Bernard-Henri Lévy

L’art de la philosophie ne vaut que s’il est un art de la guerre...

Philosopher contre Hegel et les néo­hégéliens. Philosopher contre l'inter­prétation pré-Bataille, et pré-Collège de sociologie, de la politique de Nietzsche. Philosopher contre le néo-platonisme et son démon de l'absolu. Philosopher contre Bergson et son avatar, justement, deleuzien. Philosopher contre la volonté de pureté, ou de guérir, dont j'ai démontré ailleurs qu'elle est la vraie matrice de ce qu'on a appelé, trop vite, les totalitarismes et qu'une guerre conceptuelle bien menée permet de mieux nommer. Philosopher pour nuire à ceux qui m'empêchent d'écrire et de philosopher. Philosopher pour empêcher, un peu, les imbéciles et les salauds de pavoiser. Philosopher contre Badiou. Philosopher contre la gidouille Zizek. Philosopher contre le parti du sommeil, des clowns ou des radicalités meurtrières. Pardon, mais c'est la vérité. Chaque fois que j'ai, depuis trente ans, fait un peu de philosophie c'est ainsi que j'ai opéré : dans une conjoncture donnée, compte tenu d'un problème ou d'une situation déterminés, identifier un ennemi et, l'ayant identifié, soit le tenir en respect, soit, parfois, le réduire ou le faire reculer. Guerre de guérilla, encore. Harcèlement. Et à la guerre comme à la guerre.

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13 – La lune et le bout du doigt par Liliane Lazar

Newsletter, par Liliane Lazar

De toutes les exceptions françaises, il en est une que résume assez bien l’apologue du fabuliste : « quand le sage montre la lune, l’imbécile regarde le doigt »
En la circonstance, supposons que la lune, la triste lune, soit la récente et meurtrière manifestation de l’impérialisme russe en Géorgie. Supposons que le « sage » se confonde avec l’ensemble des reporters, des experts, des témoins, qui, sur le champ de bataille caucasien, observent et racontent afin d’instruire des chancelleries toujours promptes à décréter qu’il est urgent de s’aveugler et de ne rien dire…

Or, nous venons d’assister à une belle crise d’imbécillité dont les péripéties peuvent se résumer en trois actes.

1/ Dès le début de ce conflit, l’un de ces reporters, Bernard-Henri Lévy, décide de se rendre en Géorgie et de voir ce qui s’y passe avec ses propres yeux.

2/ De retour à Paris, il publie son reportage dans « Le Monde » et y développe la thèse selon laquelle « l’agresseur », dans cette affaire, serait moins le Président géorgien que les hiérarques du Kremlin – qui, avec un évident génie tactique, ont choisi d’adresser, via l’Ossétie, un message à l’Occident : le Caucase est une dépendance de la Russie.

3/ Cette thèse est-elle discutée ? contredite ? approuvée ? Rien de cela. En guise de débat, l’ « imbécile » – localisable dans une officine la blogosphère, « Rue 89 » – cherche le « bout d’un doigt » et le trouve : Bernard-Henri Lévy n’aurait pas été à Gori ; il serait venu de Paris en avion privé ; il aurait senti une « odeur de mort » là où ses compagnons de voyage n’auraient, eux, rien senti ; etc…

Hélas, les faits sont têtus.

Rappelons, par exemple, que Bernard-Henri Lévy a été le premier à dire et répéter (dans Le Monde, sur les radios) qu’il n’était pas entré dans le centre de Gori.

Rappelons que ses compagnons de voyage, consternés par l’usage malhonnête qui était fait de leurs propos, ont adressé des droits de réponse circonstanciés aux « journalistes » de « Rue 89 » qui, en ce qui les concerne, n’avaient pas quitté leur bureau de blogueurs.

Notons, au demeurant, que « l’odeur de la mort » n’étant pas un parfum aussi clairement répertorié que celui du jasmin ou du vétiver, il était assez comique de demander aux uns et aux autres, avec cette puérile insistance : « avez-vous senti, oui ou non, etc.» et de brandir leurs réponses comme des trophées.

Mais peu importe. L’imbécile tenait un bout de doigt. Il n’allait pas le lâcher. Et il suffit de « surfer » sur la vaguelette des web-rumeurs pour prendre la mesure de cet acharnement.

Cette affaire serait négligeable, et ces mesquineries seraient risibles, si cela ne témoignait d’une redoutable arrière-pensée : disqualifier, à tout prix, la parole d’un intellectuel dont la conviction est que ces évènements de Géorgie en annoncent d’autres (en Ukraine ?) et que l’Europe vient d’entrer dans une nouvelle zone des tempêtes (le Prospéro de cette tempête, un certain Monsieur Poutine, ne méritant peut-être pas d’être considéré avec le respect dont on l’entoure).

Le sage ? La lune ? Le bout du doigt ? L’imbécile ? A chacun de choisir son rôle. En attendant, la Russie s’est attablée au Caucase. Et elle a de l’appétit.

Lilian Lazar

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