Bernard-Henri Lévy

L’art de la philosophie ne vaut que s’il est un art de la guerre...

Philosopher contre Hegel et les néo­hégéliens. Philosopher contre l'inter­prétation pré-Bataille, et pré-Collège de sociologie, de la politique de Nietzsche. Philosopher contre le néo-platonisme et son démon de l'absolu. Philosopher contre Bergson et son avatar, justement, deleuzien. Philosopher contre la volonté de pureté, ou de guérir, dont j'ai démontré ailleurs qu'elle est la vraie matrice de ce qu'on a appelé, trop vite, les totalitarismes et qu'une guerre conceptuelle bien menée permet de mieux nommer. Philosopher pour nuire à ceux qui m'empêchent d'écrire et de philosopher. Philosopher pour empêcher, un peu, les imbéciles et les salauds de pavoiser. Philosopher contre Badiou. Philosopher contre la gidouille Zizek. Philosopher contre le parti du sommeil, des clowns ou des radicalités meurtrières. Pardon, mais c'est la vérité. Chaque fois que j'ai, depuis trente ans, fait un peu de philosophie c'est ainsi que j'ai opéré : dans une conjoncture donnée, compte tenu d'un problème ou d'une situation déterminés, identifier un ennemi et, l'ayant identifié, soit le tenir en respect, soit, parfois, le réduire ou le faire reculer. Guerre de guérilla, encore. Harcèlement. Et à la guerre comme à la guerre.

Sa biographie

1994

1990 à 1994

françois pinaultDe septembre 1993 à mars 1994, Bernard-Henri Lévy se voue presque exclusivement au tournage du film « Bosna ! ». Tourné sur les lignes de front autant que dans Sarajevo assiégée, dans le feu des batailles autant que dans les caves où survivent les civils martyrisés, ce film est un témoignage unique sur la tragédie de la Bosnie. Aux côtés de Bernard-Henri Lévy dans cette aventure, Gilles Hertzog, compagnon de tous ses voyages et co-scénariste du film, ainsi qu’Alain Ferrari, co-réalisateur. Le film est produit par les Films du Lendemain, société de production créée, pour l’occasion, par André Lévy, son père, associé à François Pinault. Il sera sélectionné par Gilles Jacob, au Festival de Cannes, dans la section « Un certain regard ».

Dans la foulée de son film, en mai 1994, soumis aux questions des journalistes Albert du Roy et Alain Duhamel lors d’une mémorable « Heure de Vérité » (la grande émission politique, à l’époque, de la télévision française) BHL lance l’idée d’une « Liste Sarajevo » pour les élections européennes. Cette annonce et cette Liste contribuent puissamment au mouvement d’opinion en faveur de la Bosnie. Jugeant néanmoins que les exigences formulées par la Liste ont été prises en compte par les grands partis traditionnels, Bernard-Henri Lévy prône le retrait et la dissolution de la liste. Certains, tels Léon Schwartzenberg, Marina Vlady ou l’Amiral Sanguinetti, refusent le retrait et prennent la responsabilité d’aller jusqu’à l’élection.

Avec Alain Finkielkraut, André Glucksmann, Jacques Juillard, Pascal Bruckner, et quelques autres, il fonde alors le CRI (Comité de Réflexion et Intervention) protestant contre les massacres en cours, non seulement en Bosnie, mais aussi en Algérie et au Rwanda. Czelaw Milosz, prix Nobel de Littérature, est nommé Président d’honneur du CRI.

A l’automne, les événements de Bosnie, mais aussi du Rwanda et d’Algérie, inspirent à BHL un nouvel essai, « La pureté dangereuse » (Grasset) où il théorise le concept d’une « volonté de pureté » qui se manifeste aussi bien dans la folie identitaire des Hutus au Rwanda que dans la purification ethnique en Bosnie dans la haine de l’Occident dans l’Algérie en proie aux massacres commis par les islamistes radicaux – ou, naguère, dans le communisme et le nazisme.

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