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17 – Français et Anglais ne doivent pas favoriser l’impunité de Béchir
Newsletter, par Lilian Lazar
Des sources sérieuses et non démenties font état de l’intention de la France et du Royaume Uni de ne pas s’opposer au projet de suspension des poursuites judiciaires requises par le procureur de la Cour pénale internationale (CPI) contre le président soudanais Omar El-Béchir. Le 14 juillet dernier, M. Moreno-Ocampo avait demandé un mandat d’arrêt contre l’homme fort de Khartoum, l’accusant de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité et génocide commis sur les populations civiles du Darfour. La Chambre préliminaire de la CPI doit en principe faire savoir d’ici quelques semaines si elle valide la requête du procureur.
Or les chancelleries françaises et britanniques semblent s’être engagées dans un marchandage avec le régime de Khartoum au terme duquel elles laisseraient, lors de la prochaine assemblée générale des Nations unies, les protecteurs du bourreau des Darfouris suspendre la procédure engagée contre lui. L’article 16 du Statut de Rome, qui régit la CPI, offre en effet la possibilité de geler toute poursuite pendant un an. Laisser bloquer les poursuites serait une attitude immorale !
Cette démarche constituerait un précédent d’une extrême gravité pour tout le processus de la justice internationale. En effet les deux puissances européennes ont été très actives pour que le Conseil de sécurité saisisse la CPI face aux massacres perpétrés par le gouvernement soudanais. Anglais et Français espéraient-ils alors que la CPI se contente de cibler quelques lampistes ? Déjà la saisine de la CPI venait comme une alternative à l’impuissance de la communauté internationale d’exercer sur le terrain « la responsabilité de protéger » les populations du Darfour. Laisser Béchir échapper aux poursuites serait un aveu d’incohérence politique !
Depuis la requête de la CPI, le gouvernement soudanais, loin de calmer la situation, a multiplié bombardements et attaques au sol contre les civils, y compris dans les camps de déplacés comme tout récemment à Kalma, faisant toujours plus de victimes – et confirmant par là-même le bien-fondé de la démarche du procureur.
Dès l’annonce du processus judiciaire le 14 juillet dernier, Béchir a mobilisé avec succès tous ses alliés dans l’Union africaine (UA) et la Ligue arabe. Sans compter la Chine et la Russie, ses clients et alliés.
Un premier argument contre les poursuites résiderait dans le fait que les poursuites entraveraient un processus de paix entre belligérants. Il n’y a aucune évidence à cette assertion. Bechir mène une guerre sans merci contre les civils depuis plus de 5 ans et n’a jamais montré aucune bonne volonté de négocier sérieusement un accord équitable au Darfour. Et il n’y a aucun lien automatique entre un accord politique et un processus judiciaire.
Une autre raison invoquée serait que le gouvernement soudanais menacerait, en représailles, les troupes des Nations unies et de l’UA ainsi que les travailleurs humanitaires. Même si ce chantage doit être pris au sérieux, il s’agirait de nouvelles violations des décisions du Conseil de sécurité et de nouveaux crimes que commettraient Bechir et son gouvernement. Il s’agirait alors d’un encouragement supplémentaire à l’impunité qui règne au Darfour. Céder à un tel chantage serait une faute politique !
Une suspension de la procédure judiciaire pendant un an entraînerait par la suite de nouveaux chantages pour la renouveler indéfiniment, sous la menace de nouvelles violences. Adhérer à cette démarche serait inexcusable !
Les tractations des diplomates anglais et français proposeraient d’échanger l’arrêt des poursuites à l’encontre de Bechir contre le jugement de deux hauts responsables soudanais déjà inculpés par la CPI il y a plus d’un an, dont l’un Ahmed Aroun, l’organisateur des milices Janjawids a été depuis promu… ministre de l’action humanitaire par le président soudanais. Le tout assorti de quelques promesses d’une amélioration du sort des civils sur le terrain. Aller dans ce sens constituerait une immense duperie !
Les gouvernements anglais et français ne peuvent ignorer que tout accord avec Béchir aboutit systématiquement à un marché de dupes. Combien de fois a-t-il promis de dissoudre les milices janjawids ? Combien de fois a-t-il juré de faciliter l’aide humanitaire, laquelle est aujourd’hui encore attaquée, pillée, entravée ? Si la décision de faire jouer l’article 16 se concrétisait, les premières victimes, directes, en seraient bien sûr les Darfouris, qui placent tous leurs espoirs dans les poursuites de la CPI et dont plus de 2,3 millions survivent dans des conditions précaires au sein de camps de déplacés, subissant le harcèlement des troupes soudanaises, des janjawids et des gangs de voyous. Mais en outre, si la Grande Bretagne et la France se rangeaient aux côtés des autres pays voulant geler les poursuites judiciaires contre Bechir, elles trahiraient tous ceux qui par le monde défendent l’idée d’une justice internationale. Elles donneraient raison aux démagogues qui espèrent la discréditer en la présentant comme l’instrument d’une justice à orientation variable. Les bourreaux qui assassinent leur peuple entendraient le message : pas d’inquiétude avec la communauté internationale, on peut toujours s’arranger.
Exactement ce que nous trouvons insupportable.
Dr Jacky Mamou, président d’Urgence Darfour
Publié également le 18 Septembre 2008
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Voir l'article du 30 Août 2008
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