amitié pour Yves Saint-Laurent et Pierre Bergé Accessoirement, c’était aussi une manière de parler de Proust, Mondrian, Delacroix. Et puis cette autre réflexion qui me venait d’un autre poète français, un peu oublié, mais qui a compté pour moi : Théophile Gautier. Lui aussi a écrit sur la mode. Mais à partir de cette autre question, majeure elle aussi. Qu’est-ce qu’un sujet choisit de montrer de soi ? Le visage dont, lui, donc, Gautier, disait qu’il est « le siège de l’intelligence » ? Les mains, « l’outil de la pensée » ? Ou bien les jambes ? les fesses ? une épaule de champagne ? une cambrure ? un pied ? Je ne vous fais pas un dessin. C’était le dessein même de ce grand amoureux des femmes qu’était Yves Saint-Laurent.

(Entretien avec Donatien Grau).

Pas de commentaire »

Flux RSS des commentaires de cet article.

Laisser un commentaire