Affaire Farouk Hosni, Unesco suite et fin (Le Point, le 1er octobre 2009)

Affaire Farouk Hosni, Unesco suite et finS’il y avait encore un doute, le moindre doute, sur le fait que Farouk Hosni était un mauvais candidat pour la direction de l’Unesco, sa réaction à sa défaite l’aura définitivement levé. Il y a deux attitudes possibles, en effet, quand on perd une élection. On peut être beau joueur, admettre calmement les choses, y voir le résultat – malheureux, mais c’est la règle – d’un débat libre et ouvert : c’est le cas des cinq autres candidats qu’a coiffés au poteau Irina Bokova. Ou on peut être mauvais perdant, trépigner, tempêter et voir dans le résultat le fruit d’une machination, d’un protocole secret, d’une manœuvre ourdie par quelques-uns – et c’est ce que fait Hosni quand il dit, dans une déclaration du 25 septembre donnée à Al-Akbar et reprise, entre autres, par Reuters que ce sont « les organisations juives et le lobby » (sic) qui ont eu raison de ses ambitions. Peu importe que ce qu’il appelle les « organisations juives » aient été très divisées dans cette affaire. Et oublions que la realpolitik israélienne l’aura finalement soutenu, quoi qu’il en dise, ni plus ni moins que la française. L’étrange, c’est cette façon pavlovienne, quand cela ne va pas, de dire : « la faute aux juifs ». L’ironie, c’est de voir comment cet homme qui a déployé tant d’efforts, pendant sa campagne, pour faire oublier sa fameuse phrase sur les livres écrits en hébreu qu’il était prêt à brûler de ses mains retrouve, la campagne finie, les mêmes réflexes pour dénoncer le lobby « juif et sioniste » qui aurait comploté contre lui. Mauvais esprit au début. Mauvais esprit à la fin. La boucle est bouclée.

Deux personnes – Olivier Corpet, patron de l’Institut mémoires de l’Edition Contemporaine, et la productrice Simone Halberstadt Harari – ont joué un vrai rôle dans cette affaire en alertant les uns, en secouant les autres et en exhortant l’auteur de ces lignes à ne jamais baisser les bras. Personne ne parle d’eux. Peut-être, d’ailleurs, n’y tiennent-ils pas. Mais je veux, moi, leur rendre justice. D’autant que le hasard des calendriers fait que la seconde publie, ces jours-ci, un livre sur la télévision – « La télé déchainée », Flammarion – qui est ce que l’on peut lire, ces temps-ci, de plus juste, de plus informé, de plus généreux et de plus neuf sur le sujet. La question, comme chacun sait, est : quid de la télévision à l’ère du tout-numérique ? quid de ce que l’on appelle le service public à l’heure de l’éclatement des chaînes et de la dispersion de la demande ? de ses deux fonctions traditionnelles – « miroir » ou « sculpteur » des sociétés – faut-il se résigner à ce que ne survive que la seconde et faire son deuil de la première ? et l’idée même de « chaîne généraliste » a-t-elle encore un sens alors que chaque communauté, chaque minorité de style, de croyance ou de goût est techniquement en mesure d’avoir « sa » chaîne ? Simone Halberstadt Harari fait, avec beaucoup de loyauté, l’inventaire des réponses et, donc, des solutions disponibles tant en France qu’à l’étranger. Cet esprit encyclopédique va chercher ses références dans l’univers du théâtre et de ses systèmes de financement non moins que dans celui de la radio, de la presse écrite ou de la musique. Et elle parvient à une conclusion qui, à mi-chemin du renoncement défaitiste de ceux qui pensent que le tsunami du numérique nous a fait entrer dans un monde définitivement différent (« le lâchez tout » dada relooké libéral) et de ce qu’elle appelle « l’intégrisme » des « purs et durs » du service public (des antennes de « subsidiarité » qui ne diffuseraient plus que ce que les chaînes privées ne diffusent pas), rend à la télévision la plus noble de ses ambitions : tisser du lien social, forger de l’universel, aider à ce que se constituent des libres citoyens.

Puisque j’en suis à parler de télévision, je profite de la circonstance pour faire amende honorable sur un point. Je fais partie de ceux qui se sont fortement inquiétés, l’an dernier, quand le président de la République a annoncé son projet de supprimer la publicité, après 20 heures, sur les grandes chaînes publiques. Eh bien, neuf mois plus tard, l’honnêteté oblige à dire que cette inquiétude était excessive. Une France Télévisions affranchie de la contrainte publicitaire a diffusé quatre fois moins de séries américaines que TF1 et cinq fois moins que M6. Elle a rassemblé des dizaines de millions de personnes autour des six épisodes d’« Apocalypse », le formidable documentaire d’Isabelle Clarke et Daniel Costelle sur la Seconde Guerre mondiale. Elle a diffusé, à des heures de grande écoute, le « Mireille » de Gounod, « La Traviata », « Cavalleria Rusticana ». Elle a mis en chantier, dans le sillage de sa collection Maupassant, des adaptations de Zola, Hugo, Daudet – sans parler, me dit-on, d’un projet sur Camus, d’un autre sur Rabelais, d’une biographie de François Villon prévue en première partie de soirée et d’un autre documentaire, monumental encore, sur la chute du mur de Berlin. Je disais à mon ami Serge Klarsfeld, l’autre semaine, dans le contexte de l’élection du patron de l’Unesco, qu’il nous arrivait à tous de nous tromper. Eh bien voilà. C’est mon tour. Et c’est dit. La preuve est faite : a) que culture et Audimat peuvent n’être pas antinomiques ; b) que l’audace, en ces matières, n’est décidément pas la plus mauvaise des muses.

Bernard-Henri Lévy


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9 commentaires

  • dova cahan dit :

    Congratulasion, c’est a beaucoup de personnes comme vous, Monsieur Eli Wisel, Madame Fiamma
    Nirenstein et beaucoup des autres et aussi bien a beaucoup des organisations jeuves et nous
    meme petits citoyens que on a peut porter la votation au faveur de Madame Irina Bokova
    et non pas de Farouk Hosni comme chef de l’ Unesco.

  • Soul dit :

    Direction de l’unesco, àa me fait rire! comme si elle va sauver les cultures et les langues qui disparaissent de cette planète et de la mémoire humaine chaque mois; comme si elle va éduquer les enfants, par millions ,qui n’ont pas la chance d’aller à l’école; comme si elle va aider ces jeunes des pays pauvres qui cherchent des moyens pour s’exprimer par la musique par example; comme si elle va réduire les prix des livres pour que tous puissent lire et s’instruire. C’est une machine de bureaucrates qui se la coulent douce à Paris. Anti-sémites, islamophobes, racistes etc..faites quelques choses pour réformer l’unseco pour qu’elle soit au service des pauvres et des marginalisés dans ce monde.

    Soul

  • Pierre dit :

    @ Soul. Vous avez raison de remarquer les actuelles défaillances de l’Unesco, mais imaginez si en plus ils avaient nommé à sa tête quelqu’un qui n’avait pas caché du tout son intention de brûler pour une deuxième fois la bibliothèque d’Alexandrie afin de la débarrasser de certaines anciennes écritures. La responsabilité collective l’a simplement empêché, ce qui donne à l’Unesco un formidable élan pour rattraper le temps perdu.

  • Lolita dit :

    Que c’etait beau de voir Tarek Ramadan en mettre plein la vue sur cet adorable individu qu’est Eric Zemmour. Il la mis en pièce et maintenant je comprend mieux pourquoi le Tout-Paris se méfie de cet Arabe venu d’ailleurs et qui fait la leçon à ces braves Parisiens incapables de parler sans pouvoir se décentrer. Oui, je comprends, ces tombereaux de purins lachés sur lui afin de l’éviter en le diabolisant.Certains sont incapables débattre avec et leur seule méthode c’est de verser leur venin de loin. Cela s’appelle l’angoisse de la confrontation. L’angoissse et le doute. Ramadan donne une image nouvelle de l’intellectuel médiatique. celui qui non seulement connait mais en plus parle bien. Au suivant.

  • De Serna dit :

    Je veux témoigner surtout pour Madame Polanski et ses enfants, un soir de 1983 par l’intermédiare d’un ami commun dentiste sur Paris, je me suis retrouvée Avenue Montaigne chez Roman Polanski avec d’autres personnes, j’avais 20 ans j’en paraissais 15 ( j’étais très mignonne à l’époque), j’avoue avoir été très apeurée de me trouver avec tous ces gens alors Roman Polanski l’a compris en voyant ma mine et s’est agenouillé où j’étais assise et m’a calmé avec des paroles très gentilles et ensuite a dit à tout le groupe qu’on devrait sortir en boite au lieu de rester dans l’appartement, j’ai compris là que c’était un monsieur très correct qui n’avait rien tenté, je veux dire à sa femme et ses enfants que tout ça ce n’est que de la calomnie de la part des américains. Bon courage à la famille Polanski.

  • chikhaoui dit :

    monsieur bernard henry levy qui a soutenu l’armée israélienne dans son crime contre le peuple palestinien et qui a même assisté au massecre des enfants et des femmes sur un char ne m’étonne pas qu’ol qu’il soutienne un violeur qui a violé une fille de 13 ans.

  • iskender dit :

    Bonjour,
    Allez voir le site http://www.islam-documents.org. des milliers de textes présentés, authentiques! On comprend tout ensuite. Et c’est fait par des universitaires, selon des principes critiques et scientifiques. On comprend ensuite comment on fabrique une religion… et puis on s’amuse bien.
    Presque 3000 pages en tout.

    IK

  • Jean-Louis Dupont dit :

    A lire une critique sur deux, ci-dessus -et je crois que la formule, à tout du moins son esprit est de vous, cher BHL- on peut ici réaffirmer qu’il s’agit-là fort heureusement : « …de fumées en lesquelles se résolvent pas mal de ces critiques pour aussitôt se dissiper… ».

    Jai relayé sur Face book votre farouche hostilité à la candidature comme président de l’UNESCO de cet honni Farouk Hosni et me réjouis donc qu’il en soit évincé. Est-il besoin de le préciser, en ce qui me concerne, j’appartiens indéniablement au lobby Goï !

  • antoine dit :

    Je ne comprends pas pourquoi vous n avez pas une version en anglais de ce texte. Il s agit d une affaire internationale, une version francaise. Etre activiste entraine certaine responsabilite.
    Tres amicalement

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